mercredi 13 janvier 2010

Le terrorisme est le prix à payer pour le soutien aux despotes et aux dictateurs


Si une survivante de l’Holocauste, âgée de 85 ans, avait fait la grève de la faim en soutien d’un peuple assiégé dans une autre partie du monde, et si des centaines de manifestants plutôt occidentaux avaient été pris pour cible et battus par la police, vous pouvez être sûr que nous aurions entendu parler de tout cela. Mais parce que cela s’est passé dans l’Egypte soutenue par l’Occident plutôt qu’en Iran, et parce que le peuple soutenu par les manifestants était les Palestiniens de Gaza au lieu de, disons, les Tibétains, la plupart des gens en Europe et en Amérique du Nord n’en ont rien su.

Ces deux dernières semaines, deux groupes composés de centaines de militants se sont affrontés avec des policiers et des officiels égyptiens pour pouvoir pénétrer dans la Bande de Gaza afin d’exprimer leur solidarité avec la population sous blocus, à l’occasion du premier anniversaire de l’assaut dévastateur d’Israël.
Le 6 janvier, le convoi Viva Palestina de George Galloway, fort de 500 personnes et transportant de l’aide médicale, a finalement été autorisé à entrer dans Gaza, déduction faite de 50 de ses 200 véhicules, après avoir été bloqué plusieurs fois, détourné et soumis à des menaces par la sécurité égyptienne - avec une agression brutale le mardi soir [5 janvier] dans le port égyptien d’El Arish qui a eu pour résultat des dizaines de blessés malgré la présence d’un député britannique et de 10 députés turcs.
Ceci succédait à une tentative des 1400 manifestants de «la Marche pour la Liberté de Gaza» venus de plus de 40 pays - seuls 84 d’entre eux ayant été autorisés à traverser la frontière. C’est ce qui a conduit Hedy Epstein, dont les deux parents sont morts à Auschwitz, à refuser de s’alimenter au Caire tandis que les manifestants étaient violemment dispersés et que le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, était reçu à bras ouverts non loin de là.

Des manifestations organisées du côté de la frontière de Gaza par les Palestiniens contre le harcèlement subi par le convoi «Viva Palestine» ont conduit à des affrontements violents avec les forces de sécurité égyptiennes au cours desquels un soldat égyptien a été tué et de nombreux Palestiniens blessés.
Mais bien que la confrontation ait été largement ignorée en Occident, cela a été un évènement médiatique majeur au Moyen-Orient et qui n’a fait de tort qu’à l’Egypte. Et tandis que le gouvernement égyptien affirme qu’il ne fait que maintenir sa souveraineté nationale, ces évènements ont en revanche clairement exposé sa complicité avec le blocus de Gaza et la punition collective imposée à ses 1,5 million d’habitants - blocus voulu par les Etats-Unis et soutenu par l’Union Européenne.

Le principal protagoniste de l’état de siège, Israël, ne contrôle que trois côtés de la Bande de Gaza. Sans l’Egypte qui contrôle le quatrième, le blocus serait inefficace. Mais après avoir toléré des tunnels qui ont sauvé les habitants de Gaza de l’état d’extrême mendicité, le régime du Caire a lancé, afin de rendre le blocus total, la construction d’un mur souterrain en acier - appelé «le mur de la honte» par beaucoup d’Égyptiens - sous l’étroite supervision des Etats-Unis.
C’est en partie parce que le dictateur égyptien vieillissant, Hosni Mubarak, craint une contamination à travers la frontière de l’administration du Hamas élue à Gaza dont les alliés idéologiques dans l’organisation interdite des Frères Musulmans seraient susceptibles de remporter des élections organisées librement en Egypte.

Mais deux autres facteurs semblent avoir joué un rôle décisif pour convaincre le Caire de se plier aux pressions américaines et israéliennes et de serrer la vis sur les Palestiniens de Gaza ainsi que sur ceux qui les soutiennent. Le premier était une menace américaine de supprimer des centaines de millions de dollars d’aide si l’Egypte ne sévissait pas contre la «contrebande» d’armes et autres produits. Le second est le besoin d’un acquiescement de la part des États-Unis dans la succession très attendue et héréditaire de Gamal, ex-banquier et fils de Moubarak, à la présidence.
Ainsi loin de protéger sa souveraineté, le gouvernement égyptien l’a vendue à l’étranger pour continuer à toucher des subsides et maintenir son despotisme dynastique, sacrifiant toute prétention à son rôle historique de leader du monde arabe.

D’un point de vue international plus large, c’est précisément cet appui par l’Occident de régimes tels que l’Egypte, répressifs et qui ne représentent qu’eux-mêmes, en même temps que son soutien indéfectible à l’occupation israélienne et à la colonisation des terres palestiniennes qui sont au cœur de la crise au Moyen-Orient et dans le monde musulman.
Des décennies d’un soutien, affamé de pétrole, de despotes, de l’Iran à Oman, de l’Egypte à l’Arabie saoudite, en même temps que l’échec du nationalisme arabe à achever la décolonisation de la région, ont alimenté en premier lieu l’islamisme puis l’éruption de sa variante Al-Qaida il y a maintenant plus d’une décennie.
Mais, loin de comprendre que l’hostilité naturelle à un contrôle étranger sur la région et à ses ressources était au centre du conflit, la réponse désastreuse a été d’étendre la présence de l’Occident encore plus profondément, avec de nouvelles et encore plus destructrices invasions et occupations en Irak, Afghanistan et ailleurs. Et le court flirt de l’administration Bush avec la démocratisation dans les États clients tels que l’Egypte a été rapidement abandonné une fois qu’il est devenu clair qui était susceptible d’être élu.

Sous Barack Obama la logique empoisonnée de ce bourbier impérial conduit inexorablement à la propagation de la guerre. À la suite de l’attentat manqué sur un vol à destination de Detroit le jour de Noël, le président américain a annoncé cette semaine deux nouveaux fronts dans la guerre contre le terrorisme, Gordon Brown emboîtant fidèlement le pas : le Yémen où le candidat à l’attentat aurait été formé, et la Somalie où Al-Qaida a également pris racine dans le bourbier de la guerre civile et de la désintégration sociale chronique.
Le renforcement de l’intervention militaire occidentale dans ces deux pays va certainement aggraver le problème. En Somalie, il l’a déjà fait, après que les États-Unis aient soutenu l’invasion éthiopienne de 2006 qui a renversé la relativement pragmatique «Union des tribunaux islamiques» et a engendré le mouvement Shabab, plus extrémiste, lié à Al-Qaida et qui exerce maintenant son contrôle sur de grandes parties du pays.
L’extension du soutien américain à l’impopulaire gouvernement yéménite, déjà confronté à une rébellion armée dans le nord et à la menace d’une sécession du sud rebelle - qui a été le seul a réussir en 1967 à pousser au départ le régime colonial britannique - ne peut que jeter de l’huile sur le feu.

Le premier ministre britannique a essayé cette semaine de nous convaincre que la croissance d’Al-Qaeda au Yémen et en Somalie illustrait le fait que la stratégie occidentale «fonctionnait», parce que l’escalade de la guerre en Afghanistan et au Pakistan aurait contraint Al-Qaeda à chercher à établir des sanctuaires ailleurs. En réalité, il s’agit d’une manifestation de l’échec grotesque de toute la guerre contre le terrorisme. Depuis son lancement en octobre 2001, Al-Qaeda s’est propagé à partir des montagnes de l’Afghanistan à travers toute la région : l’Irak, le Pakistan, la corne de l’Afrique et bien au-delà !

Plutôt que de réduire l’aide occidentale aux dictatures et aux occupations qui alimentent le terrorisme dans sa variante Al Qaeda, et plutôt que de concentrer ses ressources policières pour la contrer, les États-Unis et leurs alliés ont répété et étendu inexorablement les monstruosités qui ont produit ce terrorisme. C’est une recette pour une guerre sans fin contre le terrorisme.

Seumas Milne
Journaliste et éditeur associé au journal britannique The Guardian
10.01.10

Article original > http://www.guardian.co.uk/commentis...
Traduction : Claude Zurbach
Source : http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=7952

Compte-rendu de notre périple égyptien.



Nous (membres d'EGALITE) sommes arrivées le 24 décembre au Caire pour participer à la "Gaza Freedom March", une coalition internationale initiée aux Etats-Unis et visant à réunir des milliers de volontaires pour dire NON au blocus de Gaza.
Alors que cette marche devait commencer le 27 décembre 2009, c’est-à-dire un an jour pour jour après le début des bombardements israéliens, les autorités égyptiennes nous ont fait comprendre assez rapidement que cette marche n'aurait pas lieu ! Motif ? … notre SECURITE!
Les autorités égyptiennes nous ont signalé que tout rassemblement ou manifestation serait totalement interdit, notre seul droit étant de faire du tourisme. Inutile de vous dire que nous étions continuellement surveillées!
Avec les différentes organisations internationales participant à la marche, nous avons décidé de nous faire entendre! Plusieurs manifestations ont eu lieu au Caire : devant le syndicat des journalistes, devant le musée du Caire, devant l'ambassade de France, l'ambassade d'Israël, sur la place Tahrir près du musée du Caire, devant les bureaux de la délégation de la Commission européenne, devant la mosquée d'Al Azhar...

Première tentative vers Al Arish :
Le 28 décembre 2009.
Vers 14H00, nous avons pris le bus avec une soixantaine de personnes de différentes organisations : ABP, AFPS, et le groupe des Luxembourgeois.
Nous avons été arrêtés au barrage d'Ismailia, où nous avons coopéré avec les douaniers, en leur
donnant nos noms et numéros de passeport. Après deux heures de vérification et de contrôle, nous nous sommes entendus dire que nous n’étions pas autorisés à poursuivre notre chemin vers Al Arish. Grosse déception, colère et incompréhension envers les autorités Égyptiennes.
En apprenant que l'ABP ne ferait plus aucune tentative pour aller à Gaza, nous avons alors décidé d'essayer par nous-mêmes d'autre tentatives.

Seconde tentative vers Al Arish :
Le 30 décembre 2009.
Vers 18h00, nous avons loué un minibus et nous sommes répartis en petits groupes d’une douzaine d’«arabo-musulmans», afin de faire route vers Al Arish, déterminés à passer Ismailia.
Arrivés au barrage d'Ismailia, nous avons été à nouveau arrêtés et contrôlés, avec cette fois, nos
passeports confisqués pendant plus de 3h. Après bien des négociations avec les douaniers et les autorités supérieures, nous avons organisé un sitting à côté des douaniers durant deux heures.
Remarquant que nous étions bien décidés à résister jusqu’au bout, les douaniers s’en sont pris à
notre chauffeur en le menaçant de lui retirer son permis, si nous ne remontions pas dans le minibus en direction du Caire. Afin de ne lui causer aucun problème, nous avons décidé, malgré notre déception et notre rage, de rebrousser chemin vers le Caire.

Troisième tentative vers Al Arish :
Dimanche 3 janvier 2010.
Notre groupe réduit, vu le retour de quelques-un(e)s en Belgique, nous n'étions plus que huit personnes à vouloir tenter une nouvelle fois d’entrer à Gaza. Nous avons alors décidé de prendre le car national avec les Egyptiens afin de nous fondre dans la masse.
Dans le car nous avons rencontré deux Italiens qui avaient entrepris la même démarche. Arrivés à notre fameux "barrage-check-point" d’Ismailia, un douanier nous a demandé nos passeports et après vérification, nous a priés de descendre du bus avec nos bagages. Après plus d’une heure de négociation, nous avons dû faire demi-tour.

Quatrième tentative vers Al Arish :
Lundi 4 janvier 2010.
Nous avons pris un car national avec les Egyptiens en direction de Port Saïd et dépassé enfin le
check-point d’Ismaïlia avec succès.
Quelle fut notre joie! Grande satisfaction... avec manifestations de bonheur de certain(e)s et applaudissements. Nous nous retrouvions donc en route vers Port Saïd.
Arrivés à Port Saïd, nous avons pris un taxi en direction de Qantara, pour traverser la rive qui sépare Qantara Est de l'Ouest. Vers 22h, alors que nous nous dirigions vers l'embarquement des passagers, nous nous sommes faits arrêter et contrôler par des officiers. L'un des officiers a alors contacté son supérieur. Celui-ci, muni de son keffieh et d'une arme, nous a fait une entrée hollywoodienne avec son véhicule, accompagné de ses gardes. Dès ce moment-là, s’en sont suivis, interrogatoire, confiscation des passeports et longue attente.
Finalement, il nous a signalé que pour notre sécurité, aucun touriste ne pouvait se rendre à Al Arish, alors que les frontières étaient ouvertes depuis le 3 janvier jusqu'au 10 pour les Arabes, Égyptiens, Palestiniens et ONG. Ce fut le summum de notre révolte!
Toujours animés de la même motivation et sans baisser les bras, nous prenons alors un taxi en direction de Al Arish via le pont. Après une vingtaine de kilomètres, nous sommes arrêtés au check-point d’El Qantara. Là, nous avons changé notre tactique et avons déclaré aux douaniers que nous avions laissé malencontreusement nos passeports à l'hôtel. Mais M. qui faisait semblant d'être endormi, a commencé un rire «nerveux». Le douanier nous a alors demandé de nous mettre sur le coté, et à cet instant les 6 personnes présentes ont été prises d'un fou rire contagieux. Les douaniers nous ont alors interrogés à tour de rôle sur nos intentions, notre direction, nos identités, ...
Vers minuit, changement de service des officiers, et nouvel interrogatoire de nature un peu plus diplomatique cette fois (changement de ton, plus amical) afin d'obtenir nos passeports. L'officier se focalisa particulièrement sur les origines palestinienne et/ou arabe de chacun d'entre nous. Après les lui avoir confirmées, il insista cependant sur l'obtention de nos passeports. Après quelques hésitations nous avons décidé de les lui donner, dans l'espoir d'un probable passage. Une délégation turque, présente à notre arrivée, avait pu passer, sans trop de difficultés.
Durant l'attente de plusieurs heures, nous avons assisté au défilé mais également aux fouilles des camions chargés de vivres et de matériel à destination de Gaza.
Nous avons appris par la suite, que notre chauffeur de taxi avait été arrêté immédiatement pour une infraction commise ultérieurement. Tout fut donc mis en oeuvre pour nous trouver un autre
chauffeur de taxi. D'un ton agressif, les douaniers nous informèrent que nous devions rebrousser
chemin et que le passage nous était formellement refusé.
Il était trois heures du matin lorsque nous avons finalement récupéré nos passeports. Nous avons alors repris la direction de Qantara, afin de chercher un hôtel. Ce fut aussi la fin de notre rêve de rentrer à Gaza cette fois-ci... avec une grande amertume envers les autorités égyptiennes qui ont tout fait pour nous empêcher de rencontrer nos frères et soeurs de Gaza.
Toutes nos péripéties ne sont évidemment en rien comparables avec ce que subissent les Gazaouis qui vivent quotidiennement ce blocus inhumain, qui affame 1,5 million de personnes depuis maintenant plus de trois ans.
Nous déplorons le manque d’intérêt de nos médias locaux, pour dévoiler le caractère sensible que ressent le citoyen belge, à vouloir dénoncer les injustices vécues par les habitants de Gaza.
Nous déplorons l'incapacité de notre ambassade belge à agir pour l'obtention d'une autorisation de passage vers Gaza, sous prétexte de n'être qu'un petit pays.
Face au silence complice des chefs d'États par rapport à ce blocus criminel, nous appelons chacun et chacune à continuer ses actions. Contribuons chacun et chacune à l'édifice d'une mobilisation mondiale à la cause palestinienne!
Au moment où nous écrivons ces lignes, nous apprenons que le convoi Viva Palestina est entré mercredi soir dans la Bande de Gaza après un long périple et des incidents avec la police égyptienne. Ce convoi d’au moins 140 camions et voitures chargés de nourriture et de matériel médical en provenance d'Europe, de pays arabes et de Turquie, et dirigé par le député britannique George Galloway est enfin arrivé à passer. Cela nous met du baume au coeur et nous nous en réjouissons. Cela prouve qu’une mobilisation massive et mondiale peut faire ce que les instances internationales et nos gouvernements sont incapables de faire.
La responsabilité de l'Europe et de la Belgique, dans le siège de Gaza, est importante. Notre silence et notre inaction relèvent de la complicité. C’est pourquoi notre détermination à rompre le siège de Gaza reste grande et la campagne pour atteindre ce but ne fait que commencer.
A ce titre, nous vous invitons à faire pression sur notre ministre des Affaires étrangères, afin de reprendre une action concertée immédiate pour obtenir la levée du blocus de Gaza avant la fin de la présidence espagnole en 2010.
Nous n'acceptons pas que puisse perdurer sous nos yeux ce déni de justice que continuent de subir les Palestiniens. Si ce n'est déjà fait, nous vous invitons à signer et faire signer cette pétition: http://www.lapetition.be/en-ligne/agir-pour-lever-le-blocus-de-gaza-5937.html

Salutations égalitaires,
Fatima Zohra, Farah, Zohra, Alyah

Vous pouvez nous contacter directement : Saïdi Nordine, 0476/84.19.69
info.egalite@gmail.com et http://e-s-g.blogspot.com

mardi 12 janvier 2010

Qui sont les véritables conspirationnistes ?



J’ai beau faire tous les efforts humainement possibles, mais je n’y arrive pas, pour croire ce que nos responsables politiques et la presse officielle nous rapportent sur les tragédies humaines et sur ceux qui en sont les principaux responsables. Il y a ce quelque chose qui s’appelle «la crédibilité» qui n’y est tout simplement plus. Ce n’est pas une simple question de caprice personnel, mais de comportements répétitifs qui n’ont pas su faire honneur à la vérité des choses et des évènements.

Il y a quelques jours à peine, la Secrétaire d’État des États-Unis a déclaré que le Yémen constituait une menace pour la stabilité de la région et du monde. Cette révélation ne nous parvient pas du Secrétaire général des Nations Unies, ni des organismes humanitaires, ni des Églises, ni des pays non alignés, mais de Mme Hilary Clinton, préoccupée, il faut croire, du bien être de l’Humanité. Vous savez, c’est cette même personne qui avait apporté son soutien à l’usage des technologies de pointe pour attiser le feu de la révolte en Iran suite à l’élection de l’actuel Président, et qui s’était faite stratège pour empêcher le Président constitutionnel du Honduras de reprendre son poste. Il aurait suffi d’une parole de sa part pour écarter les putschistes à l’origine du coup d’État militaire, mais ce n’était pas possible pour la simple raison qu’elle en était, avec la CIA et le PENTAGONE, la première responsable.

Tout récemment encore, nos médias nous ont alimentés d’images et de commentaires sur les manifestations antigouvernementales en Iran et la répression exercée par ce dernier. De quoi nous arracher les larmes en ce temps de Noël et du Jour de l’An, temps de paix et de fraternité. Pourtant ces mêmes âmes sensibles n’ont eu aucun mot, aucune image pour nous révéler la répression sanglante et mortelles, pour plusieurs, qui sévissait au même moment, au Honduras sous la gouverne des putschistes. Vous savez, ces mêmes putschistes qui avaient organisé, au Honduras, en novembre dernier, des élections générales pour l’élection d’un nouveau Président. Plus de 60% des électeurs et électrices s’étaient abstenus, ne voulant pas entacher leur dignité à une mascarade d’élection. Eh bien, Mme Clinton et le Prix Nobel de la paix 2009 ont jugé que c’était une élection crédible en dépit du fait que la Communauté internationale pense le contraire.

Je n’ai vraiment pas le cœur à la fête et encore moins lorsque je vois ce qui se trame en catimini contre les pays émergents de l’Amérique Latine, tout particulièrement contre le Venezuela et les pays de l’ALBA. Je vous invite à lire un très bon article d’Ignacio Ramonet [voir : http://e-s-g.blogspot.com/2010/01/865-bases-militaires-dans-le-monde-et.html - ndlr]. Ce qui nous y est raconté a de quoi soulever bien des questions. C’est à se demander qui constitue une véritable menace pour la stabilité de la région et du monde. Est-ce le Yémen, un des pays les plus pauvres de la planète ? Est-ce le Venezuela qui a donné à la démocratie ses lettres de noblesse et au "bien commun" sa véritable place dans les préoccupations de l’État ? Est-ce la Bolivie dont le Président vient de remporter une élection avec plus de 63% des votes et dont les objectifs sont le développement humain, social, politique, économique, culturel ? Objectifs qui ont atteint en peu de temps un niveau jamais atteint à ce jour ? Qui est le trouble fête ?

Ne serait-ce pas cet immense pays du Nord, celui-là même qui a fait la loi dans tout ce Continent du Sud et qui a puisé dans ses terres et montagnes les ressources minérales et agricoles qu’il a importées et commercialisées à travers le monde ? Serait-ce ce même peuple qui chante tous les dimanches le «Gloire à Dieu au plus haut des Cieux», et qui, chaque semaine, se préoccupe de protéger et d’étendre son empire sur la terre ? Tous les moyens sont bons et les 75 milliards $ de dollars, réservés à sa Centrale d’intelligence (CIA) seront utilisés de manière à bien servir les 650 autres milliards $ prévus pour la Défense. Vous aurez remarqué qu’il ne s’agit pas de conquérir, d’attaquer, mais de "défendre". Il est évident que les pays les plus pauvres de la terre sont une menace pour la stabilité et la paix du monde. Ils le seront d’autant plus si quelques trésors s’y trouvent cachés dans leurs entrailles et que le sang de leurs martyrs en jaillira pour rappeler que c’est assez.

Vous aurez compris que, pour moi, la réponse ne fait pas de doute. Ce que je trouve de plus triste c’est l’ignorance entretenue consciemment, volontairement, froidement, chez la grande majorité des citoyens et citoyennes qui acceptent de bonne foi les histoires que nos médias leur racontent. Si quelqu’un ose dire le contraire, il est aussitôt accusé de "conspirationnisme", de dépendance à la théorie du complot. Le plus grave, c’est que nos silences nous rendent complices de tous ces crimes commis sous le montage de faussetés, de mensonges, de pièges tendus. Je ne puis m’empêcher de reprendre ici un texte, vieux de 2 600 ans, qui nous décrit si bien ce que nous vivons présentement. À vous d’en juger.

«Malheur à ceux qui appellent le mal bien et le bien mal, qui font des ténèbres la lumière et de la lumière les ténèbres, qui font de l’amer le doux et du doux l’amer.» Is. 5,20

Non, merci, je ne peux plus croire dans ces personnages, pas plus dans ces médias qui en sont le miroir.

Oscar Fortin
09.01.10
http://humanisme.blogspot.com

lundi 11 janvier 2010

L’État turc se pourvoit en cassation, mais Bahar et ses camarades sont libres définitivement!


Ce jeudi 7 janvier, l’État turc, partie civile dans le procès DHKP-C, s’est pourvu en cassation, suite à la décision de la Cour d’appel de Bruxelles du 23 décembre dernier.
Ce pourvoi ne pouvant concerner que les aspects civils de l’affaire, le verdict prononcé par les trois juges de Bruxelles constitue une victoire définitive pour Bahar Kimyongür, Musa Asoglu, Kaya Saz, Sukriye Akar, Ferihye Erdal et Zerrin Sari qui demeureront, quoi qu’il arrive, libres.

Il s’agit également d’une victoire importante pour tous les démocrates belges car ni la loi antiterroriste ni la loi anticriminelle n’auront finalement pu être appliquées dans l’affaire DHKP-C.

Retour sur un enchaînement d'évènements engendrés par le jugement du 23 décembre
Suite au camouflet que leur a infligé la Cour d’appel de Bruxelles, le Parquet fédéral et la partie civile turque disposaient de quinze jours pour se pourvoir en cassation, à compter du 23 décembre.
http://www.lesoir.be/forum/cartes_blanches/2010-01-08/face-a-l-image-du-terrorisme-la-resistance-de-l-appareil-judiciaire-747552.shtml

Après avoir accumulé les déclarations fracassantes dans ce dossier, l’ex-ambassadeur de Turquie en Belgique, Fuat Tanlay, a été promu conseiller du premier ministre turc. On ne s’étonnera donc pas d’apprendre que la Turquie a tenté de mettre la pression sur la Belgique pendant le laps de temps de deux semaines dont l’une et l’autre parties disposaient pour remettre en cause, pour des raisons de forme, le jugement bruxellois. Ainsi, le 30 décembre, Yves Leterme, en visite officielle à Ankara, a concédé devant la presse que les autorités belges organiseraient rapidement une réunion au sujet de la décision de justice concernant le DHKP-C.
http://www.todayszaman.com/tz-web/news-197204-102-eu-membership-talks-should-be-encouraged-belgium-says.html

Le pourvoi en cassation de la Turquie
Le 7 janvier, l’État turc a donc décidé d’aller devant la Cour de cassation. Renseignements pris, nous pouvons dire les choses suivantes à propos de ce qui peut être assimilé à une fuite en avant de la Turquie dans l’affaire DHKP-C :
- d’abord, la Turquie ne peut aller en cassation que pour les aspects civils de l’affaire, pour les dédommagements financiers réclamés. Il est à noter que jusqu’à présent, l’État turc a toujours demandé un euro symbolique, un euro qui lui a d’ailleurs été octroyé par la Cour d’appel.
- ensuite, il faut rappeler que la Cour de cassation ne s’intéresse qu’à la forme (pas au fond) d’une affaire. Donc, si cassation du verdict de Bruxelles il y a (ce qui est loin d’être le cas), l’affaire serait renvoyée vers un tribunal civil, ce qui ne concerne nullement les peines de prison et les lois liberticides dont nous dénonçons l’utilisation.
http://archives.lesoir.be/terrorisme-la-turquie-en-cassation-dhkp-c-nouveau_t-20100108-00RPWY.html?query=dhkp-c&firstHit=0&by=10&sort=datedesc&when=-1&queryor=dhkp-c&pos=0&all=189&nav=1

Preuve supplémentaire que l’action en justice de la Turquie ressemble plus à un acte de propagande d’un État envers sa propre population et qu’elle ne vise une réelle efficacité, le Parquet fédéral belge, jusqu’à présent acharné dans ce dossier, a décidé de jeter l’éponge et de ne pas suivre la partie civile en cassation.
http://www.rtlinfo.be/info/monde/international/298302/le-parquet-federal-n-ira-pas-en-cassation-contre-l-arret-dhkp-c

En conclusion
Comme conclusions provisoires à cette affaire, nous pouvons donc avancer les éléments suivants :
1/ Le verdict prononcé le 23 décembre met un terme à la majeure partie des éléments du dossier DHKP-C. Il confirme notamment, de manière définitive, l’acquittement de Bahar Kimyongür et la non-utilisation de la loi antiterroriste dans ce procès.
2/ Il sera nécessaire de rester attentif aux suites de cette affaire, par exemple à la cassation de la partie civile.
3/ Le CLEA organisera prochainement une activité pour «fêter la victoire» après quatre années de lutte dans ce dossier et pour envisager certaines suites à donner à notre action militante dans ce cadre.
4/ La guerre contre le terrorisme ne cesse d’évoluer pour mettre à mal nos libertés.

Durcissement de la loi dite «antiterroriste»
Les militants devront se mobiliser pour s’opposer à la transposition dans le droit belge de la décision-cadre du 28 novembre 2008 de l’UE relative à la prévention du terrorisme
http://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do?uri=OJ:L:2008:330:0021:0023:FR:PDF
ainsi que de la Convention du 16 mai 2005 du Conseil de l'Europe
http://leclea.be/abrogation_lois_liberticides/arsenal_liberticide/pdf/Convention_Conseil_Europe_AT.pdf
Un projet de loi va, en effet, bientôt être débattu au Parlement belge afin de pénaliser «l’incitation au terrorisme», une nouvelle manière d’attaquer la liberté d’expression rendant encore plus large la définition du délit «terroriste» et sa fourchette d'application. Lire l'avant-projet de loi modifiant le Titre 1er ter du Code pénal préparé par le ministère de la justice :
http://leclea.be/abrogation_lois_liberticides/arsenal_liberticide/pdf/15681_projet_loi-20-10-09-1.pdf
Un professeur d'université allemand a déjà été la victime de cette approche dans la «guerre mondiale au terrorisme». http://www.leclea.be/archives/3.html#Holm

Sacanners voyeurs et conservation des données de connexion
En fait, pas un seul aspect de nos libertés individuelles n’est épargné par la «guerre contre le terrorisme», comme en témoigne la volonté des États d’installer des scanners voyeurs dans tous les aéroports http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2010/01/08/scanners-terrorisme-sexe-et-demagogie/ ainsi que le durcissement de la législation en matière de conservation
des données de connexion http://leclea.be/#vie_privee.

Nous avons remporté une victoire, mais le combat sera encore long.
Bonne année 2010, une nouvelle année de lutte.

Le clea
11.01.10

dimanche 10 janvier 2010

La guerre contre le terrorisme est destinée à faire peur aux gens, pas à les protéger


Ainsi donc, il n’y avait aucune bombe à retardement qui faisait tic-tac. Aucune nécessité d’infliger des tortures pour soutirer des informations qui auraient permis de sauver in extremis la civilisation tout entière. Aucune nécessité de procéder à des écoutes téléphoniques, de construire des prisons spéciales ou de violer le Droit international. Aucun innocent à faire enlever chez lui et à expédier vers l’autre côté de la planète et à soumettre à la torture de la noyade. Il s’avère que les drones, les bombes d’une demi-tonne, les invasions et les occupations n’étaient pas nécessaires.

En fait, lorsque le moment est arrivé, pour éviter une atrocité terroriste les autorités américaines n’ont même pas eu besoin d’aller chercher l’information. Le père du terroriste s’est présenté lui-même à l’ambassade des Etats-Unis au Nigeria pour les avertir que son fils, Umar Farouk Abdulmutallab, avait disparu et qu’il pouvait se trouver en compagnie de terroristes yéménites.
Entretemps, l’Agence de Sécurité Nationale US savait qu’Al Qaeda au Yémen préparait un Nigérian non identifié pour une attaque contre les Etats-Unis. Et pour couronner le tout, voilà Abdulmutallab lui-même, un Nigérian de 23 ans à destination de Détroit qui achète son billet en espèces, n’enregistre pas de bagages et ne fournit aucune adresse de contact. Pendant sept ans le gouvernement américain a manipulé l’opinion publique avec ses niveaux d’alertes terroristes multicolores. Mais lorsque tous les voyants étaient au rouge, il n’a rien fait.

Qualifier cette tentative «d’échec systémique», comme Barack Obama vient de le faire, est à la fois vrai et incorrect. Car une telle qualification ne fait que ramener toute l’étendue de l’amoralité, de la malveillance politique et de l’inconscience stratégique constante qui caractérise la réaction américaine aux attentats du 11/9 à une simple erreur de gestion.

«Le terrorisme est avant tout la peur du prochain attentat» explique Arjun Appadurai dans “Fear of small numbers”. Pendant les années Bush, le terrorisme était couramment employé à des fins de contrôle social, de mobilisations militaires et électorales. Dans le même temps, les moyens administratifs qui auraient pu permettre d’empêcher la prochaine attaque faisaient cruellement défaut. En un mot comme en cent, la stratégie anti-terroriste de Bush n’était pas destinée à protéger les gens mais à les effrayer.
Afin de galvaniser la nation en prévision d’une guerre à l’étranger et d’endormir la population en prévision d’une répression à domicile, l’administration précédente a monté une menace terroriste qui était devenue omniprésente dans le temps, apocalyptique par son ampleur et imminente par nature. Ce n’est qu’à partir de là qu’ils ont pu opposer les Droits de l’homme et la sécurité, comme s’ils étaient non seulement contradictoires mais mutuellement incompatibles.

Al Qaeda ne s’est pas fait prier. Dans un tel état de crise permanente, ce sont les terroristes et les réactionnaires qui prospèrent. Les terroristes arrivent à créer un climat de peur ; les gouvernements réussissent à exploiter cette peur et étendre leurs pouvoirs.
«Je suis absolument convaincu que la menace à laquelle nous sommes actuellement confrontée, celle d’un terroriste au milieu d’une ville avec une arme nucléaire, est très réelle et que nous devons employer des mesures exceptionnelles pour la gérer» a dit l’ancien vice-président Dick Cheney.
Le problème c’est que, même selon leurs propres critères douteux, aucune de ces «mesures exceptionnelles» n’a jamais marché. Aucune nouvelle loi n’était nécessaire pour empêcher le 11/9. Si les services d’immigration, le FBI et la CIA avaient fait correctement leur travail, les attaques auraient pu être évitées.
Néanmoins, au lendemain du 11/9, le gouvernement US s’est lancé dans la «détention préventive» d’environ 5.000 hommes sur foi de leur lieu de naissance et a procédé ensuite à 19.000 «interviews volontaires». Au cours de l’année suivante, plus de 170.000 hommes de 24 pays à majorité musulmane et de la Corée du Nord ont eu leurs empreintes digitales relevées et ont été interrogés dans le cadre d’un programme «d’enregistrement spécial». Il n’en est pas sorti une seule condamnation pour terrorisme.

Mais le pli était pris pour les années à venir : écoutes téléphoniques, enlèvements extraordinaires, tortures, opérations clandestines. Ceux qui d’habitude critiquent le gouvernement se sont mis à exiger plus de pouvoirs pour le gouvernement, même lorsque les résultats étaient pour ainsi dire nuls. Lorsqu’on les confrontait à ce résultat lamentable, leur seule réponse était la menace de la prochaine attaque. «La prochaine fois, la preuve pourrait survenir sous la forme d’un champignon nucléaire» a déclaré Condoleezza Rice, qui a ajouté : «Eux, il leur suffit de réussir une seule fois. Nous, nous sommes obligés de réussir à chaque fois.» Cette dernière semaine, même une réussite "de temps en temps" aurait été déjà pas mal.

Il n’y a pas grand-chose à défendre ici. La responsabilité pour Abdulmutallab revient à Obama. Il a été au pouvoir depuis plus longtemps que Bush lorsque ce dernier a reçu le rapport du FBI intitulé «Ben Laden est déterminé à attaquer les Etats-Unis sur leur territoire». L’administration Bush était peut-être plus alarmiste et agressive, mais malgré ses tons rassurants, Obama n’a pas touché à l’appareil de répression que Bush a mis en place. Obama s’est exprimé en faveur de procès devant des commissions militaires pour les prisonniers de Guantanamo tandis que son chef de la CIA a exprimé sa volonté de maintenir les enlèvements extraordinaires. Pendant ce temps, les photos des tortures et les documents décrivant ces «interrogatoires poussés» restent sous scellés.

«Leon Panetta a été enrôlé de force par ceux qui ont mené la croisade en faveur de la mise en place du programme d’interrogatoires» a déclaré un ancien officier de la CIA au Washington Post. Présenter la guerre en Afghanistan comme la ligne de front de la guerre contre le terrorisme est un bon exemple de délire. Al Qaeda est désormais plus présent au Pakistan, un pays allié des Etats-Unis, qu’en Afghanistan et la dernière menace est venue du Yémen. Le terrorisme est une stratégie, pas un lieu – les bombardements massifs et les occupations ou conquêtes échoueront, inévitablement.

Etant donné la nature du terrorisme, on peut prédire avec une macabre certitude qu’une autre attaque aura lieu. Avant le 11/9, il y a eu l’attentat d’Oklahoma City et avant cela un autre attentat au World Trade Center. Dans un pays où le fait de tirer sur des innocents dans une école, université, église ou café est un acte relativement courant, il va sans dire qu’un seul individu perturbé et armé, avec ou sans objectif précis, peut réaliser un bon petit carnage. Si plusieurs forment une équipe et ont des moyens, les dégâts peuvent être énormes. Tout ce que les autorités peuvent raisonnablement espérer, c’est de limiter les risques.
Les Etats-Unis ont fait le contraire. Grâce à la guerre et la torture, ils ont fait gonfler le nombre de personnes qui aimeraient leur faire du mal. On a beaucoup parlé de la radicalisation d’Abdulmutallab lors de son séjour à Londres. Mais il a bien fallu le radicaliser avec quelque chose. A Abou Ghraib, Haditha, Fallujah et ailleurs, les Etats-Unis ont fourni de nombreuses raisons.

Pendant ce temps, il apparait que dans les services de renseignement qui sont censés combattre le terrorisme, lorsqu’un terroriste potentiel attire l’attention, il est repéré par tous les radars. Et pourtant, étrangement, trop souvent, il arrive à passer inaperçu.
Alors au lieu de réduire le risque, les politiciens l’invoque. «S’il y a 1 % de chances que des scientifiques Pakistanais aident Al Qaeda à construire une arme nucléaire» a déclaré Cheney un jour, «nous devons agir comme s’il s’agissait d’une certitude. Ce n’est pas une question d’analyse, mais de riposte.» Mais c’est justement parce que leurs analyses sont tellement fausses que leurs ripostes sont si inadaptées. Si les choses ne s’améliorent pas, il y a un gros risque que la campagne US contre le terrorisme se répète : d’abord comme une farce, ensuite comme une tragédie.

Gary Younge
08.01.10
Source : http://www.guardian.co.uk/global/20...
Traduction le Grand Soir

samedi 9 janvier 2010

865 bases militaires dans le monde... et le Venezuela encerclé


L’entrée en fonctions, le 2 février 1999, au Venezuela, du président Hugo Chávez a pratiquement coïncidé avec un évènement militaire très traumatisant pour les Etats-Unis : l’évacuation de leur principale installation militaire dans la région, la base Howard, située au Panama, fermée en vertu des traités Torrijos-Carter signés en 1977.
Les troupes de Howard furent d’abord déplacées à Porto Rico. Mais, là encore, un massif mouvement populaire de refus contraignit très vite le Pentagone à les retirer, à fermer la gigantesque base de Roosevelt Roads et à les transférer au Texas et en Floride. Tandis que le quartier général du Commando Sud (SouthCom [1]) était lui-même déplacé à Miami [2].

Pour remplacer ces installations et accroître son emprise sur Amérique Latine, le Pentagone choisit quatre localités stratégiquement situées et y installa (ou renforça) des bases militaires : à Manta en Equateur, à Comalapa au Salvador et dans les îles d’Aruba et Curaçao (Royaume des Pays-Bas). En plus de leurs "traditionnelles" missions d’espionnage, ces installations se virent confier de nouvelles fonctions officielles : surveiller les trafics de drogue et combattre l’immigration clandestine vers les Etats-Unis. Ainsi que d’autres tâches occultes : contrôler les flux de pétrole et de minerais, avoir l’œil sur les immenses ressources en eau douce et inventorier la biodiversité. Mais dès le début, leurs objectifs principaux étaient clairs : il s’agissait surtout de surveiller le Venezuela et d’aider à déstabiliser la révolution bolivarienne.

Après les attentats du 11 septembre 2001, le Secrétaire d’Etat américain à la défense, M. Donald Rumsfeld, définit une nouvelle doctrine militaire pour affronter le "terrorisme international". Il décide de modifier la stratégie de déploiement militaire à l’étranger fondée jusqu’alors sur l’existence d’un nombre réduit de très grandes bases dotées d’équipements lourds et de personnels fort nombreux. Il remplace ces mégabases par un nombre beaucoup plus élevé de Foreign Operating Locations (FOL, Site opérationnel prépositionné) et de Cooperative Security Locations (CSL, Site de sécurité en coopération) avec très peu d’effectifs militaires mais équipés de technologies les plus avancées en matière de détection (radars de dernière génération, antennes paraboliques sophistiquées, avions espions Orion et Awacs, drones de surveillance, etc.).
Résultat : très rapidement, la quantité d’installations militaires américaines à l’étranger atteint le nombre insolite de 865 bases de type FOL ou CSL déployées dans quelque 46 pays [3]. Jamais dans l’histoire, une puissance a multiplié de telle sorte ses positions militaires de contrôle pour s’implanter à travers le monde.

En Amérique Latine, ce redéploiement va permettre à la base de Manta (Equateur) de participer au coup d’Etat raté du 11 avril 2002 contre le président Chávez. La pression sur le Venezuela s’accentue. Washington orchestre notamment une campagne médiatique et lance de fausses informations sur une présumée présence dans ce pays de cellules appartenant à des organisations comme Hamas, Hezbollah et même Al-Qaeda qui disposeraient de "camps d’entraînement sur l’île Margarita" [4].

Sous le prétexte de surveiller ces "cellules terroristes" et en représailles contre le gouvernement de Caracas qui a mis fin, en mai 2004, à un demi siècle de présence militaire américaine au Venezuela, le Pentagone renouvelle, en 2005, l’accord avec le gouvernement des Pays-Bas pour développer ses bases militaires dans les îles d’Aruba et de Curaçao, situées à quelques encablures des côtes vénézuéliennes. L’activité militaire au sein de ces bases redouble et s’intensifie [5], ce qui a été récemment dénoncé par le président Chávez : "Il est bon que l’Europe sache que l’empire américain est en train d’armer jusqu’aux dents et de remplir d’avions et de vaisseaux de guerre les îles d’Aruba et de Curaçao (...) J’accuse le Royaume des Pays-Bas, membre de l’Union européenne - et j’aimerais à cet égard savoir ce qu’en dit l’Union européenne - de préparer, avec les Etats-Unis, une agression contre le Venezuela" [6].

L’Alliance Bolivarienne pour les Amériques (ALBA) est créée en 2005, Hugo Chávez est réélu l’année suivante et on commence à parler, à Caracas, de "socialisme du XXIe siècle". Washington réagit en imposant un embargo sur la vente d’armes et de matériels militaires au Venezuela, sous le fallacieux prétexte que Caracas "ne collabore pas suffisamment dans la guerre contre le terrorisme". Les avions F-16 des forces aériennes vénézuéliennes se retrouvent sans pièces de rechange. Devant une telle situation, le gouvernement bolivarien se tourne vers la Russie et signe un accord pour équiper son aviation de chasseurs Sukhoï. Washington dénonce un soi-disant "réarmement massif" du Venezuela, oubliant de rappeler que les principaux budgets militaires d’Amérique Latine sont ceux du Brésil, de la Colombie et du Chili. Et que, chaque année, la Colombie reçoit une aide militaire américaine de quelque 630 millions de dollars.

A partir de là, les choses s’accélèrent. Le 1° mars 2008, grâce à l’aide logistique fournie par la base de Manta, des troupes colombiennes attaquent un camp des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) situé à l’intérieur du territoire équatorien. Quito riposte en décidant de ne pas renouveler l’accord de location de la base de Manta qui arrive à terme en novembre 2009. Washington répond, le mois suivant, en réactivant la IVe Flotte (démantelée il y a soixante ans, en 1948...) dont la mission sera de surveiller et de contrôler la côte atlantique de l’Amérique du Sud. Un mois plus tard, les Etats sud-américains, réunis à Brasilia, décident de créer l’Union des nations sud-américaines (UNASUR) puis, en mars 2009, le Conseil de défense sud-américain.
Quelques semaines plus tard, l’ambassadeur des Etats-Unis à Bogota annonce que la base de Manta sera remplacée par celle de Palanquero en Colombie. En juin, avec le soutien technique de la base américaine de Soto Cano (Palmerola), un coup d’Etat au Honduras renverse le président Manuel Zelaya, coupable d’avoir fait adhérer son pays à l’ALBA. En août, le Pentagone révèle qu’il disposera, en Colombie, de sept nouvelles bases militaires... Et, en octobre, le président conservateur du Panama, Ricardo Martinelli, admet que son gouvernement a cédé aux Etats-Unis l’usage de quatre autres bases.

Le Venezuela et la révolution bolivarienne se retrouvent donc encerclées par pas moins de treize bases américaines situées en Colombie, Panama, Aruba et Curaçao, ainsi que par les porte-avions et les vaisseaux de la IVe Flotte. Le président Barack Obama semble avoir donné carte blanche au Pentagone. Tout paraît annoncer une agression militaire. Les peuples du monde accepteront-ils que soit commis un nouveau crime contre la démocratie en Amérique latine ?

Ignacio Ramonet
09.01.10

Notes :
[1] Le United States Southern Command (SouthCom) dirige toutes les activités militaires des Etats-Unis en Amérique Centrale, Amérique du Sud et la Caraïbe.
[2] John Lindsay-Poland, "US Military Bases in Latin America and the Caribbean", Foreign Policy in Focus, New York, août 2004.
[3] Chalmers Johnson, "Tenmeasures to liquidate theU.S. military bases", Asia Times, 4 août 2009. http://www.atimes.com/atimes/Middle_East/KH04Ak01.html
[4] Martin Arostegui, "From Venezuela, A Counterplot", Insight Magazine, 3 avril 2003.
[5] Eva Golinger, "Más de 100 buques de guerra de EEUU han "visitado" Curazao en un año", Rebelión, 20 décembre 2009.
[6] Discours prononcé à l’occasion de la rencontre de l’ ALBA avec les Mouvements Sociaux du Danemark, Copenhague, 17 décembre 2009.

Source : mémoire des luttes

vendredi 8 janvier 2010

Appel contre la criminalisation du boycott et de la critique de la politique israélienne



Ligue des Droits de l’Homme : Appel contre la criminalisation du boycott et de la critique de la politique israélienne (voir pétition en bas d'article) -

A l’attention de : Mr le Président de la République

La Ligue des Droits de l’Homme (section Talence) et les associations de soutien soussignées ont été stupéfaites d’apprendre qu’en France, un procureur de la République ait pu poursuivre une adhérente de la LDH pour incitation à la haine raciale contre les Israéliens, ceci à l’encontre d’une militante défendant les droits de l’homme en Palestine occupée, Madame Sakina Arnaud.
En effet, le seul motif est qu’elle prône le boycott contre des produits israéliens importés dans des conditions illégales au regard du droit international.
Ces poursuites confondent le racisme avec la critique et le refus de soutenir économiquement un Etat étranger, en l’occurrence Israël, parce que la politique de ce pays ne respecte pas les droits internationaux, entre autres ceux du peuple palestinien.

Une association s’est portée partie civile, il s’agit d’Avocats sans frontières, de Gilles-William Goldnadel, connu pour ses plaintes, entre autres, contre Daniel Mermet et contre Edgar Morin. Cette association ne poursuit, pour l’essentiel, qu’un but, celui d’entraver l’action des associations qui s’opposent, ici en France, à la politique d’Israël, quitte pour cela à instrumentaliser la justice française.

La situation devient inquiétante quand on apprend qu’à la suite d’un "hasard malheureux de l’informatique" ( !!) le président de la 5è chambre du Tribunal correctionnel de Bordeaux s’apprêtait à juger cette affaire en présence des requérants, mais sans la prévenue ni son avocat, lesquels avaient été assurés que l’affaire n’était pas inscrite à l’audience, et ils n’étaient évidemment pas en possession du dossier à charge !
La manipulation n’a pu réussir, grâce à la présence d’esprit de Maître Landete et du responsable de la LDH de Bègles, Talence, Villenave d’Ornon, qui se sont rendus au Tribunal. Ainsi l’avocat a pu faire repousser l’audience au 13 janvier 2010 à 14h.

La campagne politique d’action directe non-violente, appelée BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) initiée par les organisations palestiniennes elles-mêmes, s’inspire très clairement du boycott organisé contre l’Apartheid d’Afrique du Sud.

Nous invitons toutes les associations respectueuses du droit international, qu’elles soient ou non d’accord avec cette campagne internationale particulière, à nous rejoindre pour déclarer que cette campagne n’a rien à voir avec l’antisémitisme comme essaient de le faire croire ces soutiens de la politique israélienne dès lors que l’on critique cette dernière, et donc qu’elles soutiennent dans ce procès Madame S. Arnaud adhérente de la LDH.

La libre expression politique, le droit à la critique de la politique d’un Etat étranger, la défense des droits des Palestiniens, la liberté de choisir l’origine des produits que nous consommons sont ainsi gravement menacés en France si l’issue de ce procès devait donner raison aux plaignants. C’est pourquoi, chacun doit se mobiliser pour obtenir que les organisations requérantes soient déboutées.

D’ores et déjà, nous vous invitons à nous retrouver nombreux le mercredi 13 janvier à partir de 11 heures devant le Tribunal sur le Parvis des Droits de l’Homme.

Ligue des Droits de l’Homme, section de Talence, Bègles et Villenave d’Ornon (Gironde) - Association pour la défense des libertés
05.01.10

Les premières organisations signataires avec la Ligue des Droits de l’Homme section de Bègles, Talence et Villenave d’Ornon (33) et la Ligue des Droits de l’Homme Gironde :
Association France Palestine Solidarité de Pau,
ATTAC 32,
ATTAC 33,
ATTAC Sète Bassin de Thau,
ATTAC Toulouse,
Cercle Jean Barrué (Fédération Anarchiste 33),
Collectif Judéo Arabe et Citoyen pour la Paix - Strasbourg,
Confédération Générale du Travail - Université Bordeaux I,
Europalestine 33,
Fédération pour une Alternative Sociale et Ecologique (FASE) 33,
Fédération Syndicale Unitaire 33,
Génération Palestine 33,
Gauche Unitaire 33,
Hacktivismes,
Ligue des Droits de l’Homme Cannes-Grasse,
Ligue des Droits de l’Homme Uzès-Ste Anastasie,
Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples (MRAP),
Nouveau Parti Anticapitaliste 33,
Palestine33,
Parti Communiste Gironde
Parti de Gauche Gironde,
Repères,
Section Universitaire du PCF33,
Union syndicale Solidaires 33,
Union Juive Française pour la Paix Aquitaine,
ainsi que des soutiens individuels...

Vous pouvez encore signer sur: http://www.mesopinions.com/Appel-contre-la-criminalisation-du-boycott-et-de-la-critique-de-la-politique-israelienne-petition-petitions-25bdc0afdc721ce2d29babf3a9cf0a51.html


Date de création de la Pétition le 21 décembre 2009 - date de clôture, le 13.01.10


Source: mesopinions.com

jeudi 7 janvier 2010

Tony Blair, la guerre en Irak et la ligue internationale des criminels de guerre



Le 13 décembre un juge britannique retira un mandat d’arrêt pour crime de guerre contre Tzipi Livni, l’ancienne ministre des Affaires étrangères d’Israël et actuelle leader de l’opposition. Elle encourait des poursuites en tant que membre du cabinet de guerre responsable de l’opération «plomb durci», l’offensive militaire menée contre Gaza entre le 27 décembre 2008 et le 18 janvier 2009.
Quelque 1.400 Palestiniens furent tués, en majorité des civils, parmi lesquels quatre cent femmes et enfants. 5.000 personnes au moins furent blessées et 21.000 habitations détruites.

Livni put éviter une arrestation parce qu’on l’informa de l’existence de ce mandat d’arrêt secret et elle ne se rendit pas en Grande-Bretagne.

La réaction du gouvernement britannique à l’émission du mandat d’arrêt a frôlé l’hystérie. Cette réaction consista en des excuses personnelles à Livni et en promesses de la part du premier ministre Gordon Brown, du ministre des Affaires étrangères David Miliband et de la présidente de la Chambre des députés Harriet Harman, que le gouvernement allait demander à faire changer la loi afin de prévenir tout mandat d’arrêt contre des responsables israéliens à l’avenir.
Il y a des raisons de politique étrangère évidentes à ce que la Grande-Bretagne se précipite pour protéger le gouvernement de Benjamin Netanyahu. Israël est un allié crucial de l’Occident au Moyen-Orient et une voix influente à Washington. Mais il y a d’autres facteurs qui dictent le comportement de Brown et Cie.

Le jour même où le mandat d’arrêt contre Livni était retiré, la BBC diffusait une interview télévisée avec l’ancien premier ministre Tony Blair. Dans cette interview on demanda à Blair s’il aurait toujours été en faveur d’une invasion de l’Iraq en 2003 s’il avait su que le régime irakien ne possédait pas d’«armes de destruction massive» (ADM) ainsi que son gouvernement l’avait prétendu à l’époque.

Blair éluda tout d’abord la question, puis il dit que cela n’aurait fait aucune différence. La question des ADM n’était qu’une de ses préoccupations, déclara-t-il. «C’était l’idée de sa présence [Saddam Hussein] en tant que menace pour la région, le fait de savoir comment cette région allait changer pendant qu’il était là» qui avait motivé ses actions, dit Blair.
Même sans ADM «j’aurais quand même pensé que c’était juste de le faire partir» continua-t-il. «Je veux dire – évidemment, il aurait fallu utiliser et déployer des arguments différents, quant à la nature de la menace.»
Blair dit clairement ensuite qu’il avait décidé de suivre une politique de la guerre préemptive contre un régime n’ayant commis aucun acte hostile et dans le but d’assurer un changement de régime. Il dit à ses interviewers que la question en jeu ici était de savoir si la région allait «évoluer» de la «bonne manière».

Les déclarations de Blair constituent un justificatif suffisant pour qu’il soit traduit en justice sur une accusation de crimes de guerre. Dans un procès, elles pourraient être retenues comme une preuve crédible que lui et ses alliés de l’administration Bush sont coupables d’avoir préparé et mené une guerre d’agression.
Son admission sape ses efforts passés pour donner une couverture de légitimité internationale à la guerre contre l’Irak. Lui et le gouvernement britannique ne pouvaient pas officiellement s’engager en faveur de la politique avouée de changement de régime du gouvernement Bush, parce qu’ils avaient été averti de son illégalité.
Au lieu de cela, Blair et les services de sécurité britanniques ont avancé la thèse que les prétendues ADM de l’Irak représentaient une menace directe pour la Grande-Bretagne et ses alliés. Sur cette base, ils argumentèrent qu’une invasion serait un acte de légitime défense, citant cyniquement des résolutions des Nations unies sur le désarmement irakien, malgré l’échec des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne d’obtenir de la part du Conseil de sécurité de l’ONU une résolution autorisant la guerre.

Il est aussi à noter que la semaine qui a précédé l’interview de Blair, Sir John Scarlett, le directeur du Joint Intelligence Committee au moment de l’invasion de mars 2003, dit à la commission d’enquête Chilcot sur la guerre en Irak, que des informations selon lesquelles Saddam Hussein ne disposait pas d’armes de destruction massive furent envoyées directement à Blair avant l’invasion.
Les déclarations faites par Blair dans son interview, détermina Hans Blix, qui avait conduit la mission d’inspection des Nations unies sur l’existence d’armes de destruction massive en Irak, à dire : «On dirait un peu une feuille de vigne dont on se servait et si on ne s’était pas servi de cette feuille de vigne là, alors on aurait essayé d’utiliser une autre feuille de vigne».

Jonathan Steele observa dans le Guardian, normalement pro travailliste : «La fanfaronnade de Tony Blair qui dit qu’il aurait cherché à chasser Saddam Hussein même en sachant que le président irakien n’avait plus d’armes de destruction massive apporte une preuve nouvelle qu’il a probablement commis un crime en accompagnant l’invasion de George Bush. Cela met aussi sur la sellette Gordon Brown, David Miliband, et le reste du gouvernement travailliste de l’époque».
Steele mentionna des précédents récents qui étaieraient une accusation de crimes de guerre contre Blair. «Dans des affaires portées devant la Cour pénale internationale pour la Yougoslavie, on a qualifié de collaboration à une ‘entreprise criminelle commune’ les actes de leaders politiques ayant fomenté une violence illégale à une grande échelle».

Il existe un autre précédent légal. A la fin de la Seconde Guerre mondiale, les accusations portées lors du principal procès de Nuremberg contre vingt-deux criminels de guerre, ce qui incluait la direction du parti nazi, étaient celles de : participation à un plan ou à une conspiration communs en vue de perpétrer un crime contre la paix ; préparer, commencer et conduire des guerres d’agression et autres crimes contre la paix ; crimes de guerre et crimes contre l’humanité.
Le tribunal résuma son verdict de culpabilité contre les accusés en expliquant : «La guerre est essentiellement un mal. Ses conséquences ne se limitent pas aux seuls Etats belligérants, mais elle affecte le monde entier. Commencer une guerre d’agression, par conséquent, n’est pas seulement un crime international, c’est le crime international suprême, différent des autres crimes de guerre en ce qu’il comporte en lui-même le mal accumulé du tout.»
Les principes de Nuremberg furent adoptés par la Commission du droit international des Nations unies qui en fit le principal fondement du droit international, tel qu’on le retrouve dans la convention de Genève. Celle-ci fut à son tour incorporée au droit britannique dans le Geneva Conventions Act de 1957.

L’admission de Blair ouvre donc à d’éventuelles poursuites pour crimes de guerre toute la direction du Parti travailliste, ainsi qu’un nombre appréciable de membres de l’establishment politique et militaire britannique.
Il n’est donc guère surprenant que Brown et Miliband aient tant hâte d’empêcher un procès sur la base d’une accusation de crimes de guerre contre Livni. C’est aussi pourquoi ils cherchent tellement, au nom d’une supposée limitation des «abus» de la jurisprudence universelle, à retirer du droit anglais un des articles centraux de la convention de Genève stipulant que les nations signataires sont dans «l’obligation de rechercher les personnes prévenues d’avoir commis, ou d’avoir ordonné de commettre, l’une ou l’autre de ces infractions graves» à la convention et qu’elles devront «les déférer à [leurs] propres tribunaux, quelle que soit leur nationalité».

Chris Marsden
05.01.10

Source: mondialisation.ca

mercredi 6 janvier 2010

Dans la plus grande discrétion... la directive Bolkestein transposée dans la législation française



Après le vote la directive McCreevy par le Parlement européen en novembre 2006, les Etats-membres de l’Union européenne avaient un délai de trois ans pour transposer cette directive, reprenant les trois quarts de la directive Bolkestein, dans leur législation nationale.

Le gouvernement Sarkozy a décidé de faire le moins de bruit possible autour de cette transposition et a renoncé à faire voter une loi-cadre pour la transposer en droit français. Il se souvient, en effet, du scandale qui avait éclaté lorsque, en plein débat sur le référendum de 2005, le projet de directive Bolkestein était apparu en plein lumière. Il compte également profiter au mieux de cette directive qui va exactement dans le même sens que sa politique de marchandisation généralisée.

Sarkozy avait d’ailleurs déjà commencé à transposer, en catimini, cette directive «services» lors de la création du «guichet unique» pour les entreprises ou lors de l’assouplissement des conditions d’installation des grandes surfaces, adoptés dans la Loi de Modernisation de l’Economie (LME) de juillet 2008. Le plus gros reste cependant à faire. La transposition devait être terminée pour le 28 décembre 2009 mais ne le sera qu’en 2010.

Respectant en cela les vœux de Sarkozy, les grands médias ne s’attardent guère sur le sujet. C’est pourtant une directive cruciale pour notre avenir. Mais c’est sans doute aussi ce qui explique leur silence assourdissant.

Le projet de directive «Bolkestein»
L’objectif de ce projet de directive, rédigée dès 2003, était l’instauration d’un marché unique des services dans l’Union européenne, non en harmonisant par le haut les législations sociales des Etats-membres mais en les nivelant vers le bas, sous les coups de boutoir de la concurrence «libre et non faussée».

Le champ d’application de la directive était considérable il concernait tous les services faisant l’objet d’une «contrepartie économique» : des sociétés d’intérim aux services liés à la santé et en passant par les plombiers… C’était la concurrence généralisée et la remise en cause du droit d’un Etat-membre à des services publics puisqu’ils étaient, pour l’essentiel, soumis à la concurrence.

Le principe de base de cette directive était celui du «pays d’origine». Selon ce principe, un prestataire de services était uniquement soumis à la loi de son pays d’origine. C’était une attaque incroyable contre les droits du travail les plus avancés. En effet, la directive prévoyait les modalités de détachement de salariés dans un autre pays de l’Union. Ainsi, un salarié polonais pouvait être envoyé travailler en France par son entreprise et dépendre, pour l’essentiel, des lois sociales du pays d’origine de la société qui l’employait et non du droit du travail et du droit social (sécurité sociale, retraite…) du pays destinataire, la France en l’occurrence.

C’était la mise en place du «dumping social» dans toute sa splendeur. Au lieu d’instaurer un Smic européen de haut niveau, le projet de directive mettait directement en concurrence les salariés européens pour faire baisser les salaires et les prestations sociales. En 2005 et au début 2006, les libéraux européens ont opéré un repli tactique.

Ce repli tactique était du à la peur que le «NON» l’emporte, en particulier lors du référendum français du 29 mais 2005, puis à la mobilisation des salariés à l’appel de la Confédération européenne des syndicats. En février 2006, plusieurs dizaines de milliers de personnes manifestaient à Strasbourg à l’appel de la CES et d’organisations comme Attac. Sous cette double pression, le Parlement européen adoptait le 16 avril 2006 un texte qui entérinait un double recul des libéraux.

En premier lieu, le champ d’application de la directive service était restreint. La totalité des services du secteur de la santé était exclue, de même que les agences d’intérim, les services sociaux, l’ensemble du droit du travail et de la Sécurité sociale. En deuxième lieu, le principe du pays d’origine disparaissait du texte.

Ces reculs des libéraux étaient incontestables. Mais le refus explicite (un amendement en se sens a été rejeté) de remplacer le principe du pays d’origine par celui du pays destinataire était lourd de conséquences. Il laissait, en effet, à la Cour de Justice européenne la possibilité de décider au cas par cas du droit applicable. Or, les arrêts de cette Cour vont très largement dans le sens de l’application du principe du pays d’origine.

2006 : une nouvelle version de la directive «Bolkestein»
Le 24 juillet 2006, le Conseil des Ministres (qui est le principal législateur de l’Union européenne) adoptait une version modifiée de la proposition de directive votée en première lecture par le Parlement européen. Ces nouvelles dispositions étaient approuvées par la Commission européenne qui a le monopole de l’initiative des directives.

L’offensive néolibérale du Conseil des Ministres et de la Commission se déroulait, essentiellement, selon deux axes. Premier axe : le refus de définir des termes comme «obligation de service public», «travailleurs» ou «service d’intérêt économique général» afin de laisser la plus grande marge d’interprétation possible à la Cour de Justice de Luxembourg. Deuxième axe : la diminution du nombre des services exclus du champ de la directive. L’eau, certains services liés à l’éducation, la culture, certains services sociaux étaient de nouveaux soumis à la directive et donc à la concurrence de prestataires de services d’autres Etats-membres.

Le vote de la directive McCreevy par le Parlement en novembre 2006
Le Parlement européen avait la possibilité de refuser de voter, en deuxième lecture, la proposition du Conseil des Ministres et de la Commission. La directive aurait alors cessé d’exister. Ce n’est pas la voie qu’avaient choisie les libéraux majoritaires au Parlement européen. Au contraire, le 15 novembre 2006, ils avaient adopté la proposition du Conseil et de la Commission qui devient la directive McCreevy, du nom du nouveau Commissaire en charge du «marché intérieur». La motion de rejet de cette directive avait été repoussée par 105 voix pour (dont les Socialistes français, le PCF et les Verts), 405 voix contre (dont les parlementaires européens de l’UMP et de l’UDF) et 12 abstentions.

Les États membres avaient alors trois ans (jusqu’à décembre 2009) pour transposer cette directive dans leur législation nationale.

2006-2009 : la Commission européenne transforme la directive McCreevy en clone de la directive Bolkestein
La Commission européenne a mis à profit les trois ans qui séparaient le vote de la directive McCreevy de sa transposition dans les législations des pays membres pour encore gagner du terrain et faire de cette directive un véritable clone de la directive Bolkestein.

Le «principe du pays d’origine» avait disparu du texte de la directive McCreevy. Le règlement européen du 17 juin 2008 sur «la loi applicable aux obligations contractuelles» (Rome I) le fait rentrer par la fenêtre. Ce règlement prévoit, en effet, que «les parties contractantes sont libres de choisir la loi applicable au contrat». Ainsi, un travailleur letton envoyé travailler en France par son entreprise pourra, «librement», choisir que lui soit appliqué le droit social letton.

Le champ des services épargnés par l’application de la directive McCreevy se réduit comme peau de chagrin. Les néolibéraux n’avaient pas accepté de gaîté de cœur qu’une bonne partie des services sociaux (plus de 100 milliards d’euros annuels) soient exclus du champ de la directive. En s’appuyant sur les articles 43 à 49 du traité de Lisbonne, la Commission européenne a repris l’offensive contre ces services en rappelant que «les services exclus du champ d’application de la directive relative aux services dans le marché intérieur continueront de relever de ces règles et principes». Et ces règles et principes se résument en un seul commandement, celui d’une «concurrence libre et non faussée». Le sénateur français, Jean Bizet, rapporteur «sur l’état de la transposition de la directive services» souligne, avec un certain cynisme, que les exemptions prévues par la directive McCreevy ne sont que provisoires. En effet, en 2011 (et tous les trois ans, par la suite) un point sera fait par la Commission et à ces occasions, des modifications du champ d’application de la directive pourront être adoptées.

Sarkozy ne paraît pas pressé de protéger les services sociaux de notre pays
Les gouvernements des pays membres ont la possibilité d’exclure leurs Services Sociaux d’Intérêt Général (SSIG) du champ d’application de la directive. Mais ce n’est pas, à l’évidence, l’orientation du gouvernement Sarkozy qui ne semble pas du tout pressé de sortir du champ de la concurrence ce secteur d’activités sociales majoritairement composé d’associations (petite enfance, aide familiale, services à la personne…) Ainsi, le Ministère de l’Economie et des Finances estime que les conditions d’exclusion du champ de la directive seront très difficile à remplir «dans la plupart des secteurs où interviennent des opérateurs «sociaux» car ces secteurs sont des secteurs concurrentiels où sont susceptibles d’intervenir des acteurs de types différents (privés, commerciaux, associatifs, publics, etc.»

Quant au secrétaire d’État chargé de l’emploi, Laurent Wauquiez, il affirme que les SSIG sont une notion «totalement vides» et que seule, donc, s’applique la concurrence «libre et non faussée».

Cette orientation signifie, à terme, la disparition du secteur social et médico-social associatif (900 000 emplois) qui ne pourra plus recevoir de subventions ou de financements publics (Etat, mais surtout Régions, Municipalités, Conseils généraux…) Ces subventions seraient, en effet, contradictoires avec le principe de la concurrence «libre et non faussée» puisqu’elles apporteraient un avantage concurrentiel aux associations qui les percevraient, face aux entreprises privées du secteur qui n’en bénéficieraient pas. Une crèche associative pourrait ainsi concurrencer «déloyalement» une crèche mise en place par une entreprise privée à but lucratif.

La gauche toute entière devrait se mobiliser dans l’unité pour faire barrage à l’application de cette directive assassine, pour refuser la subordination de l’ordre public social à la «liberté» contractuelle et pour exiger du président de la République qu’il fasse voter une loi qui exclut du champ d’application de la directive la totalité du secteur social et médico-social.

Jean-Jacques Chavigné
31.12.09

Source : Démocratie et socialisme

mardi 5 janvier 2010

Les Etats-Unis se protègent efficacement


Le 18 avril 2009, alors qu’il se dirige, sans escale, vers Mexico, le vol Air France 438 se voit soudainement interdire le survol de l’espace aérien des Etats-Unis «pour des motifs de sécurité nationale». Ne disposant pas du carburant nécessaire pour contourner les Etats-Unis, il devra faire une escale dans les Caraïbes. A bord, objet de ce branle-bas de combat, se trouve le journaliste et écrivain colombien, collaborateur du Monde diplomatique, Hernando Calvo Ospina.

Le 19 août, une mésaventure identique survient au même vol AF438, qui doit lui aussi se détourner de sa route et éviter la Floride et le golfe du Mexique, prolongeant sa durée de vol de cinquante minutes. Motif allégué, cette fois : la présence dans l’appareil de M. Paul-Emile Dupret, juriste belge, conseiller du groupe Gauche unie européenne (GUE) au Parlement européen, militant altermondialiste et des droits de l’homme, qui se rend a l’assemblée du Forum de São Paolo, avec une délégation parlementaire.

Calvo Ospina et Dupret ont en commun de critiquer la politique des Etats-Unis en Amérique latine, de soutenir les gouvernements progressistes de cette région et d’analyser sans complaisance la gestion du président Alvaro Uribe en Colombie.

C’est sans doute pour des raisons similaires que le journaliste Luis Ernesto Almario a été intercepté à Los Angeles, le 26 novembre. Colombien, résidant en Australie où il est, entre autres, le correspondant de la radio alternative Café Stéreo, il venait d’arriver à bord d’un avion de la Delta Airlines et attendait sa correspondance pour Caracas, où il devait assister à un congrès de l’Association bolivarienne des journalistes (Asobolpe) à laquelle il appartient. Détenu pendant vingt-quatre heures, interrogé par les autorités migratoires, des fonctionnaires du Federal Bureau of Investigation (FBI) et de la Central Intelligence Agency (CIA), il sera expulsé et renvoyé directement en Australie.

Le 25 décembre, c’est sans aucun problème que l’Airbus A330 de la compagnie Northwest Airlines décolle d’Amsterdam (Pays-Bas) pour Detroit (Michigan). Alors qu’il y amorce son atterrissage, M. Umar Farouk Abdulmutallab, un Nigérian de 23 ans affirmant appartenir à Al-Qaida, tente de déclencher un engin explosif ou incendiaire. Maîtrisé par les passagers, il sera interpellé à son arrivée. Le 19 novembre, son père avait fait part à l’ambassade des Etats-Unis à Abuja, de son «inquiétude» quant à la radicalisation de son fils. Cette information avait été transmise au Centre national d’antiterrorisme (NCTC, créé après le 11-Septembre) mais, si le nom de M. Abdulmutallab figurait depuis sur une base de données du renseignement américain, il n’était ni interdit de vol vers les Etats-Unis ni même considéré comme devant être particulièrement contrôlé dans les aéroports.

Dans le cadre de la lutte antiterroriste, des centaines de millions de dollars sont dépensés chaque année par les Etats-Unis pour la «sécurisation» des aéroports et des avions. Peut-être seraient-ils plus utilement utilisés si les fonctionnaires du NCTC, de la CIA et du FBI ne se donnaient pas pour priorité la surveillance de citoyens inoffensifs – quand bien même ils seraient non «politiquement corrects» – et la répression de la liberté d’expression.

Maurice Lemoine
03.01.10

Source : Le Monde Diplo

lundi 4 janvier 2010

Jean Ziegler: "Jugeons les prédateurs de la finance pour crime contre l’humanité"



Le sociologue Jean Ziegler, auteur de La Haine de l’Occident, rappelle que l’argent donné aux banques à été retiré de la bouche des enfants du Tiers-monde.

À 75 ans, Jean Ziegler n’a toujours pas envie de se taire. Membre du comité consultatif du Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies, il part en guerre contre les banquiers et tous les prédateurs de la finance internationale. «Il faut savoir qu’au moment où les États de la zone euro libéraient 1 700 milliards pour remobiliser le crédit interbancaire, dans le même temps, ils coupaient d’un tiers le financement de l’aide alimentaire d’urgence. Or, 71 millions de personnes dans le monde ne vivent que de cette aide», dénonce le sociologue.

Les chefs d’États des pays occidentaux se sont bien gardés d’assister à la réunion de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) qui s’est déroulée en Novembre à Rome. Ils avaient trop la honte. Sur un budget prévisionnel de 6,7 milliards de dollars pour 2009, 3 milliards n’ont toujours pas été versés au Programme Alimentaire Mondial (PAM).

«Avec la crise, les pauvres en Occident maigrissent mais dans le tiers-monde, les pauvres meurent. Dans les camps de réfugiés en Somalie, le PAM ne distribue plus que des rations adultes de 1 500 calories par jour, alors que le minimum vital est de 2 200 calories», s’insurge Jean Ziegler.

«Peu à peu, ces réfugiés ne parviennent plus qu’à se traîner, attendant la mort. Tout cela à cause des prédateurs de la finance ! Ces types, il ne faut pas seulement les dénoncer. On doit les traduire devant une Cour Pénale Internationale afin de les juger pour crime contre l’humanité», dit le sociologue. Dans son dernier ouvrage, il rappelle que les Blancs ne représentent que 13 % de la population de la Terre. Or, depuis cinq cents ans, ils dominent la planète.

Jean Ziegler est aussi l’auteur de Main basse sur l’Afrique, de Retournez les fusils ! Manuel de sociologie d’opposition, et de La Suisse, l’Or et les morts, révélant que les banques suisses avaient gardé les biens des Juifs disparus dans les camps de concentration. Des ouvrages qui lui ont valu attaques, saisies sur ses biens, et même une levée de son immunité parlementaire.

«Un million d’enfants au Bangladesh n’avaient qu’un repas convenable par jour, celui que leur servait le PAM à l’école. Faute de crédits, ils ne peuvent plus être nourris. Est-ce que les chefs d’État, comme Nicolas Sarkozy, qui se sont montrés si généreux avec les banquiers, se rendent compte de cela ?» analyse Jean Ziegler.

Un enfant de moins de dix ans meurt de faim toutes les cinq secondes

Un milliard d’êtres humains sont en permanence gravement sous-alimentés. «Un milliard de crucifiés dès la naissance ! Alors que la FAO indique que l’agriculture mondial peut nourrir sans problème 12 milliards d’êtres humains, soit le double de l’humanité présente. Un enfant qui meurt de faim est assassiné», ajoute le sociologue.

«Autrefois, les enfants du Sud mouraient sous l’esclavage et la colonisation. Aujourd’hui, ils meurent sous le capitalisme globalisé», affirme-t-il.

Mais alors, pourquoi continuer à travailler pour l’ONU ? «C’est vrai, l’ONU est proche de la ruine. Mais certaines organisations spécialisées, comme le PAM, le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR), le Conseil des Droits de l’Homme, font un travail magnifique»

Ian Hamel
01.01.10

Source: Altermonde-sans-frontières

dimanche 3 janvier 2010

Référendum mondial sur le changement climatique



Le président de la Bolivie, Evo Morales, propose de réaliser une consultation auprès des peuples du monde afin d’obtenir un accord qui puisse sauver la Terre-Mère des abus du Capitalisme.


“Vu que nous avons de profondes divergences entre présidents, consultons le peuple et faisons ce qu’il nous dit”
Evo Morales Ayma. Président de l’Etat Plurinational de Bolivie.

Appuyez cette initiative en répondant aux questions suivantes :
1. Etes-vous d’accord pour rétablir l’harmonie avec la nature en reconnaissant les droits de la Terre-Mère ?
2. Etes-vous d’accord pour changer ce modèle de surconsommation et de gaspillage qui découle du Capitalisme ?
3. Etes-vous d’accord sur le fait que les pays développés doivent réduire et réabsorber leurs émissions de gaz à effet de serre chez eux pour que la température ne monte pas de plus de 1 degré ?
4. Etes-vous d’accord pour transférer l’argent dépensé dans les guerres vers un budget destiné au changement climatique et qui serait supérieur à celui de la défense.
5. Etes-vous d’accord pour la création d’un Tribunal International Pour la Défense du Climat au sein des Nations Unies afin de juger ceux qui ne respectent pas la Terre-Mère.

Votez ici (choix entre français/anglais/espagnol) : http://portalmre.rree.gov.bo/cumbre/Referendum.aspx

Evo Morales Ayma
01.01.10

Source: le Grand Soir

samedi 2 janvier 2010

Altermondialisme ou barbarie ?

Dans quelques semaines, le slogan «Un autre monde est possible» soufflera ses 10 bougies. Mais l’heure n’est pas aux réjouissances : ce mouvement se voit dans l’obligation de se poser les bonnes questions, afin de trouver les réponses adéquates à la crise capitaliste actuelle, qui nous éloigne encore un peu plus de cette société tant attendue, où la justice sociale sera garantie et la nature respectée.

Démasquer le mythe ne suffit pas à la désarmer
Même si on ne peut en aucun cas s’en réjouir, la crise capitaliste actuelle, mais aussi et surtout la gestion de celle-ci, a fait tomber les masques. Les gouvernements ont montré leur vrai visage : quand les mouvements sociaux réclament la satisfaction de leurs droits sociaux, les caisses sont vides, mais quand les détenteurs de capitaux sont en détresse, il devient possible de trouver – et de leur donner – plusieurs centaines de milliards de dollars en quelques semaines. Un nombre croissant de citoyens prend conscience que quelque chose ne va pas et qu’il faut faire «autrement». Par exemple, selon une étude de l’Institut Globscan réalisée dans 20 pays, le nombre de personnes qui pensent que le système capitaliste reste le meilleur système possible est passé de 63% en 2005 à 36% en 2009 [1]. Par ailleurs, le mouvement altermondialiste qui s’est développé au cours des années 1990 et 2000 a suscité beaucoup d’espoirs. Il a entre autres choses permis de contester le néolibéralisme à l’échelle internationale et de réhabiliter la nécessité et la possibilité d’une alternative globale («Un autre monde est possible»). Enfin, différentes luttes sociales à différents endroits, en particulier en Amérique latine mais pas seulement, nous ont montré qu’il est possible de «gagner» et que le mot alternative n’est pas un vain mot.

Pourtant, il faut être réaliste. Cette tendance positive est loin de suffire. L’offensive néolibérale, après une courte «pause», plus au niveau du discours que des actes, est repartie de plus belle. A Copenhague à la mi-décembre 2009, malgré une mobilisation importante sur la question du climat, les dirigeants nous ont rappelé une fois de plus que ce n’est pas le rue qui gouverne. Après avoir organisé le «hold-up du siècle», au vu et au su de tout le monde, sans pour autant que cela ne provoque de révoltes populaires qui auraient été plus que légitimes, les puissances financières et industrielles ne comptent pas s’arrêter en si bon chemin… Famine, exclusion, précarité, inégalités, destruction de la planète, gaspillage, dérèglement climatique, tous ces «scandales» vont continuer, faute de volonté politique, à se propager sur l’ensemble de la planète. L’humanité reste donc sur le chemin de la barbarie.

Quelle place pour le mouvement altermondialiste et le processus Forum social mondial (FSM) dans cette dialectique ? Est-il possible que le FSM continue de jouer un rôle positif, voire déterminant, dans la construction d’un monde socialement juste et respectueux de la nature ? Quelle place pour les mouvements sociaux dans ce combat ? Voici quelques questions et réflexions afin de nourrir le débat.

Comment élargir le processus FSM ?
En grande partie grâce au processus FSM, de nombreuses organisations se sont rencontrées, ont appris à se connaître et à travailler ensemble. La création et le renforcement de différents réseaux internationaux, ainsi que leur coordination, ont fortement progressé ces dernières années et cela constitue sans doute un des aspects les plus positifs de cette dynamique. Cependant, comparativement à l’organisation et à la solidarité des puissants de ce monde, nous sommes encore loin du compte. De nombreuses luttes très importantes partout dans le monde ne se reconnaissent pas dans le processus FSM et/ou n’y prennent pas part. Par exemple, les zapatistes du Mexique, que certains considèrent comme les initiateurs du mouvement altermondialiste, n’en font pas partie. Le chemin qu’il reste à parcourir est donc encore long pour, non seulement intégrer plus de mouvements sociaux dans le processus, mais aussi et surtout faire en sorte que cette intégration et cette implication aient un impact réel sur la dynamique des mouvements sociaux et leurs luttes.

En 2010, avec une trentaine d’activités internationales se revendiquant du FSM, une des priorités devra être de faire en sorte qu’un maximum de mouvements sociaux deviennent des acteurs du processus, en l’intégrant et en se l’appropriant. Dans cette optique, l’idée proposée par le Conseil international du FSM est d’avoir un thème commun à toutes les activités de 2010 : «les réponses des mouvements sociaux face à la crise». Cette stratégie a l’objectif d’accumuler les expériences et les propositions, et de les centraliser lors du prochain FSM qui se tiendra à Dakar au Sénégal en 2011, avec l’espoir que cette édition constitue un nouveau départ pour le mouvement et ses actions. A suivre…

Comment rendre le processus plus attractif ?
Contrairement à ce que ressasse le discours dominant à son sujet, le FSM reste un processus intéressant et a des aspects positifs indéniables. Cependant, sous peine de perdre en légitimité et de s’enliser dans la répétition de rencontres, agréables mais stériles, le FSM va devoir résoudre une série de faiblesses et de contradictions importantes. Premièrement, il reste fondamental de populariser et de visibiliser les alternatives. Le slogan «Un autre monde est possible» a maintenant 10 ans et pourtant, aujourd’hui encore, la majorité de la population mondiale reste imprégnée de la logique de la fatalité et de la peur. Les raisons à cela sont nombreuses, et beaucoup sont d’ailleurs extérieures au processus lui-même, mais quoi qu’il en soit, l’objectif de montrer qu’il n’est ni irréaliste ni utopique de vouloir construire un monde meilleur n’est pas encore atteint. Il faut donc continuer le travail de sensibilisation et les efforts pour que les forums soient réellement populaire et rencontrent les préoccupations et les luttes réelles des travailleurs et travailleuses.

Deuxièmement, il faut absolument augmenter le cohérence des évènements FSM en tant que tels. Les graves erreurs commises lors du FSM de Nairobi [2] ont eu un impact très négatif sur bon nombre de citoyens et d’organisations qui ont perdu confiance dans le mouvement altermondialiste. Bien sûr, on pourra toujours trouver des erreurs, des faiblesses et des contradictions dans chaque forum social, mais l’important est d’apprendre des erreurs passées et de tout faire pour limiter au maximum ces erreurs et pour que le FSM soit un exemple de cohérence, une source d’inspiration, un lieu où l’on voit et où l’on vit l’alternative. A ce niveau, les citoyens, les ONG, les mouvements sociaux qui se revendiquent du changement doivent intégrer l’alternative dans leurs analyses bien sûr, mais aussi dans leurs pratiques et leurs actes. Belém a clairement marqué un saut qualitatif par rapport à Nairobi, et la préparation du FSM 2011 de Dakar semble sur une bonne voie, mais rien n’est jamais acquis et, sans devenir méfiant, il s’agit de rester vigilant. Beaucoup de personnes pensent qu’un échec en 2011 sera fatal pour les mouvements sociaux africains et pour le mouvement dans son ensemble. Ils n’ont peut-être pas tort…

Enfin, il faudra faire en sorte que le FSM se tourne beaucoup plus vers l’action. Le débat, l’analyse et l’élaboration des alternatives sont des étapes nécessaires, mais elles doivent aboutir à des actions concrètes. Le FSM doit être capable de répondre à cette critique et se situer beaucoup plus dans la construction que dans la «vitrine» de l’alternative. Rappelons ici que ce que les puissants craignent avant tout, ce n’est pas tellement de combattre des idées qui «flottent dans l’air», mais les actions organisées et les tentatives de réaliser ces idées.

Comment faire en sorte que le processus continue à se radicaliser ?
Depuis la crise qui a explosé en 2008, et en particulier depuis le dernier FSM de Belém en janvier 2009, il est très clair que le processus se radicalise. Certaines positions, minoritaires, voire combattues il y a encore quelques mois, sont maintenant acceptées par de plus en plus de monde, comme par exemple le fait que le FSM doit avant tout être un espace utile pour les mouvements sociaux et favoriser l’action. Cela a des implications concrètes, notamment au niveau du Conseil international, qui décide d’avoir une réflexion de fond sur la nature et les objectifs du processus [3]. Par ailleurs, pour la première fois depuis le début du processus du Forum social mondial, toute une série de mouvements sociaux se sont exprimés clairement sur la question du capitalisme. Différentes déclarations le montrent très clairement, par exemple celle de l’Assemblée des mouvements sociaux (AMS) à l’occasion du FSM de Belém : «Pour faire face à la crise, il est nécessaire d’aller à la racine du problème et d’avancer le plus rapidement possible vers la construction d’une alternative radicale qui en finisse avec le système capitaliste et la domination patriarcale» [4]. Cette radicalisation est très positive, notamment pour l’AMS, qui s’est développée en lien avec le Forum social mondial et a comme caractéristique d’être un espace ouvert pour la construction d’agendas communs et a pour objectif de lutter conjointement contre la capitalisme dans sa phase néolibérale, impérialiste et militaire (de guerre globale et permanente) et contre le racisme et le patriarcat. Si, pour l’AMS, des alternatives socialement justes et respectueuses de la nature ne pourront se mettre en place que dans le cadre d’une rupture avec le système capitaliste, cela ne doit pas empêcher de collaborer positivement avec des ONG qui, en favorisant le dialogue avec les institutions financières internationales ou en prônant un capitalisme à visage humain, se placent dans une autre perspective. L’absence de consensus sur l’alternative à construire n’est pas nécessairement signe de blocages. Il est en effet possible de collaborer de manière large et unitaire sur des revendications précises comme la taxe Tobin ou encore la régulation du système financier. Mais il faut rester vigilant : la «dialectique de la conquête partielle» n’est jamais loin. L’histoire nous a montré à de nombreuses reprises que la capacité d’adaptation et de récupération du système capitaliste est immense. Ce qui est important dans ce contexte, c’est d’inscrire ces revendications partielles dans une perspective de transformation radicale de la société et non dans une optique d’aménagement du système actuel, qui a suffisamment prouvé son caractère destructeur, humainement et écologiquement. Pour le CADTM comme pour d’autres mouvements sociaux, c’est aussi cela être cohérent.

Personne ne peut prédire l’avenir, tout comme personne ne peut prédire l’avenir de l’humanité. Mais nous pouvons être sûrs de deux choses. D’une part, l’élargissement, la cohérence et le niveau de radicalité du processus décideront en grande partie du rôle que pourra jouer le FSM. D’autre part, FSM ou pas, les mouvements sociaux, les opprimés, les exploités, les exclus continueront de lutter pour leurs droits et leur dignité. Et ce qui compte vraiment, c’est de rendre ces luttes victorieuses. Le FSM ne pourra au mieux qu’être un outil au service de ces luttes.

Olivier Bonfond
CADTM - Belgique
01.01.10

Notes :
[1] Michael R. Krätke, «La iglesia capitalista pierde fieles», http://www.sinpermiso.info/textos/index.php?id=2965
[2] Pour plus d’infos sur le bilan du FSM de Nairobi, http://www.cadtm.org/Contribution-collective-aux-debats
[3] Une première étape importante sera Porto Alegre en janvier 2010, où un débat stratégique de trois jours sera organisé sur le bilan et les perspectives du processus dans son ensemble. Pour plus d’infos sur cette activité : http://www.forumsocialmundial.org.b...
[4] Pour lire la déclaration de l’AMS : : http://www.cadtm.org/Nous-ne-payero... et pour une analyse des autres déclarations et du FSM de Belém, lire l’article «Le rebond du FSM», interview d’Éric Toussaint par Pauline Imbach, http://www.cadtm.org/Le-rebond-du-F...
Source : le Grand Soir

vendredi 1 janvier 2010

En guise de voeux...

Pour passer des vœux toujours très "virtuels"... aux actes bien concrets, en ce 1er jour de l'an 2010, nous ne pouvons que vous rappeler de manière appuyée, les priorités qui animent notre mouvement, que nous vous invitons à rejoindre.

Notre programme en 7 points :

E mploi des jeunes : carte activa anti-discrimination
G aza : jumelée avec Bruxelles-Capitale
A venir : dans une société « Jeunes admis »
L ogement : orienté socialement
I ncarcération : arrêtons la spirale de la prison
T ransports : gratuité de la STIB pour les Bruxellois
E nseignement : aucune discrimination sociale, culturelle, philosophique ou religieuse

Et puissent toujours prévaloir, au fil de nos rencontres, la justice, la paix, la solidarité et le respect, autour de nous et en nos cœurs.

Les Égalitaires
01.01.10