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mercredi 18 mai 2011

DSK:en finir avec le FMI qui défend un système capitaliste et patriarcal

Communiqué de presse 
 

Depuis quelques heures, tous les médias internationaux relatent l’information d’une possible agression sexuelle par Dominique Strauss Kahn à New York et la photo du directeur général du FMI (Fonds Monétaire International, ndlr) menotté a fait le tour du monde. Sans nous prononcer sur son éventuelle culpabilité dans cette affaire, le CADTM veut dénoncer un autre scandale: celui de l’action même du FMI.


Le FMI n’est pas l’institution qui aide les pays en crise, c’est au contraire celle qui impose des programmes draconiens d’austérité et qui défend un modèle économique structurellement générateur de pauvreté. C’est l’action même du FMI et de ceux qui soutiennent la mondialisation néolibérale qui a fait porter le fardeau de la crise aux populations qui en sont les premières victimes. Profondément antidémocratique, puisque les pays les plus riches disposent de plus de la moitié des voix au sein du conseil d’administration, le FMI est en fait un instrument des grandes puissances pour veiller au maintien du système capitaliste et aux intérêts des grandes sociétés transnationales.

Très actif depuis plusieurs décennies en Afrique, en Amérique latine, en Asie et en Europe de l’Est, il a profité de la crise qui a éclaté en 2007-2008 pour reprendre solidement pied en Europe occidentale et imposer aux peuples des pays les plus industrialisés les remèdes frelatés qui ont mené dans une impasse tragique ceux des pays du Sud qui les ont appliqués. Partout, le FMI prétend que l’initiative et les intérêts privés doivent être soutenus par les politiques des pouvoirs publics au détriment des politiques sociales. Partout, il donne raison aux banquiers contre les intérêts des peuples. Partout, il favorise le creusement spectaculaire des inégalités, le développement de la corruption, le maintien des peuples dans la soumission au néolibéralisme.

Si les faits concernant DSK sont avérés, il ne peut y avoir d’immunité pour un fonctionnaire du FMI et tous ceux qui travaillent pour une institution internationale doivent rendre des comptes en justice à propos de leur action. Le FMI en tant qu’institution doit aussi être poursuivi en justice pour les violations multiples des droits humains fondamentaux qu’il a commis et qu’il continue de commettre dans de nombreux pays. Le remplacement du FMI délégitimé par un organisme démocratique mondial chargé de la stabilité des monnaies et de la lutte contre la spéculation financière constitue une urgence.

Au-delà, le CADTM tient à rappeler que le système international en place aujourd’hui est non seulement capitaliste, mais aussi patriarcal et machiste. Seuls des hommes président jusqu’ici des institutions telles que le FMI, la Banque mondiale et l’Organisation mondiale du commerce. Le CADTM dénonce fermement le machisme et le caractère patriarcal qui vont de pair automatiquement avec des comportements de harcèlement ou de violence sexuelle.

Indépendamment de la responsabilité réelle ou non de DSK dans l’affaire actuellement médiatisée, le CADTM dénonce également la banalisation de tels comportements et lutte depuis vingt ans pour sortir à la fois du capitalisme et du système patriarcal.

Pour le CADTM (Comité pour l'Annulation de la Dette du Tiers-Monde)
Damien Millet, porte-parole du CADTM-France
Eric Toussaint, président du CADTM-Belgique
Juan Tortosa, porte-parole du CADTM-Suisse
16.05.11
Source: cadtm/oulala.net

dimanche 8 mai 2011

Tunisie: Lettre ouverte à Mr le Ministre de l'Intérieur Lahbib Essid

Suite à la violente répression policière vendredi à Tunis, dont nous nous faisions l'écho, la journaliste et blogueuse tunisienne Olfa Riahi nous transmet ce texte collectif. 


Monsieur le Ministre,
Vous n'êtes pas sans savoir que la Révolution du 14 janvier avait pour principal objectif de rompre avec l'ancien régime et ses symboles, objectif en dépit duquel nous avons accepté votre nomination à la tête d'un ministère dont la mémoire populaire ne retient que les pires images et souvenirs. Et nous nous sommes tus tout en sachant que vous y avez occupé plusieurs postes à l'ère du président déchu, dont le poste de chef de cabinet sur une période non négligeable.

Monsieur le Ministre,
Vous n'êtes certainement pas sans savoir que le peuple Tunisien, qui a sacrifié plus de deux cents martyrs, n'acceptera jamais qu'on piétine sa dignité à nouveau, peuple tunisien qui s'est soulevé pour la liberté, la dignité et la justice.

Monsieur le Ministre,
Nous vous adressons cette lettre suite aux incidents du vendredi 6 mai s'étant produits au centre ville de la capitale et suite au communiqué de votre ministère, communiqué dont la forme et le contenu ne diffèrent en rien des communiqués du Ministère de l'Intérieur de l'ère du président déchu.

Monsieur le Ministre,
Vous avez déclaré dans votre communiqué que les actes commis par vos agents «cagoulés», actes d'une extrême violence physique et morale dont ont été victimes nombreux citoyens et journalistes, n'étaient qu'une erreur non voulue et qu'une enquête sera ouverte à cet effet.

Et nous nous demandons, cher Monsieur, si l'agression d'une femme par vos agents, à coups de pieds et de matraques, devant les objectifs des caméras, constitue une erreur non voulue?

Et nous nous demandons, cher Monsieur, si la poursuite du journaliste Abdelfateh Bel Aid de la part de vos agents, son agression avec une barre métallique, la confiscation de ses outils de travail et les insultes auxquelles il a eu droit, constituent une erreur non voulue pouvant s'inscrire dans le cadre des erreurs que nous pouvons pardonner?

Nous nous demandons si l'agression de 14 journalistes (oui 14 journalistes!!!) malgré la présentation de leurs cartes de presse constitue une erreur non voulue?

Nous nous demandons si l'intrusion agressive de vos agents au sein du siège du département d'études de l'UGTT à l'avenue Carthage constitue une erreur non voulue?

Monsieur le Ministre,
Vous n'avez cessé de dénoncer la violence et nous vous avons soutenu, sauf qu'en ce vendredi 6 mai 2011, vos agents ont été à la source de la violence, de la sauvagerie et de la barbarie... Une violence menée par des agents cagoulés appartenant à votre ministère... Et nous ignorons toujours, cher Monsieur, les raisons qui pourraient justifier qu'un agent appartenant à votre ministère - agent qui ne fait qu'appliquer les ordres et dont la mission exclusive est de maintenir l'ordre et de garantir la sécurité du citoyen - porte une cagoule empêchant de le reconnaître et empêchant le citoyen victime d'agression et de violence de connaître l'identité de son agresseur et de le poursuivre en justice?

Monsieur le Ministre,
Nous avons vu au centre ville en ce vendredi 6 mai 2011 un nombre impressionnant de vos agents dont la mission était de disperser une manifestation pacifique à laquelle ont participé quelques centaines de citoyens alors que nous n'avons pas vu le quart de ce nombre pour garder et protéger les prisons desquelles s'évadent quotidiennement des dizaines de détenus ou pour protéger les établissements publics incendiés régulièrement par des entités contre révolutionnaires... Et nous nous demandons, cher Monsieur, si imposer le prestige de l'État passe uniquement par la répression des citoyens en les privant de leur droit à manifester pacifiquement?

Monsieur le Ministre,
Le traitement sécuritaire et répressif des affaires politiques et intellectuelles figurent parmi les premières causes de cette Révolution et de la colère du peuple face au régime du président déchu et il nous paraît aujourd'hui que votre ministère continue à exercer ses missions de la même manière. Ce qui s'est passé en ce vendredi 6 mai 2011 n'est pas le premier incident enregistré depuis que vous êtes à la tête du ministère de l'intérieur mais un scénario qui s'est produit à plusieurs reprises et à des degrés différents chaque fois que les jeunes sont sortis dans les rues avec pour seules armes une voix retentissante et un cœur rempli d'amour pour cette patrie.

Monsieur le Ministre,
Nous vous prions d'excuser notre franchise mais nous vous demandons d'assumer vos responsabilités face au peuple et à la patrie et nous vous demandons clairement, tout comme nous l'avons demandé au président déchu: Partez!

Zied Hmili (Agent bancaire) - Alaeddine Zaatour (Etudiant) - Yassine Ayari (Ingénieur) - Olfa Riahi (Chef d'entreprise et animatrice radio) - Emna Ben Jemaa (Professeur universitaire et journaliste) - Nouâm Dhaoui (Professeur universitaire) - Amine Rekik (Médecin) - Amir Hnain (Ingénieur) - Mohamed Jribi (Ingénieur) - Hamza Bouhela (Etudiant) - Soukaina Jemni (Etudiante) - Henda Chenaoui (Journaliste) - Adel Ben Naji - Lilia Oueslati (Journaliste) - Ahmed Hammami (Directeur d'agence de voyage) - Wathik Ben Jebli (Designer) - Talel Larbi (Ingénieur) - Anis Guiga (Designer) - Nacef Bennour (Responsable commercial) - Sami Ben Sassi (Médecin) - Zied Kanoun (Responsable Commercial) - Samia Touati (Professeur universitaire) - Selim Thebti (Psychologue Clinitien) - Faten Abdelkafi (Femme au foyer)
07.05.11
Source: mediapart

mardi 5 avril 2011

France: débat sur la laïcité



Un musulman répond à J-F Copé


Cher Jean-François,
j’ai lu avec grand intérêt la lettre que tu m’as adressée dans l’Express et, puisque nous sommes désormais amis, permets-moi de te tutoyer et de te dire les choses en toute franchise.

D’abord je dois te confier que chez moi (en France avant que tu demandes), ce n’est pas comme ça que l’on traite ses amis. On ne fait pas un débat pour savoir comment nos amis devraient s’habiller ou s’exprimer. On ne se mêle pas de leur vie religieuse et on ne se permet pas de dire à leur fille que sa robe est trop longue. Ce serait très déplacé, tu en conviendras.

On ne se sert pas non plus de ses amis pour gagner des élections. On ne salit pas leur dignité et on ne leur porte pas préjudice, même si ça fait monter l’audimat au radio-crochet du coin…

Tu dis vouloir m’aider à combattre les préjugés à mon sujet, mais c’est toi qui les alimentes à chaque fois que tu prononces les mots islam, menace et laïcité dans la même phrase.

Je ne t’ai rien demandé et je n’ai pas besoin de ton aide. Je veux juste que tu me laisses en paix. Le jour où tu auras vraiment envie d’avoir une conversation avec moi, retrouve-moi autour d’un bon repas, sans caméras si possible, comme ça tu pourras me regarder dans les yeux te dire le fond de ma pensée. D’ici là, si vraiment tu t’ennuies et qu’il te reste de l’énergie, je peux t’indiquer un certain nombre de problèmes qui requièrent toute ton attention dans le pays: à commencer par le fait qu’il manque du travail à beaucoup de nos concitoyens et que les gens ne se parlent quasiment plus depuis que toi et ton équipe tenez le micro.

J’aimerais aussi répondre point par point à un certain nombre de remarques que tu fais dans ta lettre et qui, si l’un de nos amis la lisait, risqueraient de l’induire quelque peu en erreur.

Quand tu dis que notre foi, l’islam, est «défigurée dans l’opinion par des comportements ultraminoritaires», ce serait bien de rappeler que cette «opinion» se construit moins à partir de la réalité que du discours politique et médiatique auquel, il me semble, tu participes un peu (note ce doux euphémisme que l’amitié t’offre en privilège).

Toi qui as depuis fort longtemps renoncé à la langue de bois et à la stratégie politique, tu devrais savoir qu’il ne convient pas de dire une chose et son contraire d’une interview à la suivante. On pourrait t’accuser de tenir un double discours ce qui, par les temps qui courent, reviendrait à te bannir de la sphère publique où tu sembles t’épanouir.

Plus loin dans ta lettre, tu parles de mon grand-père mais tu confonds probablement, c’est celui d’un autre qui est mort à Verdun. Le mien a combattu à Al Alamein en Egypte, dans une guerre qui n’était pas la sienne. Du côté de maman, ils étaient plutôt vers Alger, où ils ont pu découvrir les joies de l’électricité dans les années '50. C’est vrai que tout ça fait partie du passé… mais je suis bien content que tu fasses avec moi ce devoir de mémoire qui nous rappelle d’où nous venons et ce qui nous unis, tout en nous permettant de tirer des enseignements qui nous éviterons de répéter les mêmes erreurs. Comme par exemple de stigmatiser une partie de nos concitoyens pour des objectifs politiques.

Tu voudras bien m’expliquer aussi pourquoi dès que tu parles d’islam, tu te sens obligé d’invoquer la laïcité pour dire quelque chose de pas sympa juste après. Si tu n’aimes pas les barbes et les foulards, libre à toi d’exprimer ton opinion. Nul besoin de faire comme tous ceux qui, pour légitimer leur rejet des formes visibles de l’islam, se drapent sous la cape de la laïcité en espérant y trouver une respectabilité à leur racisme d’autrefois. Je sais bien que tu n’en fais pas partie, toi qui poursuis des objectifs «empreints de paix et de respect», mais c’est tout de même dans ton camp qu’on entend des gens parler de «croisades», de la «France [qui] doit rester la France», et du jeune musulman dont on veut «qu’il travaille, qu’il ne parle pas verlan et qu’il ne mette pas sa casquette à l’envers». Si c’est toi le chef de cette belle équipe d’esprits éclairés, je te souhaite bien du courage.

C’est bien d’avoir une opinion. C’est mieux d’avoir la vérité. Or notre vérité commune est dictée par la loi de notre pays et il se trouve justement qu’en 1905, une loi a été votée pour établir le principe de laïcité que les polémistes (contre lesquels tu fais bien de t’insurger) ressassent à tort mais surtout à travers sans vraiment l’avoir lue.

Et que dit-elle cette loi?

Elle dit que nous sommes libres.
Libres de choisir en conscience notre religion et de la vivre comme bon nous semble, sans faire de prosélytisme et sans devoir la cacher ou la renier dans la sphère publique.
Libres de s’habiller comme il nous plait, de porter une barbe ou de se couvrir la tête si on le souhaite.
Libres de prendre notre place au sein de la république comme nous l’avons fait jusqu’ici en l’enrichissant de notre travail, de nos idées et de nos espoirs.

Aucune instance musulmane n’a réclamé le changement de cette loi. Aucun musulman n’a demandé un privilège dont serait exclu l’un de ses concitoyens. Nous demandons, et la majorité de nos concitoyens avec nous, le strict respect de la loi de 1905. Sans cadres ni contraintes supplémentaires et sans polémiques pour venir, chaque jour un peu plus, restreindre nos libertés et nos droits fondamentaux.

Mon cher Jean-François, à trop vouloir nous aider, tu risques de nous causer du tort en faisant croire qu’il y a une spécificité islamique qu’on aurait jusque là ignorée. Il n’en est rien. Nous sommes des citoyens comme les autres, acteurs anonymes des changements et des sacrifices que doit concéder notre pays aujourd’hui. Ta famille politique n’est pas étrangère à cette situation (mais bon, on ne choisit pas sa famille…) Ce serait malheureux de donner ainsi raison à ces mauvaises langues que j’entends déjà dire qu’avec des amis comme toi …on n’a pas besoin d’ennemis.

Pour ces raisons, tu comprendras que je ne souhaite pas venir à ta petite fête du 5 avril. Je préfère vous laisser laver votre linge sale en famille. Fais-moi signe quand tu auras repris tes esprits et que les choses se seront un peu calmées vers chez toi.

Je termine en te rappelant que le respect, c’est d’accepter l’autre tel qu’il est et non tel qu’on voudrait qu’il soit, avec ses différences. Il serait bon que tu t’en souviennes désormais, avant d’évoquer une idée de fraternité que tu piétines chaque jour.

Ton ami,

Marwan Muhammad
31.03.11

lundi 4 avril 2011

C'est ici notre terre, nous resterons ici



 
Le 30 mars de chaque année, le peuple palestinien célèbre la journée de la Terre. C’est la journée de l'attachement à ses racines et à son histoire, cette histoire profondément marquée par la résistance et l'affrontement de l'occupant.

C'est ici notre terre, nous resterons ici
Le 30 mars 1976, des dizaines de Palestiniens, civils et paysans, ont été tués par les forces de l'occupation alors qu'ils manifestaient pacifiquement contre la confiscation de leur terre par l'administration israélienne. Et depuis, pour rendre hommage à ces victimes, pour montrer l'attachement des Palestiniens à leur terre, nous commémorons cette répression sanglante en célébrant la Journée de la Terre.

35 années après, et dans une conjoncture difficile: échec du processus de paix dans notre région, construction d'un mur illégal en Cisjordanie, lois racistes contre les citoyens palestiniens des territoires de 1948, implantation de colonies illégales, confiscation des terrains appartenant aux Palestiniens, blocus inhumain imposé à un million et demi de Gazaouis, révolutions dans le monde arabe et leurs conséquences sur notre cause, poursuite des attaques israéliennes contre la population civile en Cisjordanie, dans la bande de Gaza et dans les territoires palestiniens de 1948, 35 années après, notre message est clair et précis.

En Cisjordanie , le mur d'apartheid, le mur de la honte doit tomber.
Les colonies israéliennes illégales doivent être démantelées.
Les Palestiniens doivent vivre en liberté sur leur terre.
La communauté internationale doit réagir et sortir du silence complice qu'elle maintient devant les crimes israéliens.
Les Palestiniens vont continuer leur résistance, sous toutes ses formes, afin de vivre libres sur leur terre.

A cette occasion, le peuple palestinien est plus que jamais déterminé à obtenir ses revendications, à les voir se réaliser. Et, en premier lieu, la création d'un État libre et indépendant où l'on peut vivre en paix.

Nous confirmons notre attachement à nos racines, à notre terre.

Elle est ici notre terre, elle est ici notre patrie. Nous ne partirons pas, en dépit des mesures atroces de l'occupation, en dépit de toutes les difficultés, de toutes  les souffrances. Nous allons continuer à donner notre sang pour notre terre, pour la terre de Palestine.

Ici, notre terre, ici, notre vie, et ici, notre Palestine!

Ziad Medoukh
01.04.11
Source: ism-france

samedi 2 avril 2011

Sur la révolution libyenne et l’intervention de la coalition

Après avoir été brutalement agressés entre le 17 et le 19 février (6.000 tués par balles, des milliers de blessés) les manifestants libyens ont été contraints d’utiliser les armes prises aux troupes de Khadafi pour se défendre. Ils ont libéré les villes de l’Est du pays où l’armée a rejoint les insurgés (BenGhazi, El Beida, Tobrouk).

A Tripoli, et dans sa région, où se concentrent les forces de Kadhafi, renforcées par beaucoup de mercenaires, les insurgés et la population ont été sauvagement réprimés.

Les insurgés libyens ont constitué le Conseil National de Transition de 31 membres. Il a été rejoint par les militaires, policiers, diplomates, ministres, chefs de tribus, intellectuels choqués par la répression de Kadhafi. A la demande des Etats-Unis, de la France et de la Grande Bretagne, le conseil de sécurité de l’ONU a adopté la résolution 1973 (par 10 voix pour, 0 contre et 5 abstentions) pour empêcher la prise de Benghazi par les troupes de Kadhafi.

Ce dernier a dès le début de l’insurrection choisi la logique de guerre contre son propre peuple. Il a menacé les manifestants, dans un discours tragi-comique maintenant devenu célèbre: «Nous irons vous rechercher mètre par mètre, maison par maison, jusqu’à la moindre ruelle... jusque dans vos placards. Il n’y aura pas de grâce et nous serons sans pitié». C’est lui qui a fait appel à des mercenaires étrangers pour tuer son peuple. Rappelons que Kadhafi est le seul dirigeant arabe qui a condamné publiquement le peuple tunisien pour avoir chassé son dictateur Ben Ali, décrit comme le meilleur dirigeant que la Tunisie pouvait trouver.

Aussi la situation libyenne dépasse le cadre du conflit purement interne.

Le CNT a donc demandé une aide militaire et politique pour mettre fin à l’asymétrie militaire, pour protéger les populations, meurtries par les bombardements de l’artillerie de Kadhafi, pour éviter un massacre annoncé.

En même temps le CNT a clairement affirmé qu’il refusait toute présence de soldats étrangers sur le sol libyen. Il refuse de laisser Kadhafi quitter la Libye sans garantie qu’il soit jugé par une cour internationale ou libyenne. En outre cette résolution 1973 ouvre une enquête pour crimes contre l’humanité contre Kadhafi et d’autres responsables des massacres et gèle leurs actifs. Par là même le CNT signifie clairement que ce n’est pas l’intervention militaire qui instaurera la démocratie mais les Libyens eux-mêmes, comme les Tunisiens et les Egyptiens sont en train de le faire dans leurs pays.

Nous soutenons le peuple libyen insurgé, mais nous n’avons aucune confiance dans les intentions et les déclarations de nos gouvernements. Bien au contraire, nous condamnons la duplicité des gouvernements occidentaux, qui après avoir armé et collaboré avec le régime de Khadafi, ont été contraints tardivement d’intervenir sous la pression médiatique des images des massacres. Par l’intervention de leurs aviations, ils tentent de faire oublier leurs turpitudes passées et de se replacer pour continuer à bénéficier du pétrole et des ressources libyennes. Alors que la France s’est totalement discréditée dans tous les autres pays de la région où des révolutions démocratiques sont en cours, nous ne pouvons accorder aucun crédit aux déclarations de Nicolas Sarkozy, bien plus intéressé à tenter de restaurer son image sur la scène internationale qu’à soutenir les peuples en lutte.

Nous ne faisons pas non plus confiance à la Ligue arabe, qui est d’abord un conglomérat de régimes dictatoriaux, et dont les réunions sont des rituels creux d’autosatisfaction et de soutien mutuel sur le dos de leurs peuples.

Nous sommes donc attentifs aux manœuvres que les gouvernements pourront entreprendre pour déposséder le peuple libyen de son droit à déterminer lui-même son avenir. Nous restons vigilants sur l’escalade de guerre, et sur tous les dévoiements possibles de la résolution 1973 votée par le Conseil de sécurité de l’ONU. Nous condamnons le fait que le commandement de l’intervention aérienne soit transféré aux instances de l’OTAN. Nous souhaitons que le plus rapidement possible les armes se taisent, que le peuple libyen puisse exprimer ses choix politiques en toute indépendance. Nous nous élevons contre toute tentative d’imposer à l’insurrection libyenne des contreparties, par exemple en termes de contrôle des migrations, de concessions sur la souveraineté du pays et sur ses ressources pétrolières

Nous assurons les insurgés libyens de notre soutien politique dans leur lutte pour les libertés, la démocratie et l’intégrité du pays. Les insurgés doivent pouvoir poursuivre leur combat par les moyens qui leur semblent appropriés jusqu’à être en mesure de décider démocratiquement de leur avenir.

L’appréciation sur la nature de l’intervention et sur l’effet des bombardements fait débat au sein d’Attac et de son conseil d’administration. Nous sommes pris entre la crainte d’une confiscation de la révolution libyenne, la réaction légitime de méfiance envers les puissances impérialistes et l’OTAN, et la nécessité qu’il y avait de stopper l’écrasement de la jeune révolution libyenne par le déséquilibre des armements au profit du dictateur Khadafi. Nous allons poursuivre ce débat, notamment en organisant un séminaire ouvert à des acteurs des révolutions arabes en cours.

Le CA d’Attac France 
31.03.11

mercredi 9 mars 2011

Communiqué de presse


Le CADTM dénonce l’hypocrisie arabe et occidentale et soutient la lutte du peuple libyen contre la dictature Kadhafi


Contrairement aux analyses publiées pendant les révoltes tunisiennes et égyptiennes, le souffle de la contestation n’a pas évité le territoire libyen. Suite au déclenchement d’émeutes à Benghazi, deuxième ville du pays et de la répression féroce qui s’en est suivi, le mouvement de révolte s’est étendu progressivement à l’ensemble du pays.

Dès le début de la répression, il semble y avoir eu l’unanimité au sein de la dite communauté internationale pour condamner le recours à la violence contre les manifestants. Nicolas Sarkozy et Barack Obama ont ainsi exigé «un arrêt immédiat de l’usage de la force», ce dernier qualifiant la situation de scandaleuse; François Fillon et Herrman Van Rompuy se sont dit «horrifiés» par la situation tandis que l’ambassadeur du Royaume-Uni a affirmé le soutien européen au peuple libyen.

Le CADTM dénonce ce florilège d’hypocrisie de la part de dirigeants qui ont soutenu pendant de nombreuses années un pouvoir libyen ayant montré à plusieurs reprises son vrai visage criminel (accusations de terrorisme, arrestations arbitraires, mauvais traitements dans les prisons libyennes, …)

Les chefs d’Etats arabes, réunis dans le cadre de leur «ligue» se sont limités à condamner les autorités du pays sans citer Kadhafi et ont appelé a stopper les violences! Quant aux autres pays de l’Afrique c’est le mutisme total. A signaler que l’armée de Kadhafi qui est entrain d’assassiner le peuple libyen est composée essentiellement de mercenaires africains qui tuent leurs frères africains moyennant quelques dollars.

Mêmes œillères de l’autre côté de la méditerranée. En 2004, Romano Prodi, ancien président de la commission européenne, et Pascal Lamy, actuel directeur de l’Organisation Mondiale du Commerce, étaient photographiés serrant la main au «Guide de la grande révolution de la Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste» |1|. En 2007, ce fut le tour de Nicolas Sarkozy et de José Manuel Barroso, actuel président de la commission européenne, de recevoir Kadhafi avec toutes les petites attentions |2|. En 2009, il fut accueilli en grande pompe à la réunion du G8. Plus récemment encore, Herman Van Rompuy était reçu à Tripoli en novembre 2010, et l’on peut voir une empoignade plus que cordiale entre les deux hommes. Il n’est guère étonnant que ces éléments soient volontairement passés sous silence quand l’ensemble des représentants occidentaux condamne sans détour la violence du dirigeant libyen.

Le CADTM rappelle que le pouvoir en place en Libye est un allié de l’Union Européenne, notamment dans sa lutte effrénée contre l’immigration dite clandestine en provenance d’Afrique C’est ainsi que l’UE sous-traite une partie du sale boulot au pays de «l’ami» Kadhafi. La Lybie est en effet la dernière étape pour une grande partie de migrants africains avant d’atteindre le «vieux continent». De ce fait, le pays fait office d’état-tampon chargé de limiter, contrôler et gérer les flux de migrants de toute la zone. Il est d’autant plus scandaleux que Tripoli recevra la somme de 5 milliards d’euros de la part de l’Italie, au titre de dommages et réparations, en échange d’un accroissement de la lutte contre l’immigration clandestine et d’un accès privilégié aux ressources naturelles du pays |3|.

Les déclarations se multiplient déjà quant au risque de voir déferler des «flux incontrôlables» de migrants |4|, qu’ils soient libyens ou tout simplement en provenance d’Afrique. Le CADTM considère en outre que l’UE n’a pas attendu ces révoltes pour ériger des barrières autour de ses frontières.

Par ailleurs, dès le début des évènements, une controverse concernant l’utilisation d’armes «made in Belgium» par le pouvoir libyen a fait surface. Bien que l’ensemble des représentants belges incriminés affirment regretter la transaction entre l’entreprise FN et la Libye, ils temporisent en prétendant que ces armes devaient à l’origine servir à assurer la sécurité d’un couloir humanitaire à destination du Darfour. Il est consternant d’entendre des représentants déclarer leur surprise de voir des armes vendues à un dictateur être utilisées contre des civils. Pour empêcher cela, la seule disposition prise à l’avenir serait un cadre plus restrictif pour les octrois d’exportation d’armes par des entreprises wallonnes (ou françaises). A cette hypocrisie se mêlent également des intérêts électoraux nationaux: il s’agit de ne pas froisser les différents syndicats d’ouvriers de la Fabrique Nationale, lesquels ont d’ailleurs dénoncé «le clan des intégristes qui veulent faire disparaître l’ensemble de l’industrie de l’armement en région wallonne». Cette question sensible des ventes d’armes doit s’accompagner de mesures nettement plus courageuses que celles qui viennent d’être prises, dépassant le risque de contrarier l’une ou l’autre partie mais visant prioritairement à lutter, partout sur la planète, contre toutes les différentes atteintes aux droits de l’homme.

La France n’est pas en reste. Les mirages F1 utilisés par le pouvoir pour réprimer sévèrement la population ont été vendus par l’hexagone dans les années 1970, et récemment remis en état par des sociétés françaises. Face à une situation qui exige clairement de rompre avec les anciens schémas, la réponse du président français n’est autre que le projet néolibéral de l’Union pour la Méditerranée associé à un remaniement gouvernemental d’aucune réelle utilité, si ce n’est médiatique.

Le CADTM propose de supprimer purement et simplement la vente d’armes à des régimes autoritaires, tout en combinant cette mesure avec des politiques visant à la reconversion des usines d’armement, pour des projets socialement utiles et respectueux de la nature.

Enfin le CADTM s’oppose à toute intervention militaire étrangère dans la Libye et considère que seul le peuple libyen est en mesure de décider du régime qu’il veut instaurer dans le pays.

A l’heure d’écrire ces lignes, le bras de fer persiste entre les Libyens - qui comptent déjà près de 6.000 morts - et un président de plus en plus isolé mais toujours déterminé à garder la mainmise sur son pays et ses importantes ressources pétrolifères. Pour que la situation évolue dans l’intérêt du peuple libyen et de tous les peuples, les dirigeants occidentaux doivent purement et simplement arrêter de soutenir, et même de tolérer, les régimes dictatoriaux. Les dirigeants arabes (qui ont reporté leur sommet au mois de mai) sont à leur tour appelés à sortir de leur mutisme et prendre une position ferme et des décisions urgentes qui répondent aux revendications et aspirations de leurs peuples.

CADTM international
[Comité pour l'Annulation de la Dette du Tiers-Monde]
05.03.11
Notes:
|1| Nom autoproclamé de Kadhafi et repris sur le site de la commission européenne. Diverses photos des différentes poignées de main y sont visibles et méritent d’être vues. http://ec.europa.eu/avservices/phot...
|2| Une tente ayant été installée à son intention dans le parc Marigny
|3| http://fr.euronews.net/2009/06/10/i...
|4| Discours de Nicolas Sarkozy, 27 février 2011

mardi 8 mars 2011

La révolution marocaine est en marche!

Majesté !
J’aurais aimé ne pas avoir à vous écrire. Le printemps arabe qui secoue le monde me l’impose. J’aurais préféré faire l’apologie d’un Maroc moderne et démocratique au lieu de ressasser le mal qui le ronge. Que de regrets, de désillusions, de colère face au gâchis incité par tant de pouvoir et de vanité! Le roi des pauvres a vite fait place à l’homme d’affaires, entouré de vils courtisans. Nous aurions aimé trouver en vous un chef d’État qui veille à l’application de la loi, avec un projet de société, pas un promoteur hôtelier ou un chef de chantier.

Nous espérions que vous seriez l’homme qui partage nos rêves et notre pain quotidien au lieu de museler nos libertés, de tuer l’espoir que nous avons placé en vous et de chasser les esprits probes pour ne conserver que les véreux. Le constat est simple, la monarchie se duplique de la même manière, avec les servitudes du makhzen (l’appareil tout-puissant de l’État marocain, basé sur l’allégeance au roi). Le roi des Marocains a le devoir d’entendre un autre son de cloche qu’"Allah Ibarak fi Amar Sidi!" (Dieu bénisse la vie de notre Seigneur!) entonné à son intention par son entourage comme une fausse rengaine. Le destin aurait bien pu vous jouer un sale tour et vous faire naître à Sidi Moumen, par exemple. Alors, ces milliards accumulés, ces milliers de voitures, bateaux, palais, résidences, dépenses et luxe fastueux devraient avoir moins de valeur à vos yeux que l’amour du peuple à votre égard lors de votre avènement, en 1999.

En peu de temps, Fouad Ali El-Himma et Mohamed Mounir El-Majidi sont devenus les maîtres du pays grâce à leur proximité avec leur ami le roi. Ils ont phagocité tous les espaces, économie, finance, culture, sport, politique, nous écœurant de tout, comme un jeu de sales gosses (la’b adrari), soumettant le monde à la lubie du gain rapide et des affaires faciles, dilapidant le capital sympathie que le peuple avait pour vous et transformant le Maroc en une cage aux folles où les pieds ont remplacé la tête. Ces commis sorciers ont étouffé le jeu politique, ruiné la concurrence économique, dilapidé les deniers publics dans des lubies et piétiné le contrat constitutionnel, celui de défendre les intérêts du peuple. Ils agissent en votre nom, vous êtes de fait garant de leurs actes. Ils doivent s’en aller; ils constituent un danger pour vous et un obstacle à l’essor du pays. Le clan El-Fassi fait sienne la spécificité marocaine qui engendre arbitraire et inégalité. Il s’est accaparé les meilleures fonctions et les plus hauts salaires. Soutenant les siens même dans l’erreur, le palais a gratifié Abbas du poste de premier ministre alors que l’affaire Annajat (énorme scandale dont plus de 30 000 jeunes chômeurs ont été victimes, en 2003, alors que Mr. El-Fassi était ministre de l’emploi) le poursuit. Dans l’État de droit, chacun est responsable et comptable de ses actes, même le roi.

Devant ce désir universel de liberté de plus en plus irréversible, comment pouvez-vous rester à l’écart, derrière vos rideaux opaques de l’État de non-droit? La fuite des présidents tunisien et égyptien, Mrs Ben Ali et Mubarak, la fin imminente du président yéménite Saleh, celle sûrement tragique du guide libyen Muammar Kadhafi... montrent comment finissent les plus pitoyables des tyrans. Elisabeth et Juan Carlos existent en tant que réalité symbolique et historique. Leur peuple les respecte, mais leur impose des restrictions et leur demande des comptes. Ni la reine d’Angleterre ni le roi d’Espagne ne déméritent car ils consignent leur destin dans le cadre de la démocratie. L’heure n’est plus aux divertissements, aux voyages d’agrément, ni aux scènes d’éclat. Vous devez retrousser vos manches et travailler avec altruisme, dans la transparence, pour accomplir votre mission, sinon le Maroc devra cesser d’être la concession exclusive des Alaouites!

Au début, vous avez suscité des attentes et dessiné l’espoir dans le regard des petites gens. Le peuple vous a interpellé sur son drame et son refus de la tyrannie, des injustices. Sa maturité, sa grande retenue sont à saluer, une dernière chance à saisir. À vous d’anticiper les réformes et de proposer des élections transparentes. Un gouvernement d’union nationale avec une feuille de route conforme aux changements qu’il souhaite peut apaiser sa colère. Votre responsabilité devant l’Histoire est de répondre favorablement à son appel, car le destin de votre monarchie constitutionnelle, garante de l’unité et de la stabilité du Maroc, en dépend. Soyez pour votre peuple ce guide qu’il espère. Rompu par le bruit des chaînes qui entravent ses pas, il crie pour retrouver sa dignité parmi les peuples et revendique l’État de droit.

La révolution est en marche. Viendra-t-elle de vous ou se fera-t-elle contre vous? Si elle vient de vous, il faudra donner l’exemple et guider le peuple sur la voie de la liberté, la justice sociale et la démocratie. Si vous le faites, on se mobilisera tous derrière vous dans cette noble démarche. Si vous voulez continuer à faire de la simple figuration, la révolution se fera alors contre vous. Et dans ce cas la houle emportera tout sur son passage. La colère des déshérités est sans nuances. Les actes terroristes du 16 mai 2003 (cinq attentats-suicides dans la ville de Casablanca) ont sonné le glas de l’état de grâce. Ce signal vous a été adressé par une jeunesse ravagée de désespoir et qui n’a plus d’issue que dans la drogue, la fuite ou la mort. Inapte à décoder le message et à rectifier le tir, votre système a renoué avec les pratiques du passé dans ce qu’elles ont de plus inique, de plus barbare au nom de la lutte antiterroriste, sévissant contre nous pour un mot, une caricature, une nokta (plaisanterie) visant la famille royale; signe pathologique du makhzen qui survit à Hassan II.

Aussi pénible que puisse être pour vous ce discours, je veux me convaincre que vous respectez les hommes sincères. Je n’ai jamais eu que mon franc-parler et mon intégrité à offrir au pays pour lequel nous avons dessiné de beaux rêves dans notre jeunesse. J’assume mon rôle d’intellectuel trublion jusqu’au bout, pour être en règle avec ma conscience. A vous d’être à présent en règle avec la vôtre.

Abdelhak Serhane
Écrivain
04.03.11
Source: altermonde-sans-frontières/lemonde.fr

jeudi 10 février 2011

Un citoyen belge livré à la torture au Maroc

COMMUNIQUE DE PRESSE 
du CABINET D’AVOCATS JUS COGENS

 
Affaire Ali Aarrass 8 février 2011: Après l’extradition par l’Espagne d’Ali Aarrass, malgré la demande expresse du Comité des Droits de l’Homme des Nations-Unies de suspendre cette mesure, ce belgo-marocain a été torturé au Maroc.

Ali Aarrass est belgo-marocain. Il n’est marocain qu’en raison du fait qu’il a dû obtenir, pour voyager, un titre d’identité. Ali Aarrass est né dans l’enclave espagnole de Melilla. Il n’a jamais vécu au Maroc et n’a aucun lien effectif avec ce pays;

Ali Aarrass a vécu 28 ans en Belgique, y a fait son service militaire, y a développé un commerce de proximité et des attaches profondes;

Ali Aarrass a un casier judiciaire vierge tant en Belgique qu’en Espagne, où il était retourné vivre près de son père en 2005. Il a fait l’objet de deux enquêtes en Espagne pour vérifier qu’il n’entretenait pas de liens avec des groupes terroristes. Il a été totalement blanchi après une instruction de près de trois ans, menée par le juge Baltasar Garzon;

Ali Aarrass était détenu en Espagne depuis avril 2008 suite à une demande d’extradition formulée par le Maroc. Il est soupçonné par cet Etat d’appartenir à la «cellule terroriste Belliraj»;

Il est de renommée commune que le Maroc torture de manière systématique les individus dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, motif invoqué par cet Etat pour museler toute opposition politique pacifique. Il est également de renommée commune que le «procès Belliraj», mené au Maroc, a été une véritable mascarade, une parodie de justice. Les inculpés ont été torturés pour ensuite être condamnés sur base de leurs propres «aveux», obtenus sous la torture;

Sur cette problématique, les critiques des organisations internationales de défense des droits de l’homme sont aussi virulentes que celles faites à l’encontre d’autres pays du Maghreb, aujourd’hui en pleine révolte;

Ali Aarrass s’opposait dès lors fermement à son extradition. Il a fait trois grèves de la faim pour l’éviter;

Interpellée par la famille Aarrass depuis l’incarcération d’Ali, le Ministre des affaires étrangères belge a refusé de prendre contact avec l’Espagne afin de faire part ne fut-ce que de la préoccupation des autorités belges à l’égard de leur ressortissant. Le Ministre invoquait «la confiance mutuelle» qui prévaut entre les différents Etats européens, alors même que cette confiance était mal placée;

Le 19 novembre 2010, le Conseil des ministres espagnol a approuvé l’extradition d’Ali Aarrass. Par contre, l’Espagne a refusé d’extrader Monsieur El Bay, détenu dans la même affaire mais de nationalité hispano-marocaine. Cet homme a, à juste titre, été libéré;

Le Comité des droits de l’Homme des Nations-Unies a alors été saisi d’une requête en extrême urgence afin d’empêcher la remise d’Ali Aarrass au Maroc;

Au grand soulagement de toute sa famille, le Comité des droits de l’Homme a pris une mesure provisoire et a demandé l’Espagne à ne pas l’extrader, dès le 26 novembre 2010;

Les proches d’Ali Aarrass pensaient alors que l’injustice qu’il subissait depuis des années prendrait bientôt fin;

Malheureusement, le 14 décembre 2010, le consul belge, qui avait finalement reçu instruction de visiter Monsieur Aarrass, a été informé que cette visite ne pouvait avoir lieu: Ali Aarrass avait été extradé;

Ce consul n’a même pas pris la peine de contacter les avocats d’Ali Aarrass ou sa famille. C’est par la presse que cette extradition a été portée à la connaissance de ses proches;

En extradant Ali Aarrass malgré la mesure provisoire adoptée par le Comité des Droits de l’Homme des Nations Unies, l’Espagne a manifestement violé ses obligations internationales. C’est d’autant plus choquant que, s’adressant au Comité des Droits de l’Homme, cet Etat avait sollicité, le 7 décembre 2010, la levée de la mesure provisoire, ce qui ne lui avait pas été accordée;

Après cette extradition illégale, le Ministère des Affaires Etrangères belge a, à nouveau, été contacté. Le Ministère s’est cette fois retranché derrière la double nationalité d’Ali Aarrass pour refuser toute intervention en sa faveur. Ce refus paraît inacceptable. Le Maroc pourrait éventuellement refuser de faire droit aux demandes des autorités consulaires belges mais le Belgique ne peut se dédouaner ainsi de ses obligations diplomatiques, d’autant qu’une pression internationale est en soi de nature à protéger Ali Aarrass;

De très nombreuses démarches ont été effectuées, dès le 16 décembre 2010, afin de localiser Monsieur Aarrass et de le soutenir. Le Ministre de la Justice marocain a notamment été avisé de l’état de santé très précaire d’Ali Aarrass, qui était en grève de la faim depuis près d’un mois. Le Rapporteur spécial contre la torture des Nations-Unies a également été alerté, compte tenu des craintes de mauvais traitements;

Malheureusement, la procédure marocaine autorise le maintien en garde-à-vue pendant douze jours en cas d’application de la législation antiterroriste. Durant ce délai, les personnes sont maintenues au secret et ne peuvent pas communiquer avec l’extérieur ou bénéficier de l’assistance d’un avocat. Dans son rapport du 1er décembre 2004, le Comité des Droits de l’Homme avait déjà indiqué: «Le Comité considère comme excessive la période de garde à vue – 48 heures (renouvelables une fois) pour les crimes ordinaires et 96 heures (renouvelables deux fois) pour les crimes liés au terrorisme – période pendant laquelle un suspect peut être détenu sans être présenté devant un juge. L’État partie devrait revoir sa législation sur la garde à vue et la mettre en conformité avec les dispositions de l’article 9 ainsi que de toutes les autres dispositions du Pacte. L’État partie devrait modifier sa législation et sa pratique pour permettre à la personne arrêtée d’avoir un accès à un avocat dès le début de sa garde à vue (articles 6, 7, 9, 10 et 14 du Pacte)»;

C’est au cours de ce délai illégal de garde-à-vue que Monsieur Aarrass a été torturé. Il a été privé de sommeil pendant de nombreux jours et soumis à des interrogatoires incessants. Au cours de ceux-ci, il aurait fait l’objet d’injections de produits chimiques, de chocs électriques dans les parties génitales, du supplice de la bouteille (viol) et de nombreux autres sévices inqualifiables;

Il semble que, lorsqu’il a été présenté pour la première fois devant un juge d’instruction, Monsieur Aarrass se trouvait dans un tel état qu’il a été impossible de l’auditionner. Lors de sa seconde présentation, l’avocat de Monsieur Aarrass a pu l’accompagner mais le juge d’instruction a refusé d’acter les allégations de torture de Monsieur Aarrass;

Pourtant, la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants du 10 décembre 1984, impose:
«Tout Etat partie assure à toute personne qui prétend avoir été soumise à la torture sur tout territoire sous sa juridiction le droit de porter plainte devant les autorités compétentes dudit Etat qui procéderont immédiatement et impartialement à l’examen de sa cause. Des mesures seront prises pour assurer la protection du plaignant et des témoins contre tout mauvais traitement ou toute intimidation en raison de la plainte déposée ou de toute déposition faite. Tout Etat partie veille à ce que toute déclaration dont il est établi qu’elle a été obtenue par la torture ne puisse être invoquée comme un élément de preuve dans une procédure, si ce n’est contre la personne accusée de torture pour établir qu’une déclaration a été faite»;

Dans ces circonstances, les proches d’Ali Aarrass sont extrêmement inquiets. Ils ont peur qu’Ali soit condamné sur base d’aveux obtenus sous la torture, les siens et ceux de Monsieur Belliraj. Le dossier répressif marocain ne contient en effet aucun élément objectif relatif à l’implication de Monsieur Aarrass dans un quelconque groupe terroriste;

Les proches de Monsieur Aarrass appellent les gouvernements espagnols et belges à se préoccuper de celui qu’ils ont livré à ses tortionnaires. Ils exigent qu’une enquête impartiale soit réalisée quant à ces allégations de torture. Ils appellent toutes les bonnes volontés à faire pression afin qu’Ali puisse bénéficier d’un procès équitable. Ils implorent les juridictions marocaines à ne pas avaliser l’usage de la torture et à rendre une justice qui puisse honorer le peuple marocain.

Me Christophe Marchand & Me Dounia Alamat
08.02.11

vendredi 31 décembre 2010

La jeunesse de Gaza vous envoie ses voeux

Manifeste de la jeunesse de Gaza

Merde au Hamas. Merde à Israël. Merde au Fatah. Merde à l’ONU et à l’Unrwa (1). Merde à l’Amérique! Nous, les jeunes de Gaza, on en a marre d’Israël, du Hamas, de l’occupation, des violations permanentes des Droits de l’homme et de l’indifférence de la Communauté internationale.

Nous voulons crier, percer le mur du silence, de l’injustice et de l’apathie de même que les F16 israéliens pètent le mur du son au-dessus de nos têtes, hurler de toute la force de nos âmes pour exprimer toute la rage que cette situation pourrie nous inspire. Nous sommes comme des poux coincés entre deux ongles, nous vivons un cauchemar au sein d’un autre cauchemar. Il n’y a pas d’espace laissé à l’espoir, ni de place pour la liberté. Nous n’en pouvons plus d’être piégés dans cette confrontation politique permanente, et des nuits plus noires que la suie sous la menace des avions de chasse qui tournent au-dessus de nos maisons, et des paysans innocents qui se font tirer dessus simplement parce qu’ils vont s’occuper de leurs champs dans la zone «de sécurité», et des barbus qui se pavanent avec leurs flingues et passent à tabac ou emprisonnent les jeunes qui ont leurs idées à eux, et du mur de la honte qui nous coupe du reste de note pays et nous enferme dans une bande de terre étriquée.

On en marre d’être présentés comme des terroristes en puissance, des fanatiques aux poches bourrées d’explosifs et aux yeux chargés de haine; marre de l’indifférence du reste du monde, des soi-disant experts qui sont toujours là pour faire des déclarations et pondre des projets de résolution mais se débinent dès qu’il s’agit d’appliquer ce qu’ils ont décidé; marre de cette vie de merde où nous sommes emprisonnés par Israël, brutalisés par le Hamas et complètement ignorés par la communauté internationale.

Il y a une révolution qui bouillonne en nous, une énorme indignation qui finira par nous démolir si nous ne trouvons pas le moyen de canaliser cette immense énergie pour remettre en cause le statu quo et nous donner un peu d’espoir. Le dernier coup qui a encore aggravé notre frustration et notre désespoir s’est produit le 30 novembre, quand des miliciens du Hamas ont débarqué au siège du Sharek Youth Forum (www.sharek.ps, une organisation de jeunesse très active à Gaza) avec leurs fusils, leurs mensonges et leur agressivité. Ils ont jeté tout le monde dehors, arrêté et emprisonné plusieurs personnes, empêché Sharek de poursuivre ses activités; quelques jours plus tard, des manifestants regroupés devant le siège de Sharek ont été agressés, battus et pour certains emprisonnés.

C’est vraiment un cauchemar au sein d’un autre cauchemar que nous vivons. Il n’est pas facile de trouver les mots pour décrire la pression qui s’exerce sur nous. Nous avons difficilement survécu à l’opération «Plomb durci» de 2008-2009, quand Israël nous a systématiquement bombardé la gueule, a détruit des milliers de logements et encore plus de vies et de rêves. Ils ne se sont pas débarrassés du Hamas comme ils en avaient l’intention mais ils nous ont fichu la trouille pour toujours, et le syndrome du «stress post-traumatique» s’est installé à jamais en chacun de nous, parce qu’il n’y avait nulle part où fuir les bombes.

Nous sommes une jeunesse au cœur lourd. Nous portons en nous un poids tellement accablant qu’il nous empêche d’admirer le coucher de soleil: comment pourrait-on, alors que des nuages menaçants bouchent l’horizon et que des souvenirs effrayants passent dans nos yeux à chaque fois que nous les fermons? Nous sourions pour cacher la douleur, nous rions pour oublier la guerre, nous gardons l’espoir pour ne pas nous suicider tout de suite.

Au cours des dernières années, Hamas a tout fait pour prendre le contrôle de nos pensées, de notre comportement et de nos attentes. Nous sommes une génération de jeunes qui se sont déjà habitués à évoluer sous la menace des missiles, à poursuivre la mission apparemment impossible qui consiste à mener une existence normale et saine, et nous sommes à peine tolérés par une organisation tentaculaire qui s’est étendue à travers notre société, tel un cancer malveillant déterminé à détruire dans sa propagation jusqu’à la dernière cellule vivante, la dernière opinion divergente, le dernier rêve possible, à paralyser chacun de nous en faisant régner la terreur. Et tout ça arrive dans la prison qu’est devenu Gaza, une prison imposée par un pays qui se prétend démocratique.

A nouveau l’histoire se répète dans toute sa cruauté et tout le monde a l’air de s’en moquer. Nous vivons dans la peur. Ici, à Gaza, nous avons peur d’être incarcérés, interrogés, battus, torturés, bombardés, tués. Nous avons peur de vivre parce que chaque pas que nous faisons doit être sérieusement considéré et préparé, parce qu’il y a des obstacles et des interdits partout, parce qu’on nous empêche d’aller où nous voulons, de parler et d’agir comme nous le voulons et même parfois de penser ce que nous voulons, parce que l’occupation colonise nos cerveaux et nos cœurs, et c’est tellement affreux que c’est une souffrance physique, que nous voulons verser des larmes de révolte et de colère intarissables.

Nous ne voulons pas avoir de haine, ressentir toute cette rage, et nous ne voulons pas être encore une fois des victimes. Assez! Nous en avons assez de la douleur, des larmes, de la souffrance, des contrôles, des limites, des justifications injustifiées, de la terreur, de la torture, des fausses excuses, des bombes, des nuits sans sommeil, des civils tués aveuglément, des souvenirs amers, d’un avenir bouché, d’un présent désespérant, des politiques insensées, des politiciens fanatiques, du baratin religieux, de l’emprisonnement. Nous disons: ASSEZ! Ce n’est pas le futur que nous voulons!

Nous avons trois exigences: nous voulons être libres, nous voulons être en mesure de vivre normalement et nous voulons la paix. Est-ce que c’est trop demander? Nous sommes un mouvement pacifiste formé par des jeunes de Gaza et des sympathisants de partout ailleurs, un mouvement qui continuera tant que la vérité sur ce qui se passe chez nous ne sera pas connue du monde entier, et à tel point que la complicité tacite et la tonitruante indifférence ne seront plus acceptables.

Ceci est le manifeste pour le changement de la jeunesse de Gaza!

Nous allons commencer par rompre l’occupation qui nous étouffe, par nous libérer de l’enfermement mental, par retrouver la dignité et le respect de soi. Nous garderons la tête haute même si nous rencontrons le refus. Nous allons travailler nuit et jour pour changer la situation lamentable dans laquelle nous nous débattons. Là où nous nous heurtons à des murs, nous construirons des rêves.

Nous espérons que vous qui lisez maintenant ces lignes, oui, vous, vous nous apporterez votre soutien. Pour savoir sous quelle forme c’est possible, écrivez sur notre mur (*) ou contactez-nous directement à freegazayouth@hotmail.com

Nous voulons être libres, nous voulons vivre, nous voulons la paix.


Gaza Youth Breaks Out 
Collectif de jeunes artistes et militants associatifs de la Bande de Gaza
29.12.10
Notes:
(1) Agence de l’ONU crée en 1948 pour prendre en charge les réfugiés palestiniens.
Traduit de l’anglais par Bernard Cohen.
Source Libération: http://www.liberation.fr/monde/01012310251-le-manifeste-de-la-jeunesse-de-gaza
(*)Le collectif est uniquement sur Facebook pour l’instant: http://www.facebook.com/pages/Gaza-Youth-Breaks-Out-GYBO/118914244840679#!/pages/Gaza-Youth-Breaks-Out-GYBO/118914244840679?v=wall

samedi 25 décembre 2010

En solidarité avec le peuple encagé de Gaza







Malgré les conditions climatiques difficiles, soyons nombreux à manifester notre solidarité avec la population de Gaza maintenue en conditions de survie, et à dénoncer la forfaiture de nos gouvernements, complices de l'abjecte occupation sioniste.





26.12.10

mardi 23 novembre 2010

! ! U R G E N T : communiqué de Presse



Pour la deuxième fois consécutive, des dizaines de personnes ont manifesté devant l'ambassade espagnole à Bruxelles, le lundi 22 novembre de 12h à 13h, pour protester contre la décision du Conseil des ministres espagnols d'extrader le Belgo-Marocain Ali Aarrass vers le Maroc.

Les manifestants demandent qu'une délégation de la famille et des activistes des Droits de l'Homme soit reçue par l'ambassadeur, ce qui leur est toujours refusé jusqu'à présent.

Dès lors, une manifestation sera organisée chaque jour devant l'ambassade.

Le 20 novembre, les avocats belges et espagnols d'Ali Aarrass, Maîtres Dounia Alamat, Christophe Marchand, Zouhaier Chihaoui et Mohamed Nayim, ont introduit une requête en extrême urgence contre l'extradition d'Ali Aarrass devant la Cour européenne des Droits de l'Homme.

Amnesty International Londres publiera une nouvelle déclaration contre l'extradition d'Ali Aarrass dans les jours qui viennent.

Les autorités judiciaires espagnoles ont été très claires concernant le cas d'Ali Aarrass: ils ont classé son affaire sans suite, au motif que les différentes enquêtes menées contre lui ne permettaient en rien de l'inculper ou de l'envoyer devant un tribunal pour «activités terroristes». Ce n'est que sur base d'un mandat d'arrêt international marocain demandant son extradition qu'Ali se trouve dans une prison espagnole depuis deux ans et demi et qu'il est aujourd'hui victime d'une décision d'extradition. Les manifestants dénoncent le fait que les autorités espagnoles utilisent Ali Aarrass comme monnaie d'échange pour régler leurs conflits avec le Maroc. Ils dénoncent la violation par l'Espagne de la Déclaration européenne des Droits de l'Homme, qui interdit l'extradition vers un pays qui pratique la torture.

Les manifestants dénoncent la passivité et le silence des autorités belges. Une fois de plus celles-çi abandonnent un citoyen belge quand il s'agit d'un dossier qui concerne 'le terrorisme' et quand l'accusé belge est d'origine arabe et/ou de conviction musulmane.

Troisième journée d'action: ce mardi 23 novembre de 12h à 13h, Ambassade d'Espagne, rue de la Science, 19 à 1040 Bruxelles (métro Trône).

mercredi 27 octobre 2010

Tarnac: un révélateur du nouvel ordre sécuritaire

Un colloque s'est tenu en France, il y a quelques jours, dont le thème était:
Lois anti-terroristes, 25 ans d'exception
Tarnac: un révélateur du nouvel ordre sécuritaire

Comme ce dont il est question ne touche pas uniquement la France, il nous paraît intéressant de livrer ici, le positionnement des organisateurs de ce colloque:

L'affaire dite de Tarnac a fonctionné comme un révélateur du nouvel ordre sécuritaire: au nom de la lutte antiterroriste, l'Etat s'affranchit de principes élémentaires du droit et des zones grises apparaissent au cœur même des institutions régaliennes, dans la justice, dans la police. Des «affaires» sont instrumentalisées comme faire-valoir d'une politique aux objectifs inavoués. Cette construction d'une «terrorisation démocratique», pour reprendre l'expression d'un essayiste, s'appuie sur un arsenal législatif mis en place progressivement depuis 25 ans. Les attentats du 11 septembre lui ont donné une nouvelle légitimité avec comme matrice le «Patriot Act» qui autorisait les autorités américaines à appliquer sur leur territoire la notion de guerre préventive contre le terrorisme. Les Etats européens ont suivi peu ou prou ce modèle adoptant des lois successives en se libérant des contraintes de leur propre ordre juridique traditionnel et démocratique.

Le cas de Tarnac a montré comment en utilisant la dramatisation de situations n'ayant pas de liens évidents, la stigmatisation d'une mouvance créée de toute pièce pour l'occasion «la mouvance anarcho-autonome» en disqualifiant les acteurs de cette prétendue mouvance, en multipliant les intimidations, en exigeant des autorités policières et judiciaires une culture du résultat, on pouvait criminaliser durablement non seulement des hommes et des femmes engagés mais qui plus est leur pensée même. Nous sommes tous concernés par ce glissement progressif, sémantique, législatif, policier qui est en train de mettre en place une société de surveillance généralisée. Si la société doit évidemment répondre à la question terroriste, elle ne doit en aucun cas permettre que les outils dont elle se dote ne s'affranchissent des valeurs qui constituent les fondements de la démocratie. Lorsque l'exception devient la règle, la frontière devient ténue entre un régime démocratique et un régime autoritaire. Lorsque l'on vit dans une période de crise globale, le pouvoir, à la recherche de boucs-émissaires, a tendance à utiliser les procédures d'exception pour stigmatiser et condamner médiatiquement et socialement des groupes d'individus.

A la lumière de ce qui s'est passé dans l'affaire de Tarnac, le colloque à l'Assemblée nationale co-organisé deux ans après les faits, par des parlementaires de plusieurs sensibilités, permettra avec des intellectuels, des juristes, des grands témoins, des élus, des avocats, de faire un état des lieux, de recontextualiser l'«affaire» en la replaçant dans l'histoire des lois d'exception, et enfin d'éclairer des pistes pour que nous ne connaissions plus de telles dérives.

Le CALAS 
Comité pour l'Abrogration des Lois Antiterroristes
15.10.10
Source: fragmentsduvisible.org

samedi 9 octobre 2010

Conférence de presse dans l'affaire Ali Aarrass


Compte-rendu de la conférence de presse du 07.10.10 dans l’«affaire Ali Aarrass», donnée dans les locaux de la Ligue des Droits de l’Homme, à Bruxelles.



Luk Vervaet introduit la conférence de presse en remerciant la LDH de l’accueil dans leurs locaux, ainsi que les divers intervenants pour leur présence.
Il rappelle ensuite certains faits, en commençant par pointer les changements intervenus dans le monde, suite aux attentats du 11 septembre 2001. Ces changements sont de deux ordres: d’une part, guerres en Irak et en Afghanistan. Ce 7 octobre est d’ailleurs la date anniversaire du lancement de la guerre contre l’Afghanistan. D’autre part, la stigmatisation de tous les citoyens ainsi que de certains mouvements citoyens dans le monde, qui osent opposer une résistance à ce nouvel ordre mondial voulu et imposé par la nouvelle politique «anti-terroriste» américaine. Cette politique consiste à soupçonner tout individu qui ne se plierait pas à ses diktats. Les dérives sont telles, qu’elles mènent à enfermer des individus non plus sur base de leur culpabilité avérée, mais sur base de «soupçons» éventuels d’appartenance à des mouvements estimés douteux. Elles peuvent entraîner leur incarcération sans jugement, dans des conditions terribles, comme dans les prisons de Guantanamo, Abou Ghraïb (pour les plus connues) ainsi que dans d’autres lieux où la torture est pratiquée. Pire: les pays dits «démocratiques» du Nord, en profitent pour délocaliser certains prisonniers vers des dictatures du Sud afin de les sous-traiter non sur base de leurs actes, mais sur celles de leurs intentions. Pays du Sud qui en profiteront pour museler et écraser toute forme de résistance et d’opposition à leur politique autoritaire.
Dans la foulée, Luk Vervaet informe la salle du lancement de la Campagne de soutien à Ali Aarrass, via le site internet www.freeali.eu

Farida Aarrass, sœur d’Ali, se concentre en quelques mots sur l’historique familial. Farida rappelle que son frère est né à Melilla, enclave espagnole en territoire marocain, et pointe donc le fait qu’à l’origine son frère est de nationalité espagnole, Etat de l’UE. Pour des raisons familiales, Ali Aarrass se retrouvera en Belgique où il obtiendra la nationalité belge. Il mènera des années durant, une existence paisible de libraire sur le territoire belge, où l’ensemble de sa clientèle dira tout le bien qu’elle pense de lui. Puis, après plusieurs années, Ali rejoindra son père resté à Melilla. C’est-là qu’Ali sera arrêté sur base de soupçons, et non sur base de preuves… inexistantes!

Le père d’Ali, Mustapha Aarrass complète en espagnol le portait de son fils, pointant le fait qu’Ali a rempli ses obligations militaires en Belgique. Ainsi, si par malheur, un conflit grave devait surgir entre la Belgique et le Maroc, Ali devrait se battre aux côtés des forces belges, contre les forces marocaines. Il signale également que le gouvernement espagnol a indiqué que la Belgique n’ayant pas bougé dans ce dossier, l’Espagne n’avait aucune porte de sortie pour le faire avancer de manière positive vis-à-vis des autorités marocaines.

Aberrahman Benyahya, président et porte-parole de la CIM (Commission Islamique de Melilla)  explique que les différentes constitutions des pays européens donnent pratiquement les mêmes droits à tous les citoyens, sans aucune distinction de race, de genre, d’appartenance religieuse, de culture,… Or, dans le cas précis d’Ali Aarrass, ces droits sont tout simplement ignorés, et par ce fait, les droits de l’Union Européenne également. En principe, un Etat donne des garanties à ses citoyens. Dans ce cas-ci, l’Etat belge dont Ali est citoyen, a abandonné l’un des siens, ce qui illustre in fine que les citoyens ne sont pas tous égaux en fonction de leur origine, religion, etc… La relation entre l’Etat et ses citoyens est donc corrompue. Cette situation est d’autant plus grave qu’elle risque fort à l’avenir, d’ouvrir la voie à une corruption généralisée des relations entre les Etats et leurs citoyens.

Maître Mohamed Ali Nayim, avocat espagnol d’Ali Aarrass poursuit en rappelant que la demande d’extradition d’Ali vers le Maroc est l’une des conséquences des attentats survenus à Casablanca en 2003. Un grave malentendu a surgi suite à des accusations de prisonniers marocains ayant «avoué» la complicité d’Ali, sous la torture pratiquée à leur encontre dans les geôles marocaines. Il soulignera qu’après trois années d’enquête et de procès, et sans la moindre preuve à charge d’Ali, les tribunaux espagnols établiront la totale innocence d’Ali Aarrass dans un quelconque lien supposé à ces attentats, jugement établi par Baltasar Garzon, juge spécialisé dans ce type d’affaires. Maïtre Nayim rappelle qu’il existe une convention entre l’Espagne et le Maroc pour s'empêcher les extraditions respectives de citoyens. Par ailleurs, il informe l’assemblée présente de l’éventualité envisagée par la famille Aarrass d’attaquer l’Etat belge en justice, pour son indifférence et sa passivité dans le traitement de ce dossier.

Maître Dounia Alamat, avocate d’Ali en Belgique, continue en recadrant l’historique des cas et l’analogie de l’affaire avec des dossiers identiques. Elle établit un constat: la Belgique n’a jamais extradé de citoyen belge ou étranger dès lors que les critères pour pouvoir juger un individu dans les pays qui en font la demande apparaissent trop vagues aux yeux des instances belges. S’y ajoutent dans le cas présent, les cas avérés de torture au Maroc, constatés par diverses ONG telles Human Rights Watch, Amnesty International, la Ligue Internationale de Droits de l’Homme, etc… Les juridictions belges ont dès lors toujours refusé les extraditions sur de tels constats accablants. A ce propos, voir: http://www.hrw.org/fr/news/2010/02/12/maroc-d-claration-de-human-rights-watch-sur-l-affaire-dite-belliraj-devant-le-tribun

Enfin, Maître Christophe Marchand, également avocat dans le dossier en Belgique, loue le travail des défenseurs espagnols d’Ali Aarrass. Il ne comprend pas l’attitude du gouvernement  belge, pourtant bien informé de la situation des prisonniers marocains et dénonce son manque de réaction. Dans le même temps, il se félicite de la tenue de cette conférence de presse pour alerter l’opinion publique, tout en rappelant que les conventions internationales de par leur caractère contraignant, obligent les Etats à intervenir dans ce type de dossier.

Après quelques questions-réponses avec la salle, Farida Aarrass conclut en rappelant qu’à ce jour il y a près de 3 ans que son frère est incarcéré dans une prison espagnole en attendant son extradition vers le Maroc pour fait de «terrorisme». Le 21 avril 2009, Amnesty International (Espagne) écrivait: «Ali Aarrass fait l’objet d’une information judiciaire ouverte en 2006 par l’Audience nationale espagnole pour des infractions liées au terrorisme mais, le 16 mars 2009, cette juridiction l’a provisoirement close en raison de l’insuffisance des éléments de preuve…» Pourtant, Ali reste en prison, en raison de la demande d’extradition du Maroc. Amnesty International Espagne a lancé l’appel suivant: «Exhortez les autorités à ne pas extrader Ali Aarrass vers le Maroc car il risquerait d’être détenu au secret, de subir des actes de torture et d’autres mauvais traitements, ainsi que d’être victime d’un procès inique». Farida Aarrass insiste sur la situation humaine dramatique de son frère dont la santé a terriblement souffert de ses conditions de détention, au point d’en devenir alarmante.

L’avocat espagnol, Maître Nayim, termine la conférence de presse en rappelant que le représentant du Consulat belge en Espagne lui a déclaré que dès l’instant où ils quittent le territoire il existe deux types de citoyens belges: ceux qui le sont d’origine… et les autres!

Nous en concluons pour notre part, que ÉGALITÉ-sans-guillemets trouve dans ce cas précis, toute sa raison d’être et dénonce avec force cette inacceptable dualité dans le statut des citoyens du pays. Et de constater qu’il y a donc bien deux types de Belges pour certains responsables politiques: ceux de souche et ceux «entre guillemets» selon la triste et lamentable déclaration de Anne-Marie Lizin à l’époque.

Signez la pétition contre l’extradition d’Ali Aarrass: http://lapetition.be/en-ligne/petition-8046.html

Visitez le site créé en soutien à Ali Aarrass et pour sa libération: http://www.freeali.eu/

Pour ÉGALITÉ,
Daniel Vanhove

08.10.10

samedi 2 octobre 2010

Communiqué de presse du CADTM



Le CADTM se réjouit de l’échec de la tentative de coup d’Etat en Equateur et soutient la mobilisation populaire pour défendre les conquêtes démocratiques et sociales



Jeudi 30 septembre 2010, une tentative de coup d’Etat a échoué en Equateur. Un secteur important de la police nationale a séquestré le chef de l’Etat Rafael Correa après que celui-ci ait tenté de convaincre les policiers d’accepter la loi sur les services publics qui avait été adoptée en première lecture par l’Assemblée nationale le mercredi 29 septembre 2010. Cette loi vise à mettre fin à certains privilèges financiers des policiers et des militaires.

Un secteur des forces armées, en particulier dans l’armée de l’air, de même que des policiers ont pris le contrôle des principaux aéroports également pendant une douzaine d’heures. L’ancien président, Lucio Guttierez, qui a dû démissionner en 2005 suite à des protestations populaires, a appuyé, depuis Brasilia où il se trouve, la tentative de coup en déclarant qu’il s’agissait de mettre fin au mandat de Rafael Correa. Un groupe d’opposants à Rafael Correa parmi lesquels des policiers en civil et Pablo Guerrero, avocat de Lucio Guttierez et membre actif de son parti, a forcé les portes de la télévision et la radio publiques dans l’après-midi du 30 septembre. La situation était pour le moins confuse du côté de l’état-major de la police. Rafael Correa a été séquestré pendant une douzaine d’heures dans l’hôpital de la police.

De son côté, l’état-major des forces armées a assuré le président de son soutien mais a tardé à donner l’ordre de rétablir l’ordre constitutionnel par la libération de Rafael Correa. Il est probable qu’elle ait conditionné son soutien au président à l’octroi de concessions à des demandes des militaires. La CONAIE, principale organisation des peuples indigènes de l’Equateur, a dénoncé le coup d’Etat tout en maintenant ses critiques à l’égard de la politique du gouvernement de Rafael Correa. Finalement vers 21h, le 30 septembre, l’armée a libéré le président en affrontant les policiers mutinés. Il semble que l’on ait ainsi évité un dénouement tragique de la mutinerie des policiers qui aurait pu dégénérer en un véritable coup d’Etat. Néanmoins, la situation est instable et la vigilance est de mise. Après la victoire du coup d’Etat militaire au Honduras en 2009 qui a bénéficié du soutien de Washington et de ses alliés dans la région, il y a un risque certain de voir se produire d’autres tentatives de coup d’Etat dans la région. La droite au Paraguay l’envisage publiquement.

Le CADTM rappelle que le président Rafael Correa est un président démocratique. Il a été élu à deux reprises (en 2006 et en 2010) dans le cadre d’élections démocratiques. Depuis le début de son mandat, son gouvernement a mis en œuvre une série de mesures positives: un processus de réforme politique démocratique qui a doté le pays d’une nouvelle constitution en 2008 qui constitue une source d’inspiration sur plusieurs aspects; une réaffirmation de l’indépendance du pays en mettant fin à la présence de l’armée des Etats-Unis sur la base de Manta; un audit de la dette publique (auquel le CADTM a collaboré activement) qui a abouti à une suspension de remboursement qui à son tour a permis de réduire de manière importante le volume de la dette; une augmentation des dépenses sociales; la promotion d’une intégration latino-américaine; une initiative visant à protéger l’environnement en renonçant à exploiter le pétrole qui se trouve dans le sous-sol de l’Amazonie équatorienne dans la réserve du Yasuni; la création d’une télévision et d’une radio de service public dans un pays où les médias étaient jusque là totalement contrôlés par de grandes entreprises privées, plus particulièrement les banques privées du pays. Ces avancées ont été possibles grâce à de fortes mobilisations populaires au cours des 15 dernières années. Quoique modestes et pour tout dire insuffisantes, les différentes transformations démocratiques réalisées depuis l’élection de Rafael Correa fin 2006 ont provoqué une très forte opposition de la part des secteurs conservateurs habitués à utiliser le gouvernement comme une courroie de transmission pour défendre leurs intérêts.

Face à la tentative de coup d’Etat, de plus en plus de citoyens et d’organisations se sont mobilisés au cours de la journée du 30 septembre en Equateur pour exiger la libération du président Rafael Correa. Une fois libéré, celui-ci a pu prendre la parole devant une partie de ses partisans sur la place publique face au palais présidentiel.

Le CADTM, qui n’a jamais hésité à exprimer des critiques à l’égard du gouvernement de Rafael Correa quand il considérait que celui-ci adoptait des mesures qui ne permettaient pas de faire avancer le processus d’émancipation en cours, dénonce avec la plus grande fermeté la tentative de coup d’Etat qui a débuté le 30 septembre. L’ordre constitutionnel doit être respecté, la démocratie doit être réaffirmée. Le CADTM appelle à la solidarité internationale à l’égard de la mobilisation populaire en défense de la démocratie. Afin de consolider le processus de démocratisation en cours en Equateur, il s’agit d’obtenir de profondes réformes économiques et sociales.

CADTM
Comité pour l'Annulation de la Dette du Tiers-Monde
01.10.10

mercredi 22 septembre 2010

Alors que s’ouvre le Sommet des Nations unies sur les OMD, le CADTM exige l’annulation de la dette du Sud



Du 20 au 22 septembre 2010 se déroule à New-York, au siège des Nations unies, le Sommet mondial sur les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) dont le but annoncé est de "permettre une accélération des progrès en vue de la réalisation des OMD |1|". Car à seulement 5 ans de l’échéance, le tableau dressé par le dernier rapport de l’ONU de juin 2010 est pour le moins sombre. A ce stade, seul un OMD sur huit («réduire de moitié, de 1990 à 2015, la proportion de la population dont le revenu est inférieur à 1 dollar par jour») pourrait être atteint grâce à la Chine et l’Inde.

Certes, la crise économique mondiale est passée par là. Mais elle ne peut expliquer toute seule cette situation inacceptable où la majorité des êtres humains de la planète, très majoritairement basée au Sud, est privée de ses droits fondamentaux tels que le droit à l’eau ou à l’éducation, et plus généralement dépossédée de son droit à la vie. En effet, les «émeutes de la faim» et la crise environnementale existaient avant l’éclatement de la crise mondiale, dont l’entière responsabilité repose sur les pays riches du Nord.

Pour le réseau CADTM, les OMD étaient dès le départ voués à l’échec car ils ne sont pas contraignants pour les États, contrairement aux politiques dictées par le FMI et la Banque mondiale, dont l’application docile par les gouvernements du Sud conditionne les allègements de dettes et les nouveaux prêts. Or, ces deux Institutions financières internationales, contrôlées par les pays occidentaux du fait notamment de la répartition des droits de vote, sont utilisées comme «cheval de Troie» pour imposer les politiques néo-libérales servant en priorité les intérêts de leurs entreprises transnationales.

Plus fondamentalement, l’échec des OMD est intrinsèquement lié à la nature du système actuel: le capitalisme, incapable de satisfaire les besoins des peuples. Comment expliquer qu’en dépit de l’augmentation exponentielle des richesses mondiale, l’extrême pauvreté a doublé en Afrique subsaharienne entre 1981 et 2005? Cette question nous renvoie directement aux racines même du système actuel qui ne vise ni la réduction des inégalités ni le développement. Soulignons que l’éradication de la pauvreté est possible mais qu’elle ne peut qu’être le résultat d’un processus de développement réussi reposant sur une juste répartition des richesses.

Pour le réseau CADTM, un changement radical est donc nécessaire pour, d’une part, permettre aux États du Sud et du Nord de respecter leurs engagements de protection des droits humains tels que le Pacte international sur les droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC) de 1966 (ratifié par 159 États) et, d’autre part, garantir le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes consacré par plusieurs textes internationaux dont la Déclaration de l’ONU sur le droit au développement de 1986. Ce changement passe inévitablement par l’annulation totale et sans conditions de la dette publique extérieure des pays en développement. La situation est d’autant plus urgente qu’une nouvelle crise de la dette du Sud est en préparation, comme conséquence de la crise économique mondiale. Le service annuel de la dette risque, par conséquent, d’accaparer une part encore plus importante des maigres budgets des pays du Sud, au détriment des dépenses publiques vitales pour le développement humain sur place.

En attendant une initiative internationale pour l’annulation totale et inconditionnelle de cette dette, les États doivent impérativement prendre des mesures de manière unilatérale. Ces mesures peuvent, en outre, s’inscrire dans le cadre du huitième OMD «Mettre en place un partenariat mondial pour le développement» qui prévoit de «Traiter globalement le problème de la dette des pays en développement par des mesures d’ordre national et international propres à rendre leur endettement viable à long terme».

Les pays du Nord doivent donc au minimum:
- suspendre immédiatement le remboursement de la dette du Sud (avec gel des intérêts)
- auditer cette dette pour annuler la part illégitime (celle qui n’a pas profité aux populations) sans inscrire, comme l’a fait le Norvège en 2006, les montants annulés dans l’aide publique au développement (APD) pour la gonfler artificiellement. Soulignons que, malgré cette pratique, les pays de l’OCDE n’ont consacré en 2009 que 97,5 milliards d’euros à l’APD, soit 0,31 % de leur revenu national cumulé, bien loin des 0,7% promis depuis des années. Les flux financiers qui partent du Sud vers le Nord sont largement supérieurs à l’«aide» des pays riches!
- verser des réparations pour la dette historique, écologique et culturelle qu’ils ont à l’égard du Sud

Ces mesures indispensables mais non suffisantes, fondées sur la justice et non sur une quelconque générosité du Nord, impliquent pour les pays du Nord de s’attaquer à leur propre dette publique en en suspendant immédiatement le remboursement pour donner la priorité à la coopération internationale et aux dépenses publiques dans les secteurs sociaux à l’échelle nationale.

CADTM 
(Comité pour l'Annulation de la Dette du Tiers-Monde)
20.09.10

Notes
|1| http://www.un.org/fr/mdg/summit2010/

mardi 7 septembre 2010

Communiqué




REJOIGNEZ-NOUS pour un CAMPING SOLIDAIRE du vendredi 10 au samedi 11 septembre 2010


Venez camper avec nous pour soutenir les familles de réfugiés et les autres demandeurs d’asile de la pleine de jeu du WTC. Venez manifester votre désarroi face aux violations massives de la loi par l’Etat belge et face à l’indifférence généralisée.

Rendez-vous vendredi soir 10 septembre à 18h au 59 chaussée d’Anvers à 1000 Bruxelles.

Apportez votre tente, de la nourriture et des boissons, amenez vos instruments de musique votre bon humeur et votre détermination à réclamer une autre politique d’asile.

Plus de 100 réfugiés campent devant l'Office des Étrangers
L’Etat belge se moque de la loi tant qu’il s’agit d’étrangers ! Des centaines de réfugiés sont jetés à la rue alors qu’ils ont droit au logement. Aujourd’hui, plus de 100 personnes ne sachant où aller ont décidé de camper sur la pleine de jeu devant l’Office des Etrangers.

Depuis plusieurs semaines pour certains, plus de 100 réfugiés dont une trentaine d'enfants vivent dans la plus extrême précarité sur la pleine de jeu aux pieds des bâtiments du World Trade Centre au 59 chaussée d’Anvers, en plein cœur de Bruxelles. Ils sont arrivés en Belgique en toute légalité pour lui demander protection.

Mais à l’encontre de la loi qui garantit à tout demandeur d’asile le droit à un logement, à une prise en charge matérielle et à un accompagnement social et psychologique pendant le temps de sa procédure, FEDASIL, l’agence fédérale chargée de l’accueil des réfugiés, administration du SPF de l’intégration sociale, dont le ministre Phillippe Courard (PS) à la charge, refuse tout simplement de leur octroyer la moindre aide!

L’agence prétexte  la saturation de son réseau d’accueil due à une l’augmentation du nombre de demandeurs d’asile pour justifier son comportement tout à fait illégal. Les familles sont priées d’attendre dans la rue l’issue de leur procédure d’asile.

Aussi choquante soit-elle, cette attitude s’est banalisée dans le chef de l’administration de Monsieur Philippe Courard. Depuis plus d’un an, plus aucune place n’est disponible en centre d’accueil. Les réfugiés sont remballés vers les CPAS qui, faute de moyens, refusent d’intervenir. L’hiver dernier, environ 1500 demandeurs d’asile sans logement étaient recensés - parmi eux des centaines d’enfants.

L’argument de la saturation soudaine des centres est une pure hypocrisie. Autour de l’an 2000, le nombre de demandeurs d’asile était très largement supérieur à celui d’aujourd’hui sans que leur accueil ne pose problème. En réalité,  les moyens mis à la disposition de FEDASIL ont été depuis lors fortement réduits, à tel point qu’avocats et spécialistes en droit des étrangers n’hésitent pas à parler de pénurie organisée.

FEDASIL est vraisemblablement le nouveau vecteur d’une politique xénophobe qui persiste à vouloir décourager les migrants, qu’ils soient réfugiés ou sans-papiers. Les familles qui survivent aujourd’hui sur la pleine de jeu devant de l’Office des étrangers sont les dernières victimes de cette politique ultra-sécuritaire qui n’a que faire de la sécurité des étrangers qu’elle jette à la rue en toute illégalité! On se demande quelle serait la réaction des citoyens belges et des parlementaires si ces familles étaient belges…

Quel que soit le contexte politique,  rien ne justifie la mise en danger de la vie d’êtres humains, d’autant plus si le danger vient de violations massives de la loi par l’Etat lui-même !

Compte tenu toutefois de la crise politique actuelle, la CRER ne peut  réclamer aux associations compétentes de prendre fait et cause pour les réfugiés et aux membres du Conseil des Ministres qu’ils se coordonnent pour adopter dans l’urgence des mesures concrètes et efficaces.

LA CRER
Coordination contre les rafles, les expulsions et pour la régularisation
06.09.10

mercredi 25 août 2010

NON à l’extradition d’Ali Aarrass vers le Maroc !



Dans ce dossier dont nous parlons au fil de son évolution... nous avons besoin de votre soutien

Ali est un citoyen belge !  Justice égale pour tous les citoyens !

Après plus de deux ans de détention arbitraire en Espagne, Ali risque toujours l’extradition vers la torture.  Malgré toutes les démarches effectuées par nos proches, représentants d’associations pour les Droits de l’Homme et autres, l’Espagne s’entête à vouloir l’extrader. L’Audience nationale espagnole a approuvé son extradition fin 2008 et le Conseil de Ministres espagnol persiste à vouloir l’extrader.

Pourtant, après enquête menée par les autorités espagnoles, le juge Baltazar Garzon a prononcé un non-lieu, aucune charge n’ayant pu être retenue contre lui. 

Ali est un citoyen belge, il n’a jamais vécu au Maroc. S’il doit être question d’extradition, que ce soit alors vers la Belgique et non pas vers le Maroc où il risque d’être détenu au secret, de subir des actes de torture et d’autres mauvais traitements, ainsi que d’être victime d’un procès inique.

Ali n’ayant toujours pas été jugé à ce jour, faute de preuves contre lui, la seule raison de sa détention reste la volonté des autorités espagnoles de l’extrader.

Ma mère, ma sœur et moi-même, nous opposons fermement à ce que mon frère, innocent, soit envoyé tel une marchandise à des bourreaux, afin de lui extorquer des aveux sous la torture.

Nous ferons tout ce qu’il y a dans notre pouvoir pour l’aider à sortir de ce cauchemar !

Pour cela nous faisons appel à votre générosité. On aura besoin de votre soutien financier, aucun montant ne sera négligeable, aussi minime soit-il.

Nous avons ouvert, à cet effet, un compte bancaire afin de réceptionner les versements et d’ainsi pouvoir couvrir les frais juridiques et de campagne pour sa libération.

BE 60 363–4789211–70 (virement européen)
BBRU  BE BB


Si vous souhaitez avoir d’autres informations relatives au cas de mon frère, vous pouvez me contacter au numéro 0486 703 215

D’avance merci.

Farida Aarrass
23.08.10

dimanche 22 août 2010

A vos claviers ! Enquête européenne en matière d'emploi.



Dans le cadre du Dialogue structuré sur l’emploi, le Conseil de la Jeunesse récolte la parole des jeunes sur ce thème qui les concerne directement.

Pour rappel, ce processus de consultation a lieu en trois phases. La première phase de la consultation s’est déroulée de janvier à avril 2010 et visait à identifier les défis auxquels les jeunes sont confrontés en matière d’emploi ainsi que les priorités à traiter au niveau européen.

Si vous avez entre 16 et 30 ans, nous vous invitons à participer à la seconde phase, qui consiste à récolter les recommandations des jeunes sur ces priorités en matière d’emploi, en répondant à l’enquête ci-jointe.
http://www.conseildelajeunesse.be/IMG/doc/Enquete_Emploi.doc

Merci de renvoyer l’enquête par mail (caroline.alofs@cfwb.be) ou par la poste (Conseil de la Jeunesse, Bd Léopold II, 44, B-1080 Bruxelles) le plus rapidement possible et au plus tard pour le 27 août 2010.

Pour tout renseignement concernant la consultation : Caroline Alofs + 32 2 413 29 29.
www.conseildelajeunesse.be

dimanche 15 août 2010

La France a toujours agi pour prémunir l’impunité d’Israël



Le chroniqueur juridique du quotidien libanais AlAkhbar, D. Omar Nachabé a critiqué le communiqué français survenu en réponse aux indices accusateurs d’Israël du secrétaire général du Hezbollah Sayed Hassan Nasrallah.


La Porte-parole adjointe du quai d’Orsay Christine Fages avait déclaré au lendemain de la conférence de presse que «seul le Tribunal spécial pour le Liban mis en place sur la base de la résolution 1757 a vocation à juger les auteurs, commanditaires, organisateurs et complices de l’assassinat de Rafic Hariri le 14 février», soulignant que son pays a toujours œuvré «pour lutter contre l’impunité des criminels».

Ce qui sous-entend que le gouvernement français refuse que le numéro un du Hezbollah se prononce sur cette affaire, et rejette de ce fait les accusations contre Israël .

Or Nachabé prône un raisonnement bien différent. Selon lui, comme le tribunal international est soumis «aux plus hautes normes internationales de la justice pénale», il se donc doit de prendre en considération toutes les éventualités, notamment celle de la piste israélienne.

S’adressant à la responsable française laquelle semblait veiller à lutter contre l’impunité des criminels, le chroniqueur d’AlAkhbar s’est demandé d’un ton sarcastique: «Comment la France fait-elle pour lutter contre l’impunité de ceux qui ont bombardé le camion qui transportait les femmes et enfants des villages de Marwahine, de Yarine et de Zalloutine le 15 juillet 2006, et contre ceux qui ont détruit les maisons par-dessus les têtes des civils à Tyr, Srifa, Hanowey et Baalbek le 18 juillet de la même année» et ce sans faire allusion à l’ennemi israélien ?

Évoquant les autres massacres perpétrés durant la guerre de juillet 2006, notamment le massacre de Qana 2 qui a causé le 30 juillet 2006 le martyre de 51 Libanais dont 22 civils, puis celui du bombardement du bloc d’immeubles de l’Imam Hassan, perpétré le lendemain de la promulgation de la résolution onusienne 1701, et durant lequel 50 civils ont péri dont 16 enfants, Nachabé se demande ce que la France a pu faire pour punir les Israéliens qui les ont commis.

Et de conclure que pour traduire la réelle position française, la déclaration du Quai d’Orsay aurait dû être rédigé sous la formule suivante: «La France a toujours agi pour prémunir l’impunité d’Israël» !

12.08.10   
Source : Al Manar