vendredi 12 novembre 2010
Sakineh, Theresa et Oussama: la consternation sélective du gouvernement belge.
Le 2 novembre 2010, le Comité International contre la Lapidation publiait un communiqué annonçant que Sakineh Mohammadi Ashtiani devait être exécutée rapidement: «Le 1er novembre, les autorités de Téhéran ont donné l'ordre de l'exécuter à la prison de Tabriz. Elle doit être exécutée ce mercredi 3 novembre». Très vite, Bernard Kouchner, le ministre français des Affaires étrangères, a fait savoir que cette information était fausse et que le travail de la justice iranienne dans cette affaire n'était pas fini.
Cette information fausse allait pourtant faire la une de tous les médias dans le monde.
Elle amène notre premier ministre Yves Leterme, qui assure aussi la présidence belge du conseil de l'Union européenne, à réagir à son tour par un communiqué le mercredi matin. Il s'y déclare «opposé à l’exécution de l’Iranienne Sakineh Mohammadi-Ashtiani». Il se dit «consterné par les rumeurs entourant l’annonce de l’exécution mercredi matin de l’Iranienne, mère de famille, âgée de 43 ans...» Il se déclare également «préoccupé par les circonstances entourant le jugement...» et demande aux autorités iraniennes «d’empêcher l’exécution et de convertir la peine prononcée...»
Quelques mots sur les communiqués de Leterme qu'on n'a jamais vus.
L'information selon laquelle madame Theresa Lewis allait être exécutée aux Etats-Unis le 23 septembre 2010 n'était pas un faux. Elle a été tuée ce soir-là, par «lethal injection». Le décès a été prononcé à la prison de Greensville, à Jarratt, à 21h13 locales. En quittant la prison, l'avocat de Theresa Lewis, James Rocap, sous le choc, déclarait que sa mort illustrait «un système incapable d'être juste... Le système est cassé, salement cassé et d'après moi, il ne peut pas être sauvé... Il y a trop de discriminations». Ce matin du 23 septembre, on n'a pas entendu monsieur Leterme se dire «consterné» ou intervenir pour empêcher l'exécution. Et pourtant le cas de Theresa Lewis, 41 ans, était un cas tout à fait similiaire à celui de Sakineh Mohammadi-Ashtiani : madame Lewis avait organisé la mort de son mari et son beau-fils. Et si Leterme avait besoin d'une raison supplémentaire pour être consterné et intervenir: Theresa était dotée d'un QI de 72, la limite de la déficience mentale aux Etats Unis étant fixée à 70 - limite en deçà de laquelle la Cour suprême interdit les exécutions.
Le 9 novembre, une semaine après le communiqué de Leterme sur Sakineh, la Cour d'appel fédérale de Philadelphie, devait se décider sur un autre cas: de l'exécution ou la détention à perpétuité de Mumia Abu-Jamal, journaliste et militant de la cause des Noirs des Etats-Unis. Et si Leterme avait choisi ce moment pour se dire «consterné» d'une mise à mort éventuelle de ce symbole mondial de la lutte contre la peine de mort? Ce que note le journaliste Marc Metdepenningen dans Le Soir sur les Etats-Unis est aussi d'application pour la Belgique: «Depuis près de trente ans, Mumia Abu Jamal, né en 1954, croupit dans le couloir de la mort. Ses défenseurs relèvent que les Etats-Unis, si prompts à dénoncer le sort réservé à l’Iranienne Sakhineh, cette jeune femme de 43 ans promise par le régime de Téhéran à la lapidation, font fi des 3.500 condamnés à mort américains, appelés à subir le même sort, fût-ce par des moyens moins spectaculaires mais tout aussi barbares».
Il n'y a pas seulement la question des deux poids, deux mesures. On peut aussi s'interroger sur le sérieux et la sincérité dans l'opposition du premier ministre belge à la peine de mort même. Il fut un temps où la peine de mort était appliquée partout. L'opposition à cette pratique était à ce moment un acte quasi révolutionnaire. Aujourd'hui, la peine de mort a été abolie dans deux tiers des pays du monde. Parmi les 58 pays qui la maintiennent toujours, la plupart ne l'applique pas. La lutte pour l'abolition de la peine de mort doit continuer, certes. Mais sans opposition aux nouvelles formes modernes de mise à mort, qui ont remplacé les exécutions, l'opposition à la peine de mort sonne creux. Les conditions de détention appliquées dans les prisons de Guantanamo, Bagram, Abu Ghraib et Rusafa, ou l'enfermement à vie, en solitaire, dans les «maximum security prisons», ne valent-elles pas la mise à mort d'un détenu? On n'a pas entendu la voix de la Belgique dénoncer ces pratiques.
Comment se fait-il encore que ni les ministres Leterme, Van Ackere, et Van Rompuy ne se déclarent «consternés» du sort d'un citoyen de leur propre pays, Oussama Atar, âgé de 20 ans lors de son arrestation en Irak par les forces d'occupation américaines? Pourquoi ne pas se déclarer «préoccupé par les circonstances entourant le jugement...» quand on sait qu'Oussama a été jugé sans avocat et condamné en première instance à une peine de prison à vie, non pour un meurtre, comme Sakineh ou Theresa, mais pour avoir traversé illégalement une frontière? Pourquoi ce silence froid qui dure depuis 7 ans? Pourquoi le gouvernement belge ne s'est-il pas dit «consterné» en 2004 quand le monde a découvert, atterré, les photos des détenus irakiens humiliés par des militaires américains à Abou Ghraib, prison où ce même jeune belge était enfermé? Pourquoi le gouvernement belge ne s'est pas dit «consterné» en 2008 quand la BBC a révélé les images chocs de la prison de Rusafa, tout en sachant que ce même jeune belge y était enfermé? Pourquoi, aujourd'hui en 2010, toujours pas de communiqué ou de déclaration du gouvernement belge qui a pourtant reçu les preuves médicales qu'Oussama Atar est atteint d'une tumeur?
Pire.
Pendant 7 ans les autorités belges ont prétendu à la famille qu'elles ne pouvaient pas s'immiscer dans la justice irakienne ou dans les affaires intérieures de l'Irak. Mais pourquoi les autorités belges le font-elles alors en Iran pour Sakineh? Pendant 7 ans, elles ont dit qu'une campagne médiatique dans la presse risquait de nuire à la situation de Oussama. Mais pourquoi ces mêmes autorités belges participent-elles à la mise sur pied d'une campagne médiatique mondiale pour Sakineh?
Pour conclure, je voudrais rappeler ce petit message de la famille Atar, posté le 9 novembre 2010, sur le groupe Facebook «Oussama Atar, sauvons sa vie»: «"Monsieur" Vanackere refuse toujours de nous rencontrer et toujours pas de visa pour pouvoir enfin rendre visite à Oussama... Le combat continue et continuera tant qu'Oussama ne sera pas parmi nous».
Soutenons-les!
Luk Vervaet
11.11.10
jeudi 11 novembre 2010
Le dernier prix Goncourt: à boycotter, assurément ! (ndlr)
Prix Goncourt: Michel Houellebecq ou le triomphe de la corruption
Consacré. Lundi, sans surprise, l’écrivain Michel Houellebecq a obtenu le prix Goncourt pour son dernier roman, «La Carte et le Territoire». L’occasion pour Oumma de se joindre à la célébration unanime de l’auteur en rappelant ici sa «haine de l’islam» ou ses anciens propos relatifs aux jurés de l’Académie Goncourt, ces notables que l’on doit «acheter».
«Je ne participe jamais à ce qui m’entoure, je ne suis nulle part à ma place». Cette citation du grand écrivain américain Howard Phillips Lovecraft semble, à première vue, convenir à celui qui lui consacra une biographie: Michel Houellebecq. Les deux hommes partagent le même regard, cynique et désabusé, sur leur époque et tous deux ont longtemps été en marge des canons littéraires. A une différence près: pour Michel Houellebecq, cette posture est une imposture. Loin de rejeter son époque, le romancier français en adopte au contraire les pires travers. A l’inverse du fabuleux Lovecraft, Houellebecq est dans l’air du temps. Mieux encore, cet admirateur déclaré de Nicolas Sarkozy et Jean-Pierre Pernaut, également coauteur d’une correspondance avec Bernard-Henri Lévy, devance la tendance.
1er Septembre 2001: alors que certains s’apprêtent, dans dix jours à peine, à lancer avec brio le concept du choc des civilisations, le magazine Lire publie une longue interview de Michel Houellebecq à l’occasion de la sortie de son roman intitulé «Plateforme», ou l’histoire d’une romance anéantie dans un attentat islamiste. Extraits non tronqués:
- Pour l’Islam, ce n’est plus du mépris que vous exprimez, mais de la haine?
- M.H. Oui, oui, on peut parler de haine.
- Est-ce lié au fait que votre mère s’est convertie à l’islam?
- M.H. Pas tant que ça, parce que je ne l’ai jamais prise au sérieux. C’était le dernier moyen qu’elle avait trouvé pour emmerder le monde après une série d’expériences tout aussi ridicules. Non, j’ai eu une espèce de révélation négative dans le Sinaï, là où Moïse a reçu les Dix Commandements... subitement j’ai éprouvé un rejet total pour les monothéismes. Dans ce paysage très minéral, très inspirant, je me suis dit que le fait de croire à un seul Dieu était le fait d’un crétin, je ne trouvais pas d’autre mot. Et la religion la plus con, c’est quand même l’islam. Quand on lit le Coran, on est effondré... effondré! La Bible, au moins, c’est très beau, parce que les juifs ont un sacré talent littéraire... ce qui peut excuser beaucoup de choses. Du coup, j’ai une sympathie résiduelle pour le catholicisme, à cause de son aspect polythéiste. Et puis il y a toutes ces églises, ces vitraux, ces peintures, ces sculptures...
- Votre personnage principal en arrive à prononcer cette phrase: «Chaque fois que j’apprenais qu’un terroriste palestinien, ou un enfant palestinien ou une femme enceinte palestinienne, avait été abattu par balles dans la bande de Gaza, j’éprouvais un tressaillement d’enthousiasme...»
- M.H. La vengeance est un sentiment que je n’ai jamais eu l’occasion d’éprouver. Mais dans la situation où il se trouve, il est normal que Michel ait envie qu’on tue le plus de musulmans possible... Oui... oui, ça existe, la vengeance. L’islam est une religion dangereuse, et ce depuis son apparition. Heureusement, il est condamné. D’une part, parce que Dieu n’existe pas, et que même si on est con, on finit par s’en rendre compte. A long terme, la vérité triomphe. D’autre part, l’Islam est miné de l’intérieur par le capitalisme. Tout ce qu’on peut souhaiter, c’est qu’il triomphe rapidement. Le matérialisme est un moindre mal. Ses valeurs sont méprisables, mais quand même moins destructrices, moins cruelles que celles de l’islam.
Quant aux propos qu’il fait tenir au narrateur de «Plateforme», ils sont du même tonneau: «L’islam ne pouvait naître que dans un désert stupide, au milieu de bédouins crasseux qui n’avaient rien d’autre à faire – pardonnez-moi – que d’enculer leurs chameaux(…). Le soir tombait : quelques moutons terminaient leur journée. Eux aussi étaient stupides, peut-être encore plus que le frère d’Aïcha ; mais aucune réaction violente n’était programmée dans leurs gènes.»
Poursuivi en justice par des associations musulmanes pour injure raciale et incitation à la haine religieuse, Michel Houellebecq sera finalement relaxé. Invités le 8 septembre 2001 dans l’émission «Tout le monde en parle» de Thierry Ardisson, l’actrice Lubna Azabal et le comédien Daniel Prévost, tous deux d’origine arabe ou berbère, ont réagi avec indignation aux propos du romancier.
Un an plus tôt, c’est encore chez Thierry Ardisson qu’un aveu inattendu de la part d’un invité se produit. Interrogé sur un prix Goncourt manqué de peu, Michel Houellebecq révèle tout haut ce qui apparaît alors comme un secret de polichinelle: il ne pouvait pas obtenir le prestigieux prix car sa maison d’édition, Flammarion, n’avait «pas de ligne budgétaire pour acheter les jurés». Dix ans plus tard, l’auteur est revenu dans le même groupe éditorial. Sa consécration, ce lundi 8 novembre, serait donc le signe d’une corruption enfin réalisable et brillamment parachevée, du moins si l’on en croit ses propos antérieurs. Cette fois-ci, Michel Houellebecq, qui s’estime aujourd’hui «profondément heureux», a bel et bien mérité son prix.
Dans la figure du paria qu’il a choisi d’incarner, son collègue, rival, et ancien voisin d’immeuble, Marc-Edouard Nabe, peut aujourd’hui se remémorer la phrase prononcée jadis par le nouveau lauréat et rapportée dans son roman, «Le Vingt-Septième livre», paru en 2009: «Si tu veux avoir des lecteurs, mets-toi à leur niveau! Fais de toi un personnage aussi plat, flou, médiocre, moche et honteux que lui. C’est le secret, Marc-Édouard. Toi, tu veux trop soulever le lecteur de terre, l’emporter dans les cieux de ton fol amour de la vie et des hommes!... Ça le complexe, ça l’humilie, et donc il te néglige, il te rejette, puis il finit par te mépriser et te haïr»... Michel avait raison. Un best-seller a toujours raison.
Chantre de la médiocrité, faux lunaire et clown triste de l’islamophobie, Michel Houellebecq est désormais consacré par le système qu’il prétend abhorrer. Le couronnement d’une stratégie bien rôdée, basée sur le talent d’un communicant drapé en dépressif perpétuel. «Mabrouk!», aurait pu s’exclamer sa mère pied-noir, ancienne militante au Parti communiste algérien et nullement convertie à l’islam, s’ils n’avaient pas rompu tout contact pour un motif ô combien révélateur. Comme elle l’a raconté au journaliste Denis Demonpion, auteur d’une biographie non autorisée sur Houellebecq, son fils lui a fait une terrible scène, en 1991 dans un McDo, quand il a appris qu’elle souhaitait se faire enterrer à Alger. Michel Houellebecq aurait alors tenu des propos violemment racistes pour tenter de la dissuader. Quand il s’agit de dévoiler les secrets les plus noirs de leur progéniture, les mères rejetées sont impitoyables.
Hicham Hanza
09.11.10
Source: oumma.com
Consacré. Lundi, sans surprise, l’écrivain Michel Houellebecq a obtenu le prix Goncourt pour son dernier roman, «La Carte et le Territoire». L’occasion pour Oumma de se joindre à la célébration unanime de l’auteur en rappelant ici sa «haine de l’islam» ou ses anciens propos relatifs aux jurés de l’Académie Goncourt, ces notables que l’on doit «acheter».
«Je ne participe jamais à ce qui m’entoure, je ne suis nulle part à ma place». Cette citation du grand écrivain américain Howard Phillips Lovecraft semble, à première vue, convenir à celui qui lui consacra une biographie: Michel Houellebecq. Les deux hommes partagent le même regard, cynique et désabusé, sur leur époque et tous deux ont longtemps été en marge des canons littéraires. A une différence près: pour Michel Houellebecq, cette posture est une imposture. Loin de rejeter son époque, le romancier français en adopte au contraire les pires travers. A l’inverse du fabuleux Lovecraft, Houellebecq est dans l’air du temps. Mieux encore, cet admirateur déclaré de Nicolas Sarkozy et Jean-Pierre Pernaut, également coauteur d’une correspondance avec Bernard-Henri Lévy, devance la tendance.
1er Septembre 2001: alors que certains s’apprêtent, dans dix jours à peine, à lancer avec brio le concept du choc des civilisations, le magazine Lire publie une longue interview de Michel Houellebecq à l’occasion de la sortie de son roman intitulé «Plateforme», ou l’histoire d’une romance anéantie dans un attentat islamiste. Extraits non tronqués:
- Pour l’Islam, ce n’est plus du mépris que vous exprimez, mais de la haine?
- M.H. Oui, oui, on peut parler de haine.
- Est-ce lié au fait que votre mère s’est convertie à l’islam?
- M.H. Pas tant que ça, parce que je ne l’ai jamais prise au sérieux. C’était le dernier moyen qu’elle avait trouvé pour emmerder le monde après une série d’expériences tout aussi ridicules. Non, j’ai eu une espèce de révélation négative dans le Sinaï, là où Moïse a reçu les Dix Commandements... subitement j’ai éprouvé un rejet total pour les monothéismes. Dans ce paysage très minéral, très inspirant, je me suis dit que le fait de croire à un seul Dieu était le fait d’un crétin, je ne trouvais pas d’autre mot. Et la religion la plus con, c’est quand même l’islam. Quand on lit le Coran, on est effondré... effondré! La Bible, au moins, c’est très beau, parce que les juifs ont un sacré talent littéraire... ce qui peut excuser beaucoup de choses. Du coup, j’ai une sympathie résiduelle pour le catholicisme, à cause de son aspect polythéiste. Et puis il y a toutes ces églises, ces vitraux, ces peintures, ces sculptures...
- Votre personnage principal en arrive à prononcer cette phrase: «Chaque fois que j’apprenais qu’un terroriste palestinien, ou un enfant palestinien ou une femme enceinte palestinienne, avait été abattu par balles dans la bande de Gaza, j’éprouvais un tressaillement d’enthousiasme...»
- M.H. La vengeance est un sentiment que je n’ai jamais eu l’occasion d’éprouver. Mais dans la situation où il se trouve, il est normal que Michel ait envie qu’on tue le plus de musulmans possible... Oui... oui, ça existe, la vengeance. L’islam est une religion dangereuse, et ce depuis son apparition. Heureusement, il est condamné. D’une part, parce que Dieu n’existe pas, et que même si on est con, on finit par s’en rendre compte. A long terme, la vérité triomphe. D’autre part, l’Islam est miné de l’intérieur par le capitalisme. Tout ce qu’on peut souhaiter, c’est qu’il triomphe rapidement. Le matérialisme est un moindre mal. Ses valeurs sont méprisables, mais quand même moins destructrices, moins cruelles que celles de l’islam.
Quant aux propos qu’il fait tenir au narrateur de «Plateforme», ils sont du même tonneau: «L’islam ne pouvait naître que dans un désert stupide, au milieu de bédouins crasseux qui n’avaient rien d’autre à faire – pardonnez-moi – que d’enculer leurs chameaux(…). Le soir tombait : quelques moutons terminaient leur journée. Eux aussi étaient stupides, peut-être encore plus que le frère d’Aïcha ; mais aucune réaction violente n’était programmée dans leurs gènes.»
Poursuivi en justice par des associations musulmanes pour injure raciale et incitation à la haine religieuse, Michel Houellebecq sera finalement relaxé. Invités le 8 septembre 2001 dans l’émission «Tout le monde en parle» de Thierry Ardisson, l’actrice Lubna Azabal et le comédien Daniel Prévost, tous deux d’origine arabe ou berbère, ont réagi avec indignation aux propos du romancier.
Un an plus tôt, c’est encore chez Thierry Ardisson qu’un aveu inattendu de la part d’un invité se produit. Interrogé sur un prix Goncourt manqué de peu, Michel Houellebecq révèle tout haut ce qui apparaît alors comme un secret de polichinelle: il ne pouvait pas obtenir le prestigieux prix car sa maison d’édition, Flammarion, n’avait «pas de ligne budgétaire pour acheter les jurés». Dix ans plus tard, l’auteur est revenu dans le même groupe éditorial. Sa consécration, ce lundi 8 novembre, serait donc le signe d’une corruption enfin réalisable et brillamment parachevée, du moins si l’on en croit ses propos antérieurs. Cette fois-ci, Michel Houellebecq, qui s’estime aujourd’hui «profondément heureux», a bel et bien mérité son prix.
Dans la figure du paria qu’il a choisi d’incarner, son collègue, rival, et ancien voisin d’immeuble, Marc-Edouard Nabe, peut aujourd’hui se remémorer la phrase prononcée jadis par le nouveau lauréat et rapportée dans son roman, «Le Vingt-Septième livre», paru en 2009: «Si tu veux avoir des lecteurs, mets-toi à leur niveau! Fais de toi un personnage aussi plat, flou, médiocre, moche et honteux que lui. C’est le secret, Marc-Édouard. Toi, tu veux trop soulever le lecteur de terre, l’emporter dans les cieux de ton fol amour de la vie et des hommes!... Ça le complexe, ça l’humilie, et donc il te néglige, il te rejette, puis il finit par te mépriser et te haïr»... Michel avait raison. Un best-seller a toujours raison.
Chantre de la médiocrité, faux lunaire et clown triste de l’islamophobie, Michel Houellebecq est désormais consacré par le système qu’il prétend abhorrer. Le couronnement d’une stratégie bien rôdée, basée sur le talent d’un communicant drapé en dépressif perpétuel. «Mabrouk!», aurait pu s’exclamer sa mère pied-noir, ancienne militante au Parti communiste algérien et nullement convertie à l’islam, s’ils n’avaient pas rompu tout contact pour un motif ô combien révélateur. Comme elle l’a raconté au journaliste Denis Demonpion, auteur d’une biographie non autorisée sur Houellebecq, son fils lui a fait une terrible scène, en 1991 dans un McDo, quand il a appris qu’elle souhaitait se faire enterrer à Alger. Michel Houellebecq aurait alors tenu des propos violemment racistes pour tenter de la dissuader. Quand il s’agit de dévoiler les secrets les plus noirs de leur progéniture, les mères rejetées sont impitoyables.
Hicham Hanza
09.11.10
Source: oumma.com
mercredi 10 novembre 2010
Chomsky: la guerre en Afghanistan, «illégale et criminelle», est basée sur des «contes de fées»
Lundi dernier, Noam Chomsky, intellectuel mondialement reconnu, a fait sensation en affirmant sur Press Tv qu’il n’existait pas, selon lui, de preuve impliquant Al Qaida dans les attentats du 11-Septembre.
C’est le «plus grand intellectuel au monde» selon un sondage organisé en 2005 par la revue britannique Prospect et le magazine américain Foreign Policy. L’éminent linguiste et philosophe américain Noam Chomsky, particulièrement vénéré en France, a tenu des propos iconoclastes sur Press TV. Cette chaîne internationale d’informations, basée à Téhéran et à Londres, a consacré lundi dernier une émission sur les causes de la guerre en Afghanistan. Interrogé sur sa légalité, Noam Chomsky a réitéré sa condamnation de l’expédition militaire, toujours justifiée par l’Otan et la France, mais, surtout, il a incidemment donné son sentiment sur le 11-Septembre, prétexte officiel de l’intervention encore invoqué par le président Obama. Pour la première fois, l’influent penseur a nié l’implication du réseau d’Oussama Ben Laden, s’appuyant sur des conclusions méconnues du FBI qui a toujours conservé une approche plus ambivalente que l’Administration Bush.
Connu pour son contournement régulier du sujet, la nouvelle prise de position, frontale et inattendue, de Noam Chomsky au sujet d’une polémique toujours controversée, relative aux culpabilités et à l’instrumentalisation du 11-Septembre, circule déjà à toute vitesse sur Internet. Il n’est pas sûr que cette audacieuse déclaration soit approuvée, voire simplement relayée, par la plupart des faiseurs d’opinion en France, largement indifférents ou suivistes sur la question.
«En octobre 2001, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont commencé à bombarder l’Afghanistan. Il y a beaucoup de contes de fées concoctés par la suite mais le motif explicite, déclaré de la guerre était de contraindre les Taliban de remettre aux Etats-Unis les personnes qu’ils ont accusé d’être impliqués dans les actes terroristes du World Trade Center et du Pentagone. Les Taliban ont indiqué envisager l’extradition mais ils ont requis des preuves, ce qui est naturel, et l’Administration Bush a refusé d’en fournir (...).
Nous avons découvert par la suite l’une des raisons pour lesquelles ils n’ont pas fourni de preuve: ils n’en avaient pas.
8 mois plus tard, le directeur du FBI, après l’enquête internationale la plus sensible qui soit, a informé la presse que le FBI estimait que le complot avait pu être ourdi en Afghanistan mais qu’il avait probablement été mis en œuvre dans les Emirats arabes unis et en Allemagne. Essentiellement, ils n’avaient aucune preuve donc ils ne pouvaient rien présenter.
Trois semaines après le début de la guerre, un officiel britannique-je ne sais plus lequel- annonça que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne continueraient leurs bombardements jusqu’à ce que le peuple afghan renverse les Taliban(…). C’est devenu par la suite la justification pour la guerre.
Tout cela était totalement illégal. Je veux dire…C’était plus que cela, c’était criminel.»
Un an auparavant, en octobre 2009, Noam Chomsky avait discrètement émis une opinion particulièrement transgressive, notamment pour l’intelligentsia américaine et européenne, en indiquant que la thèse selon laquelle l’Administration Bush aurait pu laisser se commettre le 11-Septembre lui était dorénavant «concevable». A 81 ans, et à la manière d’une grande figure du journalisme d’investigation, John Pilger, qui vient aussi d’exprimer la même opinion, le linguiste Noam Chomsky rejoint ces nombreuses personnalités dont les langues, précisément, semblent vouloir se délier.
Hicham Hamza
07.11.10
Source: oumma.com
mardi 9 novembre 2010
Chercher, encore et encore, pour tenter de comprendre, et ne pas se tromper… (II)
Ceci étant, la question des retraites françaises amène à des analyses qui ne me semblent pas correctes. Dans un débat, tout intervenant sait que l’on peut faire dire tout et son contraire aux chiffres que chacun choisit pour étayer son point de vue. Le décompte du nombre de manifestants l'a lamentablement illustré. Face au gouvernement qui justifie sa réforme par l’allongement de notre durée de vie, les uns épinglent cette durée pour la comparer à l’accroissement du PIB, quand d’autres déclarent qu’ayant augmenté leur productivité, nos sociétés auraient les moyens d’une retraite à partir de 35-40 ans pour libérer les individus qui pourraient alors vivre de repos et de loisirs… Cela ne me semble pas poser le problème correctement, dans la mesure où le travail est considéré d’emblée par ces intervenants comme une charge à vie, un fardeau, une punition insupportable. Ce qui me paraît biaiser le débat, d’entrée de jeu.
Même si mes propos vont à contre-courant d’une idée actuellement répandue, je crois que dans bien des cas le travail peut aussi structurer la vie des individus. Et que beaucoup d’entre eux seraient en complète dérive – faut-il rappeler les dégâts du chômage? – s’ils n’avaient pas leur travail pour les construire et les fonder, inaptes qu’ils sont de meubler leurs loisirs par autre chose qu’une fuite en avant dans une consommation accrue de n’importe quoi, cherchant avant tout à se distraire. La réalité à ce propos est édifiante: il suffit de voir à quoi la grande majorité passe ses loisirs… Cette société des loisirs que l’on nous promettait comme une libération du travail au profit de la culture a surtout fait la part belle à une société de petits consommateurs de tous bords, bien dociles, de moins en moins cultivés et de plus en plus grégaires dans leurs comportements, soumis aux modes, aux mirages publicitaires et aux médias qui les manipulent et les aliènent.
L’on nous abreuve depuis quelques années de reportages esthétisants qui dénoncent le gaspillage éhonté de nos sociétés industrielles – et nous y applaudissons, les yeux émerveillés – en nous expliquant qu’au rythme où l’on vit en Occident il faudrait cinq planètes comme la nôtre pour assurer notre niveau de vie partout, mais dès qu’il s’agit d’évoquer la nécessité de diminuer ce niveau, nous freinons des quatre fers. Changer nos comportements, devenir des consommateurs responsables, faire des économies d’énergie, réduire notre empreinte écologique, d’accord… mais que les autres commencent d’abord! Nous, nous revendiquons plus de temps libre pour nos loisirs où nous pourrons nous distraire en consommant davantage. Nous sommes les produits d’une société de consommation et nous ne pouvons plus nous en passer. Dès lors, rien n’est plus irresponsable que de proposer une vision des choses qui se heurte de suite à une réalité qui la dément. Le réel, et rien que le réel devrait suffire amplement pour tenter de transformer une société malade de ses excès sans tomber dans les clichés faciles d’une autre qui ne reflètent en rien la réalité. C’est abandonner une idéologie critiquable pour tomber dans une autre qui le serait tout autant. Souvent, ce sont d’ailleurs les mêmes qui prônent une société de décroissance et dans le même temps proposent de telles utopies irréalistes. Résultat: ils jettent le trouble dans l’esprit de beaucoup, là où il faudrait au contraire tenter d’amener quelque clarté.
Pour commencer, il conviendrait d’abord d’arrêter de présenter systématiquement le travail comme un fardeau, une contrainte insurmontable et obligatoirement déshumanisante. Tout comme de prôner le retour au troc en lieu et place de l’outil monétaire qui serait la source de tous les maux. Ou encore, d’organiser un retrait planétaire de liquidités auprès des banques à tel moment précis. Ces grossières approches ne mènent à rien, sauf à donner l’illusion à leurs auteurs de «réfléchir» à des lendemains meilleurs… mais sans réel engagement politique. Parce que quand vous aurez rempli vos bas de laine de vos économies, qu’en ferez-vous, hormis d’assurer l’avenir des maraudeurs, puis de réclamer une présence policière accrue pour vous en protéger!? Il est absurde de penser obtenir quoi que ce soit par de telles initiatives irréfléchies, ni surtout d’imaginer avoir fait avancer d’un iota la complexité d’un système dans lequel il nous faut pourtant trouver des solutions intelligentes. Ce type de proposition est infantilisant dans une société où déjà les individus sont soumis à des tas de conseils de tous ordres dans un assistanat de façade qui les rend plus dépendants et finalement moins adultes et responsables d’eux-mêmes. Il suffit de voir la pub déguisée de certaines entreprises après les infos de 20h sur France2 pour se rendre compte à quel point on nous prend pour des débiles.
Dans des questions aussi sensibles pour la qualité de vie de chacun et l’équilibre de nos sociétés, on ne peut se satisfaire de telles caricatures. Il faut de la nuance. Et des solutions adaptées à chaque situation. Travailler n’est pas d’office une tare, un handicap, un empêchement à se réaliser, un esclavage. Cela peut aussi être tout l’inverse. Et nombre de travailleurs tirent à juste titre une fierté de leur labeur. La question n’est donc pas de savoir s’il faut s’arrêter à tel ou tel âge, la question est toujours la même et il ne faut pas s’en laisser distraire: qui est de savoir si le système actuel est équitable. Et c’est là que se situe l’enjeu et le combat à mener, pas ailleurs. Et à voir la manière dont s’articule le nouveau système proposé pour les pensions il n’est pas difficile de constater qu’il est comme beaucoup d’autres secteurs, profondément injuste. Il s’agit donc d’abord et avant tout d’une question de redistribution. Cette question des retraites est déjà bien assez complexe et sensible que pour ne pas emmener la réflexion des citoyens sur d’autres voies qui me paraissent sans issue.
Bref, autant j’applaudis des deux mains quand un travail abrutissant est remplacé par une mécanisation ou une robotisation, même au prix d’une diminution de certains emplois – mais qu’il conviendrait de réorienter par une formation adaptée aux changements profonds de nos sociétés, à un recyclage aux nouveaux métiers – autant je me méfie de ceux qui présentent l’avenir de la société qui n’aurait comme seul projet que l’oisiveté. Je crois que le travail est aussi une construction de l’individu, qui peut lui permettre de s’épanouir et d’équilibrer sa vie. Et que toute société a besoin de valeur ajoutée. Que les choses ne tombent pas toutes seules dans notre assiette, et que confondre les plans n’est pas sérieux. Encore une fois, si certains emplois au lieu de construire l’individu, le déconstruisent et l’abrutissent, il convient de les en dégager. Et il faut absolument humaniser des pans entiers de labeurs qui anéantissent encore quantité d’individus dans leurs tâches. Mais affirmer que la société fonctionnerait automatiquement mieux en travaillant moins et en s’arrêtant à 35 ans est un leurre. Tout comme penser que toute contrainte est un obstacle à la liberté. A bien y regarder, c’est probablement le contraire: sans contrainte aucun enfant ne peut devenir adulte. Une contrainte est aussi une épreuve qu’il lui faut surmonter et à travers laquelle il peut (se) grandir. Ainsi, l’on peut bien rêver, mais cela ne me semble pas le propos dans le cas présent qui a mobilisé des millions de salariés dans les rues. Et l’on peut toujours idéaliser, fantasmer une société, les faits viennent vite la contredire.
Loin des rêves éveillés, des pistes concrètes existent pourtant. Et elles sont nombreuses pour une plus juste répartition. Le seul obstacle est comme toujours la volonté politique de les explorer. Ce qui, comme dans beaucoup d’autres domaines, ne semble pas à l’ordre du jour des représentants des divers gouvernements qui se succèdent. Parce que là aussi, il s’agit de ne pas se leurrer: le PS ne fera pas grand-chose d’autre que ce que fait l’UMP. Ne soyons pas dupes. Il n’est qu’à voir ce que préconisent deux ténors du PS à l’OMC et au FMI – dont Dominique Strauss-Kahn est pressenti comme meilleur candidat de la gauche (?) à l’élection de 2012, à 495.000 $ nets de revenus annuels, quelle imposture! Les solutions sont autre part que dans ces partis minés par une ploutocratie alliée à la haute finance qui n’ont d’autres intérêts que strictement les leurs. Et il en va de même dans les autres gouvernements des autres pays. La classe dirigeante ne lâche pas facilement ses privilèges et les travailleurs auront toujours à se battre pour en obtenir une plus juste redistribution.
Ainsi, s’il faut assurément poursuivre l'amélioration des emplois «pénibles» afin d’en dégager plus tôt les travailleurs, pourquoi par exemple ne pas préparer les salariés à l’âge de la pension en diminuant leur temps de travail au fil des ans? Est-il normal que l’on demande à quelqu’un de prester le même nombre d’heures à 50 ans qu’à 30? Tout le monde sait que dans nombre de professions le rendement n’est pas le même. Ceux-là pourraient dès lors bénéficier d’un temps de travail progressivement moins lourd – à déterminer en concertation avec les acteurs sociaux – laissant la place aux jeunes dont ils pourraient par ailleurs assurer la formation. De plus, ils auraient ainsi le temps de se préparer à un arrêt total de leur activité professionnel le moment venu, sans que cela ne survienne du jour au lendemain, ce qui est parfois vécu comme un traumatisme aussi.
Autre exemple: pourquoi faudrait-il maintenir de tels écarts dans le taux des pensions quand pendant toute leur vie active certains ont déjà gagné dix, vingt ou cent fois plus que d’autres? La retraite ne serait-elle pas le moment où chacun pourrait percevoir une pension plus ou moins égale? La vie professionnelle active ayant permis à certains de s’enrichir plus que d’autres, pourquoi faudrait-il alimenter encore ces différences!? La fin de la carrière professionnelle rime souvent avec une augmentation des dépenses médicales. Ne serait-il pas judicieux d’assurer à chacun un partage plus équitable afin de pouvoir y faire face?
Et ainsi de plusieurs pistes qui sont à explorer – comme celle du bouclier fiscal, des avantages éhontés de certains, du cumul des autres, de la corruption dans les dossiers publics, de la taxation sur certaines opérations financières, des paradis fiscaux, etc… – si tant est que la volonté politique d’une plus juste répartition soit vraiment le souci des gouvernements… De ces pistes pourront sans aucun doute ressortir les moyens financiers permettant la continuité d’un système qui serait de la sorte, plus équilibré… en sachant que le modèle parfait n’existe pas, et qu’il faudra encore et toujours, réfléchir et travailler à plus de justice dans le partage des richesses produites.
Il s’agit donc de ne pas se tromper dans la démarche: le ras-le-bol et la rage exprimés par les citoyens de France comme d’ailleurs, tient plus souvent aux excès d’une classe privilégiée et arrogante qui impose des plans d’austérité et des sacrifices à la majorité des citoyens là où elle-même n’en fait aucun! Et malgré une société qui globalement s’enrichit par le travail des salariés, c’est de l’aggravation de l’injustice sociale dont il est question, et finalement peu d’un souci d’âge de la pension. Ce qui revient à recentrer le débat sur la question fondamentale qui gangrène nos sociétés et risque de provoquer à terme des révoltes: quel que soit le dossier, la justice ne peut pas être une matière à géométrie variable. Elle doit s’appliquer à tout individu ou groupe d’individus, de manière égale, sans discrimination d’aucune sorte, partout et en toutes circonstances. Le jour où tel sera vraiment l’objectif de nos sociétés, il n’y aura aucune hésitation à avoir: il faudra massivement miser sur l’éducation et l’enseignement. Et une génération plus tard, la société sera transformée. Mais est-ce bien la justice sociale que nos politiciens actuels ont comme projet? A voir leurs priorités budgétaires, rien n’est moins sûr.
Daniel Vanhove
Observateur civil
Auteur
09.11.10
lundi 8 novembre 2010
Boycott d'Israël, un appel indigne ?
Dans le quotidien Le Monde daté du 2 novembre, une trentaine de personnalités signent un appel intitulé «Le boycott d’Israël est une arme indigne».
Il commence ainsi:
«Une entreprise commence à faire parler d’elle en France, consistant à promouvoir un embargo d’Israël tant dans l’ordre économique que dans celui des échanges universitaires ou culturels. Ses initiateurs, regroupés dans un collectif intitulé Boycott, désinvestissement, sanctions, ne s’embarrassent pas de détails. Au vu de leur charte, tout ce qui est israélien serait coupable, ce qui donne l’impression que c’est le mot même d’Israël que l’on souhaite, en fait, rayer des esprits et des cartes.»
«L’illégalité de la démarche ne fait pas de doute et la justice française ne tardera pas à la confirmer.»
Les signataires font référence à des condamnations prononcées par des tribunaux français sur injonction politique («Quand la France laisse entrer les produits des colonies et poursuit ceux qui s’y opposent»), contre des militants appelant au boycott. Mais, ce qu’ils oublient de dire c’est que, même d’un point de vue purement juridique, il est parfaitement légal d’appeler au désinvestissement et aux sanctions contre un Etat. Le seul point de litige est celui que soulignait Willy Jackson dans un article du Monde diplomatique (septembre 2009), «Israël est-il menacé par une campagne de désinvestissement?»:
«S’il fait appel à la liberté de chacun de consommer ou de ne pas consommer, le boycott peut contrevenir à certaines dispositions légales lorsqu’il se transforme en incitation à une action collective. En France, par exemple, l’article 225 alinéa 2 du code pénal modifié par la loi n° 2004-204 du 9 mars 2004 portant adaptation de la justice aux évolutions de la criminalité dispose que toute discrimination qui consiste «à entraver l’exercice normal d’une activité économique quelconque» est punie de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende. Ainsi, autant chacun peut librement choisir ce qu’il achète et l’afficher publiquement comme attitude individuelle, autant le fait d’appeler au boycott pourrait tomber sous le coup de cet article.»
Mais même sur ce point, deux remarques s’imposent:
- d’abord qu’une grande partie des produits israéliens qui entrent en France comportent une composante qui implique une activité économique dans les colonies de Cisjordanie et de Jérusalem-Est. Et que c’est en en permettant l’accès libre de ces produits que le gouvernement français viole le droit international. La Cour de justice de l’Union européenne a adopté le 25 février 2010 une résolution stipulant que les produits originaires de Cisjordanie ne peuvent bénéficier du régime douanier préférentiel de l’accord CE-Israël. Quelles mesures les signataires de cet appel préconisent-ils pour arrêter ce scandale?
- la question que pose le boycott est celle de l’impunité. Comment ne pas comprendre l’indignation devant une occupation qui se poursuit depuis plus de 40 ans sans aucune mesure prise par la communauté internationale contre cette violation du droit international? Et s’il n’y avait pas eu la flottille de Gaza, le blocus de ce territoire se serait-il (légèrement) assoupli? Si la société civile n’était pas intervenue, Gaza vivrait encore sous le même blocus (pourtant condamné du bout des lèvres par les Etats-Unis, l’Union européenne, et sans doute la majorité des signataires de ce texte). Les porteurs de valise, qui aidaient le Front de libération nationale algérien violaient la loi, comme la violaient ces Américains qui refusaient de partir au Vietnam.
Les signataires [1] poursuivent:
«Mais la justice sera bien en peine de sanctionner ce qui est essentiel dans cette affaire. C’est pourquoi, nous, associations, citoyens de tous bords, acteurs de la vie de notre pays, tous également attachés à la paix au Moyen-Orient et, donc, à l’avènement d’un Etat palestinien viable et démocratique aux côtés d’Israël, nous sommes convaincus que les boycotteurs se trompent de combat en prenant le parti de la censure plutôt que celui de la paix, celui de la séparation plutôt que celui de la possible et nécessaire coexistence – celui, en un mot, de la haine et non de la parole et de la vie partagées.»
Qui est aujourd’hui, en parole au moins, contre la création d’un Etat palestinien? Même le président George W. Bush et Benyamin Netanyhou s’y sont ralliés en paroles. Et alors? Le refus de considérer que l’on a d’un côté un occupant et de l’autre un peuple occupé, d’un côté un Etat puissant de l’autre une Autorité impuissante, fausse tout possibilité de solution.
Il est significatif que ce texte sur la nécessaire coexistence soit publié alors même que le gouvernement israélien cherche à faire adopter un texte pour empêcher les Palestiniens citoyens d’Israël de pouvoir habiter dans des quartiers juifs (lire le texte de Zvi Bar’el, «South Africa is already here», Haaretz, 31 octobre 2010)
«La possibilité de critiquer, même de manière vive, le gouvernement israélien concernant sa politique vis-à-vis des Palestiniens n’est pas ici en cause. Peu de gouvernements sont autant sévèrement jugés, y compris par certains d’entre nous. Mais la critique n’a rien à voir avec le rejet, le déni, et, finalement, la délégitimation. Et rien ne saurait autoriser que l’on applique à la démocratie israélienne un type de traitement qui n’est réservé aujourd’hui à aucune autre nation au monde, fût-elle une abominable dictature.»
Critiquer Israël? Finkelkraut, Encel et Lévy critiques du gouvernement israélien? On croit rêver. En pleine guerre de Gaza, ils justifiaient les crimes commis par l’armée israélienne et, encore plus révoltant, Bernard-Henri Lévy pénétrait dans Gaza assis sur la tourelle d’un char israélien. Quant aux signataires membres du Parti socialiste, faut-il rappeler que leur parti est lié au Parti travailliste, qui a mené les guerres au Liban et à Gaza et qui, aujourd’hui, aux côtés d’Avigdor Lieberman, participent au gouvernement de Benyamin Netanyahou? Et que leur parti est resté passif durant l’invasion de Gaza?
Certains des signataires critiquent peut-être le gouvernement israélien, mais comment cette critique se traduit-elle en actes? Ne sont-ils pas coupables de non assistance à un peuple en danger?
Quant à l’argument selon lequel on applique à la démocratie israélienne un traitement qui n’est réservé à aucun autre pays appelle deux remarques:
- le fait qu’Israël soit démocratique (pour ses citoyens juifs seulement), ne l’empêche pas de commettre des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. La France martyrisant l’Algérie durant la guerre d’indépendance était aussi un pays démocratique. Faut-il s’étonner que les Palestiniens ne fassent pas la différence entre une bombe démocratique et une bombe dictatoriale?
- d’autre part, il est vrai que le traitement du gouvernement israélien est sans équivalent: aucun Etat n’a violé impunément autant de résolutions du conseil de sécurité des Nations unies depuis plus de 40 ans, résolutions votées aussi bien par les Etats-Unis que l’Union européenne.
«D’autant que, de plus, la globalité du rejet et sa bêtise font que l’on emporte dans le même mouvement les forces qui, en Israël, œuvrent jour après jour au rapprochement avec les Palestiniens en sorte que les partisans du boycott sont, aussi, des saboteurs et des naufrageurs d’espérance.»
Oui, il y a des forces en Israël qui luttent avec courage, mais ce ne sont pas celles auxquelles les signataires font allusion: faut-il rappeler que non seulement le Parti travailliste mais aussi le mouvement La Paix maintenant ont justifié les guerres du Liban et celles de Gaza?
Et le texte se poursuit:
«La paix ne se fera pas sans les Palestiniens. Mais elle ne se fera pas non plus sans les Israéliens. Et moins encore sans les intellectuels et les hommes et femmes de culture qui, quels que soient leur pays d’origine ou leur parti pris politique, travaillent à rapprocher les peuples. Céder à l’appel du boycott, rendre impossibles les échanges, infliger aux chercheurs israéliens, par exemple, ou aux écrivains on ne sait quelle punition collective, c’est abandonner toute perspective de solution politique au conflit et signifier que la négociation n’est plus dans le champ du possible.»
L’argument est repris sans cesse pour affirmer qu’on ne peut pas boycotter la culture. Rappelons d’abord que la coopération culturelle et scientifique entre Israël et l’Union européenne concerne avant tout des laboratoires et des universités qui participent directement au complexe militaire israélien. Quant à l’argument sur le boycott des livres ou du cinéma, je renvoie à la polémique autour des cinémas Utopia («Yann Moix et Le Figaro condamnés»).
Conclusion des signataires:
«Nous n’acceptons pas cet aveu d’échec. Nous pensons que notre rôle est de proposer un chemin de dialogue. C’est pourquoi, nous, signataires, sommes résolument contre le boycott d’Israël et pour la paix – et, précisément, contre le boycott parce que nous sommes pour la paix.»
Mais de quel dialogue, de quelle paix parle-t-on? Qui pourrait être contre la paix? Les questions qui se posent sont pourtant simples et devraient interpeller les signataires: la paix est-elle possible avec l’occupation et la colonisation? Comment obtenir la fin de la colonisation qu’ont poursuivie depuis 1967 tous les gouvernements israéliens sans exception? Comment mettre fin à l’occupation? Le mouvement de boycott-désinvestissement-sanction (BDS) représente la réponse de la société civile à l’impuissance de la communauté internationale et pose une simple question: Israël se retirera-t-il des territoires occupés s’il n’y a aucune pression, aucune sanction? La réponse, pour tout observateur de bonne foi, est non. En ne faisant rien, les signataires sont les complices non seulement de la politique d’occupation mais aussi de la poursuite de l’impasse avec tous les risques qu’elle fait peser sur l’avenir de la région.
Alain Gresh
02.11.10
Notes:
[1] La liste des signataires :
Yvan Attal, comédien; Pierre Arditi, comédien; Georges Bensoussan, historien; Michel Boujenah, comédien; Patrick Bruel, comédien et chanteur; Pascal Bruckner, essayiste; David Chemla, secrétaire général de JCALL; Bertrand Delanoë, maire de Paris; Frédéric Encel, géopolitologue; Alain Finkielkraut, philosophe; Patrick Klugman, avocat; François Hollande, député (PS) de Corrèze; Georges Kiejman, avocat; Anne Hidalgo, première adjointe au maire de Paris; Bernard-Henri Lévy, philosophe; Mohamed Sifaoui, essayiste; Yann Moix, écrivain; Bernard Murat, directeur de théâtre; Jean-Marie Le Guen, député; Pierre Lescure, directeur de théâtre; Serge Moati, journaliste; Daniel Racheline, vice-président de JCALL; Arielle Schwab, présidente de l’UEJF; Dominique Sopo, président de SOS-Racisme; Gérard Unger, président de JCALL; Manuel Valls, député-maire (PS) d’Evry; Michel Zaoui, avocat.
On comparera cette liste à celle des personnalités qui se sont prononcées contre l’inculpation de Stéphane Hessel, Alima Boumediene-Thiery et tous ceux qui ont été mis en cause dans la campagne de boycott]. On notera, parmi elles, Michel Rocard, Laure Adler, Raymond Aubrac, Etienne Balibar, Jean Baubérot, Miguel-Angel Estrella, Eva Joly, Jean Lacouture, Noël Mamère, François Maspero, etc.
Source: les carnets du Diplo
À ne pas manquer:
le jeudi 11 novembre prochain à 19h sera projeté au Botanique (salle La Rotonde) "Jaffa, la mécanique de l'orange", documentaire d'Eyal Sivan (2009 - 90 minutes), en présence du réalisateur. Cet événement prend place dans le cadre du 11è festival du film méditerranéen de Bruxelles. (http://www.cinemamed.be/2010/)Pour rappel Eyal Sivan est un réalisateur israélien établi en France. Depuis 1987, il a réalisé une bonne douzaine de films documentaires parmi lesquels "Izkor, les esclaves de la mémoire" (1991), "Un spécialiste, portrait d'un criminel modene" (1999) et, en collaboration avec le cinéaste palestinien Michel Khleifi, "Route 181, fragments d'un voyage en Palestine-Israël" (2004). Eyal Sivan, opposant à la politique israélienne, a refusé que le film soit projeté au Forum des images dans le cadre de la campagne internationale de célébration du centenaire de Tel-Aviv (qui bénéficiait du soutien du gouvernement israélien).
A l'issue de la projection, Eyal Sivan répondra aux questions du public.
Prix d'entrée : 3 €
dimanche 7 novembre 2010
Le pouvoir: à utiliser avec modération
Ceux qui détiennent le pouvoir ont la tentation permanente d'en abuser: c'est pour cela que les Constitutions regorgent de garde-fous. Mais, comme le démontrent plusieurs cas récents - notamment en Italie - il arrive que les puissants plient ces règles dans leur intérêt exclusif.
On ne peut se passer du pouvoir, c'est pourquoi il faut le limiter. Hannah Arendt écrivait que le pouvoir n'a pas besoin de justification puisqu'il est "inhérent à toute communauté politique". Ce dont il a besoin, c'est de légitimité. L'exercice régulé et public du pouvoir politique permet de le limiter tout en l’accordant le mieux possible avec la légitimité et la liberté individuelle, c'est-à-dire avec les principes et la pratique de la démocratie constitutionnelle.
Hannah Arendt écrivait ceci en 1971, commentant ce que l'opinion publique américaine était alors en train de découvrir, grâce à la presse: un ensemble d'abus systématiques du pouvoir mis en œuvre par la Maison Blanche pour couvrir le rôle des services secrets et du Département d'État en Indochine et au Vietnam depuis la Seconde guerre mondiale.
L'abus de pouvoir est un fait extrêmement grave: il détruit la communauté politique en réduisant les citoyens à l’état de sujets; en les mettant dans la situation de ne pas savoir et donc de ne pas pouvoir juger avec compétence, il laisse à ceux qui gouvernent l’extraordinaire liberté de faire ce qu'ils veulent. L'abus mine à la racine la confiance sans laquelle il ne peut y avoir de relations politiques dans une société fondée sur le droit.
L'exercice du pouvoir pousse à en abuser
Le libéralisme s’est saisi plus ou moins bien de ce problème par ce que, d'un côté, il admet que le pouvoir est nécessaire et de l'autre que son exercice stimule chez les hommes une propension à ne jamais en avoir assez et donc à en abuser. Le pouvoir alimente la passion pour le pouvoir avec une escalade fatale vers le monopole. Les constitutions modernes partent toutes du principe qu'il faut toujours s'attendre à des abus de la part de celui qui exerce le pouvoir. C'est pourquoi elles institutionnalisent les fonctions publiques et enserrent le pouvoir politique dans des règles rigides et claires.
À partir de cette conception libérale, l'idée a pris forme que l'unique légitimité que le pouvoir politique puisse acquérir est celle qui est issue du respect des garanties des libertés individuelles et donc de la limitation et du contrôle du pouvoir (limitation dans sa durée et dans son intensité grâce aux élections, aux contrôles de constitutionnalité et à la division des pouvoirs) à travers des contraintes dont celui qui gouverne ne peut s’exempter.
Violer les limites de la décence que cette liberté impose revient à se mettre hors-la-loi (un acte de sédition qui poussa John Locke à justifier la désobéissance et la rébellion, ajoutant que malheureusement les peuples ont davantage de capacité à subir les abus qu'à se rebeller contre ceux-ci). Le pouvoir, lorsqu'il se fait arbitraire n'est plus un pouvoir politique. C'est une domination absolue et donc une force nue qui fait de celui qui la subit un être asservi: c’est là toute la différence entre domination et gouvernement.
Le cas italien est plus sordide et avilissant
Les réflexions d’Hannah Arendt s’adaptent à merveille à ce qui se passe en Italie. Le fait qu’au lieu d'une guerre injuste il s'agisse ici de relations érotiques avec des mineures et des jeunes femmes ne change pas la nature de l'arbitraire. Tout au plus il le rend plus sordide et plus avilissant. Dans le cas italien aussi, la manipulation, le maquillage des faits et la dissimulation sont les armes utilisées par un gouvernement qui a instauré une "cellule de crise" pour réécrire "la vérité du président du Conseil sur l'appel téléphonique à la préfecture de police" [afin de demander la remise en liberté d’une prostituée mineure].
A la dissimulation de la vérité s'est ajouté un bouleversement calculé des faits qui, par plusieurs aspects, met en mauvaise posture l'Italie et ses relations internationales: dans l'appel téléphonique destiné à convaincre qu'il fallait relâcher la mineure il a été dit que la jeune fille était la nièce du président égyptien Hosni Moubarak. Le président du conseil italien utilise son autorité de garant de l'intérêt national pour couvrir ses comportements illicites. Abus donc dans tous les sens du terme, affront envers son pays et mise en cause mensongère d'un Etat étranger.
Dans une démocratie constitutionnelle le chef du gouvernement et les ministres (le pouvoir exécutif) reçoivent leur légitimité du pacte fondateur qui dicte les règles de leur désignation, de leur durée. Mais aussi, si nécessaire, de leur destitution, afin qu'ils puissent être soumis à la justice ordinaire "pour des délits commis dans l'exercice de leurs fonctions". Ces règles et ces limites qualifient l’action politique en tant qu’action publique, et établissent que cette action appartient à la communauté politique et non à celui qui l’exerce. Celui-ci ne peut substituer ses jugements personnels aux modalités définies par la loi dans ses relations avec les institutions.
Or l’abus bloque la dimension publique du pouvoir en faisant de son exercice un fait absolument privé. Et c'est là que le pouvoir devient une force brute, un pouvoir discrétionnaire entre les mains de celui qui le manipule comme un instrument de privilèges. Lorsqu’un l’homme d’Etat viole les normes qui régulent son action, il confisque le pouvoir et le plie à ses intérêts.
Nadia Urbinati
04.11.10
Source: presseurope
samedi 6 novembre 2010
Le sionisme moribond
Deux plaintes déposées en moins d'une semaine contre Souhail Chichah, enseignant et chercheur à l'ULB, l'une pour "antisémitisme", l'autre pour "incitation à la haine raciale". En parallèle, une campagne de diffamation des plus féroce contre ce même homme sur internet et dans les journaux belges. A quoi s'ajoutent des pressions sur les autorités académiques de l'ULB en vue de briser sa carrière. Et des lettres anonymes sans nombre où foisonnent les menaces et les insultes. Et cerise sur le gâteau: une tentative de meurtre à l'arme blanche visant sa personne.
L'arme des lâches est partout la même: intimidation, calomnies, cabales, coups bas. Et les sionistes ne s'embarrassent pas d'en user et "abuser" même avec les "mauvaises graines" juives, que ce soit à l'intérieur d'Israël ou à l'extérieur. Cette hargne contre les antisionistes où qu'ils se trouvent ne peut et ne doit que consolider le front des pacifistes de tous les pays, intellectuels ou simples citoyens, dans cette bataille des plus juste et noble pour le droit palestinien. L'issue de l'affaire Alima et Omar en France retentit encore de ce camouflet donné aux "redresseurs de torts antisémites", lobbyistes d’Europe et leurs commanditaires en Israël. La mascarade n'est pas terminée, certes, puisqu'il y a encore 79 procès à suivre. Mais l'élan de solidarité qui a précédé et accompagné ce premier procès, les papiers écrits, les déplacements individuels et en groupes pour assister au procès ou manifester devant le tribunal, toutes les initiatives concertées ou spontanées en marge de cet évènement témoignent, au delà de la responsabilité citoyenne de leurs auteurs, de ce sentiment de ras-le-bol qui se propage en Europe et ne fait que grandir. Ce qui semblait tenir, il y a quelques années seulement, d'un vent de sédition intellectuelle sans conséquence, circonscrit dans le cercle de l'élite, se révèle, jour après jour, d'une ampleur plus inquiétante pour les sionistes. Le vieux sentiment de culpabilité européenne à l'égard des juifs persécutés par les nazis ne trouve plus d'adhérents chez les nouvelles générations, d'autant plus que les victimes d'hier sont aujourd'hui des victimaires. La litanie de l'holocauste, confrontée aux crimes en live, au fleuve de sang arabe et palestinien qui, de Deir Yassine à Gaza, en passant par Sabra et Chattila, Jenine et Kana, sans compter les tueries moins tristement notoires ni les assassinats de chaque jour, n'a jamais tari ni connu la moindre décrue, confrontée aux destructions quotidiennes perceptibles sur tous les écrans, aux humiliations sans nombre de femmes, d'hommes et d'enfants dont les photos égayent les héros de Tsahal et leurs fans, confrontés au vol des terres et des maisons, à l'expropriation de tout un peuple au profit d'un autre, tel holocauste a perdu son aura de sainteté et sa crédibilité. L'effet anesthésiant que ce mot magique avait autrefois sur les vieilles générations européennes et qui permettait aux apôtres du sionisme de couvrir ou de faire absoudre les crimes de leur État en Palestine ou dans les pays limitrophes est aujourd'hui sans prise aucune sur les générations nouvelles. Libérées de ce croque-mitaine qui ne tient plus face au sang palestinien, ces générations se désolidarisent de plus en plus de leurs prédécesseurs pour rallier le camp de la justice et du droit. Et cette attitude antisioniste qui est en passe de devenir un trait de la nouvelle culture européenne, en même temps qu'un signe identitaire de tout projet de politique autrement, touche toutes les catégories sociales, pour autant que celles-ci soient informées. On peut en mesurer l'étendue sur la toile, sur les réseaux et les forums: les citoyens connectés à ce vent et impliqués dans son souffle ne sont plus seulement que des intellectuels ou une poignée de politiques réfractaires à la vieille doxa du continent. La contagion antisioniste paraît n'épargner personne, et qui mieux est, se répandre à l'intérieur même d'Israël.
N'en déplaise aux bons apôtres, l'épidémie ne fait que commencer. Et le vaccin comme le remède fait défaut. Aucun laboratoire ni savant sioniste, quelles qu'en soient les compétences, ne pourront inventer la pilule qui soit capable d'endiguer la pandémie mondiale ou d'en guérir les personnes atteintes. Car le mal n'est ni en Europe ni chez les intellectuels ou les antisionistes en général, mais là où le sionisme a construit ses murs et ses
colonies, là où il a usurpé la terre palestinienne, là où il a fondé Israël. Tant que le foyer initial du virus est là, ni les armes, les assassinats, le terrorisme d'État sous toutes ses formes ni le mensonge ne pourront enrayer le mal ou guérir les malades. Et tant pis si les sionistes ne l'entendront pas de cette oreille!
Ce front qui unit Juifs, Arabes, Européens et d'autres combattants pour la paix, dans le reste du monde, aura raison du sionisme. Les actions de soutien à BDS et aux victimes des procès sionistes devront être reconduites et consolidées pour les rounds à venir. En France comme en Belgique ou ailleurs, là où nous pouvons marquer notre présence, boycotter ou faire boycotter un produit israélien, écrire un mot, transmettre une info, rallier un nouveau défenseur de la liberté de pensée et d'expression, dénoncer cette terreur aveugle qui vise des femmes et des hommes intègres, usons de la moindre parcelle accessible sur Internet ou ailleurs pour offrir le maximum de créneaux à la cause qui nous rassemble. Et en aucun cas, autant que possible, ne
laissons pas seuls sur le terrain les sionistes. Car, et ce que je vais dire n’est pas un optimisme de pacotille, tout porte à croire que le vent de révolte qui souffle des cinq continents, et de l’Europe en tête, sur le sionisme et ses fondements n'est pas passager. Une nouvelle conscience universelle émergeant au jour depuis la dernière guerre contre le Liban et consolidée par le siège puis la guerre contre Gaza est en train de se dresser partout à la face du sionisme. Et les sionistes le savent bien, qui multiplient les fuites en avant et les faux-pas, répondent à l'argument percutant par les huées et les sifflements, la calomnie et la cabale, la menace anonyme et le couteau brandi, et ameutent en toute circonstance leurs chiens de garde pour un "oui" ou un "non" n'allant pas dans le sens qui les réconforte.
Ces sionistes savent que les jours de leur doctrine supposée les protéger mais se révélant piège mortel pour eux sont d’ores et déjà comptés.
Armés de cette foi fondée autant sur l’histoire du colonialisme et de l’apartheid et les signes récurrents d’un ras-le-bol humain face aux crimes incessants du sionisme, disons-le sans ambages: tôt ou tard, et plutôt tôt que tard, nous finirons bien par caser ce monstre moribond là où il ne fera plus de mal ni aux Palestiniens ni aux Juifs ni aux citoyens du monde. Dans le musée de l'histoire.
Ahmed Amri
04.11.10
Source: alterinfo
vendredi 5 novembre 2010
La multiculturalité belge, réussite ou échec?
La nouvelle affirmation d’un islam visible n’est pas la cause principale des actuelles tensions interculturelles. Les populations discriminées ont besoin de retrouver confiance dans un État qui est aussi le leur.
Donc, la chancelière Angela Merkel, aux prises avec une vague d’hostilité sans précédent vis-à-vis des musulmans d’Allemagne, déclare que le "multiculturalisme" à l’allemande est un échec. Et elle ajoute: "Nous nous sentons attachés aux valeurs chrétiennes. Celui qui n’accepte pas cela n’a pas sa place ici."
De son point de vue, Merkel n’a pas tort. Comme la plupart des pays d’Europe, l’Allemagne reste imprégnée par une conception archaïque de la nation. Selon cette conception, l’identité nationale se transmet par héritage. Un Turc musulman ne sera jamais Allemand. Ceci étant posé, il peut bien rester Turc et cultiver ses différences dans l’entre-soi, à condition de rester à sa place. Mais ce que les parents ont accepté, leurs enfants ne l’acceptent plus. L’échec du modèle allemand, c’est celui de la hiérarchie des cultures et des peuples.
La Révolution française a proposé un autre modèle. Tout le monde peut devenir français, à condition de déposer ses bagages identitaires à la porte de la maison "France". Car l’universalisme de la "nation citoyenne" a toujours eu comme seul horizon l’assimilation de ses minorités au peuple dont les ancêtres étaient gaulois. Ici aussi, l’échec est manifeste. Le fond archaïque de la société française a massivement résisté à l’intégration des populations d’outre-mer et issues de la colonisation, dont les efforts pour se "blanchir" culturellement n’ont rien pu faire face aux discriminations massives qui ont bloqué leur ascension sociale (1). Alors, les enfants de migrants, nés ici et citoyens d’ici, n’ont pas eu d’autre choix que de mobiliser les ressources qui pouvaient leur donner de la force collective face à un modèle hypocrite qui ne tenait pas ses promesses. Et beaucoup se sont redécouverts musulmans.
Entre 1965 et 1973, la Belgique a littéralement importé des dizaines de milliers de travailleurs marocains et turcs - donc musulmans - avec leurs familles. Le travail, qui leur donna une place dans la société, a constitué un extraordinaire creuset de ce qu’on n’appelait pas encore l’interculturalité. La crise économique qui s’ensuivit amena le chômage de masse, la précarisation des conditions de vie avec, pour conséquence, le repli des communautés immigrées sur leurs réseaux d’entraide et leur reconcentration territoriale. Puis une nouvelle génération est apparue. Malgré toutes les difficultés rencontrées, une partie d’entre elle s’est instruite, a appris à maîtriser les codes de la société belge, est plus à l’aise en français qu’en arabe ou en turc et aspire naturellement à prendre sa place au sein des élites de son pays. Elle aussi s’est heurtée au plafond de verre de la discrimination. Alors, puisque l’émancipation individuelle lui est interdite, elle s’est redécouverte musulmane pour pouvoir s’appuyer sur une identité collective.
Pourtant, cette nouvelle affirmation d’un islam visible n’est pas la cause principale des nouvelles tensions interculturelles. Une société saine et sûre d’elle-même n’aurait jamais été déstabilisée par un phénomène tout à fait pacifique. Mais c’est désormais la société majoritaire qui est aux prises avec l’angoisse identitaire. Terminée la belle assurance occidentale d’être dans le sens de l’histoire et à l’avant-garde de l’humanité. La peur qui nous étreint désormais face à un monde dont nous ne sommes plus le centre nous fait serrer les rangs autour de notre propre patrimoine culturel et émotionnel. Pour certains, c’est l’identité chrétienne, pour d’autres - et ce sont parfois les mêmes - c’est une conception particulièrement crispée de la laïcité.
L’affrontement est-il inévitable? La "question musulmane" désigne-t-elle le clivage majeur qui divise désormais nos sociétés? La culture majoritaire "catho-laïque" doit-elle reprendre l’offensive contre une culture conquérante sûre de sa démographie et porteuse de valeurs incompatibles avec les nôtres, et ce avant qu’il ne soit trop tard et que les musulmans ne deviennent majoritaires à Bruxelles? Quelle myopie!
Car en 2030, au train où vont les choses, ce ne seront pas seulement les musulmans qui seront majoritaires à Bruxelles. Ce seront aussi les pauvres et les exclus du travail, les descendants d’une immigration qui est mal accueillie, les jeunes sans perspective d’insertion, les élèves d’un enseignement impuissant, les ménages en quête d’un logement sain, bref, tous les laissés pour compte d’un État social malade. C’est vrai, la plupart d’entre eux seront aussi musulmans. Mais est-ce vraiment par ce petit bout de la lorgnette qu’il faut appréhender les tensions sociales urbaines?
Bien sûr, la démarche interculturelle reste indispensable. Il faudra trouver des formules équilibrées qui puissent à la fois apaiser les craintes de la société majoritaire et répondre à des aspirations profondes à la reconnaissance de la part des populations discriminées qui ont besoin de retrouver confiance dans un État qui est aussi le leur. Mais cette ville n’aura un avenir que si des solidarités transversales arrivent à se nouer de manière inclusive. Définitivement, les musulmans font partie de nous.
Henri Goldman
Rédacteur en chef de la revue Politique
03.11.10
Source: la libre.be
jeudi 4 novembre 2010
Réflexions sur la suite d'un engagement
(...) Je suis rentré il y a peu en France après un séjour d’un an au Cambodge où j’ai travaillé comme conseiller du gouvernement sur les questions de frontières (le sujet de ma thèse doctorale).
Grâce à Internet et à TV5 (une des meilleures chaînes publiques pour la qualité des infos), j’ai essayé de rester informé de ce qui se passe en France. Et les odeurs qui me sont parvenues étaient nauséabondes: racisme d’État, corruption des élites dirigeantes, instrumentalisation de la Justice, déclin de l’État de droit, discriminations en tous genres, affaiblissements répétés de la santé publique et de l’école publique, poursuite des privatisations, poursuite de la régression sociale et de la casse des acquis sociaux, laïcité mise à mal. L’injustice comme modèle de société.
Avec, en face, un PS dont on ne sait qui il faut écouter pour connaître sa position, dominé par ses libéraux, incapable d’offrir une alternative authentique à un système qui se renforce chaque jour du chacun pour soi, de la concurrence de tous contre tous, du déclin de l’intérêt général. Au sens où Jaurès entendait le mot, le socialisme n’est plus défendu en France. À la gauche du PS, j’ai retrouvé le même paysage désolant de la division et de l’éparpillement. Les uns défendent leur pureté inoxydable, les autres leur mission historique. Rien à ce jour n’émerge qui rassemble sur une vision accompagnée d’un projet de gouvernement. D’un côté, il y a ceux qui promettent un avenir radieux, mais totalement imprévisible. De l’autre, il y a ceux qui ne proposent qu’une collaboration différée avec le PS.
Le seul à ramasser le flambeau de Jaurès semble être Mélenchon et son Parti de Gauche. Le livre qu’il vient de publier propose une vision et un projet. Ses déclarations tranchent avec le discours convenu ou la langue de bois des uns et des autres. Mais je suis échaudé par ma propre expérience de 2008-2009 où je me suis égaré dans un NPA qui s’est avéré n’être qu’une LCR ravalée que j’ai quittée au début de cette année. Sans doute est-on enrichi par chacune des expériences, positives ou négatives, que l’on fait dans sa vie. Alors, aujourd’hui, je suis partagé entre la méfiance et le désir de vivre un nouvel enthousiasme. Je ne peux pas me résigner à la passivité. Je ne peux pas me satisfaire de la seule contestation, si indispensable soit-elle. Parce que je ne crois pas en la fatalité. Parce que je crois qu’une société organisée autrement est possible. Parce que je suis convaincu qu’après avoir renversé l’aristocratie féodale et cléricale, le temps est venu de renverser l’aristocratie de l’argent.
Même si, jamais comme aujourd’hui, le capitalisme n’a régné sur le monde. La mondialisation néolibérale, voulue par un patronat remarquablement organisé au plan international, négociée par nos gouvernements avec l’implication décisive du PS (dont deux membres éminents sont aujourd’hui les patrons du FMI et de l’OMC) est à l’origine des régressions démocratiques et sociales que nous subissons. La marchandisation de toutes les activités humaines s’impose partout. Et pourtant, la crise de 2008 a révélé, une nouvelle fois, les fragilités d’un système qui n’existe en réalité que du fait de la complicité ou de la faiblesse de celles et de ceux qui devraient s’y opposer. Ils sont forts avant tout parce que, à cause de nos divisions, à cause de notre incapacité à proposer un nouvelle espérance, nous sommes faibles.
Je suis hanté par la mémoire de millions de femmes et d’hommes qui au XXè siècle ont, sur tous les continents, donné le meilleur d’eux-mêmes, y compris leur vie, pour un idéal qui, dès que les conditions furent réunies de le mettre en oeuvre, s’est transformé en barbarie sanglante. On ne dénoncera jamais assez ceux qui, de Lénine à Pol Pot, ont tué l’espérance en un autre monde. Il nous faut penser une nouvelle espérance avec, au cœur de notre démarche, la conscience que la fin se trouve déjà dans les moyens et qu’on ne peut proposer une société différente que si on adopte dès maintenant des comportements différents. On ne peut promouvoir une démocratie citoyenne si on ne la pratique pas en son sein. On ne peut promouvoir l’écologie politique si on ne modifie pas son propre mode de vie.
Pendant des années, j’ai milité en simple citoyen, en intellectuel engagé, pour faire connaître l’OMC, ses accords et leur nocivité et tenir informé des négociations quasi permanentes qui s’y tiennent. Pendant des années, j’ai milité pour une Europe différente de celle qui s’appelle «Union européenne» et, dès l’automne 2004, je suis parti en campagne contre le Traité constitutionnel européen. J’ai eu la chance d’être invité et accueilli partout où ces sujets préoccupaient, du PCF à la LCR en passant par les Alternatifs, Attac et d’autres groupements. Je garde chaud au coeur le souvenir du formidable rassemblement du Larzac en août 2003 comme les 132 réunions publiques tenues pour convaincre de dire «non» au TCE. Peu à peu, on m’a fait confiance et on a donné du crédit à mes propos.
Et puis, coup sur coup, je me suis trompé deux fois. Après l’échec des efforts en vue d’une candidature unitaire pour les présidentielles de 2007, j’ai choisi de soutenir un candidat. Et de m’impliquer dans une campagne qui a révélé bien des limites. Peu après, alors que la gauche offrait le paysage d’un champ de ruines, alors que rien ne bougeait (Mélenchon n’avait pas encore claqué la porte du PS) parce qu’un parti, fait exceptionnel dans l’histoire politique, décidait de se dissoudre pour permettre l’émergence d’un mouvement politique nouveau en phase avec les défis de notre temps, ouvert à l’idée d’un rassemblement plus vaste, j’ai fait confiance à des promesses qui ne se sont pas vérifiées. Et je me suis trompé une deuxième fois. Après de telles erreurs, comment pourrais-je prétendre encore m’adresser aux gens pour les inviter à me croire et à suivre les propositions que je défendrais? Au nom de mes sincérités successives? Pas sérieux.
Il m’apparaît que je doive me limiter à faire ce que je fais le moins mal, sans trop commettre d’erreurs: analyser, décoder les documents qui comptent, traités ou directives, programmes et projets. Et faire connaître les actions et les textes que je soutiens. C’est ce à quoi je vais m’employer.
Raoul Marc Jennar
27.10.10
Source: jennar.fr
mercredi 3 novembre 2010
Juifs ou Israéliens ?
J’ai toujours essayé le plus possible de faire la distinction entre les juifs et les Israéliens. Cela me dérange quand des Palestiniens emploient ces deux termes indifféremment.
Chaque fois que je traverse le Jourdain, je surprends des discussions de personnes parlant sur leur téléphone portable, racontant comment elles sont entrées du coté juif, comment elles ont quitté le côté juif, ou qu’elles attendent pour passer du côté juif. De tels propos, on peut les entendre aussi de personnes qui s’approchent d’un check-point israélien ou qui en partent, ou qui ont quelque chose à faire avec les Israéliens.
Des prédicateurs religieux utilisent indifféremment ces termes, parlant des actions néfastes des Israéliens ou du manque de confiance dans les négociateurs juifs, etc.
Lorsque je couvrais l’information sur l’Intifada et que je circulais au sein des territoires occupés, j’avais la même préoccupation. Des personnes me disaient que des juifs étaient arrivés par ce côté, que des soldats juifs avaient frappé le fils d’untel, que des juifs avaient fait feu cachés derrière ces arbres, toujours pour parler d’actions des forces d’occupation israéliennes.
Quand je partais avec des journalistes étrangers, il me fallait faire l’interprète, et j’étais dans le pétrin car je me demandais si je devais traduire les mots littéralement ou si je pouvais utiliser simplement l’adjectif israéliens pour le substantif soldats.
L’utilisation du mot juif pour israélien ne se limite pas aux Palestiniens de certaines régions ou de milieux économiques particuliers. J’ai entendu un professeur d’université et aussi une personne de ma propre famille utiliser le mot juif pour parler des Israéliens, et je me suis fâché parce que je pensais à un certain nombre d’amis juifs américains que je connais, et qui n’ont rien à voir avec les occupants et l’Etat d’Israël, voire qui sont antisionistes et partagent l’aspiration des Palestiniens à se libérer de l’occupation israélienne.
J’ai beaucoup pensé à ces mots ces dernières semaines alors que nous étions inondés d’exigences continuelles par les dirigeants d’Israël pour que les Palestiniens reconnaissent non seulement l’Etat d’Israël mais aussi sa judaïté. Ces exigences comprenaient aussi une série de nouvelles lois que le gouvernement israélien avait approuvées, exigeant que les autres se réfèrent à la judaïté de l’Etat et n’écoutant guère les 20% de citoyens non juifs d’Israël.
Ce qui me gêne, c’est cette quasi-absence de réaction de la part de la population juive mondiale. Je peux comprendre que les juifs de la diaspora aient des sentiments particuliers envers l’Etat d’Israël pour des raisons ethniques ou religieuses. Mais j’ai toujours pensé que ces juifs mettaient en avant leur nationalité locale (américaine, britannique ou hongroise), tout en soulignant leur confession et leur culture juives uniques.
S’agissant des juifs dans la diaspora, j’ai le sentiment qu’il est problématique de vouloir gommer les différences entre Israéliens et juifs. Brouiller ces différences fait le jeu de ceux qui essaient de présenter toute action ou déclaration anti-israéliennes comme antisémites.
Les Palestiniens ont rejeté, et continueront de le faire, l’équivalence de ces deux termes, pour diverses raisons. Les nationalistes palestiniens soulignent que le conflit israélo-arabe est un combat national politique et non pas religieux. Et même si les Palestiniens ont reconnu les Israéliens à l’intérieur des frontières de 1967, ils refusent totalement l’idée que les juifs auraient un droit biblique sur la terre de la Palestine historique ou au-delà.
En outre, les dirigeants palestiniens n’abandonneront pas leurs frères, citoyens palestiniens d’Israël, et dont la situation serait rendue encore plus difficile par cette mesure qui écarterait l’idée qu’Israël est l’Etat de tous ses citoyens, quelle que soit leur religion.
Les dirigeants israéliens de droite, dirigés par le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son ministre des Affaires étrangères Avigdor Lieberman, peuvent croire qu’ils ont trouvé une stratégie gagnante pour faire obstruction aux exigences palestiniennes pour la fin de leur occupation militaire. Les Palestiniens et la plupart des gens sensés dans le monde approuveront la position palestinienne selon laquelle Israël peut se faire appeler comme il veut. Mais en cassant les oreilles des Palestiniens avec la judaïté d’Israël, la direction israélienne prévient les tentatives qu’auraient des juifs dans le monde de prendre des distances avec la position politique d’Israël, même en le soutenant par ailleurs ethniquement, culturellement et émotionnellement.
Cela aura des conséquences beaucoup plus néfastes pour les juifs du monde que pour les Palestiniens. J’espère qu’ils se rendront compte du danger de cette initiative et qu’ils agiront pour l’arrêter avant qu’il ne soit trop tard.
Daoud Kuttab
Journaliste palestinien
30.10.10
mardi 2 novembre 2010
La nouvelle présidente du Brésil Dilma Rousseff en cinq questions
Dilma Rousseff, la candidate du Parti des travailleurs de Lula, a été élue ce dimanche au second tour de l'élection présidentielle du Brésil, avec 56 % des voix contre 44 % à son rival social-démocrate José Serra. Succédant à Luiz Inacio Lula da Silva et à ses huit ans de présidence, elle devient la première femme présidente de ce pays de 192 millions d'habitants.
Le résultat a été annoncé officiellement par le Tribunal électoral supérieur, suite au dépouillement de 95% des votes.
Ancien gouverneur de Sao Paulo, José Serra avait déjà perdu l'élection présidentielle de 2002 face à Lula.
Qui est Dilma Rousseff ?
Peu connue du grand public, Dilma Rousseff, 62 ans, a été choisie par Lula, qui ne pouvait briguer un troisième mandat, pour tenter de lui succéder. Elle était sa directrice de cabinet et sa principale conseillère.
Etudiante à la fin des années 1960, Dilma Rousseff s'était engagée contre la dictature et avait rejoint un groupe guérillero. Elle avait caché des armes et participé à l'organisation d'un hold-up. Arrêtée, elle a été emprisonnée et subi des tortures.
Economiste de formation, ancienne ministre de l'Energie, Dilma Rousseff a gagné au gouvernement une réputation de «dame de fer» en raison de son intransigeance et de sa capacité de travail.
Atteinte d'un cancer du système lymphatique, elle a été traitée l'an dernier et déclarée guérie par les médecins.
Ne disposant pas d'un charisme comparable à celui de Lula, elle s'est placée dans son sillage. Elle n'avait jamais été candidate à une fonction élective.
Que prévoit-elle ?
Le principal engagement de la nouvelle présidente, rappelé hier dans son discours, est «l'éradication de la misère pour tous les Brésiliens et les Brésiliennes».
«Nous ne pourrons avoir de repos tant que des Brésiliens souffriront de la faim», a-t-elle affirmé.
Elle a également critiqué le protectionnisme des pays les plus riches, qui «empêche les nations pauvres de réaliser pleinement leur potentiel», et réclamé des «règles beaucoup plus claires» contre la spéculation qui augmente la volatilité des monnaies.
Se gardant d'une politique de rigueur, elle compte poursuivre l'investissement de l'Etat dans les infrastructures et le système scolaire.
Elle doit aussi préparer le pays à accueillir coup sur coup les deux manifestations sportives mondiales les plus prestigieuses: la Coupe du monde de football en 2014 puis les Jeux olympiques d'été en 2016.
Le deuxième tour était-il prévu ?
Beaucoup s'attendaient à une victoire dès le premier tour, le 3 octobre. Mais une controverse sur les positions de la candidate en faveur du droit à l'avortement, un sujet sensible pour les électeurs évangélistes, avait joué en sa défaveur.
Dilma Rousseff avait aussi été handicapée par la révélation d'un scandale de corruption impliquant une proche collaboratrice.
Elle avait obtenu 46% des suffrages contre 32% à José Serra. L'écologiste évangéliste Marina Silva avait créé la surprise avec près de 20% des voix.
Qui a voté et qui n'a pas voté pour elle ?
L'élection de Dilma Rousseff révèle un clivage profond selon les niveaux de revenus et la situation géographique.
La candidate du Parti des travailleurs s'offre des scores très élevés dans les Etats du Nord, les plus pauvres du pays, par exemple à Bahia (environ 70%) ou dans le Maranhao (78%).
José Serra, son concurrent, s'impose dans l'Etat de Sao Paulo et dans les Etats du Sud, les plus riches.
Que va devenir Lula ?
La candidate du Parti des travailleurs s'est appuyée sur les résultats obtenus sous la présidence de Lula: une croissance économique soutenue, un taux de chômage descendu à 6,2%, la mise en place d'aides sociales.
Très présent dans la campagne, il est parvenu à transférer à sa protégée une partie de son immense popularité.
A présent, Lula est soupçonné par l'opposition de devenir l'éminence grise de la nouvelle présidente.
Dans son discours, Dilma Rousseff l'a remercié «avec beaucoup d'émotion» et a affirmé: «Je frapperai souvent à sa porte et je sais qu'elle sera toujours ouverte.»
Lula a toutefois écarté une participation au gouvernement. «Il n'y a aucune possibilité qu'un ex-président participe à un gouvernement. Dilma, si elle est élue, devra former un gouvernement qui aura son image.»
Laurent Mauriac
01.11.10
Source: rue89
Le résultat a été annoncé officiellement par le Tribunal électoral supérieur, suite au dépouillement de 95% des votes.
Ancien gouverneur de Sao Paulo, José Serra avait déjà perdu l'élection présidentielle de 2002 face à Lula.
Qui est Dilma Rousseff ?
Peu connue du grand public, Dilma Rousseff, 62 ans, a été choisie par Lula, qui ne pouvait briguer un troisième mandat, pour tenter de lui succéder. Elle était sa directrice de cabinet et sa principale conseillère.
Etudiante à la fin des années 1960, Dilma Rousseff s'était engagée contre la dictature et avait rejoint un groupe guérillero. Elle avait caché des armes et participé à l'organisation d'un hold-up. Arrêtée, elle a été emprisonnée et subi des tortures.
Economiste de formation, ancienne ministre de l'Energie, Dilma Rousseff a gagné au gouvernement une réputation de «dame de fer» en raison de son intransigeance et de sa capacité de travail.
Atteinte d'un cancer du système lymphatique, elle a été traitée l'an dernier et déclarée guérie par les médecins.
Ne disposant pas d'un charisme comparable à celui de Lula, elle s'est placée dans son sillage. Elle n'avait jamais été candidate à une fonction élective.
Que prévoit-elle ?
Le principal engagement de la nouvelle présidente, rappelé hier dans son discours, est «l'éradication de la misère pour tous les Brésiliens et les Brésiliennes».
«Nous ne pourrons avoir de repos tant que des Brésiliens souffriront de la faim», a-t-elle affirmé.
Elle a également critiqué le protectionnisme des pays les plus riches, qui «empêche les nations pauvres de réaliser pleinement leur potentiel», et réclamé des «règles beaucoup plus claires» contre la spéculation qui augmente la volatilité des monnaies.
Se gardant d'une politique de rigueur, elle compte poursuivre l'investissement de l'Etat dans les infrastructures et le système scolaire.
Elle doit aussi préparer le pays à accueillir coup sur coup les deux manifestations sportives mondiales les plus prestigieuses: la Coupe du monde de football en 2014 puis les Jeux olympiques d'été en 2016.
Le deuxième tour était-il prévu ?
Beaucoup s'attendaient à une victoire dès le premier tour, le 3 octobre. Mais une controverse sur les positions de la candidate en faveur du droit à l'avortement, un sujet sensible pour les électeurs évangélistes, avait joué en sa défaveur.
Dilma Rousseff avait aussi été handicapée par la révélation d'un scandale de corruption impliquant une proche collaboratrice.
Elle avait obtenu 46% des suffrages contre 32% à José Serra. L'écologiste évangéliste Marina Silva avait créé la surprise avec près de 20% des voix.
Qui a voté et qui n'a pas voté pour elle ?
L'élection de Dilma Rousseff révèle un clivage profond selon les niveaux de revenus et la situation géographique.
La candidate du Parti des travailleurs s'offre des scores très élevés dans les Etats du Nord, les plus pauvres du pays, par exemple à Bahia (environ 70%) ou dans le Maranhao (78%).
José Serra, son concurrent, s'impose dans l'Etat de Sao Paulo et dans les Etats du Sud, les plus riches.
Que va devenir Lula ?
La candidate du Parti des travailleurs s'est appuyée sur les résultats obtenus sous la présidence de Lula: une croissance économique soutenue, un taux de chômage descendu à 6,2%, la mise en place d'aides sociales.
Très présent dans la campagne, il est parvenu à transférer à sa protégée une partie de son immense popularité.
A présent, Lula est soupçonné par l'opposition de devenir l'éminence grise de la nouvelle présidente.
Dans son discours, Dilma Rousseff l'a remercié «avec beaucoup d'émotion» et a affirmé: «Je frapperai souvent à sa porte et je sais qu'elle sera toujours ouverte.»
Lula a toutefois écarté une participation au gouvernement. «Il n'y a aucune possibilité qu'un ex-président participe à un gouvernement. Dilma, si elle est élue, devra former un gouvernement qui aura son image.»
Laurent Mauriac
01.11.10
Source: rue89
lundi 1 novembre 2010
Palestine: le plan B de Mahmoud Abbas
Confronté à l'échec quasiment inéluctable de la tentative de relance du processus de paix, le président de l'Autorité palestinienne a ébauché un scénario alternatif, assorti de diverses variantes. En voici la teneur.
Sauf miracle de dernière minute, le processus de paix de Washington devrait entrer dans les annales du conflit israélo-palestinien comme le plus bref que la région ait jamais connu. Ouvert le 2 septembre dernier sur le tapis de la Maison Blanche, ce nouveau "round" de négociations s'est fracassé un mois plus tard sur le refus d'Israël de prolonger le gel de la colonisation, décrété pour une durée de dix mois en novembre 2009. Ni les reports successifs de la date-butoir, ni l'agacement croissant de ses partenaires européens, ni même l'alléchant "package" de contreparties concocté par l'administration américaine ne semblent avoir fissuré la carapace du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou. Dans l'hypothèse hautement probable où celui-ci ignorerait l'ultime échéance, fixée par la Ligue arabe au 8 novembre, la direction palestinienne a élaboré une série d'alternatives au processus moribond. "Cela fait 19 ans que nous négocions avec les Israéliens pendant qu'ils accaparent notre terre et notre eau, dit Mohamed Shtayyeh, haut dirigeant du Fatah et confident du président Mahmoud Abbas. Ce système ne mène nulle part, il ne peut plus durer."
Le plan B des Palestiniens est une stratégie à options multiples. La première vise à convaincre les Etats-Unis de reconnaître un Etat de Palestine, incluant Jérusalem-Est, la Cisjordanie et la bande de Gaza. En cas d'échec, le deuxième scénario consiste à demander cette reconnaissance au Conseil de sécurité des Nations unies. Les responsables palestiniens postulent qu'Israël aurait beaucoup plus de mal à maintenir l'occupation d'un véritable Etat que celle de simples "territoires", comme c'est le cas actuellement. Ils tablent sur le fait qu'une fois la Palestine membre à part entière de l'Onu, le Conseil de sécurité pourrait voter des résolutions coercitives à l'encontre d'Israël, ce qui n'a jamais été le cas jusque là.
"On ne sait pas jusqu'où les Etats-Unis sont prêts à nous suivre, concède Mohamed Shtayyeh. Mais les pays européens ne devraient pas s'opposer à nous, au contraire". Ce dimanche, le quotidien libéral israélien Haaretz rapportait une conversation téléphonique houleuse survenue une dizaine de jours plus tôt entre Benyamin Netanyahou et Nicolas Sarkozy, "furieux" que le dirigeant israélien ait annulé à la dernière minute sa participation à une conférence prévue à Paris, avec Mahmoud Abbas. Si Washington usait de son veto onusien, le président palestinien pourrait abattre une troisième carte : exiger que les Territoires occupés soient placés sous tutelle internationale et qu'une force d'interposition soit déployée sur le terrain. En cas d'échec, une ultime option, à très hauts risques, consisterait à remettre les clés du régime palestinien au gouvernement israélien, à charge pour lui de subvenir aux besoins de la population locale.
Sans surprise, le cabinet israélien a rejeté ce plan, évoquant des représailles en cas de "mesures unilatérales."
"Les Nations unies n'ont pas le pouvoir de créer un Etat, fait remarquer Ygal Palmor, porte-parole du ministère des Affaires étrangères. Et de toute façon, la Ligne verte (qui sépare Israël de la Cisjordanie) n'est pas une démarcation officielle. Les Palestiniens obtiendront au mieux une déclaration de soutien. Ils marqueront quelques points sur la scène diplomatique. Mais cela ne fera pas bouger les colons et ne changera rien sur le terrain."
Les dirigeants palestiniens font le pari inverse. A 75 ans, après six années à la tête d'un régime qui n'a pas plus de pouvoir qu'une préfecture, Mahmoud Abbas n'a plus grand-chose à perdre.
Benjamin Barthe
Correspondant pour l'Express
01.11.10
Reconnaître Israël, svp ?
Les sionistes ont essayé, depuis la déclaration Balfour, de se faire reconnaître et accepter par le monde entier, mais de manière plus cruciale par les Sarrasins qu’ils prévoyaient remplacer, de préférence par des moyens pacifiques; par la force si nécessaire.
C’est surtout après la stupéfiante victoire israélienne de 1967 qu’Israël a convaincu le monde que sa présence était tout, sauf temporaire; et d’autres pays commencèrent à le reconnaître et à commercer avec lui. Israël avait occupé la Cisjordanie, le Golan et le Sinaï en six jours et avait presque immédiatement commencé à construire des colonies (sans jamais cesser de le faire depuis).
D’habitude, on ne construit pas des colonies dans des endroits qu’on a l’intention de quitter!
Israël n’a toujours ni constitution ni frontières officielles. Mais il semble avoir abandonné l’idée d’une expansion territoriale au-delà des actuels territoires occupés au profit d’une expansion politico-économique. Qui aurait pu penser que la menace existentielle pour Israël (être pris en tenaille entre deux populations foncièrement antisionistes, seize fois plus nombreuses que la population juive) aurait jamais pu devenir sa profondeur économique et stratégique?
L’Egypte fournit à Israël du gaz naturel à des prix subventionnés tandis que la Jordanie a mis en place des zones franches conçues par les Américains pour qu’Israël y installe des ateliers de confection, avec de la main d’œuvre féminine palestinienne, qui fait la navette quotidiennement par autobus depuis les camps de réfugiés. Ajoutant à cette humiliation, ces travailleuses esclaves apposent des étiquettes "made in Israel" sur les vêtements qu’elles fabriquent.
Mais le succès de cette expansion politico-économique d’Israël ne peut perdurer et être assurée à long terme sans une véritable acceptation et reconnaissance populaire d’Israël en tant qu’Etat juif. Quand Netanyahu demande cette reconnaissance en préalable à toute négociation de paix, ce n’est pas qu’une façon de gagner du temps.
Israël est comme une greffe d’organe incompatible que l’organisme sarrasin rejette. Les médecins sionistes ont fait de gros efforts pour injecter à la masse sarrasine toutes sortes de médicaments pour qu’elle accepte le greffon, mais aucune de ces substances ne semble avoir d’effet permanent. Chaque camp sait que, si l’Oncle Sam retire son soutien (diplomatique et financier) en cette étape critique, Israël disparaîtrait de mort naturelle.
Si les juifs européens avaient eu recours à des moyens non invasifs pour immigrer en Palestine (par exemple ainsi qu’ils l’ont fait pour immigrer aux Etats-Unis), ils auraient été aisément absorbés par l’ensemble de l’organisme sarrasin, comme l’ont été les juifs en Amérique et les Arméniens dans les régions assyriennes, entre autres.
Cependant, ces immigrants juifs d’Europe n’avaient pas choisi d’eux-mêmes cette destination, mais y avaient été attirés par les pionniers du sionisme – eux-mêmes des juifs européens animés du rêve psychotique de nettoyer ethniquement une autre population pour établir leur propre Etat séculier basé sur des fables vieilles de 2000 ans, avec l’entier soutien de l’Europe (ils avaient les relations nécessaires).
Les sionistes aiment à se dire à eux-mêmes et au monde entier qu’ils avaient immigré en Palestine sans mauvaises intentions. Ils se lamentent sur le fait que, alors qu’ils venaient pour vivre en paix et dans la coexistence, ces Arabes qui détestent les juifs ont refusé de partager leur territoire avec eux. Demandez à ces sionistes pourquoi, aujourd’hui, ils refusent de permettre aux millions de réfugiés palestiniens de rentrer chez eux. Ils vous diront ouvertement que s’ils permettent à un aussi grand nombre de Palestiniens d’entrer en Israël, le simple ratio des populations serait modifié au point que l’identité juive du pays cesserait d’exister! Bien sûr, ils ont parfaitement raison d’envisager ce résultat, et c’est exactement pourquoi les Palestiniens s’étaient fermement opposés à l’immigration euro-juive il y a un siècle! Ils avaient prévu que le projet sioniste sonnerait le glas de leur légitime projet national et leurs craintes se transformèrent en réalité.
Le récit sioniste est qu’ils [les juifs] ont fui la persécution en Europe, sont arrivés en Palestine comme de pauvres réfugiés européens, avec de bonnes intentions pour une coexistence pacifique. Et comme ils n’avaient pas été bien accueillis par les habitants indigènes, ils avaient fini par vaincre leur adversaire; en massacrant et en expulsant des centaines de milliers de personnes, en rasant des villes et des villages entiers, en repoussant par magie six armées arabes sans autre aide que celle de Yahvé! Essayez de vous imaginer des immigrants mexicains pacifiques et bien intentionnés et à qui on a refusé un permis de séjour aux Etats-Unis, non seulement prendre les armes pour se défendre eux-mêmes contre l’expulsion mais en arriver à expulser la moitié de la population des Etats-Unis et l’empêcher pour toujours de revenir dans ses foyers? Les Mexicains n’auraient-ils pas besoin, je ne sais pas moi, d’un tas de saloperies de fusils pour arriver à ce résultat?
Cela me rappelle un épisode de Tom & Jerry, quand "Butch, le chat de gouttière, cherche de la nourriture. Il essaye d’abord de voler… un jambon entier dans la maison de Tom & Jerry, mais il rate son coup accidentellement… Butch décide alors de se déguiser en bébé abandonné sur le pas de la porte afin de s’infiltrer dans la maison et d’avoir accès au réfrigérateur bien garni dans la cuisine. La ruse fonctionne, et Tom fait entrer Butch dans la maison… A table, pendant le dîner, Tom coupe un peu de jambon pour Jerry et pour lui-même. Butch, toujours déguisé en bébé, apparaît soudain à la fenêtre et demande en langage bébé un peu de jambon. Amusé par l’audace de Butch, Tom lui donne du jambon avec réticence, en en coupant d’abord une tranche très fine. Mais Butch s’empare alors de tout le jambon et commence à l’engloutir voracement tout en repoussant Tom & Jerry" – cité d’après Wikipedia.
Les Palestiniens, et les Sarrasins plus largement, ont ces faits, cette vérité, gravés dans leurs cœurs. Et même si chaque tentative d’agir sur la base de cette vérité pour récupérer le territoire volé a été, pour l’instant, tenue brutalement en échec par les clients des Etats-Unis (Israël, les gouvernements et les milices arabes), la vérité reste inchangée. Et quand les officiels israélo-US achètent des alliés chez les Sarrasins, ils ne font que visser un peu plus une cocotte-minute. Ce que veulent en réalité les sionistes, c’est éteindre le feu sous la cocotte, et ils ne savent tout simplement pas comment faire. Ils sont incapables de voir que ce feu est leur existence illégale!
Quand le premier ministre Ben Gourion avait été interrogé pour savoir s’il croyait vraiment que les Palestiniens ne rentreraient pas chez eux, il avait répondu que les vieux mourraient et que les jeunes oublieraient. Pourquoi ces damnés palestiniens n’oublient-ils pas? Pourquoi ces damnés Sarrasins ne laissent-ils pas tomber? OK, les sionistes ont pris une petite portion de votre immense territoire arabe et expulsé quelques centaines de milliers de personnes, bla bla bla… Quand arriverez-vous à vous y faire et à nous laisser, nous sionistes, vivre en paix? Tout ce que nous voulons, c’est la paix! Nous sommes même d’accord pour vous rendre la Cisjordanie et Gaza et le contrôle entier sur al-Aqsa, en échange de la paix et de la sécurité. Sinon, il y aura une nouvelle guerre meurtrière et nous vous botterons encore le derrière! Et sincèrement, ce n’est pas ce que nous voulons, sincèrement! Vous voulez une preuve? Regardez ce qui s’est passé avec l’Egypte! Ils ont reconnu notre droit à l’existence, et en échange nous leur avons restitué tous les territoires et démantelé nos colonies sur place. Qu’est-ce que nous devons faire de plus pour que vous nous acceptiez?
Chers sionistes, vous ne semblez pas comprendre. Nous sommes une nation plurielle avec des dizaines de groupes ethniques, dont des juifs. Vous êtes des occupants "étrangers", et vous avez volé un territoire qui ne vous appartient pas (et ne vous a jamais appartenu). Nous n’avons pas de place parmi nous pour un autoproclamé peuple élu, raciste, exclusiviste, colonialiste, assassin et doté de l’arme atomique. Vous pouvez acheter votre reconnaissance avec l’argent des contribuables américains, mais nous ne la signerons pas. L’argent ne vous permettra pas d’échapper à votre destin: chaque pouce de votre Etat devra être démantelé.
Comprenez, s’il vous plaît, que ce n’est pas du fait de notre haine envers vous (quoique vous la méritiez pour ce que vous avez fait et continuez à faire), mais c’est notre interprétation universelle de la justice. Cela tient au respect envers nous-mêmes, nos valeurs et, plus important, à notre respect pour ces hommes et ces femmes, chrétiens et musulmans, laïcs et religieux, qui ont versé leur sang et sont morts dans le combat pour leur liberté.
Quand votre démantèlement sera achevé (et nous souhaitons sincèrement qu’il se fasse sans effusion de sang), c’est avec le plus grand plaisir que vos demandes de visas seront accueillies par votre consulat de Palestine le plus proche en Europe ou en Amérique.
Sarakenos
24.10.10
traduit par Mounadil al Djazaïri
Source: ism-france
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