mardi 15 décembre 2009
En direct du couloir de la mort civile
Au cours de cette audience doublement décisive, nous saurons en effet si, d’une part, la nature et le contexte de l’expression d’une opinion peuvent déterminer et justifier l’interdiction de celle-ci et, d’autre part, si l’expression d’une opinion politique peut conduire ou non à la condamnation de son auteur pour terrorisme.
Dans le cas présent, l’accusation portée par le procureur fédéral concerne l’expression d’idées (pourtant non radicales) et l’organisation d’activités (pourtant à caractère humanitaire) à partir d’un bureau d’information qui se situe, géographiquement, dans le quartier des institutions européennes à Bruxelles mais, politiquement, dans une mouvance anatolienne d’inspiration marxiste, clandestine en Turquie, et jusqu’à nouvel ordre, légale en Belgique, à savoir le DHKP-C.
Jouant sur les mots et esquissant des scénarios biscornus et calomnieux, le procureur fédéral a misé sur la peur du «rouge» et de l’étranger dans une Flandre de plus en plus frileuse dans son rapport avec «l’autre». Toutefois, à sa grande surprise, les voix démocratiques des deux côtés de la barrière linguistique se sont aussitôt unies pour exiger le respect des libertés d’expression et d’association attaquées de plein fouet dans ce procès.
Peu nombreuses au début, ces voix courageuses et libres ont réussi à rallier une partie non négligeable du monde associatif et à faire entendre un son de cloche différent quant aux lois dites sécuritaires.
Dix ans tout de même que ce procès dure, instruction comprise. Cela équivaut à une cinquantaine d’audiences, des dispositifs de sécurité impressionnants avec des déploiements abusifs d’unités d’élite et de policiers, des frais d’enquête et de traduction colossaux, des réunions secrètes onéreuses réunissant le gratin national et international de l’antiterrorisme, un total de plus de six années de détention préventive effective dont plus des deux tiers en régime d’isolement inhumain pour sept des onze inculpés, des milliers d’heures d’écoutes téléphoniques, de filatures pédestres et de surveillance informatique. Pendant des années, le procureur fédéral s’est frauduleusement doté d’une escorte privée, en prétextant fallacieusement que nous, inculpés, le menacions. Le tout a coûté des dizaines de millions d’euros au contribuable.
Tout ça pour quoi? Pour persécuter des militants politiques. Des militants qui n’ont jamais commis le moindre acte de violence, ni n’en ont eu l’intention, ni en Belgique ni ailleurs dans le monde.
Parmi nous, un seul camarade a commis des faits jugés délictueux par la législation belge. Il s’agissait en réalité de peccadilles relativement compréhensibles et légitimes dans leur contexte singulier. Des actes qui lui auraient valu une petite peine de prison et une amende. Si le procureur fédéral avait été juste et honnête, seul ce camarade aurait été condamné, l’affaire aurait été traitée en quelques semaines et quasi personne en Belgique n’aurait entendu parler du DHKP-C.
Mais le Parquet fédéral en a voulu autrement. Il a préféré se livrer à un show. Avec une seule obsession en tête: faire avaler la loi antiterroriste à la population coûte que coûte en nous faisant passer pour des dangers publics.
Mais, plus il a voulu faire taire le DHKP-C et plus le DHKP-C a gagné en audience et en sympathie.
Le procureur fédéral a ainsi offert, malgré lui, une tribune inespérée au DHKP-C, une tribune que le mouvement révolutionnaire ne demandait même pas.
Ce procès illustre ainsi de manière éclatante le caractère non seulement cruel mais aussi et surtout absurde de la répression politique.
Il met en outre à l’honneur toutes les voix démocratiques réfractaires à la pensée unique des élites iniques.
En effet, quel que soit l’issue du prononcé du 16 décembre, les démocrates sincères de notre pays ont fait goûter de nombreuses défaites au serviteur zélé de l’État et de la doctrine américaine de guerre contre les peuples.
Elles ont réussi à lui mettre des bâtons dans les roues, à porter le débat sur la place publique, à sortir les inculpés de l’isolement carcéral et politique, à renverser la vapeur dans un combat qui semblait pourtant perdu d’avance.
Nous, inculpés, avons également gagné plusieurs batailles: nous sommes avant tout restés debout. Nous sommes restés des militants tant en liberté que derrière les barreaux, et c’est là notre plus grande victoire, sachant que si le procureur nous a tant éprouvé sur le plan moral, physique et financier, c’est pour nous intimider, nous réduire au silence, nous pousser à la capitulation. Or, nous sommes aujourd’hui plus que jamais déterminés à poursuivre notre combat pour un monde plus juste, sans domination impérialiste, sans privilèges, sans guerres et sans misère.
Tout récemment, nous avons réussi à faire libérer Güler Zere, une camarade atteinte d’un cancer terminal et que les autorités turques maintenaient illégalement en captivité.
Malgré la menace d’emprisonnement qui pèse sur nous, nous poursuivons la lutte pour la libération de tous les prisonniers politiques malades de Turquie.
A l’ombre de l’épée de Damoclès, nous combattons le terrorisme de la lutte antiterroriste, la torture, les exécutions extrajudiciaires, l’isolement carcéral et la censure, en Turquie, en Europe et ailleurs.
Aujourd’hui, nous poursuivons la lutte contre le terrorisme international, en militant pour la fermeture de la base militaire américaine d’Incirlik en Turquie et contre l’envoi de soldats turcs en Afghanistan.
Aujourd’hui, nous continuons à faire entendre les aspirations légitimes du peuple kurde dont les libertés d’expression et d’association ont une nouvelle fois été bafouées suite à l’interdiction par la Cour constitutionnelle turque de son principal représentant, le Parti pour une société démocratique (DTP).
Aujourd’hui, nous continuons à bâtir des ponts entre les peuples et les cultures, entre le Nord et le Sud.
Aujourd’hui, nous continuons à organiser la colère des opprimés en force positive, en énergie créatrice, en projet d’avenir pour l’humanité.
Aujourd’hui, nous continuons à vivre, à aimer et à résister sans nous soucier des lendemains incertains.
Alors, au final de ce long marathon judiciaire, que peut-il vraiment nous arriver de grave?
Dans mon cas, au pire, je risque quelques années de prison avec toutes ses conséquences douloureuses: entre autres, l’éclatement forcé de ma famille avec une épouse qui devra assumer quasi seule les innombrables responsabilités familiales, un fils en bas âge qui grandira loin de son père, l’impossibilité d’assister à la naissance de mon second fils [annoncée dans cinq mois - ndlr], la violence physique et morale de la confrontation avec l’univers carcéral pour ma famille et mes amis et une énorme dépense d’énergie pour mes visiteurs. Une fois dehors, avec un casier judiciaire entaché, mes libertés politiques seront gravement restreintes ainsi que mon droit de voyager, déjà fortement compromis en raison d’un signalement Interpol abusif émis par le régime d’Ankara. J’aurai des difficultés à l’embauche, situation que je subis déjà depuis de nombreuses années, et puis, surtout, une sacrée réputation de terroriste et de taulard qui suscitera immanquablement méfiance et effroi.
Ce châtiment n’est pas sans rappeler celui de la «mort civile» propre à l’Ancien Régime.
Il n’y a en somme rien d’exceptionnel à cette situation funeste car hormis le label peu commun et peu commode de terroriste, l’exclusion matérielle et morale vaut pour quasi tous les prisonniers.
Et puis, il faut raisonnablement reconnaître que ces préjudices ne sont pas grand-chose comparés à la souffrance de ces milliards d’être humains pour qui nous déclarons nous battre.
Ceci étant, ma condamnation, aussi minuscule soit-elle, entraînerait automatiquement la mort civile (et peut-être même plus) de Deniz, mon épouse, dont le seul crime est de s’être mariée avec moi. En avril 2007, le Procureur du Roi fit opposition à sa demande de naturalisation en prétextant ses opinions politiques suite à quoi elle introduisit un recours devant le Tribunal de première instance de Bruxelles. Le 19 novembre 2008, la 12e Chambre refusa de statuer en attendant la suite de mon procès. Or, pour refuser une nationalité, seuls des faits personnels graves peuvent être invoqués. Dans notre cas, la juge s’était appuyée sur une jurisprudence de 2002 qui lui permettait de tenir compte de relations entretenues avec des personnes de «moralité douteuse» pour justifier son refus de statuer. Par conséquent, si je suis condamné à la moindre peine, je devrai porter cette appellation injurieuse tandis que mon épouse sera davantage exposée à un éventuel mandat d’arrêt international émis par l’État turc car elle ne sera protégée par aucune nationalité. On se souviendra que ma nationalité belge joua un rôle déterminant dans mon retour en Belgique après la tentative d’extradition vers la Turquie via les Pays-Bas que notre vaillant paladin antiterroriste appelé prosaïquement procureur fédéral ourdit illégalement à mon encontre.
Pour Deniz, la nationalité belge constituerait une garantie essentielle pour sa sécurité, ce que ma condamnation pourrait définitivement compromettre.
Deniz vit depuis 10 ans en Belgique. Auparavant, elle vécut dix ans en France en tant que fille d’exilés politiques. Elle est mariée au Belge que je suis, et ce depuis plus de six ans. Elle enseigne le français depuis plus de deux ans dans une association bruxelloise et pourtant, avec ma condamnation, elle risque plus gros que moi.
Quoiqu’il nous arrive, je dirai à ma femme, comme Nâzim Hikmet dit un jour à la sienne:
«Ils nous ont eus : moi, à l’intérieur des murs, toi à l’extérieur. Ce qui nous arrive n’est pas grave. Le pire: c’est de porter en soi la prison.»
Fort heureusement, nous n’en sommes pas encore là.
Je reste d'ailleurs confiant et crois fermement qu’à l’aune de toutes les violences et turpitudes auxquelles nous avons été confrontées pendant toutes ces années, notre acquittement pur et simple ne serait que justice et réparation.
C’est le minimum à exiger de cette justice de classe toujours prompte à défendre la loi du plus fort.
Vous tous qui nous avez inlassablement accompagné tout au long de notre odyssée judiciaire, je vous remercie de toutes mes forces, de tout mon cœur et espère vous retrouver au plus vite loin des marches de ce sinistre Palais de justice et de sa salle des pas perdus. Pour finir, rendons hommage à nos camarades d’ici et de là-bas, d’hier et d’aujourd’hui et, surtout, de demain, en criant haut et fort:
De Mumia Abu Jamal à Güler Zere, honneur à tous les combattants de la liberté.
De Zahra Boudkour à Leonard Peltier, honneur à tous nos prisonniers.
D’Ahmad Saadat aux Cinq de Miami, honneur à tous nos frères insoumis.
De Juliette Broder à Ernesto, honneur à tous nos héros.
Bahar Kimyongür
13.12.09
Note:
A 08h30 précises se tiendra un rassemblement sur les marches du Palais. Différents intervenants y reviendront sur les dangers que ce verdict fait peser sur les libertés de tous les citoyens.
Le CLEA vous encourage à y être présents à temps et en nombre. En effet, à 09h précises, celles et ceux qui souhaitent soutenir les militants criminalisés dans cette affaire doivent se trouver dans la 13ème chambre de la Cour d’appel (section néerlandophone) du Palais, où débutera la lecture du verdict.
Source: CLEA
Union européenne : un essai à transformer
L'Association France Palestine Solidarité (AFPS) se félicite de ces pas en avant, dont elle attend qu’ils se traduisent dans la politique quotidienne de l’Union européenne. Elle sera particulièrement vigilante de ce point de vue. Elle insiste sur ce point décisif : le rôle majeur que peut et doit absolument jouer la communauté internationale dans une situation marquée par le blocage israélien et la paralysie palestinienne. On ne peut laisser les deux parties en tête à tête. C’est le rôle des Nations unies inscrit dans sa Charte que «d’imposer» la paix là où les parties, ou l’une des parties, s’y refusent.
Elle regrette que, dans la discussion de la déclaration européenne comme dans le vote du rapport Goldstone, l'Elysée et le Quai d'Orsay aient tirés en arrière et en prend bonne note pour son action. Elle confirme son soutien à la «Marche de la liberté pour Gaza» à laquelle elle participera. Cette déclaration importante, avec ses ombres et ses lumières, nous conforte dans l’idée que seule la mobilisation populaire la plus large, en premier lieu dans le cadre de la campagne «Boycott, désinvestissement, sanction» (BDS) visant à en finir avec l’impunité dont bénéficie Israël, peut permettre que la France pèse vraiment de tout son poids dans le bon sens.
14.12.09
lundi 14 décembre 2009
Conférence du MIR sur Gaza: une réussite exeptionnelle
Ont pris également la parole Alima Boumedienne, sénatrice (Vert), Nadine Rosa Rosso, initiatrice de l’appel pour le retrait du Hamas de la liste européenne des organisations terroristes, Richard Labévière, rédacteur en chef de la revue "Défense", Walid Charara, politologue libanais, Houria Bouteldja, porte parole du MIR, ainsi que Youssef Boussoumah du MIR également.
Comme on pouvait le prévoir, quelques jeunes trublions de l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) ont tenté de perturber la conférence, provoquant quelques remous légitimes dans une salle qui souhaitait pouvoir écouter tranquillement les intervenants. Préparé à une telle éventualité, notre service d’ordre est intervenu rapidement pour conduire pacifiquement les perturbateurs vers la sortie, permettant à d’autres membres de l’UEJF qui n’avaient pas tenté de semer le trouble d’assister à la conférence.
L’annonce d’un dépôt de plainte contre le MIR et... la Sorbonne, rendu public par un communiqué de l’UEJF qui prétend que dix de ses étudiants « ont été insultés et agressés physiquement » ne nous étonne guère de la part d’une organisation alignée sur la politique raciste de l’Etat colonial d’Israël. Il est évident que ce n’est pas notre mouvement que l’UEJF cherche à impressionner. Son objectif est bien plus large : il s’agit de contraindre l’administration de la Sorbonne et les autres universités françaises, à refuser d’accueillir à l’avenir toute initiative qui n’aurait pas le cachet « Certifié conforme aux normes du Mossad ». Au-delà, ce type de pressions s’inscrit dans la politique de terrorisme intellectuel menée par les agences sionistes dans le but de dissuader toutes sortes de critiques contre l’Etat d’Israël, y compris les plus modérées.
Pour notre part, nous remercions la présidence de la Sorbonne et son administration pour nous avoir prêté un de ses amphis et ne pas avoir cédé aux multiples pressions qui exigeaient l’annulation arbitraire de notre conférence. Nous dénonçons la mise en cause personnelle et les menaces formulées par les sites sionistes contre l’une des responsables administratives de l’Université qui a veillé, dans le stricte cadre de son devoir professionnel à ce que la conférence puisse se tenir sans problème, .
Enfin, nous tenons à remercier une fois de plus notre ami Jean Salem, philosophe et professeur à la Sorbonne, qui a co-organisé avec nous cette initiative.
Vive les résistances palestinienne et libanaise contre l’occupation sioniste !
Le Secrétariat exécutif du MIR
Paris, le 13.12.09
dimanche 13 décembre 2009
Un moment de vérité pour nos libertés
Le prononcé du troisième procès en appel, intenté à des personnes liées au DHKPC, une organisation turque d’opposition radicale, sera rendu le 16 décembre. Il était d’abord attendu pour le 14 juillet, mais la Cour a décidé de reporter le jugement et de rouvrir les débats afin de pouvoir procéder à une requalification "à la baisse" des inculpations. Il s’agit là d’une nouvelle phase d’un procès qui a déjà connu de multiples rebondissements. Trois jugements et deux arrêts de cassation ont déjà ponctué cette affaire. La dernière péripétie, qui a consisté dans le report en dernière minute du prononcé, en dit déjà long sur le caractère arbitraire qui préside à ce genre de poursuites.
Des personnes, qui étaient désignées depuis des années comme des dirigeants d’une organisation terroriste, pourraient subitement voir leur rôle réduit à celui de simples membres. La réouverture des débats a permis de comprendre ce revirement. Pour le parquet, il s’agit de préserver l’essentiel : pouvoir criminaliser des activités d’information "en soutien à un groupe à vocation terroriste", activités qu’il considère comme "aussi dangereuses que l’action terroriste elle-même".
Ainsi, l’accusation a décidé d’abandonner les aspects les plus caricaturaux de ses propos afin de pouvoir criminaliser le "soutien moral" à une organisation désignée comme terroriste. Le deuxième jugement en appel avait parfaitement rencontré les souhaits du parquet fédéral. Il stipulait que même donner une explication au sujet d’une organisation désignée comme terroriste constitue un fait punissable et que les individus qui ne prennent pas leurs distances avec la doctrine d’une telle organisation doivent être considérés comme "socialement dangereux et enfermés".
En conséquence, serait criminalisé non seulement le fait d’apporter un point de vue opposé à celui du pouvoir sur un conflit violent partout dans le monde, mais aussi de rapporter des faits qui sont en contradiction avec la politique du gouvernement. Si les prévenus venaient à être condamnés sur une telle base, notre pays n’aurait plus rien d’un Etat de droit. Sans avoir adopté de loi créant des incriminations comme le "soutien indirect" ou la "glorification" du terrorisme, la Belgique serait soumise à une jurisprudence qui produirait les mêmes résultats. Sans que les parlementaires en aient fait le choix en votant une loi spécifique, le parquet fédéral et une partie de l’appareil judiciaire auraient la possibilité de remettre en cause une partie essentielle de nos libertés. Il serait périlleux de s’en remettre à ces institutions en pensant qu’elles feraient un usage raisonnable des pouvoirs arbitraires qui leur seraient ainsi offerts.
Tout le déroulement de cette affaire a prouvé le contraire. Afin d’obtenir de sévères condamnations, le premier jugement n’avait-il pas été rendu par un tribunal créé en violation des procédures légales (1) ? Le parquet fédéral n’avait-il pas participé, avec des fonctionnaires du ministère de la Justice, à une tentative d’enlèvement d’un des accusés de nationalité belge, afin de le remettre à la Turquie (2) ? Ces antécédents nous montrent que l’on doit nourrir de grandes appréhensions sur l’apparition d’une jurisprudence qui serait le résultat de l’action du parquet fédéral.
Dans les faits, ce dernier deviendrait le véritable législateur. La loi antiterroriste de 2004 est particulièrement floue. Son véritable champ d’application sera fixé par les attendus des jugements. L’enjeu fondamental de cette affaire est de permettre une utilisation directement politique de la loi. La requalification des préventions se situe dans ce cadre. L’essentiel n’est pas de condamner lourdement les prévenus afin de plaire à la Turquie mais de recentrer l’affaire sur son objectif fondamental : l’installation d’une jurisprudence qui permettrait de criminaliser toute opposition politique non reconnue par le pouvoir.
Jusqu’à présent, seule une partie de l’appareil judiciaire a suivi le parquet fédéral. En effet, cette affaire a connu des jugements en sens opposés. Ce qui montre bien le caractère subjectif de ces lois. En février 2006, les prévenus avaient été lourdement condamnés pour terrorisme par le tribunal correctionnel de Bruges, ainsi que par le tribunal d’appel de Gand en novembre de la même année. Cependant, la Cour de cassation, dans un premier arrêt, avait critiqué le déplacement d’un juge, ce qui, dans les faits, créait un tribunal spécial. Les deux premiers jugements s’en trouvaient invalidés et l’affaire a dû être jugée de nouveau en appel. Le 7 février 2008, la cour d’appel d’Anvers a acquitté les prévenus de toute participation à une organisation terroriste ou criminelle et avait estimé que leur action, pour l’essentiel, n’avait pas outrepassé le droit de réunion ou d’opinion. La Cour de cassation avait ensuite invalidé ce deuxième jugement en appel, stipulant que la loi ne requiert nullement que des individus soient personnellement impliqués dans la commission de délits pour être sanctionnés, le seul fait d’appartenir à une organisation incriminée suffit pour être condamné.
Le prononcé du dernier jugement, qui doit avoir lieu le 16 décembre, sera donc essentiel pour déterminer la portée de la loi antiterroriste. Le jugement en appel à Anvers avait démontré que les inculpés n’avaient pas formé d’association délictueuse en Belgique. Si le prononcé du 16 décembre remet en cause cet acquis, en stipulant que le seul fait de donner des informations sur les actions de l’organisation incriminée revient à participer à l’activité de celle-ci et ainsi à en faire partie, une mutation dans notre ordre de droit sera opérée. Il sera inscrit, dans l’ordre juridique de notre pays que, dans le cadre d’une poursuite en matière "terroriste", la manière dont les choses sont nommées doit primer sur leur réalité matérielle et que toute personne inculpée dans le cadre d’une telle affaire peut être condamnée, quels que soient ses actes ou ses intentions.
Jean-Claude Paye, Jean Cornil, Josy Dubié, Jean-Marie Dermagne, Dan Van Raemdonck, ...
11.12.09
Notes :
(1) "Lutte contre le terrorisme. Un procès exemplaire", "La Libre Belgique", 10 mars 2006.
(2) "Terrorisme. Une jurisprudence d’exception", "La Libre Belgique", 8 septembre 2006.
Source : Lalibre.be
samedi 12 décembre 2009
Pourquoi Evo Morales a-t-il gagné ?
(a) il est le premier président démocratiquement réélu lors de deux législatures successives ;
(b) il est le premier président, en outre, qui améliore le score avec lequel il a été élu la première fois : 53,7 % et 63,3 % cette fois-ci ;
(c) il est le premier à obtenir une écrasante majorité à l’Assemblée Législative Multinationale. En outre, et bien qu’on ne connaisse pas encore les résultats définitifs, il est presque certain qu’Evo obtiendra les deux tiers des sièges au Sénat et à la Chambre des Députés ce qui va lui permettre de nommer des autorités judiciaires et d’appliquer la nouvelle Constitution sans opposition. Tout cela fait de lui, du point de vue institutionnel, le président le plus puissant que la Bolivie ait connu au cours de toute son histoire fort mouvementée. Et un président qui s’est engagé à bâtir un avenir socialiste pour son pays.
Evidemment, ces succès n’empêcheront pas Washington de réitérer ses critiques bien connues à l’égard de la “qualité défectueuse des institutions” de la démocratie bolivienne, du “populisme” d’Evo Morales et de prôner la nécessité de perfectionner le fonctionnement politique du pays pour garantir la volonté populaire, ainsi que cela est fait, par exemple, en Colombie. Dans ce dernier pays, pour ne pas aller plus loin, quelques 70 parlementaires uribistes ont été traduits devant les tribunaux par La Cour Suprême de Justice et le Ministère Public en raison de leurs liens supposés avec les paramilitaires et 30 d’entre eux ont été condamnés à des peines de prison ferme et incarcérés pour ce même motif. Quatre millions de personnes déplacées en raison du conflit armé, le développement du narcotrafic et le paramilitarisme avec l’aval des autorités officielles et l’approbation de Washington, la violation systématique des Droits de l’Homme, l’aliénation de la souveraineté nationale au profit des Etats-Unis suite à un traité négocié en secret qui leur concède l’installation de 7 bases militaires sur le territoire colombien et la frauduleuse manipulation du processus électoral pour obtenir la réélection du président Alvaro Uribe, voilà des traits qui caractérisent une démocratie de “haute qualité institutionnelle” et qui ne suscitent nullement la moindre inquiétude aux soi-disant gardiens étatsuniens de la démocratie !
Le parcours électoral du leader bolivien est impressionnant : il a obtenu un triomphe écrasant aux élections pour l’Assemblée Constituante de juillet 2006 qui allait établir les bases institutionnelles du futur Etat Multinational ; une seconde écrasante victoire, en août 2008, (67 %), lors du Référendum Révocatoire imposé par le Sénat, alors contrôlé par l’opposition, dans le but déclaré de le renverser ; en janvier 2009, (62 %) des suffrages exprimés ont approuvé la Constitution Politique de l’Etat et, il y a quelques heures à peine, il a obtenu une nouvelle ratification avec presque deux tiers des suffrages. Qu’y a-t-il derrière cette impressionnante machine à gagner des élections, indestructible en dépit de l’usure de quatre années de gouvernement, les obstacles dressés par La Cour Nationale Electorale, l’hostilité des Etats-Unis, de nombreuses campagnes de pénuries organisées, des tentatives de coup d’Etat, des menaces de sécession et des plans d’assassinat ?
Ce qu’il y a c’est un gouvernement qui a tenu ses promesses électorales et qui pour cette raison même a mis en œuvre une politique sociale entreprenante qui lui a gagné la ferme gratitude de son peuple: Allocation Juancito Pinto que perçoivent plus d’un million d’enfants, Pension Dignité, programme universel pour tous les Boliviens âgés de plus de 60 ans et qui n’ont pas d’autres revenus ; Allocation Juana Azurduy pour les femmes enceintes… Un gouvernement qui a éradiqué l’analphabétisme en appliquant la méthode cubaine du programme “Yo Sí Puedo” (Moi Je Peux) ce qui a permis d’alphabétiser plus d’un million et demi de personnes en deux ans environ, raison pour laquelle, le 20 décembre 2008, l’UNESCO (et pas les partisans d’Evo) a déclaré la Bolivie territoire libéré de l’analphabétisme. Il s’agit d’un succès extraordinaire pour un pays qui a enduré des siècles durant l’oppression et l’exploitation, qui a été soumis à une déchirante pauvreté par ses classes dominantes et ses maîtres impérialistes et cela en dépit des énormes richesses qui gisent dans ses entrailles lesquelles, désormais, et grâce au gouvernement d’Evo, sont récupérées et mises au service du peuple. Par ailleurs, l’internationalisme solidaire de Cuba et du Venezuela a aussi permis la construction de nombreux hôpitaux et centres de soins en même temps que des milliers de gens ont retrouvé la vue grâce à l’Opération Milagro (Miracle). D’importantes avancées ont eu lieu en matière de réforme agraire (près d’un demi million d’hectares ont été transférés à des paysans sans terre) et dans la réappropriation annoncée des richesses naturelles (gaz et pétrole) ce qui, en son temps, a provoqué de la nervosité chez ses voisins, spécialement le Brésil, plus soucieux de garantir la rentabilité de Petrobras que de coopérer avec le projet politique d’Evo. Enfin, la sage gestion macroéconomique a permis à la Bolivie, pour la première fois de son histoire, de pouvoir compter sur d’importantes réserves en devises estimées à 10 milliards de dollars et sur une situation budgétaire excellente qui, grâce à la collaboration avec le Venezuela dans le cadre de l’ALBA, a permis de réaliser de nombreux travaux d’infrastructure et de financer l’ambitieux programme social.
Bien entendu, il reste bien des problèmes à régler et tout ce qui a été fait n’est pas parfait. Dans une note récente, Pablo Stefanoni, directeur du Monde Diplomatique pour la Bolivie, mettait en garde à propos de la fragile cohabitation d’un “discours éco-communautaire tenu dans les forums internationaux avec un discours prônant le développement sans nuances adressé à l’opinion intérieure”. S’il est vrai que cette tension existe, il faut reconnaître que la vocation éco-communautaire d’Evo va bien au-delà du niveau de ses plaidoyers dans les forums internationaux : son engagement pour la Mère Terre, la Pachamama, et les peuples premiers est sincère et réel et il fait date dans l’histoire de Notre Amérique. Bien entendu, on ne peut nier le caractère extractif de son modèle de développement, mais en même temps, ce modèle est incontournable étant donné les caractéristiques brutalement prédatrices qui ont marqué l’accumulation capitaliste en Bolivie. Imaginer que du jour au lendemain le gouvernement populaire allait pouvoir soutenir un modèle de développement alternatif en laissant de côté l’exploitation des immenses richesses minières et énergétiques du pays est complètement irréaliste. La Bolivie n’a pas à sa portée, du moins pour le moment, une option comme celle qu’ont eu, en leur temps, l’Irlande ou la Finlande. Mais il serait injuste de ne pas reconnaître que l’orientation de son modèle économique et son haut niveau redistributeur le distinguent radicalement d’autres expériences entreprises dans le Cône Sud. Sans oublier l’intention clairement proclamée d’Evo Morales d’avancer sur le chemin scabreux - et donc malaisé et semé d’embûches – de la construction d’un socialisme nouveau, quelque chose qui n’a rien de commun avec le fumeux “capitalisme andin-amazonique” que certains persistent à présenter comme l’antichambre aussi inexorable qu’invraisemblable du socialisme.
Tous ces succès, auxquels il faut ajouter son absolue intégrité personnelle et le spartiate train de vie quotidien auquel il nous a habitués (lesquels contrastent très favorablement avec les imposantes fortunes personnelles ou les trains de vie fastueux qu’affichent d’autres dirigeants politiques dits “progressistes” de la zone) ont fait d’Evo Morales un leader doué d’un formidable charisme personnel qui lui permet de battre n’importe quel rival qui osera le défier dans l’arène électorale. Mais, en outre, son souci permanent de sensibiliser, de mobiliser, d’organiser sa base sociale – en laissant de côté les appareils bureaucratiques déconsidérés qui, comme en Argentine, au Brésil et au Chili, ne mobilisent et ne sensibilisent plus personne – non seulement satisfait l’urgent besoin de construire une subjectivité adaptée aux luttes pour le socialisme, mais, en même temps, devient une carte maîtresse au moment de l’emporter dans l’arène électorale. Les forces de l’affligeant “centre-gauche” du Cône Sud qui guettent un avenir politique bien incertain étant donné les progrès de la droite nourris par le réformisme résigné du premier, feraient bien de prendre note de la lumineuse leçon que donne le triomphe d’Evo Morales dans les élections de dimanche. Une leçon qui démontre que, face au danger du retour de la droite, l’unique alternative possible est la radicalisation des processus de transformation mis en route. Battue sur le terrain électoral, la droite va redoubler son offensive sur les multiples terrains de la lutte des classes. Il serait suicidaire de supposer qu’elle va s’incliner sans livrer bataille après un revers électoral. Plaise au Ciel que cette leçon aussi ne soit pas oubliée !
Atilio Boron
09.12.09
Source: atilioboron.com
Traduit par Manuel Colinas Balbona pour Investig’Action
vendredi 11 décembre 2009
Invitation à Assemblée Générale
Egalité a décidé de consacrer ses activités du mois de décembre à Gaza.
L'une d'entre elles sera la Marche du 27 décembre, à Bruxelles.
Pour la bonne organisation de celle-ci, nous souhaiterions que chacun(e) d'entre vous puisse apporter son énergie et sa bonne volonté.
Une première réunion se tiendra ce vendredi 11 décembre, à 19 h, dans les locaux du Pianofabriek
rue du fort, 35
1060 Bruxelles
(Parvis de St Gilles)
Votre présence est la bienvenue !
Salutations égalitaires
Déclaration d’Attac MAROC
Copenhague abrite du 7 au 18 décembre le 2ème grand sommet des Nations Unis sur les changements climatiques après celui de Kyoto. Une grande messe à laquelle prennent part 192 pays et une soixantaine de chefs d’Etat dans l’objectif d’arriver à un accord sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Le grand paradoxe est que cette conférence, avec les voitures de luxe, les Jets privés et toute la logistique mise en place, produira en 11 jours un total de 41 000 Tonnes d’équivalent CO2 soit ce que produit pendant la même période une ville d’environ 142 00 habitants !
ATTAC Maroc, qui suit avec préoccupation le sommet de Copenhague :
1. enregistre avec une grande préoccupation le réchauffement croissant de la terre et craint énormément ses répercussions néfastes pour la vie humaine sur le climat et les écosystèmes :
- dégradation de la couche d’ozone et accentuation de l’effet de serre
- fonte de la calotte glacière et élévation du niveau de la mer
- développement de la fréquence et de l’intensité des catastrophes majeures (inondations/sècheresse, phénomène El Niño, etc.)
2. s’indigne du comportement irresponsable du monde industrialisé qui privilégie la logique productiviste et le profit immédiat sans prendre en considération les conséquences néfastes de leurs choix tant sur le plan écologique que sur le plan économique et sur le plan social : cycles de sècheresse et inondations, dégradation des sols, de la faune et de la flore, destruction des espaces naturels entraînant pauvreté, malnutrition, épidémies, exode rural et mutation des villes en mégalopoles, chômage, migrations forcées, etc..
3. condamne le rôle des lobbies industriels et agro-industriels dans la dégradation de la vie sur terre en ne tenant compte que de leurs intérêts mesquins et particuliers.
4. constate que les accords de Kyoto sont en deçà des exigences. Limiter à 5.2% la réduction des émissions de gaz à effet de serre par rapport à son niveau en 1990 est notoirement insuffisant, d’autant qu’aucune instance de contrôle contraignant n’a été instauré pour pouvoir garantir la réalisation de cet objectif.
5. s’indigne du refus des Etats-Unis et d’autres pays grands émetteurs de gaz à effet de serre de prendre des engagements fermes de réduction conséquente de leurs émissions, ce qui ne peut qu’encourager par ailleurs les autres pays industriels à différer l’application de ces accords.
6. rappelle que le Maroc opère des choix en matière d’agriculture industrielle, de production énergétique, d’urbanisation, de gestion de l’eau, etc., qui contribuent à aggraver les effets déjà sensibles du réchauffement climatique sur le pays (notamment les cycles alternés de sècheresse et inondations dévastatrices).
7. appelle l’opinion publique nationale et internationale à redoubler de vigilance, d’efforts, de mobilisation et de lutte pour imposer :
• un engagement du Maroc et de l’ensemble des États réunis au sommet de Copenhague d’une réduction conséquente de leurs émissions de gaz à effet de serre (d’au moins 40% d’ici 2020 pour les pays les plus industrialisés)
• que la priorité soit donnée à la réduction des émissions à la source : règlementations et normes contraignantes, politiques industrielles, agricoles, de logement et de transport compatibles avec des objectifs de développement socialement justes et écologiquement soutenables
• Reconnaissance de la dette écologique des pays du Nord envers les pays du Sud
• Réorientation de la consommation par le développement de services publics et de consommations collectives responsables, socialement justes et écologiquement soutenables.
Le secrétariat national d’Attac Maroc
07.12.09
Source: Attac/Cadtm Maroc
mercredi 9 décembre 2009
Pour faire réfléchir les islamophobes qui citent des sourates...
La Dr. Laura Schlessinger est une vedette de radio américaine qui donne des conseils à ceux qui participent à son émission.
Cette juive de stricte observance a déclaré que :" Selon le Lévitique (18:22), l’homosexualité est une abomination, et ne peut être pardonnée en aucune circonstance."
Voici une lettre ouverte à Docteur Laura, écrite et diffusée sur Internet par une personne résidant aux États-Unis.
Chère Docteur Laura,
merci de vous donner tant de mal pour éduquer les gens selon la loi de Dieu.
Votre émission m’a beaucoup appris, et j’essaie de partager ces connaissances avec le maximum de gens. Par exemple, quand quelqu’un essaie de défendre l’homosexualité, je lui rappelle que le Lévitique (18:22) dit clairement que c’est une abomination. Fin du débat.
J’ai besoin de vos conseils, toutefois, sur d’autres points précis de la loi, et sur la façon de les appliquer.
Quand je brûle un taureau sur l’autel du sacrifice, je sais que l’odeur qui se dégage est apaisante pour le Seigneur (Lev.1:9). Le problème, c’est mes voisins : ils trouvent que cette odeur n’est pas apaisante pour eux. Dois-je les châtier en les frappant ?
J’aimerais vendre ma sœur comme esclave, comme l’Exode (21:7) m’y autorise. A notre époque et à ce jour, quel prix puis-je raisonnablement en demander ?
Le Lév.(25:4) affirme que je peux tout à fait posséder des esclaves, mâles ou femelles, à condition qu’ils soient achetés dans les pays alentour. Un de mes amis affirme que ceci s’applique aux Mexicains, mais pas aux Canadiens. Pouvez-vous m’éclairer sur ce point ? Pourquoi ne puis-je pas posséder de Canadiens ?
J’ai un voisin qui s’obstine à travailler le jour du Sabbat. L’Exode (35:2) dit clairement qu’il devrait être mis à mort. Suis-je dans l’obligation morale de le tuer moi-même ?
Un de mes amis pense que même si c’est abominable de manger des fruits de mer Lev. (11:10), l’homosexualité est encore plus abominable. Je ne suis pas d’accord. Pouvez-vous régler notre différend ?
Le Lev.(21:20) affirme que je ne dois pas approcher de l’autel de Dieu si ma vue est déficiente. Je dois admettre que je porte des lunettes pour lire. Est-ce que ma vision doit être de 20/20, ou est-il possible de trouver un arrangement ?
La plupart de mes amis de sexe masculin se font couper les cheveux, y compris autour des tempes, alors que c’est expressément interdit par le Lév.(19:27). Comment doivent-ils mourir ?
Je sais grâce au Lév.(11:6-8) que toucher la peau d’un cochon mort rend impur. Puis-je quand même jouer au foot si je porte des gants ?
Mon oncle a une ferme. Il viole le Lév.(19:19) en semant deux espèces différentes dans un même champ, et sa femme en fait autant en portant des vêtements de deux fibres différentes (coton et polyester mélangés). Il a également tendance a beaucoup jurer et blasphémer. Est-il nécessaire d’aller jusqu’à alerter toute la ville afin qu’il soit lapidé ? Lev.(24:10-20). Ne pourrions-nous pas tout simplement les mettre à mort par le feu et en privé, comme nous le faisons avec ceux d’entre-nous qui couchent avec des membres de leur belle-famille ?
Je sais que vous avez étudié à fond tous ces cas, aussi ai-je confiance en votre aide. Merci encore de nous rappeler que la loi de Dieu est éternelle et inaltérable.
Votre disciple dévoué et fan admiratif, Jim.
Pierre-Yves Lambert
08.12.09
mardi 8 décembre 2009
Les minarets et la peur de l’islam
L’islamophobie, ce n’est pas la haine, mais la peur de l’islam. Avant de répondre à la question «peur de quoi»?, relevons avec d’autres que la peur comme la haine, qui en est le prolongement compulsif, procède de l’ignorance. Depuis, on voit des masses de ces nouveaux «islamophobes» combler frénétiquement cette ignorance en se transformant en experts de Coran, commentant tel verset et critiquant telle sourate. Mais la plupart d’entre eux ne connaissent rien de ces musulmans qu’ils décrient et qu’ils n’ont en fait aucune envie de connaître. Leur opinion est faite. Il y aurait une poignée de bons musulmans laïques, qui se caractériseraient par leur capacité de partager avec «nous» un bon verre de rouge, un peu plus de «musulmans modérés» qui rasent les murs en «privatisant leurs convictions» comme on le leur conseille (ce qui ne les aidera pas à trouver un logement ou un travail) et une masse de femmes enfoulardées, incapables de libre arbitre et victimes soumises de leurs pères, frères et maris qui ne doivent pas valoir grand-chose pour opprimer ainsi leurs femmes.
Peur de quoi? De voir un régime à l’iranienne s’imposer chez nous ? Car bien entendu, l’Iran est aujourd’hui le mal absolu. Mais dans le monde arabo-musulman, le mal absolu est ailleurs : il est en Palestine sous la botte de l’occupant israélien. La dernière vidéo sur You Tube (http://www.youtube.com/watch?v=3IHD08b0jco) a fait le tour du monde : un colon israélien en Mercedes écrasant en marche avant et en marche arrière un badaud palestinien devant des soldats israéliens impassibles. La litanie des crimes de Gaza n’en finit pas, un an après, d’égrener ses révélations. Mais l’Europe reste de marbre. Ça n’émeut pas notre opinion publique. Par contre, une journaliste soudanaise poursuivie pour tenue non islamique, quelques mariages forcés, quelques crimes d’honneur «nous» révulsent au-delà de tout. Il y a de quoi, bien sûr, mais que les indignations sont sélectives ! Pourquoi s’emballer sur les gamines de Dison que leurs parents voulaient scolariser avec un foulard islamique et ne rien dire de la circoncision, juive avant d’être musulmane dans nos contrées ? Ce n’est pas la même chose ? Non, c’est pire, car ce n’est pas réversible… Et ne parlons pas du libre arbitre des bébés…
Donc peur de quoi? Peur de l’envahissement de «notre» espace public – autant dire «notre» salon privé – par des signes qui ne nous appartiennent pas, que nous ne comprenons pas et qui nous chassent symboliquement d’un espace que nous ne voulons pas partager. (Pourquoi devrions-nous, dit la rumeur publique dont les nouveaux porte-parole autoproclamés redécouvrent – c’est trop drôle – l’identité «judéo-chrétienne» de l’Europe ? Ne sommes-nous pas «chez nous»?) Or c’est exactement là que se joue la rencontre interculturelle : dans notre capacité de partager l’espace symbolique avec les nouveaux arrivants, selon les mots de ma grande amie Thérèse Mangot. Si nous n’en sommes pas capables, ce sera la guerre.
Car «en face», il y a effectivement des discours symétriques qui sont tenus. Invité à parler des accommodements raisonnables par le Cercle des étudiants arabo-européens (un cercle remarquable, injustement qualifié d’intégriste par les habituels verseurs d’huile sur le feu), j’ai été confronté avec une personne qui défendait le droit pour les musulmans d’être jugés selon la charia pour les litiges entre musulmans, et avec une autre qui prétendait que la haine de l’Arabe constituait le fond de la pensée occidentale depuis Voltaire et Montesquieu. (J’avais entendu que c’était la haine du Juif, avec quelques arguments plus solides, mais ça ne m’avait jamais convaincu.) Une discussion tendue, assez inhabituelle pour moi dans ce sens, s’en est suivie. Après quoi le président du Cercle, Mohssin El Ghabri, m’a adressé le message suivant:
Pour ce qui est de ma part, combattre les peurs, d’un côté, et combattre ceux qui les provoquent, d’un autre, relève d’une démarche fatigante parfois désespérante. A fortiori, lorsqu’on adhère au principe de la liberté d’expression et à une éthique de la discussion dénuée d’anathèmes en tous genre. Le combat est long et requiert de se battre sur tous les fronts. Les réactionnaires sont partout. Dans chaque “camp”, ils se répondent.
La communauté musulmane renvoie à un spectre d’opinions très larges. Une infime partie de cette communauté ne veut en aucun cas s’accommoder, ne recherche aucun compromis sociétal, préfère jouer la carte de l’intégrisme (au sens propre) dans leurs revendications. Cette faction partage la même réalité (une dialectique) que ceux qui s’attachent à diaboliser les musulmans en attisant les peurs de leurs concitoyens. Mais même s’il ne s’agit que d’une très petite minorité, nous ne pouvons faire semblant qu’elle n’existe pas. Nous devons la combattre sur le terrain des idées. Ce que nous faisons au Cercle même si c’est très parfois très fatiguant j’en conviens.
Ces propos, dénués de tout angélisme, me redonnent confiance.
Henri Goldman
07.12.09
lundi 7 décembre 2009
Sauver la planète ou s'occuper des hommes ? Ou les deux ?
Comment expliquer le fait que la planète soit si mobilisée autour de son sauvetage à long terme, et si peu concernée par le sauvetage des hommes aujourd'hui ?
Il ne s'agit pas ici de minimiser ou de nier les changements climatiques : c'est un autre débat et je pense que, au-delà des polémiques sur les données scientifiques, nous avons tout à gagner à faire évoluer nos comportements individuels et collectifs de manière écologiquement vertueuse. Et on me rétorquera que l'absence de solution à long terme n'améliorera pas le sort des hommes qui souffrent aujourd'hui.
Il n'empêche, comment peut-on fermer les yeux sur les impasses des dirigeants du monde face à des problèmes criants et immédiats ? Prenez les «Objectifs du Millénaire»* visant à éliminer la pauvreté de la surface de la terre en 2015, un engagement solennel de la communauté internationale : il suffit de se rendre sur le site dédié des Nations unies pour réaliser le retard colossal pris sur ce chemin.
«Bien que l'aide au développement ait atteint un niveau record en 2008, il manque encore 35 milliards de dollars par an aux contributions des donateurs, par rapport à leur promesse faite en 2005 à propos des flux annuels d'aide par le Groupe des Huit à Gleneagles, et 20 milliards de dollars par an sur l'aide à l'Afrique, d'après les estimations des Nations unies.»
Le G8 de Gleneagles, c'était en 2005. Trois ans plus tard et la photo de famille faite, les engagements ne sont pas tenus… Cela signifie autant de retard sur des programmes visant à éliminer la mortalité colossale des femmes à l'accouchement par manque d'infrastructure sanitaire, à lutter contre des maladies propres au Sud, ou encore à améliorer la sécurité alimentaire des pays les plus fragiles, trois des objectifs du Millénaire.
Exit Bono, vive Hulot et Arthus-Bertrand
La machine médiatique est telle que l'on passe d'un gros titre à l'autre - Rue89 n'échappe pas à ce travers, ayant royalement ignoré le Sommet de Rome sur la faim…- d'une mobilisation à coup de rockstars sur la faim dans le monde, à une autre mobilisation sur le réchauffement climatique, écolostar en tête, sans se soucier du suivi des décisions précédentes. Exit Bono et ses campagnes sur la dette ou le sida passées de mode ; in Hulot ou Arthus-Bertrand, ou encore Gore, et la planète en danger.
Sommes nous obligés de choisir ? Le réchauffement climatique OU la faim dans le monde ? La dette des pays en développement OU la santé publique ? La réalité est que la gouvernance mondiale est en déshérence, et a été largement remplacée par des rendez-vous hypermédiatisés dans lesquels s'engouffrent les hommes politiques hypocrites en mal de visibilité, et les journalistes en manque d'imagination.
Plutôt que de dramatiser chaque enjeu comme s'il n'en existait qu'un, de crier au loup sur l'extinction de notre monde quand des hommes souffrent ici et aujourd'hui, peut-être pourrait-on réfléchir à relier les causes et trouver une approche plus équilibrée ?
C'était une modeste contribution au débat, plutôt que de rajouter une note consensuelle de plus autour de la fin du monde dont nos journaux débordent.
Pierre Haski
07.12.09
Source: Rue89
* "(...) Entre le 06 et le 08 septembre 2000, se tenait au siège de l’ONU à New York, le Sommet du Millénaire. A son terme, Kofi Annan alla jusqu’à proclamer à l’Assemblée : "Je suis frappé par l'extraordinaire convergence de vues sur les défis auxquels nous sommes confrontés ; vous avez dit que votre première priorité est l'éradication de la pauvreté extrême. Vous avez énoncé des objectifs pour y parvenir. [...] Si ces mesures sont vraiment mises en oeuvre, a-t-il ajouté, nous savons tous que le but peut être atteint".
Jusque-là on pourrait presque se réjouir et j’aurais personnellement tendance à accorder quelque crédit à la bonne volonté manifestée par l’ancien Secrétaire général de l’ONU, au cours de ses mandats. Mais en réalité, il conviendrait de ne prendre ces coûteuses «grands messes» et leur étalage médiatique, que pour ce qu’elles sont : une façade. Froide et glaciale. Juste une couverture de magazine. Derrière laquelle le seul objectif poursuivi par nos Etats dominants est l’ouverture plus grande encore des frontières des pays pauvres à l’appétit voraces de nos multinationales. Et quelques années plus tard, le retard dans les Objectifs du Millénaire démontre que pour l’Afrique par exemple, la partie paraît d’ores et déjà perdue. Dans quantité de ces pays, visés par les Objectifs, la pauvreté n’a de cesse de s’accentuer. (…)"
Daniel Vanhove -
La Démocratie Mensonge - 2008 - Ed. Marco Pietteur - coll. Oser Dire - Extrait
Palestine: à propos de l’État binational
Le 4 novembre dernier, le responsable palestinien des négociations avec Israël, Saëb Erekat, a déclaré à la presse que le moment était venu pour Mahmoud Abbas, président de l'Autorité, de «dire la vérité à son peuple, à savoir qu'avec la poursuite des activités de colonisation, la solution fondée sur le principe de deux États n'est plus d'actualité».
Invoquant la «Feuille de route» adoptée en 2003, Mahmoud Abbas avait fait du gel de la colonisation en Cisjordanie la condition de la reprise des négociations de paix israélo-palestiniennes, au point mort depuis l’offensive contre Gaza. Or, dans sa dernière tournée au Proche-Orient, la secrétaire d'État américaine Hillary Clinton a vainement exhorté le président de l’Autorité palestinienne à renoncer à cette condition. Pis : elle a salué l’offre du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou de «limiter temporairement» les chantiers dans les colonies à 3 000 logements. Pour Erekat, elle n'a fait ainsi qu'«ouvrir la voie à de nouveaux projets de développement des colonies».
Conclusion d’Erekat : les Palestiniens n’ont désormais plus d’autre choix que de «recentrer leur attention sur une solution fondée sur un État unique dans lequel musulmans, chrétiens et juifs pourraient vivre sur un pied d'égalité». Et d’insister : «C'est très grave. Il s'agit d'un moment de vérité pour nous.»
Pour lui, en effet, l’État palestinien à souveraineté limitée que propose Benyamin Netanyaou et l’intransigeance de ce dernier sur le statut de Jérusalem ne laissent aucune marge de manœuvre aux négociateurs. Et pour cause : le chef du gouvernement israélien aurait réaffirmé à Mahmoud Abbas que «Jérusalem resterait la capitale éternelle et indivisible d'Israël, que la question des réfugiés (de 1948) ne serait pas évoquée, que notre État serait démilitarisé, que nous devions reconnaître qu'Israël est un État juif, qu'il n'y aurait pas de retour aux frontières de 1967, que le ciel serait sous son contrôle».
Autant dire qu’il serait paradoxal de consacrer actuellement un colloque à la question de l’État palestinien sans évoquer l’hypothèse alternative : un État binational (ou fédéral ou confédéral).
Il ne s’agit pas là d’une démarche idéologique, mais de la leçon des échecs du processus de paix, avec le blocage persistant par Israël de toute solution fondée sur la création d’un véritable État palestinien à ses côtés et l’impuissance de la «communauté internationale» à la lui imposer.
Il ne s’agit pas non plus d’une prise de position, ni au nom du Bureau national de l’Association France Palestine Solidarité (AFPS), ni même personnelle. Je voudrais simplement résumer ici brièvement à la fois ce qui plaide en faveur d’un État binational comme ce qui y fait obstacle.
Une remarque préalable : il n’existe pas, à ma connaissance, de définition précise – ni juridique, ni politique – de l’État binational. La transformation d’une formule vague en objectif stratégique supposerait naturellement une élaboration fouillée de la nature de cet État, élaboration qui, comme le choix de cet objectif, reviendra naturellement aux Palestiniens eux-mêmes.
Trois facteurs vont indiscutablement dans le sens d’une solution binationale du conflit israélo-palestinien :
1) Il s’agit d’abord d’un superbe idéal, beaucoup plus conforme aux valeurs que, tous ici je crois, nous défendons. Qui d’entre nous prône une vision du monde composé d’États ethniques ou ethnico-religieux ? Et a fortiori les «nettoyages» ethniques qui en découlent ?
2) Cet idéal possède en outre des racines profondes de part et d’autre.
- Avant d’opter pour deux États, l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) a plaidé en faveur d’une Palestine laïque et démocratique. Le Conseil national palestinien (CNP) de 1968 se fixe pour but une «Palestine progressiste, démocratique et non confessionnelle dans laquelle musulmans, chrétiens et juifs bénéficieront de la liberté de culte, travailleront et vivront en paix, jouissant de droits égaux[i]». Et, en 1974, devant l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies (ONU), Yasser Arafat s’écriera : «Pourquoi ne puis-je rêver ? Pourquoi ne pourrais-je pas espérer ? La révolution ne consiste-t-elle pas à traduire dans les faits les rêves et les espoirs ? Alors agissons ensemble pour que mon rêve devienne réalité, pour que je puisse revenir d’exil avec mon peuple pour vivre là-bas… dans un unique État démocratique où chrétiens, juifs et musulmans vivraient dans la justice, la fraternité et le progrès.»
- Au sein de la communauté juive de Palestine, le Yichouv, l’idée binationaliste animait non seulement des intellectuels comme Martin Buber et Judah Magnès, mais aussi un grand nombre de partis qui, par exemple, aux élections internes de 1944, obtinrent plus de 44 % des voix, avant d’être balayés par la poussée nationaliste indissociable de la guerre de 1948[ii]. Six ans plus tôt, ils avaient adopté, avec la Ligue pour le rapprochement et la coopération judéo-arabes, une plate-forme considérant que «la construction de la Palestine comme patrie commune du peuple juif y retournant et du peuple arabe y résidant doit être fondée sur une compréhension et un accord mutuel durable». Et de prôner «la non domination d’un peuple par un autre indépendamment de leur force numérique respective», donc «un régime binational en Palestine».
3) Enfin l’évolution sur le terrain a de plus en plus imbriqué les deux peuples, avec d’un côté 500 000 colons juifs en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, et de l’autre 1 500 000 Palestiniens citoyens d'Israël, héritiers des 150 000 qui parvinrent à échapper à l’expulsion de 1948-1949. Je souligne au passage que l’acceptation éventuelle de l’idée d’un État palestinien et d’un État juif risque de servir d’argument à la campagne menée Avigdor Libermann contre la citoyenneté des Arabes israéliens.
Mais quatre autres facteurs constituent non moins indiscutablement des obstacles importants à une solution binationale :
1) Et d’abord la question de la volonté des deux peuples. Car on imagine mal qu’il faille imposer un État binational démocratique à deux peuples… qui n’en veulent ni l’un ni l’autre. C’est clair, on le sait, pour 99,99% des Israéliens, mais aussi pour une large majorité de Palestiniens, qui, après quarante-deux ans d’occupation, de colonisation et de violences ne rêvent pas - on les comprend - de vivre avec les Israéliens. L’étape bi-étatique apparaît comme une phase nécessaire pour qu’Israéliens et Palestiniens acceptent un jour, éventuellement, de partager le même État.
2) Le deuxième obstacle relève de la lucidité politique : depuis que l’OLP s’est prononcée en faveur deux États (processus entamé, je le rappelle, en 1977, avec le projet de création d’un État palestinien sur «toute partie de territoire libéré»), elle n’a pas réussi à arracher cette dernière à Israël. A fortiori, comment pourra-t-elle lui arracher un État binational, qu’Israël perçoit comme sa destruction – la conception sioniste de l’État juif implique à la fois le contrôle de la terre et une majorité juive en son sein. Or, dans les années qui viennent, il y aura dans le «Grand Israël» une majorité arabe, qui deviendra vite écrasante. La création d’un État palestinien aux côtés d’Israël apparaît au contraire comme le moyen de préserver l’existence d’Israël en tant qu’État juif, aussi longtemps du moins que la majorité de sa population le souhaitera.
3) Dans ces conditions, troisième obstacle, l’État binational ne risque-t-il pas de se résumer à la réalité actuelle, à savoir un État d’apartheid ? Avec des questions en série :
- quid du statut des deux peuples, dont aujourd’hui l’un jouit de tous les droits, y compris les droits politiques, et l’autre d’aucun ?
- quid du statut des colonies ? Faudra-t-il, au nom de l’« équilibre » avec Palestiniens d’Israël, en accepter le maintien ?
- quid des garanties données à chaque peuple et à chaque religion quant à la préservation de ses intérêts ?
La bataille pour l’égalité des droits risque d’être longue et ardue, d’autant que les opinions publiques internationales se considéreront sans doute beaucoup moins concernées. Ce qui m’amène à un quatrième et dernier problème :
4) Si la ligne politico-diplomatique de l’OLP n’a pas abouti à la création d’un État palestinien, elle a néanmoins réussi à en faire admettre la nécessité à la communauté internationale. Désormais, la perspective de deux États s’inscrit dans le droit international et les résolutions de l’ONU, y compris celles du Conseil de sécurité. C’est là un acquis qui constitue un point d’appui considérable pour le peuple palestinien : celui-ci risque de la perdre s’il change de perspective, en se donnant pour but un État binational.
Je rappelle aux plus anciens ici la situation d’il y a quarante ans, quand la légitimité de la cause palestinienne n’était reconnue par aucun gouvernement, aucune organisation internationale et très peu de partis, d’associations, etc. Même la fameuse résolution 242 ne mentionnait que le problème des réfugiés, pas les droits nationaux du peuple palestinien…
Que conclure ces éléments contradictoires ?
Tant que subsistera une chance, même petite, d’enclencher une dynamique de paix menant à l’établissement d’un État palestinien, il importe de maintenir cet objectif, en s’appuyant sur le consensus international.
Mais il est temps de dire clairement que nous nous trouvons dans le dernier quart heure. Si rien ne bouge, si le blocage israélien persiste, si l’impuissance de la communauté internationale demeure, comment ne pas comprendre que la colère des Palestiniens débouche progressivement sur une nouvelle stratégie ?
C’est d’ailleurs la conviction de nombre d’anciens dirigeants américains, qui ont adressé à Barack Obama, le 13 septembre dernier, un rapport d’un groupe bipartisan signé Zbigniew Brzezinski, Chuck Hagel, Lee H. Hamilton, Carla Hills, Nancy Kassebaum-Baker, Thomas R. Pickering, Brent Scowcroft, Theodore C. Sorensen, Paul A. Volcker et James D. Wolfensohn.
Ils y écrivent notamment : «Aujourd’hui, alors que nos ennemis contournent la supériorité militaire américaine en menant à la fois une guerre de l’information et de la terreur, il est indispensable d’aboutir rapidement une paix israélo-arabe. Même si celle-ci ne suffit pas à écraser Al-Qaida, elle aiderait à assécher le marécage dans lequel cette organisation et d’autres mouvements violents et terroristes poussent, et à éliminer ainsi une des sources majeures d’antiaméricanisme musulman global. Les avantages stratégiques récemment acquis par l’Iran dans le monde arabe seraient largement réduits. Loin de constituer une diversion par rapport aux autres crises proche-orientales, un accord de paix israélo-palestinien contribuerait de manière significative à leur solution.
À l’inverse, le fait pour les États-Unis de ne pas jouer leur rôle de facilitation et de médiation reviendrait à laisser le terrain aux ennemis de l’Amérique, qui comptent sur la dispute israélo-arabe comme sur un cadeau qu’on continue à leur offrir. (…)
Ce sera le cas si le président ne prend pas le problème en mains rapidement. Son capital politique s’érodera ; les obstacles intérieurs croîtront ; d’autres questions domineront ; et les parties en guerre joueront la montre.
Ne pas agir se révèlera donc extrêmement coûteux. Cela nuira à nos efforts pour affaiblir les groupes extrémistes, renforcer nos alliés modérés et rassembler les soutiens régionaux nécessaires pour stabiliser l’Irak et contenir l’Iran. Mais cela risquera de déboucher aussi sur la disparition définitive de la solution à deux États si les colonies se développent, se retranchent et que les extrémistes consolident leur influence des deux côtés.
Bref, les six ou douze prochains mois représenteront sans doute la dernière chance pour une solution équitable, viable et durable[iii].»
C’est dire la responsabilité considérable qui pèse sur nos épaules – je veux dire celles de la communauté internationale et donc celles du mouvement de solidarité. C’est tout le sens de la campagne «Boycott, Désinvestissement, Sanction» contre la colonisation israélienne, qui doit permettre de faire entendre plus forte et plus unie la voix des peuples du monde. Et d’abord à leurs gouvernements, à l’Union européenne, à la Maison Blanche – jusqu’au Conseil de sécurité de l’ONU, qui doit enfin se donner les moyens, tous les moyens de mettre fin au plus vieux conflit international du monde.
30.11.09
Notes:
[i] Cf. La Révolution palestinienne et les juifs, Éditions de Minuit, Paris, 1970.
[ii] Cf Palestine 47 : un partage avorté, Éditions André Versaille, Bruxelles, 2008.
[iii] www.usmep.us/bipartisan_recommendations/A_Last_Chance_for_a_Two-State_Israel
Palestine_Agreement.pdf
dimanche 6 décembre 2009
Les doutes afghans des Européens
Malgré la grande impopularité de cette mission, le Bundestag devrait voter prochainement la prolongation pour un an du mandat du contingent allemand au sein de la force internationale d’assistance à la sécurité en Afghanistan (ISAF). Les unités de la Bundeswehr sont déployées dans le secteur relativement calme de Mazar El Charif, dans le nord du pays, avec des règles d’engagement très restrictives, et une mission largement axée sur le développement, le social, la santé, la communication, etc. – ce qui a limité jusqu’ici les pertes allemandes (36 morts, 120 blessés [1]).
La chancelière Angela Merkel souhaite attendre la conférence sur la reconstruction, prévue à Londres fin janvier, avant de prendre position sur une éventuelle réévaluation de ses effectifs, actuellement de 4 500 hommes. Et sur un calendrier de retrait. Il est vrai que le terrain reste ultrasensible en Allemagne, où le bombardement par les avions de l’OTAN – à la demande d’un colonel de la Bundeswehr – de camions-citernes dérobés par des talibans à Kunduz a coûté leurs postes au secrétaire d’Etat à la défense Peter Wichert, et au chef d’état-major Wolfgang Schneiderhan, à la tête des forces armées allemandes depuis 2002. Ces deux responsables avaient volontairement tardé à reconnaître que ce tir, qui a coûté la vie à plus de 140 personnes, avait été ordonné sans avoir pu s’assurer de l’absence de civils, contrairement aux règles d’engagement de l’ISAF.
Guerre américano-américaine
En France, le relatif consensus national actuel – pas de renforcement du contingent sur le théâtre afghan, soit 3 750 hommes – risque de s’effriter si le président Nicolas Sarkozy, qui a promis à plusieurs reprises ces derniers mois de ne pas en faire plus, devait se rendre aux arguments ou aux pressions de l’ami américain : l’entretien téléphonique lundi avec le président Barack Obama aurait été marqué, selon le communiqué de l’Elysée, par «une très grande convergence de vues»...
Or, le numéro un américain – qui cherche 7 à 10 000 soldats européens pour compléter le renfort de 30 000 marines ou GI’s envisagé – demande un effort aux Français, comme à l’ensemble de ses partenaires de l’OTAN : les Britanniques envoient 500 hommes de plus ; selon Gordon Brown, huit autres membres de la coalition sont d’accord pour faire un geste. Manquent pour le moment, notamment, les Allemands et les Français, peu pressés de faire les frais de ce qui ressemble de plus en plus, avec ces lourds renforts annoncés par Washington, à une guerre américano-américaine.
Les Français, bien que plus exposés et offensifs que les Allemands, ont eu des pertes également limitées, en dépit de l’embuscade d’Uzbeen en août 2008. Mais c’est un engagement conséquent, très professionnel, avec plus d’un millier d’effectifs supplémentaires depuis 2007 ; et un effort important pour la formation de l’armée afghane, à travers les Operational Mentoring Teams (OMLT) – 300 «conseillers» intégrés aux unités, qui peuvent être amenés à faire le coup de feu. De plus, 150 gendarmes français, non comptabilisés dans l’effectif militaire, viennent de rejoindre Kaboul, pour effectuer un travail du même genre au sein des unités de la police afghane. Ainsi est illustré de plus en plus le souhait français d’«afghaniser la guerre»...
Acrobatie comptable
Plus tard, s’il doit consentir un geste à son tour, Paris pourrait envisager de renvoyer en Afghanistan ses commandos (qui y étaient présents de 2002 à 2006). Mais rien ne serait décidé, comme pour les Allemands, avant la conférence du 28 janvier à Londres, lorsqu’on y verra plus clair sur les engagements des uns et des autres… dont ceux du président afghan Hamid Karzaï.
Pour le moment, «on fait avec ce qu’on a», soutient donc le ministre français de la défense Hervé Morin, qui a renouvelé sur France Inter, lundi dernier, un exercice comptable un peu acrobatique, du genre : un militaire français supplémentaire en Afghanistan coûtant plus de 150 000 euros sur un an [2], à raison de 200 dollars par mois, multipliés par 12, on peut former une petite centaine de soldats afghans en plus chaque année – sous-entendu, pour chaque soldat français qu’on n’aurait pas à envoyer sur le théâtre.
Tous les dirigeants des pays de la «coalition» ISAF affirment qu’un désengagement prématuré serait catastrophique pour l’Afghanistan, pour l’OTAN, pour l’Occident, etc. Mais tous vont peiner à démontrer à leurs opinions, à l’exemple du président Obama empêtré dans sa promesse de « finir le travail », qu’il faut gonfler les effectifs aujourd’hui pour avoir une chance de les retirer demain.
Philippe Leymarie
01.12.09
Notes :
[1] A comparer, par exemple, avec les pertes canadiennes : 133 morts.
[2] Ce serait 400 000 pour un soldat américain.
Source: les Blogs du Diplo
Conférence
27 décembre 2008 : l'armée israélienne prolongeait le blocus de Gaza par une agression meurtrière qui fera des milliers de victimes civiles.
Un an après, le MIR salue la résistance palestinienne et entend faire le point sur les nouvelles menaces israéliennes et impérialistes qui pèsent sur la région.
Samedi 12 décembre 2009 à 15h00
A l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Amphithéâtre Bachelard - Galerie Gerson
17, rue de la Sorbonne - 75 005 Paris
Avec :
Alima Boumédiène-Thiery - Sénatrice, les Verts
Nadine Rosa Rosso - Initiatrice de l'appel pour le retrait du Hamas de la liste européenne des organisations terroristes
Richard Labévière - Journaliste, spécialiste du Moyen-Orient
Youssef Boussoumah - Membre du MIR
Houria Bouteldja - Porte-parole du Mouvement des Indigènes de la République
Faites circuler l'info et venez nombreux !
samedi 5 décembre 2009
Là-bas, ici, et comme partout ailleurs...
Le pouvoir sarkozien s’inquiète de la «violence des jeunes», essentiellement «ceux des cités», et de la délinquance de ces mêmes jeunes.
Le «caillassage» des flics dans les cités est devenu la règle, pour une pas dire une véritable culture urbaine. Et les promesses électorales du candidat aujourd’hui président sont restées, bien évidemment, lettre morte.
Alors, à grand renfort de communication médiatique, dans le plus pur style de la pratique politicienne, on met en scène les acteurs dans un cadre sécurisant - et sécurisé - censé remettre les pendules à l’heure….
Un dialogue, mais quel dialogue ?
Un dialogue c’est quand des gens ont à se dire quelque chose.
Que peuvent bien vouloir se dire des jeunes et des policiers ?
Les uns, les jeunes - ceux montrés du doigt - sont en galère, méprisés tous les jours dans leur exclusion professionnelle, sociale, dans les contrôles policiers vexatoires, dans les médias. Dans ce milieu d’exclusion, où règne un chômage endémique, se développent des activités souterraines constituées de trafics qui font vivre toute une population, sans cesse pourchassées par les autorités.
On peut toujours leur dire qu’ «on les aime», et en particulier que «les policiers les aiment», ce qui est une façon polie de les prendre pour des imbéciles. Entre le discours officiel devant les caméras et la réalité du terrain, ils savent faire la différence.
Les autres, les policiers, sont les instruments d’un système politique. On ne discute pas avec des policiers - avez-vous déjà essayé ?-, ils ne sont pas là pour ça, mais pour faire respecter une règle, une loi, un ordre. Ce ne sont pas uniquement des instruments, ce sont aussi des individus, avec leurs peurs, leurs rancœurs, leurs fantasmes, leurs haines… et quand on sait que rares sont celles et ceux qui sont policiers par conviction philosophique – ou alors ils déchantent vite – tous les dérapages sont possibles.
Gardiens de l’ordre, d’un ordre inégalitaire et d’exclusion – l’ordre marchand – ils demeurent le pilier essentiel de la stabilité sociale, surtout en période de décadence comme aujourd’hui. Ils ont pour mission de réprimer toute violence sociale directement issue de la violence des rapports sociaux. L’Etat garant de cet ordre, dont ils sont le bras armé, est prêt à tout leur céder pour ne pas les mécontenter et s’assurer leur soutien.
On a donc, pour ce fameux «dialogue» les victimes d’un ordre et ceux qui en sont - militairement - les défenseurs.
On ne voit pas trop où peut être et ce que peut-être ce dialogue.
Un dialogue en vue de quoi ?
Là est la vrai question. Quel est le véritable objectif ?
S’agit-il de négocier, de trouver un terrain d’entente ? Bien évidemment que non. Il n’y a rien à négocier. Il s’agit uniquement de convaincre les jeunes qu’ils vivent dans une société qui s’impose à eux avec ses règles et que les policiers sont chargés de les faire respecter.
Or, cela, les jeunes le savent,… tous les citoyens le savent. Il n’y a rien de nouveau.
Le dialogue, ou plutôt la mise en présence des jeunes avec des policiers a-t-il un autre objectif ? Probablement, ne serait ce que, à partir de l’hypothèse qui consiste à dire que l’ «on se respecte quand on se connaît», dédramatiser la rencontre entre deux mondes hostiles. On a là les limites du «dialogue».
En fait il ne s’agit pas d’un véritable dialogue mais d’une mise «en condition psychologique» destinée à créer un choc pour montrer que derrière l’uniforme, la violence, il y a des hommes en chair et en os… et non des «robocops» téléguidés. Mais le fait de les transformer en robocops en dit long sur leurs véritables missions.
Cela suffit-il ?
En effet, s’il y a bien des hommes en chair et en os sous les uniformes, ils n’en sont pas pour autant détachés des ordres qu’ils reçoivent… or là est l’essentiel. Il sont la «violence légitime» qu’un système inégalitaire et exploiteur impose à une population en voie d’exclusion, soumise à des règles économiques et sociales qui les instrumentalise…. Toute violence lui est - à cette population - bien entendue interdite, «violence illégitime»… La contestation ne pouvant s’exprimer qu’au travers de procédures politiques qui garantissent que… rien ne change.
Autrement dit, toutes les meilleures intentions du monde – même si elles sont sincères, ce qui est rare – ne sauraient transcender la réalité sociale dans laquelle vivent les acteurs de ces rencontres.
D’ailleurs, ne nous méprenons pas, ce genre d’initiative ne fait pas long feu… Aussitôt engagé, aussitôt terminé.
Le dialogue Jeunes-Policiers est un serpent de mer médiatico politique qui permet après de graves incidents de donner l’illusion de l’apaisement et avant une consultation électorale de montrer au citoyen naïf que la paix règne dans la société.
Sauver les apparences
En fait, ce fameux dialogue n’a qu’une seule fonction : sauver les apparences et reculer les échéances. Apparences qui se fondent sur le mythe républicain de l’égalité politique donc implicitement sociale, ce qui est un leurre, et de la neutralité de la police qui défendrait en toute sérénité l’ «ordre démocratique et républicain» ( ?). Les apparences, celles d’une société harmonieuse où règne un ordre «républicain» fondé sur des valeurs incontestables.
Posé comme cela, alors oui, on peut imaginer un dialogue…
Or la réalité est toute autre.
La Police, et toute l’histoire de la République le montre n’est que l’instrument armé d’un système d’exploitation. Bien sûr, elle n’est jamais montrée comme cela, elle est présentée plutôt sur le registre du «sauveur», du «protecteur», du «défenseur de la veuve et de l’orphelin» voire de la «victime»… parfois sous les traits du «super héros» sans peur et sans reproche… le mythe hollywoodien du super flic…
Les quelques missions qu’elle assure «type pompier» permettent à cette Police d’avoir une «image positive» largement surexploitée pour couvrir son autre fonction, essentielle, la répression.
Or, c’est cette fonction principalement qui caractérise la Police, n’en déplaise à ses syndicats. C’est cette fonction dont ont conscience les jeunes – et pas qu’eux.
Un policier punit, surveille, cogne, arrête avant de protéger, conseiller, sauver. Ces trois dernières fonctions sont assurées par les pompiers, les sauveteurs, les médecins. Les précédentes ne le sont que par la Police/Gendarmerie et pour maintenir un ordre, légitime ou illégitime, démocratique ou dictatorial, moral ou amoral,…le policier obéit aveuglément à celui qui le paye. Faut-il citer des exemples dans l’Histoire récente ?
On voit dés lors que tout dialogue avec la Police est biaisé, faux. Le seul dialogue qui puisse être envisagé ne peut avoir lieu qu’avec les donneurs d’ordre de la Police, les autorités politiques… car ce sont elles, et elles seules, qui prennent les décisions et utilisent les policiers comme des pions - ce qui permet à ces derniers, devant l’Histoire, d’échapper à toute responsabilité («on n’a fait qu’obéir aux ordres !» - mais alors on change de niveau, on change d’échelle).
Vouloir établir un dialogue entre Police et jeunes n’est qu’une manipulation, une manière pour l’autorité politique de se défausser sur des individus qui n’ont aucun pouvoir, aucune possibilité d’initiative, qui ne peuvent que jouer un rôle qui ne leur appartient pas.
Patrick Mignard
30.11.09
Source: Le Grand Soir