Le 3 décembre prochain, le procès contre Patrick Mac Manus , porte-parole de l’organisation Opror/Rébellion au Danemark, reprendra devant le tribunal de Copenhague. Le jugement est attendu pour le 8 février 2010. Mac Manus est accusé d’avoir lancé une campagne de soutien politique et financier pour le FPLP et pour les Farc . L’inculpation le vise personnellement, et non pas l'association en tant que telle. Au niveau européen, l’affaire Patrick Mac Manus est une des illustrations les plus éloquentes d’un des buts visés par 10 ans de lois anti-terroristes : l’interdiction - dans les continents de l’hémisphère Nord - de toute solidarité avec les résistances dans l’hémisphère Sud. C’est en même temps le témoignage d’un homme dont l’engagement démocratique et anti-impérialiste ne souffre pas de compromis.
La lutte anti-terroriste européenne : guerre totale
Durant cette dernière décennie, la Global War on Terror (GWOT), la guerre totale contre la terreur, lancée par l’administration américaine après les attentats du 11/09, a rallié à sa cause, petit à petit, l’Union européenne (UE). Ce faisant, l’UE a réintroduit des méthodes, des lois et des concepts parmi les plus noirs de la guerre contre-révolutionnaire et anti-communiste menée par ces pays dans les années 50 et 60 du siècle passé, et qu’on croyait à tort, enterrés pour toujours. Un de ces concepts est que la lutte militaire sur le terrain contre « l’ennemi extérieur » (aujourd’hui en Afghanistan, en Irak...) doit nécessairement s’accompagner d’une lutte contre « l’ennemi à l’intérieur » (aujourd’hui au sein des frontières du continent européen). Des généraux français, engagés dans dans la lutte contre le FLN algérien pendant les années 50, résumaient ce concept ainsi : « Ennemi venant de l'extérieur, ennemi surgissant à l'intérieur, voilà les deux adversaires que doit affronter la Défense intérieure du Territoire proprement dite ... », « La guerre moderne ne se limite plus au seul choc des forces armées, elle s'étend à toutes les activités humaines, dans tous les domaines, à l’extérieur comme à l'intérieur… Elle est totale.. »
Ces propos sur la guerre totale, concernant la France d’il y a un demi siècle, sont aujourd’hui d’application pour l’Europe entière. La guerre totale contre l’ennemi extérieur - défini aujourd’hui comme « le terrorisme mondial » et « l’islamisme » - est complétée par une politique de répression à l’intérieur contre tous ceux qui s’y opposent.
L’ennemi intérieur
La lutte actuelle contre l’ennemi intérieur a pris forme par différentes mesures. D’abord, l’adoption par le Conseil de l’Europe d’une loi cadre contre le terrorisme du 13 juin 2002, qui devait définir le « délit terroriste ». Cette loi cadre a ensuite été votée et mise en application par les parlements nationaux des états de l’UE. Deuxièmement, la création au niveau européen et national, des listes noires d’organisations et de personnes terroristes, où la résistance marxiste, islamiste, nationaliste, toutes tendances confondues, essentiellement des continents du Sud, se retrouve. Se retrouver sur cette liste, vaut, selon les dires du rapporteur européen Dick Marthy, « une condamnation à mort certaine » et tout soutien à ces condamnés à mort est désormais punissable.
Enfin, la mise sur pied d’une véritable justice criminelle parallèle pour la lutte contre le terrorisme : introduction dans la législation de nouveaux délits, de nouvelles peines, de nouveaux pouvoirs spéciaux pour les services policiers ; formes de détention spéciale pour les détenus suspects de terrorisme, extradition des suspects et condamnés terroristes vers des pays qui pratiquent la torture et/ou la peine de mort.
Ce que cela veut dire en pratique est révélé par le cas de Patrick Mac Manus.
Les deux délits de Patrick Mac Manus : collecter des fonds pour la résistance…
L’inculpation de Patrick Mac Manus se fait sur base de la violation de l'article 114 a (2) du code criminel danois, le soutien aux « groupes ayant l'intention de commettre des actes terroristes ». En octobre 2004, Rebelion aurait transféré environ 14 000 € aux FARC et au FPLP. Quand, le premier août 2005, Patrick Mac Manus annonce dans une interview à la télévision danoise que Rebelion se prépare à rassembler de nouveaux fonds pour soutenir des organisations figurant sur la « liste terroriste » de l'UE et se fixe comme objectif la collecte de 500 000 couronnes danoises, la police et la Justice entrent en action. Une semaine après l’interview, le 9 août 2005, une perquisition frappe la maison et le bureau de Mac Manus, un ordinateur et des dossiers sont confisqués. Lui est arrêté, puis relaché. Suite à son arrestation, un groupe de sept activistes danois, sous le nom de « Fighters and Lovers », commence à imprimer et à vendre des T-shirts avec les logos des FARC et du FPLP pour collecter du soutien financier . Quand la campagne prend son essor et que 200 T-shirts sont déjà vendus, la police perquisitionne l’imprimerie des T-shirts et les maisons des accusés. La page internet est arrêtée ; un ordinateur, l’argent des ventes (destiné à une radio des FARC et à une imprimerie du FPLP) et les T-shirts restants sont confisqués.
… et un appel européen pour défier les lois anti-terroristes.
Dans l’interview du premier août 2005, Mac Manus annonçait que Rébellion avait lancé un appel international en danois, anglais et espagnol à près de 300 mouvements européens luttant pour la démocratie et la solidarité afin qu’ils défient pareillement leurs législations anti-terroristes nationales ainsi que la « liste terroriste » de l'UE. Le 12 août 2005, le tribunal de première instance de Copenhague ordonne l’enlèvement de cet appel de la première page du site de Rebelion. Cette injonction a été maintenue le 14 octobre 2005 par la Haute Cour (Landsret) danoise. Rébellion fait appel de cette décision devant la cour suprême (Hoejesteret) pour censure (interdit par le paragraphe 77 de la Constitution danoise) et pour violation de l’article 10 sur la liberté d'expression de la Déclaration européenne des droits de l'homme. En même temps, immédiatement après la confiscation de l'appel, Rébellion demande à d'autres organisations danoises de le publier en première page et de contacter leurs propres réseaux internationaux, faisant ainsi figurer l'appel de Rebelion sur 35 sites Internet nationaux et internationaux. Les autorités policières danoises réagissent en exigeant des organisations danoises, notamment l'Alliance des Rouges-Verts, de retirer l'appel de leur site sous peine de poursuites judiciaires. Toutes les organisations refusent. Le 24 février 2006, les autorités policières interviennent et enlèvent l'appel international du site Internet du parti parlementaire Alliance Rouges-Verts, de celui du quotidien de gauche « Arbejderen » et de celui d'un groupe de jeunes socialistes.
Le document saisi par les autorités danoises : L’Appel international de Rebellion.
Voici le texte du document incriminé de Rebellion :
« Appel de ‘Rebellion’ (Danemark) à tous les mouvements européens.
La « guerre contre la terreur » nous menace tous : défendez la liberté d'expression, les droits humains et la solidarité internationale !
L'association danoise ‘Rebellion’ appelle les mouvements européens luttant pour la démocratie et la solidarité internationale à se joindre à elle pour défier la législation nationale anti-terroriste, la « liste terroriste » de l'UE, ainsi que la prétendue « guerre internationale contre la terreur ».
Par le biais de l'actuelle législation anti-terroriste, les Etats européens ont cherché à limiter la liberté d'expression et les droits politiques de leurs citoyens, notamment leur droit à accorder une aide morale et matérielle aux mouvements de résistance et de libération.
Pendant l'année écoulée, ‘Rebellion’ a publiquement, et en infraction directe avec la législation anti-terroriste danoise, transféré des fonds importants au Front Populaire pour la Libération de la Palestine (FPLP) et aux Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC). Nous choisissons les organisations que nous soutenons du fait de leurs choix laïcs, démocratiques et humanistes.
Le Ministère danois de la Justice et les autorités policières n'ont pas encore porté d'accusations criminelles contre « Rebellion ». Pour les inciter à prendre de telles mesures, tant l’ambassadeur colombien auprès des Pays nordiques que le Vice-président Santos ont eu des entretiens à Copenhague avec des représentants du Ministère de la Justice et le Ministre des Affaires étrangères. Nous appelons toutes les autres organisations européennes à se joindre à nous afin de défier la législation anti-terroriste européenne et la « liste terroriste » de l'UE.
Cette campagne se déroulerait comme suit :
- collecte de fonds dans chaque pays avec la liste des personnes prêtes à signer l'appel. Il ne serait pas judicieux d'ouvrir des comptes en banque puisque ceux-ci pourraient être saisis;
- chaque pays participant devrait se fixer pour but au moins 100 signataires et une collecte d’au moins 1000 €. Il serait très avantageux de mobiliser des citoyens de premier plan;
- publication de l'initiative dans chaque pays lorsque ces objectifs seront atteints, ou à tout moment jugé approprié dans le contexte national;
- conférence réunissant toutes les organisations participantes qui se tiendrait à Copenhague en 2006 et au cours de laquelle serait annoncé le transfert de l’ensemble des fonds aux mouvements de résistance et de libération;
- publication d'un manifeste de la conférence au sujet de la prétendue « guerre contre la terreur » qui réaffirmerait la solidarité avec la lutte internationale contre le pouvoir d'État illégitime et l'occupation étrangère.
Nous espérons que votre organisation accueillera favorablement cet appel et que vous prendrez l'initiative d’y donner suite de manière aussi audacieuse que possible dans votre contexte national ».
L’enjeu du procès
Loin d’être battu et de se soumettre, Patrick Mac Manus écrivait il y a quelques mois : « Aujourd’hui et à l’avenir, Rebellion-Danemark défendra : le droit des peuples à résister à un gouvernement illégitime et à une occupation étrangère, le droit des peuples à prendre les armes contre l’oppression, lorsque tous les autres moyens ont été épuisés, le droit de créer de nouvelles formes de pouvoir populaire qui servent les aspirations économiques, sociales, politiques et culturelles du peuple, et le droit aux citoyens de toutes les nations d’apporter leur soutien, matériel ou autre, à ces luttes pour l’émancipation économique, politique, sociale et culturelle ».
Cette déclaration, que tout anti-impérialiste européen devait signer, est le résumé de l’enjeu du procès qui démarre le 3 décembre.
Luk Vervaet
12.11.09
jeudi 12 novembre 2009
Lois antiterroristes procès de Patrick Mac Manus (Rébellion - Danemark)
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Tribune et Analyse
mercredi 11 novembre 2009
Pas religieuse, la question du voile
C’est la version politiquement correcte du racisme ordinaire. L’immigrée qui rasait les murs a trouvé l’audace – en se voilant – de dévoiler sa propre altérité.
Dans l’espace démocratique (mais que met-on sous ce nom ?), une obligation religieuse importée doit donner à réfléchir. Surtout s’il s’agit de protéger des valeurs aussi fondamentales que la neutralité du service public et l’égalité entre les sexes. Mais sont-elles menacées ? Le "voile" a-t-il ce pouvoir ? Ou s’agit-il du énième avatar de la peur sourde qui traverse nos sociétés en mal de repères ? De cette mauvaise conseillère qui excelle à s’accrocher à tout danger plus emblématique que réel, pour réclamer encore moins de risque, toujours plus de contrôle. Il ne manque jamais à ce niveau de tribun prêt à se saisir de n’importe quoi (par exemple, en matière de récidive d’abus sexuel) pour assurer une réélection. Ceci, quelle que soit la mise à mal des principes de droit qui nous protègent. En réalité, nous sommes plus menacés par les lois anti-terroristes que par le terrorisme lui-même. Ainsi en va-t-il d’un projet de viol programmé des courriels de tout un chacun, au nom de la dangerosité éventuelle "à venir" de l’un ou de l’autre.
En fait, le bout d’étoffe paré par nos soins d’un lourd symbolisme s’avère dans son usage réel parfaitement polyphonique. Ses facettes sont multiples. Aussi multiples que les origines et les contraintes communautaires, les styles et les modes d’autorité familiale, les positionnements et les paradoxes de l’adolescence, le rapport tranquille ou tourmenté à la féminité, les vicissitudes et les crispations de la condition masculine. Ce qui est clair c’est que, même contraignant, le voile n’est pas automatiquement signe de soumission. Il est d’abord l’écho d’un autre espace culturel - lui-même menacé - importé jadis en même temps que la force musculaire des travailleurs immigrés. Il témoigne certes d’une solution boiteuse du rapport problématique entre les hommes et les femmes. Plus précisément, d’un mode patriarcal dont nous-mêmes peinons à nous extraire. Faut-il s’appesantir sur les péripéties pas si lointaines de l’autorité maritale, du devoir conjugal, du droit de vote ? Sur le découplage encore insolite de la sexualité et de la procréation. Il n’y a pas si longtemps, il était impensable pour une citadine de sortir "en cheveux", tout comme il était impossible à une villageoise de quitter sa ferme sans fichu - et pas seulement par coquetterie.
Confrontée à des ébranlements de fond, comme la redéfinition de l’identité masculine, l’implantation de rituels venus d’ailleurs, notre culture tend à ressortir ses drapeaux. Le voile, comme un coup dans l’œil, peut surgir comme le retour de notre propre refoulé. D’autant plus que l’immigré, de spécialiste exotique et soumis des basses besognes, s’est transformé subrepticement en concurrent à part entière - voire même en beau-frère. Rien de tel pour nourrir la xénophobie. C’est précisément quand les juifs ont commencé à s’assimiler qu’il a fallu songer, crise aidant, à quelque solution définitive.
Mais l’identité des "allochtones" est elle-même en souffrance. Tout immigré est d’abord un émigré. Il ne peut laisser qu’au prix d’une perte le champ à d’autres possibilités. Or comment consentir à ce deuil si soi-même on se sent réduit à rien ? Précarisés dans leur société d’origine, destitués dans leur lieu d’arrivée, dépourvus de clefs pour cet environnement, ravalés en son sein à un poids de muscles, les pères n’ont pu transmettre souvent que des bribes - vivant leur exil dans la honte plutôt que la fierté du choix assumé. Les fils s’en sont trouvés mal. Les filles un peu moins. Mais aujourd’hui, nombreux relèvent la tête. A la faveur du vacillement des repères, du recours à la religion comme ultime balise, beaucoup renouent avec une culture occultée par l’émigration. Si on ne les y fige au gré de nos propres crispations, il y va d’un prélude obligé à l’enrichissement par d’autres valeurs. L’issue heureuse ne peut donc être que métissée : gardant sa part d’altérité pour déboucher sur ce qui a nom "intégration" - par opposition à servitude, repli, assimilation.
L’ironie veut qu’au moment où émergent des rapports d’égalité entre les sexes, des créatures nées sous nos cieux aient l’impudence de se voiler ! Pourtant, il y a moins d’antagonisme qu’il ne paraît entre cette attitude et leur affranchissement. Le voile peut aller de pair avec la reconquête d’une identité bafouée, laissant ouverte en un second temps la question de son adoption ou de son abandon. En tout état de cause, il est délicat de vouloir le bonheur de quelqu’un à sa place. D’autant plus que l’état des lieux semble plus sombre que l’inusable "Je veux ton bien, je l’aurai". Car comment se fait-il qu’on puisse surcharger le voile au point de s’imaginer protéger les femmes, la laïcité, la démocratie, en renvoyant de l’école une petite fille portant foulard ? Pire encore : qu’on veuille couler tout cela dans une loi.
Ce voile-là, cousu de toutes pièces, cache sans doute la forêt. Car du point de vue de l’ordre public et constitutionnel, où est le problème ? Dans notre pays, la coutume comme les règles interdisent de se promener masqué. Voilà qui règle déjà le sort de la burqa. Dans nos écoles, les cours de sciences et de gymnastique sont obligatoires. Esquiver Darwin ou le prof de gym expose donc à ne pas réussir son année. Là aussi, il suffit d’observer le règlement - en imaginant quand il le faut, sans rien céder sur l’essentiel, des formules qui tiennent compte de la spécificité de l’autre. C’est l’âme même de toute pédagogie. Tout autre chose est de promulguer un texte législatif pour se protéger d’un brin de tissu qui jusqu’à hier n’offensait ni la foi ni les mœurs.
L’emballement de la pulsion légiférante devrait nous inquiéter. En effet, si l’on veut s’imaginer l’antisémitisme diffus des années trente, il suffit de prendre conscience de la suspicion machinale pesant désormais sur tout musulman et, par extension, sur tout arabophone. L’équation populiste "arabe-islamiste-terroriste" n’est en fait que la partie émergée de l’iceberg. Plus profondément, le citoyen garanti d’origine commence à réaliser que l’étranger qui portait ses paquets est devenu lui-même citoyen, que l’immigrée qui rasait les murs a trouvé l’audace - en se voilant - de dévoiler sa propre altérité. Péril en la demeure ! Vite, sauvons les femmes !
La "question du voile" n’est sans doute aujourd’hui que la version politiquement correcte du racisme le plus ordinaire.
Francis MARTENS
Anthropologue. Psychanalyste
10.11.09
Source: Lalibre.be
Dans l’espace démocratique (mais que met-on sous ce nom ?), une obligation religieuse importée doit donner à réfléchir. Surtout s’il s’agit de protéger des valeurs aussi fondamentales que la neutralité du service public et l’égalité entre les sexes. Mais sont-elles menacées ? Le "voile" a-t-il ce pouvoir ? Ou s’agit-il du énième avatar de la peur sourde qui traverse nos sociétés en mal de repères ? De cette mauvaise conseillère qui excelle à s’accrocher à tout danger plus emblématique que réel, pour réclamer encore moins de risque, toujours plus de contrôle. Il ne manque jamais à ce niveau de tribun prêt à se saisir de n’importe quoi (par exemple, en matière de récidive d’abus sexuel) pour assurer une réélection. Ceci, quelle que soit la mise à mal des principes de droit qui nous protègent. En réalité, nous sommes plus menacés par les lois anti-terroristes que par le terrorisme lui-même. Ainsi en va-t-il d’un projet de viol programmé des courriels de tout un chacun, au nom de la dangerosité éventuelle "à venir" de l’un ou de l’autre.
En fait, le bout d’étoffe paré par nos soins d’un lourd symbolisme s’avère dans son usage réel parfaitement polyphonique. Ses facettes sont multiples. Aussi multiples que les origines et les contraintes communautaires, les styles et les modes d’autorité familiale, les positionnements et les paradoxes de l’adolescence, le rapport tranquille ou tourmenté à la féminité, les vicissitudes et les crispations de la condition masculine. Ce qui est clair c’est que, même contraignant, le voile n’est pas automatiquement signe de soumission. Il est d’abord l’écho d’un autre espace culturel - lui-même menacé - importé jadis en même temps que la force musculaire des travailleurs immigrés. Il témoigne certes d’une solution boiteuse du rapport problématique entre les hommes et les femmes. Plus précisément, d’un mode patriarcal dont nous-mêmes peinons à nous extraire. Faut-il s’appesantir sur les péripéties pas si lointaines de l’autorité maritale, du devoir conjugal, du droit de vote ? Sur le découplage encore insolite de la sexualité et de la procréation. Il n’y a pas si longtemps, il était impensable pour une citadine de sortir "en cheveux", tout comme il était impossible à une villageoise de quitter sa ferme sans fichu - et pas seulement par coquetterie.
Confrontée à des ébranlements de fond, comme la redéfinition de l’identité masculine, l’implantation de rituels venus d’ailleurs, notre culture tend à ressortir ses drapeaux. Le voile, comme un coup dans l’œil, peut surgir comme le retour de notre propre refoulé. D’autant plus que l’immigré, de spécialiste exotique et soumis des basses besognes, s’est transformé subrepticement en concurrent à part entière - voire même en beau-frère. Rien de tel pour nourrir la xénophobie. C’est précisément quand les juifs ont commencé à s’assimiler qu’il a fallu songer, crise aidant, à quelque solution définitive.
Mais l’identité des "allochtones" est elle-même en souffrance. Tout immigré est d’abord un émigré. Il ne peut laisser qu’au prix d’une perte le champ à d’autres possibilités. Or comment consentir à ce deuil si soi-même on se sent réduit à rien ? Précarisés dans leur société d’origine, destitués dans leur lieu d’arrivée, dépourvus de clefs pour cet environnement, ravalés en son sein à un poids de muscles, les pères n’ont pu transmettre souvent que des bribes - vivant leur exil dans la honte plutôt que la fierté du choix assumé. Les fils s’en sont trouvés mal. Les filles un peu moins. Mais aujourd’hui, nombreux relèvent la tête. A la faveur du vacillement des repères, du recours à la religion comme ultime balise, beaucoup renouent avec une culture occultée par l’émigration. Si on ne les y fige au gré de nos propres crispations, il y va d’un prélude obligé à l’enrichissement par d’autres valeurs. L’issue heureuse ne peut donc être que métissée : gardant sa part d’altérité pour déboucher sur ce qui a nom "intégration" - par opposition à servitude, repli, assimilation.
L’ironie veut qu’au moment où émergent des rapports d’égalité entre les sexes, des créatures nées sous nos cieux aient l’impudence de se voiler ! Pourtant, il y a moins d’antagonisme qu’il ne paraît entre cette attitude et leur affranchissement. Le voile peut aller de pair avec la reconquête d’une identité bafouée, laissant ouverte en un second temps la question de son adoption ou de son abandon. En tout état de cause, il est délicat de vouloir le bonheur de quelqu’un à sa place. D’autant plus que l’état des lieux semble plus sombre que l’inusable "Je veux ton bien, je l’aurai". Car comment se fait-il qu’on puisse surcharger le voile au point de s’imaginer protéger les femmes, la laïcité, la démocratie, en renvoyant de l’école une petite fille portant foulard ? Pire encore : qu’on veuille couler tout cela dans une loi.
Ce voile-là, cousu de toutes pièces, cache sans doute la forêt. Car du point de vue de l’ordre public et constitutionnel, où est le problème ? Dans notre pays, la coutume comme les règles interdisent de se promener masqué. Voilà qui règle déjà le sort de la burqa. Dans nos écoles, les cours de sciences et de gymnastique sont obligatoires. Esquiver Darwin ou le prof de gym expose donc à ne pas réussir son année. Là aussi, il suffit d’observer le règlement - en imaginant quand il le faut, sans rien céder sur l’essentiel, des formules qui tiennent compte de la spécificité de l’autre. C’est l’âme même de toute pédagogie. Tout autre chose est de promulguer un texte législatif pour se protéger d’un brin de tissu qui jusqu’à hier n’offensait ni la foi ni les mœurs.
L’emballement de la pulsion légiférante devrait nous inquiéter. En effet, si l’on veut s’imaginer l’antisémitisme diffus des années trente, il suffit de prendre conscience de la suspicion machinale pesant désormais sur tout musulman et, par extension, sur tout arabophone. L’équation populiste "arabe-islamiste-terroriste" n’est en fait que la partie émergée de l’iceberg. Plus profondément, le citoyen garanti d’origine commence à réaliser que l’étranger qui portait ses paquets est devenu lui-même citoyen, que l’immigrée qui rasait les murs a trouvé l’audace - en se voilant - de dévoiler sa propre altérité. Péril en la demeure ! Vite, sauvons les femmes !
La "question du voile" n’est sans doute aujourd’hui que la version politiquement correcte du racisme le plus ordinaire.
Francis MARTENS
Anthropologue. Psychanalyste
10.11.09
Source: Lalibre.be
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Tribune et Analyse
mardi 10 novembre 2009
Face aux deux poids, deux mesures si fréquents de la Justice de nos pays dits "civilisés"...
Bush et Blair coupables de crimes de guerre : le tribunal de Kuala Lumpur criminalise la guerre.
Quand bien même sa taille ou sa puissance, aucun pays ou dirigeant de nation n’est affranchi du droit humanitaire international.
Le samedi 31 octobre, le Tribunal des Crimes de guerre de Kuala Lumpur a entendu l’exposé des faits de la Commission de Kuala Lumpur sur les crimes de guerre en Irak et en Afghanistan.
La Commission a présenté de nombreuses questions graves du droit international de la guerre et du droit humanitaire, découlant de l'invasion de l'Afghanistan en 2001 et de la conquête de l'Irak en 2003 par les États-Unis et leurs alliés.
Des déclarations bien documentées montrent que les armées d’invasion ont utilisé des armes interdites de destruction de masse, ont bombardé des quartiers civils et commis des massacres. Il y a eu des enlèvements, des tortures, du profilage racial et religieux, et de nombreux autres actes de sauvagerie et d'anarchie qui répondent à la définition juridique de crime de guerre, de génocide et de crimes contre l'humanité.
En outre, dans un simulacre d'invincibilité et d'impunité, le Président George W. Bush, par un mémorandum de la Maison Blanche du 7 février 2002, a exempté sa nation des dispositions contraignantes des très respectées Conventions de Genève, en privant les détenus (suspects) d’Al-Qaïda et Talibans de la protection des Conventions.
Le carnage se poursuit en Afghanistan et en Irak, mais le monde occidental reste largement silencieux. Les institutions internationales, comme le Conseil de sécurité des Nations unies, la Cour mondiale et la Cour pénale internationale (CPI), regardent de l'autre côté.
C'est dans ce contexte qu'en 2005, à Kuala Lumpur, le Forum Mondial de la Paix de l’organisation Perdana a accueilli un certain nombre de consultations internationales réunissant des sommités juridiques du monde entier. Cela a abouti au lancement de la Déclaration de Kuala Lumpur criminalisant la guerre.
Une Commission sur les crimes de guerre a été constituée pour enquêter sur les allégations de sévices et recueillir des preuves. Un Tribunal des crimes de guerre a été créé.
Il a fallu deux ans et demi à la Commission pour retrouver et interroger les victimes, recueillir des preuves et faire des recherches sur la législation. Samedi dernier, quand la Commission a soumis son affaire aux sept juges du Tribunal, deux questions préliminaires sont apparues au sujet de la décision judiciaire.
Premièrement, le Tribunal a-t-il compétence pour entendre l’affaire ? Deuxièmement, un chef d'État ou un gouvernement peut-il lui-même unilatéralement s’affranchir d’un traité ou d’une convention internationale (comme les Conventions de Genève), dûment ratifié par l'État, sans abrogation préalable du traité ou de la convention concernée ?
Sur ces deux questions, le Tribunal a rendu un verdict unanime. Le Tribunal a soutenu qu'il est compétent pour statuer sur les crimes de guerre en Irak à cause de la Charte du Tribunal des crimes de guerre de Kuala Lumpur. Ses débats ont aussi été inspirés par des décisions judiciaires antérieures faisant jurisprudence de tribunaux populaires, par exemple, du Tribunal Sartre-Russell sur les crimes de guerre des Etats-Unis au Viêt-nam, du Tribunal de Tokyo sur l'Afghanistan et du Tribunal pénal turc en ce qui concerne l'Irak.
Les débats de Kuala Lumpur sont inspirés par le principe noble selon lequel partout où il le faut, il doit y avoir un recours. Les familles des 650.000 [*] innocents massacrés en Irak au cours des cinq dernières années, les milliers d'autres qui ont été torturés et les millions qui ont été déplacés n'ont aucun recours devant les tribunaux nationaux ou internationaux.
Leur pays est encore sous une occupation féroce et il est inconcevable qu’un tribunal irakien poursuive des membres des forces d'occupation pour crime de guerre. Les tribunaux des États-Unis n'ont aucune compétence en Irak et certains juges ont même feint l'impuissance devant la torture et des détentions illégales sous contrôle étasunien dans les camps de concentration à Guantanamo Bay.
Le CPI a été sollicité par 240 plaintes. Le plus extraordinaire, c’est que son procureur en chef a décrété que les plaintes ne sont pas « assez graves » pour mériter des poursuites!
Le Statut de Rome qui a créé la CPI a un certain nombre de défauts qui empêchent les horribles crimes de guerre, le génocide, les crimes contre l'humanité et les crimes d'agression d'être poursuivis en justice.
Premièrement, les États-Unis n'ont pas ratifié le Statut de Rome. De ce fait, les politiciens et les généraux étasuniens échappent en grande partie à la juridiction du CPI.
Les citoyens britanniques et australiens appartiennent à un État qui l’a ratifié, et sont donc sous la juridiction du CPI, mais ils sont protégés par le procureur du CPI, car, à son avis, leur complicité dans les crimes n’est pas assez grave !
Deuxièmement, pour qu'un crime puisse être poursuivi devant le CPI, il doit être commis sur le territoire de l’un de ses États membres. L’Irak et l’Afghanistan ne faisant pas partie du Traité du CPI, les bestialités commises là-bas sont donc en-dehors de sa juridiction.
Troisièmement, le Conseil de sécurité a le pouvoir de soumettre un non-signataire du CPI (comme il l'a fait pour le Darfour). Mais, à cause de son parti pris géopolitique, racial et religieux, il ne présentera pas les citoyens étasuniens, britanniques, polonais, italien ou australiens devant le CPI.
Quatrièmement, la CPI ne peut enquêter sur une affaire que si les tribunaux nationaux ne le font pas ou en sont incapables. Aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, seuls des soldats de bas niveau ont été poursuivis. Le fait que les ordres vinssent directement du sommet de la hiérarchie est ignoré par le système juridique international.
Le Tribunal a aussi été unanime à considérer qu'au cours des 50 dernières années, le droit humanitaire international a évolué au point qu'aucun chef d'État ou nation ne peut s’en désolidariser unilatéralement.
S'il existe un traité, il est de rigueur. Même si une nation n'est pas signataire d'un traité ou prétend l’abroger, elle est toujours liée à un droit coutumier international plus élevé qui est universel et qui ne peut être désavoué.
La souveraineté nationale n'est plus le concept absolutiste du Moyen Age. Aujourd'hui, la souveraineté est un bouclier contre l'agression étrangère.
Elle ne peut pas servir d’épée contre son propre peuple ou contre le peuple d’une autre nation. Aucune nation ne peut légiférer pour légaliser la guerre, la conquête territoriale, l’asservissement des populations ou la pratique des génocides, tortures ou crimes contre l'humanité.
Dans l’affaire de l'ancien Président Bush, il y a un facteur supplémentaire : aux Etats-Unis, les traités font partie de la constitution.
Le Président étasunien n'a pas le pouvoir d'abroger la loi de son pays. Par conséquent, la note de service de Bush, exemptant les Etats-Unis des règles contraignantes de la Convention de Genève, n'avait pas force de loi.
Le Tribunal a jugé que, s'agissant de crimes contre le droit humanitaire, le statut de chef d'État ne constitue pas une défense. Ce n'est pas non plus une excuse que d’alléguer avoir agi sous les ordres d'un supérieur hiérarchique ; c’est la loi depuis le procès de Nuremberg.
La levée de l'immunité et le principe de la responsabilité pénale individuelle sont désormais incorporés dans une pléthore de lois et décisions internationales. Il s'agit notamment de la Résolution 95(1) de l'Assemblée générale des Nations unies du 11 décembre 1946 ; de l'article 13 du projet de code sur les crimes contre la paix et la sécurité de l'humanité (1991) ; du document n° S/25704 de l'ONU (1993) ; et de l'article 27 du Statut de Rome. Le Tribunal vient d’entamer ses travaux. Le chemin est encore long et douloureux.
Ce qui est important, c'est qu'une initiative de la Malaisie rappelle au monde que certaines règles de comportement civilisé lient chaque nation de la Terre, grande et petite. Aucune nation du monde, quelle que soit sa puissance, ne peut affranchir ses fonctionnaires du long bras du droit humanitaire international.
[Ndt : 650.000 est une vieille estimation du Lancet, établie grâce une enquête sur le terrain. 1.339.771 serait aujourd’hui le nombre de gens massacrés en Iraq depuis l’invasion US en 2003].
Shad Saleem Faruqi
06.11.09
Source: mondialisation.ca
Traduction : Pétrus Lombard
Article original en anglais : www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=15950
publié le 6 novembre 2009.
Quand bien même sa taille ou sa puissance, aucun pays ou dirigeant de nation n’est affranchi du droit humanitaire international.
Le samedi 31 octobre, le Tribunal des Crimes de guerre de Kuala Lumpur a entendu l’exposé des faits de la Commission de Kuala Lumpur sur les crimes de guerre en Irak et en Afghanistan.
La Commission a présenté de nombreuses questions graves du droit international de la guerre et du droit humanitaire, découlant de l'invasion de l'Afghanistan en 2001 et de la conquête de l'Irak en 2003 par les États-Unis et leurs alliés.
Des déclarations bien documentées montrent que les armées d’invasion ont utilisé des armes interdites de destruction de masse, ont bombardé des quartiers civils et commis des massacres. Il y a eu des enlèvements, des tortures, du profilage racial et religieux, et de nombreux autres actes de sauvagerie et d'anarchie qui répondent à la définition juridique de crime de guerre, de génocide et de crimes contre l'humanité.
En outre, dans un simulacre d'invincibilité et d'impunité, le Président George W. Bush, par un mémorandum de la Maison Blanche du 7 février 2002, a exempté sa nation des dispositions contraignantes des très respectées Conventions de Genève, en privant les détenus (suspects) d’Al-Qaïda et Talibans de la protection des Conventions.
Le carnage se poursuit en Afghanistan et en Irak, mais le monde occidental reste largement silencieux. Les institutions internationales, comme le Conseil de sécurité des Nations unies, la Cour mondiale et la Cour pénale internationale (CPI), regardent de l'autre côté.
C'est dans ce contexte qu'en 2005, à Kuala Lumpur, le Forum Mondial de la Paix de l’organisation Perdana a accueilli un certain nombre de consultations internationales réunissant des sommités juridiques du monde entier. Cela a abouti au lancement de la Déclaration de Kuala Lumpur criminalisant la guerre.
Une Commission sur les crimes de guerre a été constituée pour enquêter sur les allégations de sévices et recueillir des preuves. Un Tribunal des crimes de guerre a été créé.
Il a fallu deux ans et demi à la Commission pour retrouver et interroger les victimes, recueillir des preuves et faire des recherches sur la législation. Samedi dernier, quand la Commission a soumis son affaire aux sept juges du Tribunal, deux questions préliminaires sont apparues au sujet de la décision judiciaire.
Premièrement, le Tribunal a-t-il compétence pour entendre l’affaire ? Deuxièmement, un chef d'État ou un gouvernement peut-il lui-même unilatéralement s’affranchir d’un traité ou d’une convention internationale (comme les Conventions de Genève), dûment ratifié par l'État, sans abrogation préalable du traité ou de la convention concernée ?
Sur ces deux questions, le Tribunal a rendu un verdict unanime. Le Tribunal a soutenu qu'il est compétent pour statuer sur les crimes de guerre en Irak à cause de la Charte du Tribunal des crimes de guerre de Kuala Lumpur. Ses débats ont aussi été inspirés par des décisions judiciaires antérieures faisant jurisprudence de tribunaux populaires, par exemple, du Tribunal Sartre-Russell sur les crimes de guerre des Etats-Unis au Viêt-nam, du Tribunal de Tokyo sur l'Afghanistan et du Tribunal pénal turc en ce qui concerne l'Irak.
Les débats de Kuala Lumpur sont inspirés par le principe noble selon lequel partout où il le faut, il doit y avoir un recours. Les familles des 650.000 [*] innocents massacrés en Irak au cours des cinq dernières années, les milliers d'autres qui ont été torturés et les millions qui ont été déplacés n'ont aucun recours devant les tribunaux nationaux ou internationaux.
Leur pays est encore sous une occupation féroce et il est inconcevable qu’un tribunal irakien poursuive des membres des forces d'occupation pour crime de guerre. Les tribunaux des États-Unis n'ont aucune compétence en Irak et certains juges ont même feint l'impuissance devant la torture et des détentions illégales sous contrôle étasunien dans les camps de concentration à Guantanamo Bay.
Le CPI a été sollicité par 240 plaintes. Le plus extraordinaire, c’est que son procureur en chef a décrété que les plaintes ne sont pas « assez graves » pour mériter des poursuites!
Le Statut de Rome qui a créé la CPI a un certain nombre de défauts qui empêchent les horribles crimes de guerre, le génocide, les crimes contre l'humanité et les crimes d'agression d'être poursuivis en justice.
Premièrement, les États-Unis n'ont pas ratifié le Statut de Rome. De ce fait, les politiciens et les généraux étasuniens échappent en grande partie à la juridiction du CPI.
Les citoyens britanniques et australiens appartiennent à un État qui l’a ratifié, et sont donc sous la juridiction du CPI, mais ils sont protégés par le procureur du CPI, car, à son avis, leur complicité dans les crimes n’est pas assez grave !
Deuxièmement, pour qu'un crime puisse être poursuivi devant le CPI, il doit être commis sur le territoire de l’un de ses États membres. L’Irak et l’Afghanistan ne faisant pas partie du Traité du CPI, les bestialités commises là-bas sont donc en-dehors de sa juridiction.
Troisièmement, le Conseil de sécurité a le pouvoir de soumettre un non-signataire du CPI (comme il l'a fait pour le Darfour). Mais, à cause de son parti pris géopolitique, racial et religieux, il ne présentera pas les citoyens étasuniens, britanniques, polonais, italien ou australiens devant le CPI.
Quatrièmement, la CPI ne peut enquêter sur une affaire que si les tribunaux nationaux ne le font pas ou en sont incapables. Aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, seuls des soldats de bas niveau ont été poursuivis. Le fait que les ordres vinssent directement du sommet de la hiérarchie est ignoré par le système juridique international.
Le Tribunal a aussi été unanime à considérer qu'au cours des 50 dernières années, le droit humanitaire international a évolué au point qu'aucun chef d'État ou nation ne peut s’en désolidariser unilatéralement.
S'il existe un traité, il est de rigueur. Même si une nation n'est pas signataire d'un traité ou prétend l’abroger, elle est toujours liée à un droit coutumier international plus élevé qui est universel et qui ne peut être désavoué.
La souveraineté nationale n'est plus le concept absolutiste du Moyen Age. Aujourd'hui, la souveraineté est un bouclier contre l'agression étrangère.
Elle ne peut pas servir d’épée contre son propre peuple ou contre le peuple d’une autre nation. Aucune nation ne peut légiférer pour légaliser la guerre, la conquête territoriale, l’asservissement des populations ou la pratique des génocides, tortures ou crimes contre l'humanité.
Dans l’affaire de l'ancien Président Bush, il y a un facteur supplémentaire : aux Etats-Unis, les traités font partie de la constitution.
Le Président étasunien n'a pas le pouvoir d'abroger la loi de son pays. Par conséquent, la note de service de Bush, exemptant les Etats-Unis des règles contraignantes de la Convention de Genève, n'avait pas force de loi.
Le Tribunal a jugé que, s'agissant de crimes contre le droit humanitaire, le statut de chef d'État ne constitue pas une défense. Ce n'est pas non plus une excuse que d’alléguer avoir agi sous les ordres d'un supérieur hiérarchique ; c’est la loi depuis le procès de Nuremberg.
La levée de l'immunité et le principe de la responsabilité pénale individuelle sont désormais incorporés dans une pléthore de lois et décisions internationales. Il s'agit notamment de la Résolution 95(1) de l'Assemblée générale des Nations unies du 11 décembre 1946 ; de l'article 13 du projet de code sur les crimes contre la paix et la sécurité de l'humanité (1991) ; du document n° S/25704 de l'ONU (1993) ; et de l'article 27 du Statut de Rome. Le Tribunal vient d’entamer ses travaux. Le chemin est encore long et douloureux.
Ce qui est important, c'est qu'une initiative de la Malaisie rappelle au monde que certaines règles de comportement civilisé lient chaque nation de la Terre, grande et petite. Aucune nation du monde, quelle que soit sa puissance, ne peut affranchir ses fonctionnaires du long bras du droit humanitaire international.
[Ndt : 650.000 est une vieille estimation du Lancet, établie grâce une enquête sur le terrain. 1.339.771 serait aujourd’hui le nombre de gens massacrés en Iraq depuis l’invasion US en 2003].
Shad Saleem Faruqi
06.11.09
Source: mondialisation.ca
Traduction : Pétrus Lombard
Article original en anglais : www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=15950
publié le 6 novembre 2009.
Libellés :
Tribune et Analyse
Invitation à la prochaine AG
Chères amies, chers amis, camarades égalitaires,
nous avons le plaisir de vous informer que désormais et, jusqu'en juin 2010, nos Assemblées Générales se tiendront à l'adresse suivante:
- Pianofabriek -
Rue du Fort / Fortstraat, 35
1060 Bruxelles
La première d'entre elles aura lieu
ce vendredi 13 novembre 2009 de 18 à 22 heures.
A l'ordre du jour:
- Création du site web;
- Présentation de la carte de membre Egalité;
- Démarrage de la campagne électorale Egalité;
Actualité et suivi des activités en cours:
10 novembre à 17h30 : Action Boycott de la mission économique bruxelloise en Israël ;
11 novembre : Participation d'Egalité à l'action du Mouvement des Droits Fondamentaux ;
20 novembre à 19h : Egalité vous invite à une rencontre avec les Indigènes de la République ;
21 novembre à partir de 14h : Egalité participe à la Journée Venezuela
Mois de Décembre : Commémoration Gaza.
Il sera possible, durant la pause, de vous restaurer sur place - sandwich frais et boissons à petits prix
Au plaisir de vous y (re)voir nombreux!
Salutations égalitaires
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A l'ordre du jour:
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11 novembre : Participation d'Egalité à l'action du Mouvement des Droits Fondamentaux ;
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Salutations égalitaires
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Déclarations et communiqués
lundi 9 novembre 2009
Mise au point sans controverse.
COMMUNIQUE DE PRESSE
ÉGALITÉ est une nouvelle organisation citoyenne bruxelloise, composée notamment de militants associatifs, qui se donne pour objectif de sensibiliser les citoyens en Région bruxelloise à toutes formes de discriminations et les invite à réagir, en participant à lutter, ensemble, pacifiquement, contre tous ces traitements inégalitaires.
Le programme d’ÉGALITÉ s’articule autour des questions liées à :
- L’Enseignement, l’Emploi, le manque de perspective d’avenir pour les jeunes particulièrement dans les quartiers défavorisés, la gestion dramatique des populations carcérales, le Logement, la mobilité, ainsi, bien évidemment, que les relations complices des pouvoirs publics avec ces États violant les principes fondamentaux des Droits de l’Homme.
Depuis sa fondation au printemps 2009 et suite à son succès électoral en Région Bruxelloise, le programme et le militantisme d’ÉGALITÉ suscitent, manifestement, pas mal de polémiques venant de certains milieux médiatiques et politiques.
De fantasmatiques accusations («communautariste, islamiste, islamo-gauchiste, terroriste…») ne cessent d’être proférées sur l’espace médiatique public sans même nous donner, en toute ÉGALITÉ, la possibilité d’y répondre. Plusieurs membres d’ÉGALITÉ victimes de délit d’opinion se retrouvent soit privés d’exercer leur profession, soit priés de démissionner de leur fonction au sein d’un Conseil d’administration d’une association de lutte contre le racisme, publiquement subsidiée et se prévalant pourtant du pluralisme.
ÉGALITÉ refuse d’accorder un quelconque intérêt à un tel monologue médiatico-politique, discriminatoire et préfère poursuivre son combat contre toutes les inégalités socio-économiques largement entretenues par les désastreuses politiques menées en Région Bruxelloise depuis son existence.
ÉGALITÉ ne cessera de dénoncer les atteintes aux droits et libertés fondamentaux provoquées par les politiques discriminatoires infligées, avec la complicité des différents partis politiques présents dans nos assemblées démocratiques, aux enfants et à leur famille, ici en région bruxelloise, ainsi que partout ailleurs dans le monde.
ÉGALITÉ ne cessera de dénoncer les conséquences dramatiques engendrées par l’irresponsabilité du personnel politique plus prompt à criminaliser toute critique citoyenne qu’à s’employer à réduire les inégalités croissantes dans la société. C’est, d’ailleurs en ce sens qu’ÉGALITÉ prépare sereinement les prochaines élections prévue en 2011 et 2012.
Saïdi Nordine
09.11.09
Porte parole Egalité
info.egalite@gmail.com – 0032 (0)476.84.19.69
ÉGALITÉ est une nouvelle organisation citoyenne bruxelloise, composée notamment de militants associatifs, qui se donne pour objectif de sensibiliser les citoyens en Région bruxelloise à toutes formes de discriminations et les invite à réagir, en participant à lutter, ensemble, pacifiquement, contre tous ces traitements inégalitaires.
Le programme d’ÉGALITÉ s’articule autour des questions liées à :
- L’Enseignement, l’Emploi, le manque de perspective d’avenir pour les jeunes particulièrement dans les quartiers défavorisés, la gestion dramatique des populations carcérales, le Logement, la mobilité, ainsi, bien évidemment, que les relations complices des pouvoirs publics avec ces États violant les principes fondamentaux des Droits de l’Homme.
Depuis sa fondation au printemps 2009 et suite à son succès électoral en Région Bruxelloise, le programme et le militantisme d’ÉGALITÉ suscitent, manifestement, pas mal de polémiques venant de certains milieux médiatiques et politiques.
De fantasmatiques accusations («communautariste, islamiste, islamo-gauchiste, terroriste…») ne cessent d’être proférées sur l’espace médiatique public sans même nous donner, en toute ÉGALITÉ, la possibilité d’y répondre. Plusieurs membres d’ÉGALITÉ victimes de délit d’opinion se retrouvent soit privés d’exercer leur profession, soit priés de démissionner de leur fonction au sein d’un Conseil d’administration d’une association de lutte contre le racisme, publiquement subsidiée et se prévalant pourtant du pluralisme.
ÉGALITÉ refuse d’accorder un quelconque intérêt à un tel monologue médiatico-politique, discriminatoire et préfère poursuivre son combat contre toutes les inégalités socio-économiques largement entretenues par les désastreuses politiques menées en Région Bruxelloise depuis son existence.
ÉGALITÉ ne cessera de dénoncer les atteintes aux droits et libertés fondamentaux provoquées par les politiques discriminatoires infligées, avec la complicité des différents partis politiques présents dans nos assemblées démocratiques, aux enfants et à leur famille, ici en région bruxelloise, ainsi que partout ailleurs dans le monde.
ÉGALITÉ ne cessera de dénoncer les conséquences dramatiques engendrées par l’irresponsabilité du personnel politique plus prompt à criminaliser toute critique citoyenne qu’à s’employer à réduire les inégalités croissantes dans la société. C’est, d’ailleurs en ce sens qu’ÉGALITÉ prépare sereinement les prochaines élections prévue en 2011 et 2012.
Saïdi Nordine
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Déclarations et communiqués
Mise au point sans controverse.
COMMUNIQUE DE PRESSE
ÉGALITÉ est une nouvelle organisation citoyenne bruxelloise, composée notamment de militants associatifs, qui se donne pour objectif de sensibiliser les citoyens en Région bruxelloise à toutes formes de discriminations et les invite à réagir, en participant à lutter, ensemble, pacifiquement, contre tous ces traitements inégalitaires.
Le programme d’ÉGALITÉ s’articule autour des questions liées à :
- L’Enseignement, l’Emploi, le manque de perspective d’avenir pour les jeunes particulièrement dans les quartiers défavorisés, la gestion dramatique des populations carcérales, le Logement, la mobilité, ainsi, bien évidemment, que les relations complices des pouvoirs publics avec ces États violant les principes fondamentaux des Droits de l’Homme.
Depuis sa fondation au printemps 2009 et suite à son succès électoral en Région Bruxelloise, le programme et le militantisme d’ÉGALITÉ suscitent, manifestement, pas mal de polémiques venant de certains milieux médiatiques et politiques.
De fantasmatiques accusations («communautariste, islamiste, islamo-gauchiste, terroriste…») ne cessent d’être proférées sur l’espace médiatique public sans même nous donner, en toute ÉGALITÉ, la possibilité d’y répondre. Plusieurs membres d’ÉGALITÉ victimes de délit d’opinion se retrouvent soit privés d’exercer leur profession, soit priés de démissionner de leur fonction au sein d’un Conseil d’administration d’une association de lutte contre le racisme, publiquement subsidiée et se prévalant pourtant du pluralisme.
ÉGALITÉ refuse d’accorder un quelconque intérêt à un tel monologue médiatico-politique, discriminatoire et préfère poursuivre son combat contre toutes les inégalités socio-économiques largement entretenues par les désastreuses politiques menées en Région Bruxelloise depuis son existence.
ÉGALITÉ ne cessera de dénoncer les atteintes aux droits et libertés fondamentaux provoquées par les politiques discriminatoires infligées, avec la complicité des différents partis politiques présents dans nos assemblées démocratiques, aux enfants et à leur famille, ici en région bruxelloise, ainsi que partout ailleurs dans le monde.
ÉGALITÉ ne cessera de dénoncer les conséquences dramatiques engendrées par l’irresponsabilité du personnel politique plus prompt à criminaliser toute critique citoyenne qu’à s’employer à réduire les inégalités croissantes dans la société. C’est, d’ailleurs en ce sens qu’ÉGALITÉ prépare sereinement les prochaines élections prévue en 2011 et 2012.
Saïdi Nordine
09.11.09
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ÉGALITÉ est une nouvelle organisation citoyenne bruxelloise, composée notamment de militants associatifs, qui se donne pour objectif de sensibiliser les citoyens en Région bruxelloise à toutes formes de discriminations et les invite à réagir, en participant à lutter, ensemble, pacifiquement, contre tous ces traitements inégalitaires.
Le programme d’ÉGALITÉ s’articule autour des questions liées à :
- L’Enseignement, l’Emploi, le manque de perspective d’avenir pour les jeunes particulièrement dans les quartiers défavorisés, la gestion dramatique des populations carcérales, le Logement, la mobilité, ainsi, bien évidemment, que les relations complices des pouvoirs publics avec ces États violant les principes fondamentaux des Droits de l’Homme.
Depuis sa fondation au printemps 2009 et suite à son succès électoral en Région Bruxelloise, le programme et le militantisme d’ÉGALITÉ suscitent, manifestement, pas mal de polémiques venant de certains milieux médiatiques et politiques.
De fantasmatiques accusations («communautariste, islamiste, islamo-gauchiste, terroriste…») ne cessent d’être proférées sur l’espace médiatique public sans même nous donner, en toute ÉGALITÉ, la possibilité d’y répondre. Plusieurs membres d’ÉGALITÉ victimes de délit d’opinion se retrouvent soit privés d’exercer leur profession, soit priés de démissionner de leur fonction au sein d’un Conseil d’administration d’une association de lutte contre le racisme, publiquement subsidiée et se prévalant pourtant du pluralisme.
ÉGALITÉ refuse d’accorder un quelconque intérêt à un tel monologue médiatico-politique, discriminatoire et préfère poursuivre son combat contre toutes les inégalités socio-économiques largement entretenues par les désastreuses politiques menées en Région Bruxelloise depuis son existence.
ÉGALITÉ ne cessera de dénoncer les atteintes aux droits et libertés fondamentaux provoquées par les politiques discriminatoires infligées, avec la complicité des différents partis politiques présents dans nos assemblées démocratiques, aux enfants et à leur famille, ici en région bruxelloise, ainsi que partout ailleurs dans le monde.
ÉGALITÉ ne cessera de dénoncer les conséquences dramatiques engendrées par l’irresponsabilité du personnel politique plus prompt à criminaliser toute critique citoyenne qu’à s’employer à réduire les inégalités croissantes dans la société. C’est, d’ailleurs en ce sens qu’ÉGALITÉ prépare sereinement les prochaines élections prévue en 2011 et 2012.
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Déclarations et communiqués
N’est-il pas dit que la critique est aisée, mais l’art difficile ?
Pratiquement un an après son élection, on peut lire un peu partout dans la presse, sur le Net, et entendre régulièrement sur antenne de nombreuses réserves, voire de dures critiques à propos du bilan du président Barack Obama. Les unes du bout des lèvres, les autres franchement tranchées. Mais la plupart allant dans le même sens, d’une déception de l’action du président après un an de pouvoir.
Or, à y regarder de près, n’est-on pas quelque peu sévère avec l’intéressé ? Pour ma part, je pense que oui. Et je crois qu’en lieu et place de tomber sur le dos du premier président américain de couleur – et de la sorte ne fait-on pas, inconsciemment, le jeu d’une partie de la population qui continue sa détestation de tout ce qui n’est pas blanc ? – il conviendrait de se rappeler des dégâts incommensurables laissés par son prédécesseur. Les défis qui attendaient le nouveau président étaient immenses et nombreux étaient ceux qui à l’affût, espéraient pouvoir lui tomber dessus. Je pense que l’ensemble des médias est allé un peu vite dans son oubli de la sinistre équipe de néoconservateurs précédente. La virulence de certaines critiques me paraît être à la hauteur des attentes suite aux terribles dommages – directs et collatéraux – causés par l’administration Bush, et il se pourrait bien que nous n’ayons pas encore réellement compris leurs portées, ni les implications irréparables qu’elles continuent et continueront à produire, que ce soit en matière de politique intérieure ou extérieure.
Certes, la gestion de certains dossiers de politique internationale les plus médiatisés tels ceux de l’Irak, de l’Afghanistan et surtout celui du conflit israélo-palestinien, laisse un goût amer. La position claire d’un arrêt total de la colonisation en Cisjordanie et à Jérusalem-est était enfin un signal fort de la détermination du président US à contraindre Israël à devenir sérieux dans son approche du règlement du conflit, et à arrêter ses mensonges avérés en parlant d’un «processus de paix» tout simplement inexistant. La volte-face et les concessions faites aujourd’hui sur cette question par l’administration américaine sont probablement le résultat de négociations dont nous n’avons pas encore la clé, sauf à savoir l’immense influence des lobbies pro-israéliens aux USA et le risque de se les mettre à dos, quand l’on sait leur emprise sur la politique américaine – lire à ce propos, l’édifiant ouvrage de John Mearsheimer & Stephen Walt [1]. N’y a-t-il pas eu aussi un marchandage entre les administrations américaines et israéliennes sur la question d’un éventuel bombardement des sites nucléaires iraniens, du genre : vous me demandez de ne pas bombarder les sites iraniens parce que vous voulez poursuivre la négociation diplomatique, en échange de quoi, je vous demande de reculer sur votre intransigeance d’un arrêt de la colonisation, et je peux ainsi rester l’homme fort de mon gouvernement aux yeux des colons et des sionistes les plus durs?... L’avenir nous donnera peut-être certains éléments de réponse.
Lors de l’élection du président Obama, tous les observateurs avertis avaient clairement établi le peu de marge de manœuvre du président. Et qui aujourd’hui, parmi les nombreux critiques, peut prétendre avoir toutes les clés pour savoir exactement quelle est cette marge ? Bien peu, sans aucun doute. Aussi me paraît-il quelque peu aisé d’accabler le président Obama de critiques acerbes, et je persiste pour ma part, à lui garder un capital de confiance. Non que j’approuve ce que je peux voir de la politique extérieure américaine, coupable de tant de souffrances et de douleurs tout autour du globe, c’est tout le contraire, et je la dénonce régulièrement à travers livres et articles ! Mais je persiste à penser que l’actuel président doit être d’une prudence de sioux s’il veut que les choses avancent un tant soit peu dans le sens d’une plus grande justice, bien déficiente dans de nombreux cas. Et la première d’entre elles – que je pointais dans mon dernier livre La Démocratie Mensonge [2] – était le constat qu’un nombre important de citoyens américains n’avaient aucune couverture médicale. Le projet de loi modifiant cette gravissime lacune vient d’être adopté de justesse ce week-end à la Chambre mais doit encore franchir le cap du Sénat. Chacun qui a suivi les méandres de ce combat du président Obama aura pu voir avec quelle virulence parfois les citoyens lui ont adressé leurs griefs, sans compter les campagnes médiatiques odieuses financées par de puissants groupes privés dont les intérêts sont menacés par la nouvelle législation proposée. Et quel citoyen, de n’importe quel pays du monde, pourrait comprendre que la plus haute autorité de son gouvernement s’investisse davantage dans sa politique extérieure que dans sa politique intérieure ? La réponse est simple : aucun !
Ainsi, comme je l’exprimais dans le titre de cet article, Barack Obama doit être un adepte du grand art pour poursuivre les objectifs qu’il s’est fixés et si possible, les atteindre. Renverser en un an tout ce qui a été mis en place et probablement cadenassé pendant huit années par l’exécrable administration républicaine précédente est impossible. Et si le président veut éviter un bain de sang – prédit par plusieurs observateurs dans un contexte économique et social particulièrement difficiles – il lui faut être d’une extrême prudence. Sans compter tous les malades qui aimeraient lui faire la peau au sens propre, plutôt que figuré.
Dès lors, même si certains dossiers de politique étrangère sont incontestablement prioritaires, soyons un peu plus patients vis-à-vis des résultats du président Obama. Non qu’il faille lui autoriser tout écart. Non ! Il convient de rester vigilant et aux aguets de tout ce qui ne va pas dans le sens d’une plus grande justice, et de poursuivre les pressions avec les moyens dont nous disposons, mais dans le même temps, il convient aussi de prendre conscience de la mesure du défi : l’on ne rentre pas dans une telle fonction en faisant table rase de tout ce qui précède. Les résistances et les complicités passées sont nombreuses. Et l’ardoise laissée par son prédécesseur est catastrophique. Qu’on ne l’oublie pas trop vite, et au contraire que l’on cherche par tous les moyens, comment faire payer la précédente administration des désastres multiples dont elle s’est rendue coupable, tout en encourageant les initiatives du président américain qui vont dans le bon sens, parce que c’est devenu tellement rare qu’il serait dommage de rater l’occasion et d’assister à son isolement puis à son renversement dans trois ans, au profit du retour des républicains dont on découvre encore les capacités de nuisance illimitées…
Daniel Vanhove
08.11.09
[1] Le Lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine – 2007 – Ed. La Découverte pour la traduction française.
[2] « (…) Par ailleurs, comment concilier ces principes de justice surfaite, quand sur une population d’environ 300 millions d’Américains, plus de 45 millions d’entre eux (!) n’ont aucune couverture médicale ? Et que ce nombre est en augmentation constante. Ce qui a, entre autres conséquences, fait reculer l’espérance de vie des citoyens américains à la 42ème place dans le classement mondial de longévité, alors qu’ils étaient encore à la 11ème place voilà vingt ans à peine. Que parallèlement, la discrimination raciale est toujours réelle dans nombre d’Etats, et donc dans l’accès à certaines professions, à certains logements, dans le traitement des prisonniers, dans le domaine de la santé et dès lors, dans la mortalité infantile (…) » – 2008 – Ed. M. Pietteur – coll. Oser Dire
Or, à y regarder de près, n’est-on pas quelque peu sévère avec l’intéressé ? Pour ma part, je pense que oui. Et je crois qu’en lieu et place de tomber sur le dos du premier président américain de couleur – et de la sorte ne fait-on pas, inconsciemment, le jeu d’une partie de la population qui continue sa détestation de tout ce qui n’est pas blanc ? – il conviendrait de se rappeler des dégâts incommensurables laissés par son prédécesseur. Les défis qui attendaient le nouveau président étaient immenses et nombreux étaient ceux qui à l’affût, espéraient pouvoir lui tomber dessus. Je pense que l’ensemble des médias est allé un peu vite dans son oubli de la sinistre équipe de néoconservateurs précédente. La virulence de certaines critiques me paraît être à la hauteur des attentes suite aux terribles dommages – directs et collatéraux – causés par l’administration Bush, et il se pourrait bien que nous n’ayons pas encore réellement compris leurs portées, ni les implications irréparables qu’elles continuent et continueront à produire, que ce soit en matière de politique intérieure ou extérieure.
Certes, la gestion de certains dossiers de politique internationale les plus médiatisés tels ceux de l’Irak, de l’Afghanistan et surtout celui du conflit israélo-palestinien, laisse un goût amer. La position claire d’un arrêt total de la colonisation en Cisjordanie et à Jérusalem-est était enfin un signal fort de la détermination du président US à contraindre Israël à devenir sérieux dans son approche du règlement du conflit, et à arrêter ses mensonges avérés en parlant d’un «processus de paix» tout simplement inexistant. La volte-face et les concessions faites aujourd’hui sur cette question par l’administration américaine sont probablement le résultat de négociations dont nous n’avons pas encore la clé, sauf à savoir l’immense influence des lobbies pro-israéliens aux USA et le risque de se les mettre à dos, quand l’on sait leur emprise sur la politique américaine – lire à ce propos, l’édifiant ouvrage de John Mearsheimer & Stephen Walt [1]. N’y a-t-il pas eu aussi un marchandage entre les administrations américaines et israéliennes sur la question d’un éventuel bombardement des sites nucléaires iraniens, du genre : vous me demandez de ne pas bombarder les sites iraniens parce que vous voulez poursuivre la négociation diplomatique, en échange de quoi, je vous demande de reculer sur votre intransigeance d’un arrêt de la colonisation, et je peux ainsi rester l’homme fort de mon gouvernement aux yeux des colons et des sionistes les plus durs?... L’avenir nous donnera peut-être certains éléments de réponse.
Lors de l’élection du président Obama, tous les observateurs avertis avaient clairement établi le peu de marge de manœuvre du président. Et qui aujourd’hui, parmi les nombreux critiques, peut prétendre avoir toutes les clés pour savoir exactement quelle est cette marge ? Bien peu, sans aucun doute. Aussi me paraît-il quelque peu aisé d’accabler le président Obama de critiques acerbes, et je persiste pour ma part, à lui garder un capital de confiance. Non que j’approuve ce que je peux voir de la politique extérieure américaine, coupable de tant de souffrances et de douleurs tout autour du globe, c’est tout le contraire, et je la dénonce régulièrement à travers livres et articles ! Mais je persiste à penser que l’actuel président doit être d’une prudence de sioux s’il veut que les choses avancent un tant soit peu dans le sens d’une plus grande justice, bien déficiente dans de nombreux cas. Et la première d’entre elles – que je pointais dans mon dernier livre La Démocratie Mensonge [2] – était le constat qu’un nombre important de citoyens américains n’avaient aucune couverture médicale. Le projet de loi modifiant cette gravissime lacune vient d’être adopté de justesse ce week-end à la Chambre mais doit encore franchir le cap du Sénat. Chacun qui a suivi les méandres de ce combat du président Obama aura pu voir avec quelle virulence parfois les citoyens lui ont adressé leurs griefs, sans compter les campagnes médiatiques odieuses financées par de puissants groupes privés dont les intérêts sont menacés par la nouvelle législation proposée. Et quel citoyen, de n’importe quel pays du monde, pourrait comprendre que la plus haute autorité de son gouvernement s’investisse davantage dans sa politique extérieure que dans sa politique intérieure ? La réponse est simple : aucun !
Ainsi, comme je l’exprimais dans le titre de cet article, Barack Obama doit être un adepte du grand art pour poursuivre les objectifs qu’il s’est fixés et si possible, les atteindre. Renverser en un an tout ce qui a été mis en place et probablement cadenassé pendant huit années par l’exécrable administration républicaine précédente est impossible. Et si le président veut éviter un bain de sang – prédit par plusieurs observateurs dans un contexte économique et social particulièrement difficiles – il lui faut être d’une extrême prudence. Sans compter tous les malades qui aimeraient lui faire la peau au sens propre, plutôt que figuré.
Dès lors, même si certains dossiers de politique étrangère sont incontestablement prioritaires, soyons un peu plus patients vis-à-vis des résultats du président Obama. Non qu’il faille lui autoriser tout écart. Non ! Il convient de rester vigilant et aux aguets de tout ce qui ne va pas dans le sens d’une plus grande justice, et de poursuivre les pressions avec les moyens dont nous disposons, mais dans le même temps, il convient aussi de prendre conscience de la mesure du défi : l’on ne rentre pas dans une telle fonction en faisant table rase de tout ce qui précède. Les résistances et les complicités passées sont nombreuses. Et l’ardoise laissée par son prédécesseur est catastrophique. Qu’on ne l’oublie pas trop vite, et au contraire que l’on cherche par tous les moyens, comment faire payer la précédente administration des désastres multiples dont elle s’est rendue coupable, tout en encourageant les initiatives du président américain qui vont dans le bon sens, parce que c’est devenu tellement rare qu’il serait dommage de rater l’occasion et d’assister à son isolement puis à son renversement dans trois ans, au profit du retour des républicains dont on découvre encore les capacités de nuisance illimitées…
Daniel Vanhove
08.11.09
[1] Le Lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine – 2007 – Ed. La Découverte pour la traduction française.
[2] « (…) Par ailleurs, comment concilier ces principes de justice surfaite, quand sur une population d’environ 300 millions d’Américains, plus de 45 millions d’entre eux (!) n’ont aucune couverture médicale ? Et que ce nombre est en augmentation constante. Ce qui a, entre autres conséquences, fait reculer l’espérance de vie des citoyens américains à la 42ème place dans le classement mondial de longévité, alors qu’ils étaient encore à la 11ème place voilà vingt ans à peine. Que parallèlement, la discrimination raciale est toujours réelle dans nombre d’Etats, et donc dans l’accès à certaines professions, à certains logements, dans le traitement des prisonniers, dans le domaine de la santé et dès lors, dans la mortalité infantile (…) » – 2008 – Ed. M. Pietteur – coll. Oser Dire
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Tribune et Analyse
Marre des écoles poubelles : des écoles plus belles pour toutes et tous !
Les polémiques autour du port du foulard qui se multiplient dans les médias ont incité des femmes et des hommes, de tous âges et de toute philosophie ou religion, à constituer une plateforme d’action pour dénoncer ensemble et publiquement les implications et conséquences de l’interdiction du port du foulard à l’école en faisant entendre la voix des premières concernées et en déconstruisant nos préjugés. C’est ainsi que se met en place depuis quelques semaines le Mouvement pour les Droits Fondamentaux (MDF) qui, sur cette base, vise aussi à encourager et développer des mobilisations larges et unitaires, dans les rues et les écoles, autour des enjeux fondamentaux que soulève cette interdiction : contre les inégalités sociales et scolaires, les mesures d’austérité qui vont les accentuer, le racisme, le sexisme et les mesures liberticides ; pour une justice sociale et fiscale et un enseignement refinancé, gratuit, de qualité, public et pluraliste pour toutes et tous.
Le MDF appelle à un premier rassemblement ce mercredi 11 novembre de 14h à 17h, devant la bourse à Bruxelles.
Le 11 novembre est la journée des femmes en Belgique. En cette journée symbolique, le MDF veut poursuivre le combat de générations entières de femmes qui se sont mobilisées pour que toutes les jeunes filles aient accès à l’école comme lieu d’émancipation et pour que toutes les femmes aient le droit de disposer de leur corps comme elles l’entendent, ce qui implique notamment le choix de porter ou pas le foulard.
Aujourd'hui c'est une réalité : l'école est inégalitaire en Belgique
Ecoles de bonne réputation dans les quartiers riches pour les enfants studieux avec des parents instruits qui formeront l’élite sociale de demain.
A l'inverse, écoles-ghetto dans les quartiers pauvres pour les jeunes des milieux populaires, souvent primo-arrivants ou belges de la 3e ou 4e génération d’origine immigrée, avec des parents d’un faible niveau scolaire qui grossiront les rangs des sans emplois ou travailleurs précaires de demain.
Beaucoup de jeunes n’ont pas d’autre choix que l’école poubelle, avec de vieux locaux, du mauvais matériel, un encadrement insuffisant, des élèves en décrochage et des profs sous pression. C’est particulièrement le cas pour toutes les jeunes filles qui portent le foulard et qui sont carrément exclues de l’énorme majorité des écoles. Quand elles n’abandonnent pas carrément leurs études, elles grossissent ainsi les rangs de ces écoles-ghettos.
Le décret inscription est insuffisant pour en finir avec cet enseignement à double vitesse. Il n’a fait que le rendre plus visible. Les mesures d’austérité dans l’enseignement vont faire particulièrement mal aux écoles en difficultés qui manquent de moyens depuis longtemps. Et le projet d’interdiction des signes dits ostentatoires ou ostensibles qui, ne tournons pas autour du pot, vise avant tout les pratiques religieuses dont le port du foulard, accentue encore plus les inégalités scolaires pour les jeunes filles musulmanes.
Cette interdiction est décidée de façon arbitraire par la plupart des directeurs d’école. Le MR propose carrément de l’inscrire dans des textes de loi. Dès la rentrée prochaine, elle sera généralisée à toutes les écoles sous l’autorité de la communauté flamande et de la province de Hainaut qui viennent de prendre des décisions dans ce sens.
L’interdiction du port du foulard à l’école accentue les inégalités scolaires. C’est une mesure injuste et contraire à plusieurs missions d’un enseignement démocratique:
- elle nie les droits fondamentaux, comme la liberté de culte et d’expression ou le droit à la scolarité;
- elle est raciste parce qu’elle diabolise et attaque particulièrement la communauté musulmane minoritaire en Belgique plutôt que d’aider la rencontre des cultures en combattant les préjugés et en reflétant la richesse culturelle de la société, symbolisée notamment par la kippa, le foulard, le crucifix, le turban sikh ou le flambeau laïque;
- elle est sexiste parce qu’interdire le port du foulard à l’école n’aide pas à l’émancipation des jeunes filles mais, au contraire, leur rend plus difficile l’accès à un enseignement qui peut justement leur apporter des outils d’émancipation;
- elle est violente, tout autant que le foulard imposé, puisque, dans ces deux formes de contrainte, d’autres décident à la place des jeunes filles de la façon dont elles doivent s’habiller.
Interdire ou obliger le port du foulard est ainsi contraire à un principe fondamental du féminisme : la liberté des femmes de disposer de leur corps comme elles l’entendent:
- elle alimente la haine qui divise la population, les élèves et les professeurs, plutôt que d’encourager les solidarités, pourtant encore plus nécessaires aujourd’hui pour résister ensemble aux mesures d’austérité des gouvernements qui visent aussi l’enseignement;
- à moyen terme, elle exclut aussi les femmes en foulard de la vie économique et sociale puisqu’elle contribue très fortement à une réelle prise de conscience par les jeunes musulmanes des difficultés auxquelles elles devront faire face lors de la recherche d’un emploi ou lors du processus d’intégration professionnelle. Cette prise de conscience peut se traduire par un manque d’ambition scolaire et professionnelle. Ainsi, en plus de l’exclusion de fait, nait l’auto-exclusion qui est symptomatique d’un racisme bel et bien présent.
Pour qu’enseignement rime avec Droit, Egalité, Mixité, Ouverture, Citoyenneté, Respect, Autonomie, Tolérance, Intelligence, Emancipation
Tou-te-s les jeunes ont droit à une école et un enseignement de qualité et gratuit.
C’est pour cela que le MDF appelle à une mobilisation large et unitaire, autour du slogan « Marre des écoles poubelles: des écoles plus belles pour toutes et tous ! », ce rassemblement portera deux revendications, pour exiger ensemble :
1. le refinancement public de l'enseignement à hauteur de 7% du PIB, en allant chercher l’argent où il est : dans les poches des responsables de la crise, c’est-à-dire les grands patrons et les spéculateurs;
2. un enseignement public, pluraliste et démocratique, ouvert à toutes et tous, c’est-à-dire sans discriminations ni sociale ni culturelle ni idéologique, et donc sans interdiction du port du foulard
Une pétition (bientôt téléchargeable sur www.mouvdf.be.cx) circule également dans ce sens.
Autour de ces revendications, le Mouvement pour les Droits Fondamentaux appelle largement à signer une pétition (aussi téléchargeable prochainement sur www.mouvdf.be.cx) et à participer à un premier rassemblement ce mercredi 11 novembre, de 14h à 17h, devant a bourse à Bruxelles.
Communiqué du Mouvement pour les Droits Fondamentaux (MDF)
05.11.09
Infos et contact : mouvdf@gmail.com, 0474/31.26.67, www.mouvdf.be.cx
Le MDF appelle à un premier rassemblement ce mercredi 11 novembre de 14h à 17h, devant la bourse à Bruxelles.
Le 11 novembre est la journée des femmes en Belgique. En cette journée symbolique, le MDF veut poursuivre le combat de générations entières de femmes qui se sont mobilisées pour que toutes les jeunes filles aient accès à l’école comme lieu d’émancipation et pour que toutes les femmes aient le droit de disposer de leur corps comme elles l’entendent, ce qui implique notamment le choix de porter ou pas le foulard.
Aujourd'hui c'est une réalité : l'école est inégalitaire en Belgique
Ecoles de bonne réputation dans les quartiers riches pour les enfants studieux avec des parents instruits qui formeront l’élite sociale de demain.
A l'inverse, écoles-ghetto dans les quartiers pauvres pour les jeunes des milieux populaires, souvent primo-arrivants ou belges de la 3e ou 4e génération d’origine immigrée, avec des parents d’un faible niveau scolaire qui grossiront les rangs des sans emplois ou travailleurs précaires de demain.
Beaucoup de jeunes n’ont pas d’autre choix que l’école poubelle, avec de vieux locaux, du mauvais matériel, un encadrement insuffisant, des élèves en décrochage et des profs sous pression. C’est particulièrement le cas pour toutes les jeunes filles qui portent le foulard et qui sont carrément exclues de l’énorme majorité des écoles. Quand elles n’abandonnent pas carrément leurs études, elles grossissent ainsi les rangs de ces écoles-ghettos.
Le décret inscription est insuffisant pour en finir avec cet enseignement à double vitesse. Il n’a fait que le rendre plus visible. Les mesures d’austérité dans l’enseignement vont faire particulièrement mal aux écoles en difficultés qui manquent de moyens depuis longtemps. Et le projet d’interdiction des signes dits ostentatoires ou ostensibles qui, ne tournons pas autour du pot, vise avant tout les pratiques religieuses dont le port du foulard, accentue encore plus les inégalités scolaires pour les jeunes filles musulmanes.
Cette interdiction est décidée de façon arbitraire par la plupart des directeurs d’école. Le MR propose carrément de l’inscrire dans des textes de loi. Dès la rentrée prochaine, elle sera généralisée à toutes les écoles sous l’autorité de la communauté flamande et de la province de Hainaut qui viennent de prendre des décisions dans ce sens.
L’interdiction du port du foulard à l’école accentue les inégalités scolaires. C’est une mesure injuste et contraire à plusieurs missions d’un enseignement démocratique:
- elle nie les droits fondamentaux, comme la liberté de culte et d’expression ou le droit à la scolarité;
- elle est raciste parce qu’elle diabolise et attaque particulièrement la communauté musulmane minoritaire en Belgique plutôt que d’aider la rencontre des cultures en combattant les préjugés et en reflétant la richesse culturelle de la société, symbolisée notamment par la kippa, le foulard, le crucifix, le turban sikh ou le flambeau laïque;
- elle est sexiste parce qu’interdire le port du foulard à l’école n’aide pas à l’émancipation des jeunes filles mais, au contraire, leur rend plus difficile l’accès à un enseignement qui peut justement leur apporter des outils d’émancipation;
- elle est violente, tout autant que le foulard imposé, puisque, dans ces deux formes de contrainte, d’autres décident à la place des jeunes filles de la façon dont elles doivent s’habiller.
Interdire ou obliger le port du foulard est ainsi contraire à un principe fondamental du féminisme : la liberté des femmes de disposer de leur corps comme elles l’entendent:
- elle alimente la haine qui divise la population, les élèves et les professeurs, plutôt que d’encourager les solidarités, pourtant encore plus nécessaires aujourd’hui pour résister ensemble aux mesures d’austérité des gouvernements qui visent aussi l’enseignement;
- à moyen terme, elle exclut aussi les femmes en foulard de la vie économique et sociale puisqu’elle contribue très fortement à une réelle prise de conscience par les jeunes musulmanes des difficultés auxquelles elles devront faire face lors de la recherche d’un emploi ou lors du processus d’intégration professionnelle. Cette prise de conscience peut se traduire par un manque d’ambition scolaire et professionnelle. Ainsi, en plus de l’exclusion de fait, nait l’auto-exclusion qui est symptomatique d’un racisme bel et bien présent.
Pour qu’enseignement rime avec Droit, Egalité, Mixité, Ouverture, Citoyenneté, Respect, Autonomie, Tolérance, Intelligence, Emancipation
Tou-te-s les jeunes ont droit à une école et un enseignement de qualité et gratuit.
C’est pour cela que le MDF appelle à une mobilisation large et unitaire, autour du slogan « Marre des écoles poubelles: des écoles plus belles pour toutes et tous ! », ce rassemblement portera deux revendications, pour exiger ensemble :
1. le refinancement public de l'enseignement à hauteur de 7% du PIB, en allant chercher l’argent où il est : dans les poches des responsables de la crise, c’est-à-dire les grands patrons et les spéculateurs;
2. un enseignement public, pluraliste et démocratique, ouvert à toutes et tous, c’est-à-dire sans discriminations ni sociale ni culturelle ni idéologique, et donc sans interdiction du port du foulard
Une pétition (bientôt téléchargeable sur www.mouvdf.be.cx) circule également dans ce sens.
Autour de ces revendications, le Mouvement pour les Droits Fondamentaux appelle largement à signer une pétition (aussi téléchargeable prochainement sur www.mouvdf.be.cx) et à participer à un premier rassemblement ce mercredi 11 novembre, de 14h à 17h, devant a bourse à Bruxelles.
Communiqué du Mouvement pour les Droits Fondamentaux (MDF)
05.11.09
Infos et contact : mouvdf@gmail.com, 0474/31.26.67, www.mouvdf.be.cx
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Déclarations et communiqués
dimanche 8 novembre 2009
Opération 11.11.11 : Les travailleurs ne sont pas des outils! Il est temps d’enfoncer le clou!
Comme chaque année en novembre, le CNCD (Centre National de Coopération au Développement) et ses organisations membres s’engagent dans une grande récolte de fonds, l’Opération 11.11.11, afin de soutenir des projets visant un développement socialement juste et écologiquement soutenable au Sud et au Nord de la planète. Dans le cadre de son projet introduit auprès du CNCD, le CADTM (Comité pour l'Annulation de la Dette du Tiers-Monde) part en campagne !
L’Opération 11.11.11, c’est aussi une thématique mise en avant. « Les travailleurs ne sont pas des outils, il est temps d’enfoncer le clou ! » tel est le slogan de cette deuxième année de campagne pour le travail décent.
Pourquoi le travail décent ? Avec la crise capitaliste mondiale, c’est tout un système qui s’effondre sous nos yeux. La crise n’épargne personne. Les travailleurs du Nord comme au Sud sont victimes d’un même système qui pousse leur revenus vers le bas. Alors que les plus nantis bénéficient des "bonus" et autres "parachutes dorés", les populations du Sud ne bénéficient d’aucun système de protection sociale, entraînant une explosion sans précédent des inégalités mondiales. Pour sortir de la crise, les gouvernements ne peuvent se limiter à éteindre l’incendie financier à court terme en faisant payer par la collectivité les pertes des banques et des entreprises, sur fond d’austérité sociale. ll faut une réorientation radicale des choix économiques, au service des peuples et des citoyens. C’est pourquoi le CNCD 11.11.11 et ses membres mènent campagne en faveur du travail décent.
Le CADTM, quant à lui, s’implique à fond dans cette thématique du travail décent via l’annulation de la dette du Tiers Monde, notre angle d’attaque. En effet, cette annulation n’est pas un objectif en soi mais un moyen pour garantir l’exercice des droits fondamentaux et le travail décent est un droit. Notre action radicalise la revendication de préserver des budgets d’Etat importants pour les travailleurs/ses de la fonction publique (de vrais enseignants diplômés et non des vacataires aléatoires, du personnel de santé local et non des expatriés de passage, des emplois garantis dans des services publics sauvegardés ou même récupérés sur le secteur privé, etc.). Notre action vise aussi à pousser les gouvernements du Nord et du Sud à garantir le travail et donc les revenus des petits producteurs locaux contre les plans des institutions financières et des transnationales guidées par le seul appât du profit. La lutte contre la dette et les plans d’ajustement qu’elle entraîne, c’est aussi rendre une part de décence au travail non reconnu et encore moins rémunéré, de centaines de millions de femmes dans le Tiers-Monde.
Parce qu’un autre système est aussi nécessaire que possible, nous vous proposons de passer à l’action en soutenant l’opération 11.11.11
AIDEZ-NOUS À RENFORCER LE COMBAT DU CADTM !
SOUTENEZ LA CAMPAGNE 11.11.11...
POUR MONDIALISER LE TRAVAIL DÉCENT !
Soutenez 11.11.11 en faisant un don :
-> En ligne sur le site du CADTM via le système de paiement sécurisé Paypal
-> Sur le compte du CADTM, soit par virement bancaire avec la mention "11.11.11" (pour la Belgique : 001-2318343-22 ; pour le reste du monde : IBAN : BE06 0012 3183 4322, Code Swift/BIC : GEBA BE BB) soit par chèque adressé au CADTM, 345 av. de l’Observatoire, 4000 Liège.
- Achetez-nous des produits 11.11.11. Solidairement, offrez-vous ou à votre entourage les cadeaux 11.11.11 ! Voyez sur notre site ce que nous vous proposons, et passez commande ! Les produits sont à votre disposition au local du CADTM à Liège. Possibilité de les récupérer également à Bruxelles.
- Réalisez la récolte en notre compagnie, à Liège ou à Bruxelles !
Infos : cecile@cadtm.org ou Cécile: 0032 (0)4 226 62 85 / (0)484 99 53 81
L’Opération 11.11.11, c’est aussi une thématique mise en avant. « Les travailleurs ne sont pas des outils, il est temps d’enfoncer le clou ! » tel est le slogan de cette deuxième année de campagne pour le travail décent.
Pourquoi le travail décent ? Avec la crise capitaliste mondiale, c’est tout un système qui s’effondre sous nos yeux. La crise n’épargne personne. Les travailleurs du Nord comme au Sud sont victimes d’un même système qui pousse leur revenus vers le bas. Alors que les plus nantis bénéficient des "bonus" et autres "parachutes dorés", les populations du Sud ne bénéficient d’aucun système de protection sociale, entraînant une explosion sans précédent des inégalités mondiales. Pour sortir de la crise, les gouvernements ne peuvent se limiter à éteindre l’incendie financier à court terme en faisant payer par la collectivité les pertes des banques et des entreprises, sur fond d’austérité sociale. ll faut une réorientation radicale des choix économiques, au service des peuples et des citoyens. C’est pourquoi le CNCD 11.11.11 et ses membres mènent campagne en faveur du travail décent.
Le CADTM, quant à lui, s’implique à fond dans cette thématique du travail décent via l’annulation de la dette du Tiers Monde, notre angle d’attaque. En effet, cette annulation n’est pas un objectif en soi mais un moyen pour garantir l’exercice des droits fondamentaux et le travail décent est un droit. Notre action radicalise la revendication de préserver des budgets d’Etat importants pour les travailleurs/ses de la fonction publique (de vrais enseignants diplômés et non des vacataires aléatoires, du personnel de santé local et non des expatriés de passage, des emplois garantis dans des services publics sauvegardés ou même récupérés sur le secteur privé, etc.). Notre action vise aussi à pousser les gouvernements du Nord et du Sud à garantir le travail et donc les revenus des petits producteurs locaux contre les plans des institutions financières et des transnationales guidées par le seul appât du profit. La lutte contre la dette et les plans d’ajustement qu’elle entraîne, c’est aussi rendre une part de décence au travail non reconnu et encore moins rémunéré, de centaines de millions de femmes dans le Tiers-Monde.
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Déclarations et communiqués
samedi 7 novembre 2009
Quelles alternatives au capitalisme? Entretien avec Frei Betto
Nous avons aujourd'hui la chance de nous entretenir avec Frei Betto, écrivain, porte-voix de la Théologie de la libération et ex-conseiller du Président brésilien Lula. Quelles alternatives après le capitalisme? Et que pouvons-nous apprendre des expériences alternatives en Amérique latine?
Frei Betto: Je connais des expériences systémiques comme certains mouvements populaires au Brésil, des coopératives, et d'autres qui sont hors de la logique du marché et du capitalisme lui-même. D'un point de vue systémique, je connaissais bien l'expérience de l'Union soviétique où je me suis rendu plusieurs fois durant le régime socialiste. Aujourd'hui, je suis convaincu que le système soviétique n'a jamais rompu avec la logique capitaliste. Quand je me souviens que Lénine a dit que la révolution la plus importante consistait en l'électrification de l'Union soviétique, ceci a été dans une logique productiviste, consumériste. L'Union soviétique a été un pionnier dans la conquête de l'espace, mais elle n'a pas su parvenir à des conditions réelles de bonheur pour son peuple. La nationalisation complète de tous les secteurs de la vie a débouché sur de nombreux problèmes, notamment la corruption, car les gens cherchaient des formes non-officielles pour gagner de l'argent. La Chine, par exemple, qui a aussi tenté de sortir de la logique capitaliste, est un pays qui, avec sa main-d'œuvre bon marché soutient en pratique les transnationales en les aidant à étendre encore d'avantage cette perspective consumériste. Je dirais alors que le système qui s'est le plus détaché de la logique capitaliste est Cuba. Cuba a effectivement investi dans les droits sociaux et moins dans une perspective productiviste consumériste.
Dans un article, vous rappelez que la faim tue environ 1.000 personnes par heure. Comment expliquez-vous qu'un pays pauvre comme Cuba n'affiche pas de telles statistiques, et que depuis un demi-siècle, il n'y ait pas un seul enfant qui meurt de faim ou d'une maladie curable?
A Cuba, on a garanti pour l'ensemble de la population qui compte 11 millions d'habitants les trois droits fondamentaux humains qui sont, dans l'ordre: la nourriture, la santé et l'éducation. A Cuba, il y a de la pauvreté, mais il n'y a pas de la misère et les Cubains peuvent se permettre d'afficher un panneau dans l'aéroport de La Havane qui dit: «Ce soir, 200 millions d'enfants vont dormir dans la rue, pas un seul d'entre eux est cubain. »
L'un de vos textes s'intitule «Cuba et le don de la vie ». Pourriez-vous nous en résumer les idées principales?
Le plus grand cadeau de Dieu est la vie, pas le Vatican, pas la Théologie de la Libération, ni l'Opus Dei, c'est le don de la vie (cf. Jean 10 :10). Encore une fois, le seul pays qui a garanti une vie décente à toute sa population est Cuba. Malheureusement, dans d'autres pays du Sud, une proportion importante de la population est exclue des possibilités d'une vie décente. Jean-Paul II, lors de sa visite à Cuba, a publiquement reconnu et loué les réalisations sociales de Cuba. Cuba a encore plein de choses à améliorer, il y a toujours beaucoup de problèmes, car Cuba est une île multipliée par quatre : une île du point de vue géographique, une île en tant que seul pays socialiste dans l'histoire de l'Occident, une île isolée du fait de la disparition du soutien de l'Union soviétique, et une île de par le blocus criminel imposé par le gouvernement des Etats-Unis. En dépit de toute cette situation difficile, Cuba maintient sa souveraineté et ses conditions de vie dignes pour toute sa population. Ceci explique peut-être pourquoi à Cuba il n'y a jamais eu de révolte populaire que la police aurait dû réprimer. Souvent les gens me demandent: "Mais alors pourquoi y a-t-il des gens qui quittent Cuba, les balseros?" Bien sûr, parce que vivre le socialisme, c'est comme vivre dans un monastère: tu dois être altruiste, penser d'abord à la communauté et ensuite à toi-même, or nous sommes tous nés capitalistes, égoïstes. Donc il y a aussi des gens qui veulent quitter Cuba pour tenter de devenir riche, tout comme de nombreux moines qui quittent les monastères, car ils ne supportent pas la vie communautaire de partage.
Que répondez-vous aux gens qui disent qu'il n'y a pas de liberté à Cuba?
Je leur dis toujours: « Vos employés, quelle liberté ont-ils? » A Cuba, les gens ont la liberté, pas dans le monde capitaliste où seulement une petite minorité bénéficie de toutes les libertés, et où la plupart n'ont aucune liberté, même pas de vivre en dignité, de mettre leurs enfants à l'école, d'avoir un traitement médical. A Cuba, il n'y a pas de tourisme individuel, mais si un groupe culturel a besoin de voyager, l'Etat finance tout le voyage. Tout doit avoir un sens social, c'est correct. Pas comme dans mon pays où seule une toute petite minorité peut voyager en-dehors du pays et la plupart n'ont pas les moyens de se déplacer, même à l'intérieur du pays.
Des Cubains disent qu'ils n'ont qu'un seul parti, mais qui défend les intérêts d'une majorité de personnes et qu'en Europe, nous avons beaucoup de partis avec des noms différents, mais qui ne représentent qu'un seul parti, le parti du capital...
Oui, exactement. Dans le monde capitaliste, il y a plusieurs partis avec des noms différents, mais qu'un seul modèle, le modèle capitaliste néolibéral.
En Europe, la social-démocratie, qui s'appelle « socialiste», prétend que la lutte des classes n'existe plus…
Précisément, c'est un mensonge, car la social-démocratie en Europe soutient à fond les entreprises européennes qui exploitent terriblement le Sud ; les gens peuvent, apparemment, penser qu'il y a une solidarité entre classes, mais la question est autre: dans quelle mesure cette solidarité est-elle aussi appliquée par rapport aux peuples du Sud?
Alors, en Europe, les socialistes usurpent le mot socialiste?
Bien sûr! C'est clair! Il n'y a rien de socialiste, ni même de social! Si tu observes les gouvernements sociaux-démocrates en Europe et leurs relations qu'ils entretiennent avec les entreprises opérant dans le Sud, il s'agit d'opérations typiquement capitalistes sans aucune préoccupation sociale ou environnementale.
Dans le cadre de la théologie de la libération (TL), votre compatriote Don Helder Camara a déclaré: «Quand je nourris les pauvres, vous m'appelez un saint, quand je dénonce les causes de la pauvreté, vous m'appelez un communiste ». Quelle serait la contribution de la TL à un projet post-capitaliste? Est-ce que la TL peut être apolitique?
Toute théologie a un contenu politique. Aussi chacun d'entre nous, consciemment ou non, fait de la politique, soit en légitimant le désordre établi dans le capitalisme, en particulier les inégalités, soit en contestant ce désordre avec une vision post-capitaliste d'un autre monde possible, comme l'affirment les participantes et participants du Forum social mondial. La TL est une théologie qui trouve sa source dans cette situation d'oppression en Amérique latine, en Afrique et en Asie, et le principal désir du peuple est de se libérer de cette oppression et de cette misère dans lesquelles il est condamné à vivre. La contribution de la théologie à un projet post-capitaliste commence par le fait de présenter aux gens une vision critique du capitalisme, un système qui a comme valeur suprême la propriété privée, où peu de personnes vivent aux frais des autres qui n'ont pas le droit à la propriété de leur travail, de leur dignité, de leur propre survie biologique, sans aucune chance de pouvoir développer leurs dons spirituels, intellectuels, artistiques, des gens qui sont pratiquement réduits à l'esclavage par ce système qui se nourrit de l'exploitation du travail des autres. Donc la TL n'est pas à proprement parler une proposition socialiste, c'est une proposition pour surmonter l'oppression de l'homme et c'est souvent aussi une vision critique du socialisme lui-même, dans la mesure où la théologie a le paradigme du royaume de Dieu, qui n'est pas quelque chose qui est dans l'au-delà, mais dans le ici et maintenant. En ce sens, nous devons améliorer toujours plus les relations entre les hommes, les systèmes politiques, économiques et sociaux jusqu'à l'éradication complète de l'aliénation dans l'histoire humaine, ce que, en termes théologiques, nous appelons l'éradication du péché dans le sens de la création d'une civilisation d'amour complète et ceci prend du temps et passe par de nombreux processus sociaux à l'avenir.
Vous dites que la TL a une vision critique face au socialisme lui-même. Toutefois, je me demande à quelles conditions nous pourrions appeler «socialiste» ce processus?
Le socialisme peut apparaître comme un système de richesses matérielles destinées à tous, comme c'était le cas en Europe de l'Est. Aujourd'hui, ceci est reconnu comme une erreur. Nous devons penser le socialisme comme une abondance spirituelle, même quand il y a des difficultés ; les gens vont comprendre qu'il y a des difficultés pour tous, et qu'elles découlent du fait que le socialisme cohabite avec un monde de compétition, d'égoïsme, d'exploitation : le monde capitaliste. A partir de là, tu trouves des moyens pour dépasser ces idées jusqu'à ce que tu découvres que dans le socialisme, comme l'indique son nom, les droits sociaux sont au-dessus des droits personnels, mais où le potentiel personnel peut aussi se développer, sans contradiction entre l'un et l'autre : c'est beaucoup plus humanisant (humanisador), beaucoup plus aimant (amoroso), et surtout plus proche pour atteindre ce but fondamental qu'est la conquête du bonheur. Nous devons peut-être nous demander, pourquoi en Amérique Latine (AL) il y a statistiquement moins de violence, moins de guerres mais beaucoup plus d'espoir pour l'avenir que sur tous les autres continents? Ici, les gens se tournent vers le passé, s'accrochent à leurs biens, ont peur de perdre leurs richesses, mais en AL, il y a des peuples qui sont en train de rejeter le modèle libéral, ne croient plus aux Messies néolibéraux comme Menem en Argentine, Fujimori au Pérou, Collor de Melo au Brésil, Caldera au Venezuela, mais qui choisissent désormais des représentants du peuple pour gouverner, ce qui représente un changement très important et très positif: pour la première fois en Amérique Latine, nous pouvons faire une révolution sans armes, par des moyens démocratiques.
Pouvez-vous développer un peu plus sur ce processus de maturation en AL?
Au cours des 50 dernières années, l'AL a connu trois cycles de modèles politiques: d'abord les dictatures militaires - rejetées (mais qui menacent maintenant de réapparaître avec le coup d'Etat militaire non démocratique qui s'est déroulé au Honduras et la douteuse attitude américaine et de l'UE ; ainsi que du cardinal du Honduras!) ; deuxièmement, les Messies néolibéraux, tous défenseurs ardus de la privatisation des biens publics, complètement à genoux devant la Maison-Blanche et devant le Consensus de Washington et toutes les recettes du FMI - eux également rejetés; et maintenant, des gouvernements démocratiques populaires, certains plus progressistes, comme Hugo Chávez au Venezuela, Evo Morales en Bolivie, Rafael Correa en Equateur, d'autres moins progressistes comme Lula au Brésil, le couple Kirchner en Argentine, Fernando Lugo au Paraguay. Donc les réformes structurelles sont stimulées par des moyens démocratiques. Je ne peux toujours pas appeler cela du socialisme, mais c'est une prise de conscience critique pour établir des liens en AL, comme la Banque du Sud, l'ALBA au lieu du ZLEA, etc., pour trouver un autre modèle d'intégration des peuples que le capitalisme traditionnel. Il s'agit de gens qui veulent gouverner pour les peuples. Alors que le monde est contrôlé par les riches, ces chefs d'État sont systématiquement diabolisés par les médias occidentaux, ainsi que par leurs propres médias nationaux qui sont contrôlés par les puissants privés, comme par exemple au Venezuela. Probablement, il s'agit de notre première opportunité historique de parvenir à des changements structurels par des moyens démocratiques et pacifiques, et ceci au sein d'un jeu électoral souvent très corrompu par le pouvoir économique. Depuis 1999, ces peuples élisent des dirigeants populaires, indigènes, qui veulent gouverner pour les pauvres. Je préfère appeler ce processus « printemps démocratique ».
Dans quelle mesure doit-on prendre le pouvoir pour transformer la société?
Il faut avoir le pouvoir. Pour y accéder, il y a deux voies. La manière de Lénine : d'abord prendre le pouvoir, ensuite en augmenter la performance, c'est une voie difficile, et aujourd'hui, il ne reste plus que deux secteurs qui sont intéressés par la lutte armée, les fabricants d'armes et l'extrême droite. Bien sûr, si un peuple est réprimé par la force, conformément au principe de St-Thomas d'Aquin, il a le droit de se défendre par les armes. Mais aujourd'hui, en AL, nous avons cette occasion, qui est unique, de prendre le pouvoir pacifiquement et démocratiquement, à travers l'organisation des mouvements sociaux, et pour moi, c'est le chemin le plus efficace et le plus viable en ce moment historique que nous vivons.
Frei Betto, pourriez-vous exprimer vos conclusions à cet entretien?
Nous sommes confrontés à une crise mondiale du système capitaliste ; c'est une occasion de profiter pour réfléchir à des alternatives à ce système - je ne veux pas dire que cela conduira à un effondrement du capitalisme dans les années à venir - mais il y a en effet des choses très inquiétantes: p. ex. les pays du G20 ont proposé de donner 15 milliards de dollars pour éradiquer la faim dans le monde, et ces même pays au cours des derniers mois ont attribué une somme mille fois supérieure pour sauver le système financier! Il y a une question d'éthique à discuter: il ne s'agira pas de sauver le système capitaliste, mais de sauver l'humanité.
Propos recueillis par Andrea Duffour
14.10.09
Source: michelcollon.info
La version intégrale de cette interview est consultable sur le site de l'Association Suisse-Cuba
version originale en espagnol sur www.cuba-si.ch
version intégrale en français sur www.cuba-si.ch
Frei Betto: Je connais des expériences systémiques comme certains mouvements populaires au Brésil, des coopératives, et d'autres qui sont hors de la logique du marché et du capitalisme lui-même. D'un point de vue systémique, je connaissais bien l'expérience de l'Union soviétique où je me suis rendu plusieurs fois durant le régime socialiste. Aujourd'hui, je suis convaincu que le système soviétique n'a jamais rompu avec la logique capitaliste. Quand je me souviens que Lénine a dit que la révolution la plus importante consistait en l'électrification de l'Union soviétique, ceci a été dans une logique productiviste, consumériste. L'Union soviétique a été un pionnier dans la conquête de l'espace, mais elle n'a pas su parvenir à des conditions réelles de bonheur pour son peuple. La nationalisation complète de tous les secteurs de la vie a débouché sur de nombreux problèmes, notamment la corruption, car les gens cherchaient des formes non-officielles pour gagner de l'argent. La Chine, par exemple, qui a aussi tenté de sortir de la logique capitaliste, est un pays qui, avec sa main-d'œuvre bon marché soutient en pratique les transnationales en les aidant à étendre encore d'avantage cette perspective consumériste. Je dirais alors que le système qui s'est le plus détaché de la logique capitaliste est Cuba. Cuba a effectivement investi dans les droits sociaux et moins dans une perspective productiviste consumériste.
Dans un article, vous rappelez que la faim tue environ 1.000 personnes par heure. Comment expliquez-vous qu'un pays pauvre comme Cuba n'affiche pas de telles statistiques, et que depuis un demi-siècle, il n'y ait pas un seul enfant qui meurt de faim ou d'une maladie curable?
A Cuba, on a garanti pour l'ensemble de la population qui compte 11 millions d'habitants les trois droits fondamentaux humains qui sont, dans l'ordre: la nourriture, la santé et l'éducation. A Cuba, il y a de la pauvreté, mais il n'y a pas de la misère et les Cubains peuvent se permettre d'afficher un panneau dans l'aéroport de La Havane qui dit: «Ce soir, 200 millions d'enfants vont dormir dans la rue, pas un seul d'entre eux est cubain. »
L'un de vos textes s'intitule «Cuba et le don de la vie ». Pourriez-vous nous en résumer les idées principales?
Le plus grand cadeau de Dieu est la vie, pas le Vatican, pas la Théologie de la Libération, ni l'Opus Dei, c'est le don de la vie (cf. Jean 10 :10). Encore une fois, le seul pays qui a garanti une vie décente à toute sa population est Cuba. Malheureusement, dans d'autres pays du Sud, une proportion importante de la population est exclue des possibilités d'une vie décente. Jean-Paul II, lors de sa visite à Cuba, a publiquement reconnu et loué les réalisations sociales de Cuba. Cuba a encore plein de choses à améliorer, il y a toujours beaucoup de problèmes, car Cuba est une île multipliée par quatre : une île du point de vue géographique, une île en tant que seul pays socialiste dans l'histoire de l'Occident, une île isolée du fait de la disparition du soutien de l'Union soviétique, et une île de par le blocus criminel imposé par le gouvernement des Etats-Unis. En dépit de toute cette situation difficile, Cuba maintient sa souveraineté et ses conditions de vie dignes pour toute sa population. Ceci explique peut-être pourquoi à Cuba il n'y a jamais eu de révolte populaire que la police aurait dû réprimer. Souvent les gens me demandent: "Mais alors pourquoi y a-t-il des gens qui quittent Cuba, les balseros?" Bien sûr, parce que vivre le socialisme, c'est comme vivre dans un monastère: tu dois être altruiste, penser d'abord à la communauté et ensuite à toi-même, or nous sommes tous nés capitalistes, égoïstes. Donc il y a aussi des gens qui veulent quitter Cuba pour tenter de devenir riche, tout comme de nombreux moines qui quittent les monastères, car ils ne supportent pas la vie communautaire de partage.
Que répondez-vous aux gens qui disent qu'il n'y a pas de liberté à Cuba?
Je leur dis toujours: « Vos employés, quelle liberté ont-ils? » A Cuba, les gens ont la liberté, pas dans le monde capitaliste où seulement une petite minorité bénéficie de toutes les libertés, et où la plupart n'ont aucune liberté, même pas de vivre en dignité, de mettre leurs enfants à l'école, d'avoir un traitement médical. A Cuba, il n'y a pas de tourisme individuel, mais si un groupe culturel a besoin de voyager, l'Etat finance tout le voyage. Tout doit avoir un sens social, c'est correct. Pas comme dans mon pays où seule une toute petite minorité peut voyager en-dehors du pays et la plupart n'ont pas les moyens de se déplacer, même à l'intérieur du pays.
Des Cubains disent qu'ils n'ont qu'un seul parti, mais qui défend les intérêts d'une majorité de personnes et qu'en Europe, nous avons beaucoup de partis avec des noms différents, mais qui ne représentent qu'un seul parti, le parti du capital...
Oui, exactement. Dans le monde capitaliste, il y a plusieurs partis avec des noms différents, mais qu'un seul modèle, le modèle capitaliste néolibéral.
En Europe, la social-démocratie, qui s'appelle « socialiste», prétend que la lutte des classes n'existe plus…
Précisément, c'est un mensonge, car la social-démocratie en Europe soutient à fond les entreprises européennes qui exploitent terriblement le Sud ; les gens peuvent, apparemment, penser qu'il y a une solidarité entre classes, mais la question est autre: dans quelle mesure cette solidarité est-elle aussi appliquée par rapport aux peuples du Sud?
Alors, en Europe, les socialistes usurpent le mot socialiste?
Bien sûr! C'est clair! Il n'y a rien de socialiste, ni même de social! Si tu observes les gouvernements sociaux-démocrates en Europe et leurs relations qu'ils entretiennent avec les entreprises opérant dans le Sud, il s'agit d'opérations typiquement capitalistes sans aucune préoccupation sociale ou environnementale.
Dans le cadre de la théologie de la libération (TL), votre compatriote Don Helder Camara a déclaré: «Quand je nourris les pauvres, vous m'appelez un saint, quand je dénonce les causes de la pauvreté, vous m'appelez un communiste ». Quelle serait la contribution de la TL à un projet post-capitaliste? Est-ce que la TL peut être apolitique?
Toute théologie a un contenu politique. Aussi chacun d'entre nous, consciemment ou non, fait de la politique, soit en légitimant le désordre établi dans le capitalisme, en particulier les inégalités, soit en contestant ce désordre avec une vision post-capitaliste d'un autre monde possible, comme l'affirment les participantes et participants du Forum social mondial. La TL est une théologie qui trouve sa source dans cette situation d'oppression en Amérique latine, en Afrique et en Asie, et le principal désir du peuple est de se libérer de cette oppression et de cette misère dans lesquelles il est condamné à vivre. La contribution de la théologie à un projet post-capitaliste commence par le fait de présenter aux gens une vision critique du capitalisme, un système qui a comme valeur suprême la propriété privée, où peu de personnes vivent aux frais des autres qui n'ont pas le droit à la propriété de leur travail, de leur dignité, de leur propre survie biologique, sans aucune chance de pouvoir développer leurs dons spirituels, intellectuels, artistiques, des gens qui sont pratiquement réduits à l'esclavage par ce système qui se nourrit de l'exploitation du travail des autres. Donc la TL n'est pas à proprement parler une proposition socialiste, c'est une proposition pour surmonter l'oppression de l'homme et c'est souvent aussi une vision critique du socialisme lui-même, dans la mesure où la théologie a le paradigme du royaume de Dieu, qui n'est pas quelque chose qui est dans l'au-delà, mais dans le ici et maintenant. En ce sens, nous devons améliorer toujours plus les relations entre les hommes, les systèmes politiques, économiques et sociaux jusqu'à l'éradication complète de l'aliénation dans l'histoire humaine, ce que, en termes théologiques, nous appelons l'éradication du péché dans le sens de la création d'une civilisation d'amour complète et ceci prend du temps et passe par de nombreux processus sociaux à l'avenir.
Vous dites que la TL a une vision critique face au socialisme lui-même. Toutefois, je me demande à quelles conditions nous pourrions appeler «socialiste» ce processus?
Le socialisme peut apparaître comme un système de richesses matérielles destinées à tous, comme c'était le cas en Europe de l'Est. Aujourd'hui, ceci est reconnu comme une erreur. Nous devons penser le socialisme comme une abondance spirituelle, même quand il y a des difficultés ; les gens vont comprendre qu'il y a des difficultés pour tous, et qu'elles découlent du fait que le socialisme cohabite avec un monde de compétition, d'égoïsme, d'exploitation : le monde capitaliste. A partir de là, tu trouves des moyens pour dépasser ces idées jusqu'à ce que tu découvres que dans le socialisme, comme l'indique son nom, les droits sociaux sont au-dessus des droits personnels, mais où le potentiel personnel peut aussi se développer, sans contradiction entre l'un et l'autre : c'est beaucoup plus humanisant (humanisador), beaucoup plus aimant (amoroso), et surtout plus proche pour atteindre ce but fondamental qu'est la conquête du bonheur. Nous devons peut-être nous demander, pourquoi en Amérique Latine (AL) il y a statistiquement moins de violence, moins de guerres mais beaucoup plus d'espoir pour l'avenir que sur tous les autres continents? Ici, les gens se tournent vers le passé, s'accrochent à leurs biens, ont peur de perdre leurs richesses, mais en AL, il y a des peuples qui sont en train de rejeter le modèle libéral, ne croient plus aux Messies néolibéraux comme Menem en Argentine, Fujimori au Pérou, Collor de Melo au Brésil, Caldera au Venezuela, mais qui choisissent désormais des représentants du peuple pour gouverner, ce qui représente un changement très important et très positif: pour la première fois en Amérique Latine, nous pouvons faire une révolution sans armes, par des moyens démocratiques.
Pouvez-vous développer un peu plus sur ce processus de maturation en AL?
Au cours des 50 dernières années, l'AL a connu trois cycles de modèles politiques: d'abord les dictatures militaires - rejetées (mais qui menacent maintenant de réapparaître avec le coup d'Etat militaire non démocratique qui s'est déroulé au Honduras et la douteuse attitude américaine et de l'UE ; ainsi que du cardinal du Honduras!) ; deuxièmement, les Messies néolibéraux, tous défenseurs ardus de la privatisation des biens publics, complètement à genoux devant la Maison-Blanche et devant le Consensus de Washington et toutes les recettes du FMI - eux également rejetés; et maintenant, des gouvernements démocratiques populaires, certains plus progressistes, comme Hugo Chávez au Venezuela, Evo Morales en Bolivie, Rafael Correa en Equateur, d'autres moins progressistes comme Lula au Brésil, le couple Kirchner en Argentine, Fernando Lugo au Paraguay. Donc les réformes structurelles sont stimulées par des moyens démocratiques. Je ne peux toujours pas appeler cela du socialisme, mais c'est une prise de conscience critique pour établir des liens en AL, comme la Banque du Sud, l'ALBA au lieu du ZLEA, etc., pour trouver un autre modèle d'intégration des peuples que le capitalisme traditionnel. Il s'agit de gens qui veulent gouverner pour les peuples. Alors que le monde est contrôlé par les riches, ces chefs d'État sont systématiquement diabolisés par les médias occidentaux, ainsi que par leurs propres médias nationaux qui sont contrôlés par les puissants privés, comme par exemple au Venezuela. Probablement, il s'agit de notre première opportunité historique de parvenir à des changements structurels par des moyens démocratiques et pacifiques, et ceci au sein d'un jeu électoral souvent très corrompu par le pouvoir économique. Depuis 1999, ces peuples élisent des dirigeants populaires, indigènes, qui veulent gouverner pour les pauvres. Je préfère appeler ce processus « printemps démocratique ».
Dans quelle mesure doit-on prendre le pouvoir pour transformer la société?
Il faut avoir le pouvoir. Pour y accéder, il y a deux voies. La manière de Lénine : d'abord prendre le pouvoir, ensuite en augmenter la performance, c'est une voie difficile, et aujourd'hui, il ne reste plus que deux secteurs qui sont intéressés par la lutte armée, les fabricants d'armes et l'extrême droite. Bien sûr, si un peuple est réprimé par la force, conformément au principe de St-Thomas d'Aquin, il a le droit de se défendre par les armes. Mais aujourd'hui, en AL, nous avons cette occasion, qui est unique, de prendre le pouvoir pacifiquement et démocratiquement, à travers l'organisation des mouvements sociaux, et pour moi, c'est le chemin le plus efficace et le plus viable en ce moment historique que nous vivons.
Frei Betto, pourriez-vous exprimer vos conclusions à cet entretien?
Nous sommes confrontés à une crise mondiale du système capitaliste ; c'est une occasion de profiter pour réfléchir à des alternatives à ce système - je ne veux pas dire que cela conduira à un effondrement du capitalisme dans les années à venir - mais il y a en effet des choses très inquiétantes: p. ex. les pays du G20 ont proposé de donner 15 milliards de dollars pour éradiquer la faim dans le monde, et ces même pays au cours des derniers mois ont attribué une somme mille fois supérieure pour sauver le système financier! Il y a une question d'éthique à discuter: il ne s'agira pas de sauver le système capitaliste, mais de sauver l'humanité.
Propos recueillis par Andrea Duffour
14.10.09
Source: michelcollon.info
La version intégrale de cette interview est consultable sur le site de l'Association Suisse-Cuba
version originale en espagnol sur www.cuba-si.ch
version intégrale en français sur www.cuba-si.ch
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Qui a dit ?
vendredi 6 novembre 2009
L’annulation de la dette des pays en développement ne peut pas attendre !
Lettre ouverte aux membres du Parlement fédéral de Belgique : l’annulation de la dette des pays en développement ne peut pas attendre !
Mesdames et Messieurs les parlementaires,
comme vous le savez, l’année 2009 est marquée par l’aggravation de la crise mondiale, qui est à la fois financière, économique, sociale, environnementale et migratoire. Tous les continents sont touchés de plein fouet, l’Afrique en tête. Cette crise globale, dont l’épicentre se trouve au Nord entraîne des conséquences majeures pour les populations du Sud : explosion du nombre de chômeurs et de personnes affamées, réduction de l’aide publique au développement, baisse continue des dépenses sociales au Sud et en Europe de l’Est sur injonction du FMI et de la Banque mondiale, etc. Un nouveau palier historique a même été franchi cette année puisque, selon le dernier rapport de la FAO (l’Organisation des Nations-unies pour l’Alimentation et l’Agriculture) et du PAM (Programme alimentaire mondial) publié le 14 octobre, plus d’un milliard de personnes souffrent aujourd’hui de la faim, soit un individu sur six : c’est 100 millions de plus qu’il y a un an !
Malheureusement, le pire est encore à venir puisqu’une nouvelle crise de la dette publique externe se prépare au Sud, conséquence directe de la crise mondiale. En effet, toutes les conditions sont aujourd’hui réunies : effondrement des réserves de change de nombreux pays en développement, réendettement massif à l’égard des Institutions financières internationales (IFI), risque important de « nationalisation » des dettes du secteur privé, explosion de la dette publique interne et des prêts léonins Sud-Sud comme ceux accordés par la Chine et le Brésil, augmentation du coût du remboursement de la dette externe (1), etc. Résultat : les peuples du Sud vont payer le prix fort de cette crise mondiale dans laquelle ils n’ont aucune responsabilité. Le remboursement de la dette extérieure va accaparer une part encore plus importante des maigres budgets des Etats, au détriment des dépenses publiques vitales pour le développement des populations, tandis que la mainmise des IFI sur les politiques de ces pays, via les conditionnalités, va se renforcer au mépris du droit fondamental des peuples à disposer d’eux-mêmes et au rythme des privatisations des services publics, des coupes dans les budgets sociaux, etc.
Face à cette situation de violation massive des droits humains fondamentaux et à la lourde menace que fait planer cette prochaine crise de l’endettement, il est urgent de s’attaquer au fléau de la dette. La Belgique a non seulement le droit mais aussi le devoir d’agir immédiatement et unilatéralement en annulant toutes ses créances odieuses et illégitimes sur les pays en développement. En 2006, la Norvège a démontré qu’il est tout à fait possible d’annuler ces dettes sans passer par le Club de Paris, le FMI et la Banque mondiale et sans inclure leur montant dans l’aide publique au développement, lorsque le caractère illicite de ces dettes est établi notamment par des audits de la dette. Autre exemple : le gouvernement équatorien a décidé en novembre 2008, sur la base du rapport d’audit diligenté en 2007 (2), de suspendre unilatéralement le remboursement de sa dette publique commerciale compte tenu des nombreuses irrégularités détectées par le Commission d’audit. En juin 2009, 90% des créanciers commerciaux ont accepté la proposition de l’Equateur de racheter leurs créances à 35% de leur valeur nominale ; ce qui représente une économie de 300 millions de dollars par an pour le peuple équatorien. Ces deux exemples récents montrent que l’audit relève bien de la compétence des Etats et qu’il permet de légitimer des actes unilatéraux reconnus en droit international tels que la suspension de remboursement ou l’annulation sans conditions des dettes odieuses et illégitimes. Autant de mesures indispensables mais non suffisantes au développement des populations et à la réalisation de la justice.
La Belgique n’est pas en reste puisque le Sénat a adopté le 29 mars 2007 une résolution qui demande notamment au gouvernement d’instaurer immédiatement un moratoire avec gel des intérêts sur le remboursement du service de la dette bilatérale comprenant les créances d’Etat et celles du Ducroire (point 6), de mettre en place un audit sur les créances belges afin d’identifier et annuler la part odieuse (points 10 et 11), en considérant « au minimum qu’une dette odieuse est une dette contractée par un gouvernement non démocratique, que la somme empruntée n’a pas bénéficié aux populations locales et enfin que le prêt a été octroyé par le créancier en connaissance de cause des deux éléments précédents (3) ». Alors que cette résolution votée par le Sénat il y a plus de deux ans insiste sur « l’urgence et la nécessité d’un geste fort vis-à-vis de ces États qui permette de répondre immédiatement à leurs besoins » (point F), le gouvernement refuse toujours de l’appliquer, méprisant ainsi votre travail parlementaire. En effet, les mesures annoncées par le Ministre de l’Economie et des Finances, Didier Reynders, comme les rééchelonnements de dettes, les allègements de dettes conditionnés dans le cadre de l’Initiative PPTE (Pays Pauvres Très Endettés) ou encore les échanges de dettes ne tiennent aucunement compte du contenu de cette résolution.
Face à l’inertie du gouvernement, seule l’adoption d’une loi pourrait l’amener à mettre en place immédiatement un moratoire sur le remboursement des créances belges et un audit de celles-ci. C’est non seulement un droit mais aussi un devoir qui s’impose à vous. En tant que partie à de nombreuses conventions internationales telles que le Pacte sur les droits économiques, sociaux et culturels de 1966, la Belgique a, en effet, l’obligation juridique de respecter, de protéger et de promouvoir les droits humains comme les droits à l’alimentation, à l’éducation, à la santé, à l’autodétermination, etc. Autant de droits indispensables à la dignité humaine dont la réalisation passe nécessairement par l’annulation unilatérale des créances belges. C’est une question de volonté politique qui se pose à vous, comme ce fut le cas lorsque vous avez adopté la loi contre les fonds vautours en janvier 2008.
Rappelons, en cette semaine d’action mondiale contre la dette et les IFI (4), que le Sud est bien le créancier net envers le Nord : la dette financière a déjà été remboursée plusieurs fois par les pays en développement, tandis que les pays industrialisés ont accumulé au fil des décennies une énorme dette écologique dont ils refusent de s’acquitter. L’annulation de la dette financière doit donc impérativement s’accompagner d’autres mesures fortes pour réparer les dommages sociaux et environnementaux causés au Sud et de la construction d’une nouvelle architecture financière internationale démocratique et respectueuses des droits humains fondamentaux.
Renaud Vivien, juriste au CADTM Belgique &
Myriam Bourgy, secrétaire générale du CADTM Belgique
05.11.09
Source: cadtm (Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers-Monde)
Notes:
|1| Ce dernier aspect s’explique par deux raisons principales : d’une part, la forte augmentation depuis juillet 2008 des primes de risque payées par les pays en développement pour emprunter sur les marchés financiers internationaux et d’autre part, l’appréciation du dollar, monnaie avec laquelle les pays en développement remboursent leurs dettes. Par conséquent, les gouvernements du Sud doivent débourser plus de monnaie nationale qu’auparavant et puiser fortement dans leurs réserves de change pour se procurer les dollars nécessaires au remboursement de la dette externe.
|2| Le 5 juillet 2007, le président de l’Equateur Rafael Correa a créé, par décret, la Commission d’audit intégral de la dette publique de l’Equateur. L’article 2 du décret présidentiel définit cet audit comme « l’action de contrôle destinée à examiner et à évaluer le processus d’endettement et/ou de renégociation de la dette publique, l’origine et l’affectation des ressources ainsi que les projets financés par la dette interne et externe, afin de déterminer sa légitimité, sa légalité, sa transparence, sa qualité et son efficacité, sur la base des aspects légaux et financiers, des impacts économiques, sociaux, régionaux, écologiques et sur l’égalité des sexes, les nationalités et les populations ».
|3| Lire le texte intégral de la résolution sur http://www.cadtm.org/IMG/pdf/070327...
|4| http://www.cadtm.org/Semaine-d-Acti...
Mesdames et Messieurs les parlementaires,
comme vous le savez, l’année 2009 est marquée par l’aggravation de la crise mondiale, qui est à la fois financière, économique, sociale, environnementale et migratoire. Tous les continents sont touchés de plein fouet, l’Afrique en tête. Cette crise globale, dont l’épicentre se trouve au Nord entraîne des conséquences majeures pour les populations du Sud : explosion du nombre de chômeurs et de personnes affamées, réduction de l’aide publique au développement, baisse continue des dépenses sociales au Sud et en Europe de l’Est sur injonction du FMI et de la Banque mondiale, etc. Un nouveau palier historique a même été franchi cette année puisque, selon le dernier rapport de la FAO (l’Organisation des Nations-unies pour l’Alimentation et l’Agriculture) et du PAM (Programme alimentaire mondial) publié le 14 octobre, plus d’un milliard de personnes souffrent aujourd’hui de la faim, soit un individu sur six : c’est 100 millions de plus qu’il y a un an !
Malheureusement, le pire est encore à venir puisqu’une nouvelle crise de la dette publique externe se prépare au Sud, conséquence directe de la crise mondiale. En effet, toutes les conditions sont aujourd’hui réunies : effondrement des réserves de change de nombreux pays en développement, réendettement massif à l’égard des Institutions financières internationales (IFI), risque important de « nationalisation » des dettes du secteur privé, explosion de la dette publique interne et des prêts léonins Sud-Sud comme ceux accordés par la Chine et le Brésil, augmentation du coût du remboursement de la dette externe (1), etc. Résultat : les peuples du Sud vont payer le prix fort de cette crise mondiale dans laquelle ils n’ont aucune responsabilité. Le remboursement de la dette extérieure va accaparer une part encore plus importante des maigres budgets des Etats, au détriment des dépenses publiques vitales pour le développement des populations, tandis que la mainmise des IFI sur les politiques de ces pays, via les conditionnalités, va se renforcer au mépris du droit fondamental des peuples à disposer d’eux-mêmes et au rythme des privatisations des services publics, des coupes dans les budgets sociaux, etc.
Face à cette situation de violation massive des droits humains fondamentaux et à la lourde menace que fait planer cette prochaine crise de l’endettement, il est urgent de s’attaquer au fléau de la dette. La Belgique a non seulement le droit mais aussi le devoir d’agir immédiatement et unilatéralement en annulant toutes ses créances odieuses et illégitimes sur les pays en développement. En 2006, la Norvège a démontré qu’il est tout à fait possible d’annuler ces dettes sans passer par le Club de Paris, le FMI et la Banque mondiale et sans inclure leur montant dans l’aide publique au développement, lorsque le caractère illicite de ces dettes est établi notamment par des audits de la dette. Autre exemple : le gouvernement équatorien a décidé en novembre 2008, sur la base du rapport d’audit diligenté en 2007 (2), de suspendre unilatéralement le remboursement de sa dette publique commerciale compte tenu des nombreuses irrégularités détectées par le Commission d’audit. En juin 2009, 90% des créanciers commerciaux ont accepté la proposition de l’Equateur de racheter leurs créances à 35% de leur valeur nominale ; ce qui représente une économie de 300 millions de dollars par an pour le peuple équatorien. Ces deux exemples récents montrent que l’audit relève bien de la compétence des Etats et qu’il permet de légitimer des actes unilatéraux reconnus en droit international tels que la suspension de remboursement ou l’annulation sans conditions des dettes odieuses et illégitimes. Autant de mesures indispensables mais non suffisantes au développement des populations et à la réalisation de la justice.
La Belgique n’est pas en reste puisque le Sénat a adopté le 29 mars 2007 une résolution qui demande notamment au gouvernement d’instaurer immédiatement un moratoire avec gel des intérêts sur le remboursement du service de la dette bilatérale comprenant les créances d’Etat et celles du Ducroire (point 6), de mettre en place un audit sur les créances belges afin d’identifier et annuler la part odieuse (points 10 et 11), en considérant « au minimum qu’une dette odieuse est une dette contractée par un gouvernement non démocratique, que la somme empruntée n’a pas bénéficié aux populations locales et enfin que le prêt a été octroyé par le créancier en connaissance de cause des deux éléments précédents (3) ». Alors que cette résolution votée par le Sénat il y a plus de deux ans insiste sur « l’urgence et la nécessité d’un geste fort vis-à-vis de ces États qui permette de répondre immédiatement à leurs besoins » (point F), le gouvernement refuse toujours de l’appliquer, méprisant ainsi votre travail parlementaire. En effet, les mesures annoncées par le Ministre de l’Economie et des Finances, Didier Reynders, comme les rééchelonnements de dettes, les allègements de dettes conditionnés dans le cadre de l’Initiative PPTE (Pays Pauvres Très Endettés) ou encore les échanges de dettes ne tiennent aucunement compte du contenu de cette résolution.
Face à l’inertie du gouvernement, seule l’adoption d’une loi pourrait l’amener à mettre en place immédiatement un moratoire sur le remboursement des créances belges et un audit de celles-ci. C’est non seulement un droit mais aussi un devoir qui s’impose à vous. En tant que partie à de nombreuses conventions internationales telles que le Pacte sur les droits économiques, sociaux et culturels de 1966, la Belgique a, en effet, l’obligation juridique de respecter, de protéger et de promouvoir les droits humains comme les droits à l’alimentation, à l’éducation, à la santé, à l’autodétermination, etc. Autant de droits indispensables à la dignité humaine dont la réalisation passe nécessairement par l’annulation unilatérale des créances belges. C’est une question de volonté politique qui se pose à vous, comme ce fut le cas lorsque vous avez adopté la loi contre les fonds vautours en janvier 2008.
Rappelons, en cette semaine d’action mondiale contre la dette et les IFI (4), que le Sud est bien le créancier net envers le Nord : la dette financière a déjà été remboursée plusieurs fois par les pays en développement, tandis que les pays industrialisés ont accumulé au fil des décennies une énorme dette écologique dont ils refusent de s’acquitter. L’annulation de la dette financière doit donc impérativement s’accompagner d’autres mesures fortes pour réparer les dommages sociaux et environnementaux causés au Sud et de la construction d’une nouvelle architecture financière internationale démocratique et respectueuses des droits humains fondamentaux.
Renaud Vivien, juriste au CADTM Belgique &
Myriam Bourgy, secrétaire générale du CADTM Belgique
05.11.09
Source: cadtm (Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers-Monde)
Notes:
|1| Ce dernier aspect s’explique par deux raisons principales : d’une part, la forte augmentation depuis juillet 2008 des primes de risque payées par les pays en développement pour emprunter sur les marchés financiers internationaux et d’autre part, l’appréciation du dollar, monnaie avec laquelle les pays en développement remboursent leurs dettes. Par conséquent, les gouvernements du Sud doivent débourser plus de monnaie nationale qu’auparavant et puiser fortement dans leurs réserves de change pour se procurer les dollars nécessaires au remboursement de la dette externe.
|2| Le 5 juillet 2007, le président de l’Equateur Rafael Correa a créé, par décret, la Commission d’audit intégral de la dette publique de l’Equateur. L’article 2 du décret présidentiel définit cet audit comme « l’action de contrôle destinée à examiner et à évaluer le processus d’endettement et/ou de renégociation de la dette publique, l’origine et l’affectation des ressources ainsi que les projets financés par la dette interne et externe, afin de déterminer sa légitimité, sa légalité, sa transparence, sa qualité et son efficacité, sur la base des aspects légaux et financiers, des impacts économiques, sociaux, régionaux, écologiques et sur l’égalité des sexes, les nationalités et les populations ».
|3| Lire le texte intégral de la résolution sur http://www.cadtm.org/IMG/pdf/070327...
|4| http://www.cadtm.org/Semaine-d-Acti...
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Tribune et Analyse
Trop souvent oubliés: les Palestiniens d'Israël
Les citoyens Palestiniens d’Israël : Quelle place ? Quel avenir ?
Conférence coorganisée par le Cercle des étudiants arabo-européens de l’ULB,
Dor Hashalom et l’UPJB.
Conférence en anglais avec traduction simultanée
MARDI 10 NOVEMBRE À 19H30
ULB - Campus du Solbosch - Auditoire H2.215
1050 Ixelles
Avec:
Jaffar Farah, directeur du Centre Mossawa pour la défense des Droits des Arabes d’Israël
Daniel Monterrescu, sociologue
Shuli Dichter, militant israélien pour l’égalité des Droits entre Juifs et Arabes en Israël
Modérateur : Baudouin Loos, journaliste au Soir
PAF : 3 € (2 € pour les membres, étudiants et chômeurs)
S’il est vrai que le règlement global de la question palestinienne, débouchant sur l’avènement d’un État indépendant aux côtés de l’État d’Israël, constitue la condition sine qua non pour que celui-ci puisse enfin pleinement s’intégrer à son environnement géopolitique et connaître une paix durable à ses frontières, celles d’avant juin 1967 s’entend, cette condition risque fort de n’être pas suffisante pour qu’il accède aussi à la paix intérieure, la paix civile. Nous sommes en effet convaincus que pour atteindre cet objectif, Israël devra impérativement parvenir à un règlement juste de sa propre question arabe. Pour autant qu’il admette, avant qu’elle ne s’impose brutalement à lui, qu’il connaît effectivement une question arabe, ce qui est loin d’être acquis.
C’est précisément en raison de son refus de l’admettre jusqu’à présent, que ce pourtant indispensable règlement israélo-israélien risque de s’avérer bien plus difficile et douloureux encore que le règlement du contentieux israélo-palestinien ; ce qui n’est pas peu dire mais n’en semble pas moins aller de soi dans la mesure où il implique une remise en question de la nature essentiellement ethnocentriste d’Israël.
On est cependant en droit de se demander si Israël ne rêverait pas de résoudre à terme sa propre question palestinienne par un échange pur et simple ? Une partie de la Galilée du nord avec ses habitants arabes enfin regroupés contre une partie de la Cisjordanie avec ses implantations juives ?
Cette menace a encore pris plus de corps avec l’arrivée au pouvoir, suite aux élections législatives du 10 février dernier, du gouvernement Netanyahou-Barak-Lieberman. Ce dernier, Avigdor Lieberman, leader du parti Israel Beitenou (Israël notre Maison) a en effet axé toute sa campagne électorale sur le thème de cet échange, avec le succès que l’on sait.
C’est pour cette raison et aussi pour sensibiliser l’opinion publique à la situation de la population palestino- israélienne que nous avons élaboré ce projet de conférence-débat.
Conférence coorganisée par le Cercle des étudiants arabo-européens de l’ULB,
Dor Hashalom et l’UPJB.
Conférence en anglais avec traduction simultanée
MARDI 10 NOVEMBRE À 19H30
ULB - Campus du Solbosch - Auditoire H2.215
1050 Ixelles
Avec:
Jaffar Farah, directeur du Centre Mossawa pour la défense des Droits des Arabes d’Israël
Daniel Monterrescu, sociologue
Shuli Dichter, militant israélien pour l’égalité des Droits entre Juifs et Arabes en Israël
Modérateur : Baudouin Loos, journaliste au Soir
PAF : 3 € (2 € pour les membres, étudiants et chômeurs)
S’il est vrai que le règlement global de la question palestinienne, débouchant sur l’avènement d’un État indépendant aux côtés de l’État d’Israël, constitue la condition sine qua non pour que celui-ci puisse enfin pleinement s’intégrer à son environnement géopolitique et connaître une paix durable à ses frontières, celles d’avant juin 1967 s’entend, cette condition risque fort de n’être pas suffisante pour qu’il accède aussi à la paix intérieure, la paix civile. Nous sommes en effet convaincus que pour atteindre cet objectif, Israël devra impérativement parvenir à un règlement juste de sa propre question arabe. Pour autant qu’il admette, avant qu’elle ne s’impose brutalement à lui, qu’il connaît effectivement une question arabe, ce qui est loin d’être acquis.
C’est précisément en raison de son refus de l’admettre jusqu’à présent, que ce pourtant indispensable règlement israélo-israélien risque de s’avérer bien plus difficile et douloureux encore que le règlement du contentieux israélo-palestinien ; ce qui n’est pas peu dire mais n’en semble pas moins aller de soi dans la mesure où il implique une remise en question de la nature essentiellement ethnocentriste d’Israël.
On est cependant en droit de se demander si Israël ne rêverait pas de résoudre à terme sa propre question palestinienne par un échange pur et simple ? Une partie de la Galilée du nord avec ses habitants arabes enfin regroupés contre une partie de la Cisjordanie avec ses implantations juives ?
Cette menace a encore pris plus de corps avec l’arrivée au pouvoir, suite aux élections législatives du 10 février dernier, du gouvernement Netanyahou-Barak-Lieberman. Ce dernier, Avigdor Lieberman, leader du parti Israel Beitenou (Israël notre Maison) a en effet axé toute sa campagne électorale sur le thème de cet échange, avec le succès que l’on sait.
C’est pour cette raison et aussi pour sensibiliser l’opinion publique à la situation de la population palestino- israélienne que nous avons élaboré ce projet de conférence-débat.
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Déclarations et communiqués
jeudi 5 novembre 2009
Ces mascarades où excellent nos éminences et leurs médias complaisants.
Comment ne pas pointer ces jours-ci, l’étalage médiatique nous relatant sans relâche les souvenirs soigneusement triés dans ce qui sert de vitrine politique que l’UE se complait à donner aux yeux de ses citoyens ?
Pas une soirée ne passe sans que l’on ait droit aux images de « reportages exclusifs » et « d’émissions spéciales » relatant la chute du Mur de Berlin dans la soirée du 9 novembre 1989. Des « documents inédits » sont sortis de leur boîte, doublés de commentaires dithyrambiques mettant en exergue le sourd courage des uns et l’insensée bravoure des autres à vouloir franchir au « péril de leur vie » ce « Mur de la honte » coupable de couper la belle Europe en deux camps. Ces vies désormais citées en exemples font la part belle à ces héros d’hier… préférés de loin aux multiples anonymes qui aujourd’hui se débattent, exténués, et luttent de toutes leurs forces contre leur enfermement derrière des Murs qui continuent d’être érigés ici-et-là, dans la plus criminelle indifférence de ces mêmes médias et milieux politiques. Le plus sinistre exemple étant celui planté au cœur de la Cisjordanie, près de trois fois plus haut, trois fois plus large et trois fois plus long que celui dont nous aimons tant nous souvenir et célébrer la chute, voilà 20 ans…
Non que la chute du Mur de Berlin ne soit un moment historique important, mais nos sociétés repues et arrogantes, imbues de leur suprématie coloniale et de leur domination sur les pays pauvres sont ainsi faites : la larme à l’œil elles préfèrent entretenir quelque souvenir adroitement mis en scène qui ne leur coûte guère plus qu’un « hymne à la joie » bien orchestré, au courage de l’affrontement qu’exigerait une ferme opposition à Israël poursuivant impunément la construction de son odieux Mur pourtant officiellement condamné par la Cour internationale de Justice de La Haye. Sentence à laquelle la plupart de nos pays ont pourtant souscrit…
Il en va donc ainsi de nos sociétés-spectacles et de leurs princes si fiers de se pavaner et faire « la une » à la tribune des sommets mondiaux : bien à l’abri de tout risque, dans de lamentables gesticulations, nos représentants quittent les enceintes onusiennes pour manifester contre le discours d’untel ou la présence d’un autre, tancent de leur hauteur les peuples qui tentent de survivre vaille que vaille dans des résistances souvent tragiques, mais multiplient les minutes de silence et pleurnichent main sur le cœur devant des images bientôt surannées. N’est-il pas dit que le ridicule ne tue pas ? Pour ceux-là donc, inutile de se soucier : planqués comme ils sont derrière leur deux poids, deux mesures ils ne risquent rien… pour le moment !
Quant à nous, citoyen(ne)s, militant(e)s, la question à se poser dorénavant doit être : une société incapable de tirer les leçons de son passé afin d’agir sur le cours du présent a-t-elle encore un quelconque avenir ? Pour ma part, j’ai bien peur que, non !
Daniel Vanhove
04.11.09
Observateur civil – Membre du MCP (Mouvement Citoyen Palestine)
Coauteur de Retour de Palestine – 2002 – Ed. Vista
Auteur de Si vous détruisez nos maisons, vous ne détruirez pas nos âmes – 2004 –
& de La Démocratie Mensonge – 2008 – parus aux Ed. Marco Pietteur – coll. Oser Dire
Pas une soirée ne passe sans que l’on ait droit aux images de « reportages exclusifs » et « d’émissions spéciales » relatant la chute du Mur de Berlin dans la soirée du 9 novembre 1989. Des « documents inédits » sont sortis de leur boîte, doublés de commentaires dithyrambiques mettant en exergue le sourd courage des uns et l’insensée bravoure des autres à vouloir franchir au « péril de leur vie » ce « Mur de la honte » coupable de couper la belle Europe en deux camps. Ces vies désormais citées en exemples font la part belle à ces héros d’hier… préférés de loin aux multiples anonymes qui aujourd’hui se débattent, exténués, et luttent de toutes leurs forces contre leur enfermement derrière des Murs qui continuent d’être érigés ici-et-là, dans la plus criminelle indifférence de ces mêmes médias et milieux politiques. Le plus sinistre exemple étant celui planté au cœur de la Cisjordanie, près de trois fois plus haut, trois fois plus large et trois fois plus long que celui dont nous aimons tant nous souvenir et célébrer la chute, voilà 20 ans…
Non que la chute du Mur de Berlin ne soit un moment historique important, mais nos sociétés repues et arrogantes, imbues de leur suprématie coloniale et de leur domination sur les pays pauvres sont ainsi faites : la larme à l’œil elles préfèrent entretenir quelque souvenir adroitement mis en scène qui ne leur coûte guère plus qu’un « hymne à la joie » bien orchestré, au courage de l’affrontement qu’exigerait une ferme opposition à Israël poursuivant impunément la construction de son odieux Mur pourtant officiellement condamné par la Cour internationale de Justice de La Haye. Sentence à laquelle la plupart de nos pays ont pourtant souscrit…
Il en va donc ainsi de nos sociétés-spectacles et de leurs princes si fiers de se pavaner et faire « la une » à la tribune des sommets mondiaux : bien à l’abri de tout risque, dans de lamentables gesticulations, nos représentants quittent les enceintes onusiennes pour manifester contre le discours d’untel ou la présence d’un autre, tancent de leur hauteur les peuples qui tentent de survivre vaille que vaille dans des résistances souvent tragiques, mais multiplient les minutes de silence et pleurnichent main sur le cœur devant des images bientôt surannées. N’est-il pas dit que le ridicule ne tue pas ? Pour ceux-là donc, inutile de se soucier : planqués comme ils sont derrière leur deux poids, deux mesures ils ne risquent rien… pour le moment !
Quant à nous, citoyen(ne)s, militant(e)s, la question à se poser dorénavant doit être : une société incapable de tirer les leçons de son passé afin d’agir sur le cours du présent a-t-elle encore un quelconque avenir ? Pour ma part, j’ai bien peur que, non !
Daniel Vanhove
04.11.09
Observateur civil – Membre du MCP (Mouvement Citoyen Palestine)
Coauteur de Retour de Palestine – 2002 – Ed. Vista
Auteur de Si vous détruisez nos maisons, vous ne détruirez pas nos âmes – 2004 –
& de La Démocratie Mensonge – 2008 – parus aux Ed. Marco Pietteur – coll. Oser Dire
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Tribune et Analyse
mercredi 4 novembre 2009
Criminalisation de l'action militante
Luk Vervaet, enseignant de néerlandais à la prison de Saint-Gilles, se voit refuser l’accès de toutes les prisons belges depuis le 10 août, et ceci sans explication aucune, pour «raisons de sécurité». Ce que contiennent ces "raisons" ne lui a toujours pas été communiqué. Ses questions dérangeantes et ses nombreuses déclarations publiques à propos des situations intolérables dans les prisons belges seraient-elles un risque pour la sécurité? Ou son engagement autour de l’affaire Bahar Kimyongür? Ou plutôt ses visites à l’ex-footballeur “terroriste” Nisar Trabelsi? L’opinion publique connaît la surpopulation carcérale et ses conséquences catastrophiques dans les prisons belges, souvent clouées au pilori par des rapports internationaux, mais nous pouvons supposer que les instances responsables ne souhaitent guère une dénonciation supplémentaire.
Et si en outre, cette dénonciation porte sur les “prisons dans les prisons”, ces quartiers de haute sécurité exportés par les Etats-Unis après le 11 septembre 2001, alors l’accusateur devient presque naturellement persona non grata.
Nous pouvons comprendre que les autorités soient devenues très nerveuses après tant d’évasions, mais le fond de l’affaire est que Luk Vervaet est un activiste des Droits de l’Homme pour les détenus. Pour les autorités, il est devenu gênant et indésirable.
Dans le climat actuel de “lutte contre le terrorisme”, le vague motif “pour raisons de sécurité” est l’alibi parfait pour le viser et, qui sait, lui imposer une sourdine. Luk Vervaet risque par ailleurs de perdre son travail, car son employeur, l’asbl Adeppi, dépend de la bonne volonté de la direction des prisons et des autorités pénitentiaires belges. Les directions de prison peuvent, sous pression de l’échelon supérieur ou non, décider du jour au lendemain que les leçons de néerlandais ne sont plus nécessaires et toucher ainsi directement l’employeur de Luk Vervaet.
Pour toute personne suspectée de "terrorisme", les lois normales ne sont plus d’application : les traitements inhumains et humiliants ou les extraditions vers des États ne respectant pas le Droit humanitaire international sont des pratiques acceptées. La Belgique livrera ainsi Nisar Trabelsi aux États-Unis et il s’en est fallu d’un cheveu que Bahar Kimyongür, Belge de naissance, soit extradé vers la Turquie via les Pays-Bas. Apparemment aujourd’hui, celui qui entretient des contacts ou défend les droits fondamentaux de personnes soupçonnées de terrorisme, devient lui-même un suspect, c’est ce que nous apprend la suspension de Luk Vervaet. L’ironie veut qu’il est aussi un membre fondateur de la Plate-forme pluraliste pour la défense de la liberté d’expression et risque de devenir maintenant une victime de la «chasse aux activistes» que cette plate-forme entend précisément dénoncer (comme lors de la plainte d’Electrabel contre les activistes de Greenpeace, accusés de « formation de bande »). Il est inadmissible qu’une personne qui rappelle aux autorités les règles élémentaires du droit soit menacée d’interdit professionnel ; ceci est indigne d’un État de droit. Luk Vervaet n’est malheureusement pas un cas isolé. L’opinion publique doit comprendre que dans l’ère post-11 septembre s’est développé un climat où tout activiste, ONG, organisation syndicale, intellectuel critique peut être dorénavant visé.
C’est pourquoi nous protestons avec force contre l’interdit professionnel suspendu au-dessus de la tête de Luk Vervaet.
Nous demandons que sa suspension soit immédiatement levée et que l’Adeppi ne le licencie provisoirement pas.
Le CLEA (le Comité pour la Liberté d'Expression et d'Association) dont Luk Vervaet est membre, lance un appel à solidarité en vous encourageant à signer sa pétition en ligne:
http://www.leclea.be/petition/index.php?lg=fr
Merci d'être nombreux à adhérer à cet appel. Merci aussi d'en parler autour de vous.
leclea
03.10.09
Et si en outre, cette dénonciation porte sur les “prisons dans les prisons”, ces quartiers de haute sécurité exportés par les Etats-Unis après le 11 septembre 2001, alors l’accusateur devient presque naturellement persona non grata.
Nous pouvons comprendre que les autorités soient devenues très nerveuses après tant d’évasions, mais le fond de l’affaire est que Luk Vervaet est un activiste des Droits de l’Homme pour les détenus. Pour les autorités, il est devenu gênant et indésirable.
Dans le climat actuel de “lutte contre le terrorisme”, le vague motif “pour raisons de sécurité” est l’alibi parfait pour le viser et, qui sait, lui imposer une sourdine. Luk Vervaet risque par ailleurs de perdre son travail, car son employeur, l’asbl Adeppi, dépend de la bonne volonté de la direction des prisons et des autorités pénitentiaires belges. Les directions de prison peuvent, sous pression de l’échelon supérieur ou non, décider du jour au lendemain que les leçons de néerlandais ne sont plus nécessaires et toucher ainsi directement l’employeur de Luk Vervaet.
Pour toute personne suspectée de "terrorisme", les lois normales ne sont plus d’application : les traitements inhumains et humiliants ou les extraditions vers des États ne respectant pas le Droit humanitaire international sont des pratiques acceptées. La Belgique livrera ainsi Nisar Trabelsi aux États-Unis et il s’en est fallu d’un cheveu que Bahar Kimyongür, Belge de naissance, soit extradé vers la Turquie via les Pays-Bas. Apparemment aujourd’hui, celui qui entretient des contacts ou défend les droits fondamentaux de personnes soupçonnées de terrorisme, devient lui-même un suspect, c’est ce que nous apprend la suspension de Luk Vervaet. L’ironie veut qu’il est aussi un membre fondateur de la Plate-forme pluraliste pour la défense de la liberté d’expression et risque de devenir maintenant une victime de la «chasse aux activistes» que cette plate-forme entend précisément dénoncer (comme lors de la plainte d’Electrabel contre les activistes de Greenpeace, accusés de « formation de bande »). Il est inadmissible qu’une personne qui rappelle aux autorités les règles élémentaires du droit soit menacée d’interdit professionnel ; ceci est indigne d’un État de droit. Luk Vervaet n’est malheureusement pas un cas isolé. L’opinion publique doit comprendre que dans l’ère post-11 septembre s’est développé un climat où tout activiste, ONG, organisation syndicale, intellectuel critique peut être dorénavant visé.
C’est pourquoi nous protestons avec force contre l’interdit professionnel suspendu au-dessus de la tête de Luk Vervaet.
Nous demandons que sa suspension soit immédiatement levée et que l’Adeppi ne le licencie provisoirement pas.
Le CLEA (le Comité pour la Liberté d'Expression et d'Association) dont Luk Vervaet est membre, lance un appel à solidarité en vous encourageant à signer sa pétition en ligne:
http://www.leclea.be/petition/index.php?lg=fr
Merci d'être nombreux à adhérer à cet appel. Merci aussi d'en parler autour de vous.
leclea
03.10.09
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Déclarations et communiqués
mardi 3 novembre 2009
Appel à manifester contre la politique "accommodante" de la région de Bxl-Capitale avec Israël
Quand d'autres ont le courage de prendre le chemin de la campagne BDS (Boycott - Désinvestissements - Sanctions) à l'encontre du gouvernement israélien et de sa politique d'extrême-droite, nos représentants politiques multiplient les gestes à l'égard d'Israël.
Pour manifester contre l'organisation par les Régions bruxelloise et wallonne d'une mission multi-sectorielle en Israël qui doit se dérouler début décembre :
rendez-vous mardi 10 novembre prochain à 17h30
devant le n° 500 de l'av. Louise à 1050 Ixelles
[Arrêt "Legrand" du tram 94 - pas loin de l'entrée du Bois de la Cambre]
Vous pouvez aussi écrire aux ministres et présidents de partis:
bcerexhe@cerexhe.irisnet.be
jeanclaude.marcourt@gov.wallonie.be
milquet@lecdh.be
elio@ps.be
pour j-m javaux il faut aller par son site.
...et à tou(te)s autres de votre choix
Soyons nombreux à réagir et à manifester contre la poursuite de compromissions inadmissibles de celles et ceux censés nous représenter !
Pour manifester contre l'organisation par les Régions bruxelloise et wallonne d'une mission multi-sectorielle en Israël qui doit se dérouler début décembre :
rendez-vous mardi 10 novembre prochain à 17h30
devant le n° 500 de l'av. Louise à 1050 Ixelles
[Arrêt "Legrand" du tram 94 - pas loin de l'entrée du Bois de la Cambre]
Vous pouvez aussi écrire aux ministres et présidents de partis:
bcerexhe@cerexhe.irisnet.be
jeanclaude.marcourt@gov.wallonie.be
milquet@lecdh.be
elio@ps.be
pour j-m javaux il faut aller par son site.
...et à tou(te)s autres de votre choix
Soyons nombreux à réagir et à manifester contre la poursuite de compromissions inadmissibles de celles et ceux censés nous représenter !
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Déclarations et communiqués
Acteur: François Houtart
Belge, pape des altermondialistes, il reçoit, à 84 ans, le prix de l’Unesco pour la tolérance et la non-violence.
Qu’il s’agisse de parcourir 15 kilomètres pour rencontrer les paysans de Colombie à l’occasion du Forum social mondial, ou de traverser Nairobi pour gagner à pied, sous le soleil, l’immense bidonville de Kibera, il est au premier rang. Infatigable, souriant, solidaire de la souffrance et du combat des plus déshérités, qu’il se déroule aux Philippines, au Vietnam, en Equateur, au Brésil ou à Cuba… Ses visiteurs savent-ils seulement que ce visiteur calme et attentif, qui ne paraît pas ses 84 ans, portera leur voix aux quatre coins du monde ?
Et en Belgique, les étudiants qui traversent Louvain-la-Neuve savent-ils seulement que dans les locaux du Cetri (Centre tricontinental), ce professeur honoraire qui, jour après jour, lit, écrit, garde le contact avec des communautés de base ou s’adresse à des chefs d’Etat qui furent ses disciples et dont il inspira peut-être la politique, est l’un des hommes les plus influents de notre époque ? L’un des seuls auxquels (hélas ?) l’histoire a donné raison lorsque, voici plus d’un demi-siècle, il dénonçait la course effrénée au profit, l’implacable logique du marché, le productivisme qui détruit autant les ressources naturelles que les communautés humaines ?
Si en Belgique le nom de François Houtart est connu surtout dans les milieux associatifs de gauche, ailleurs dans le monde ce prêtre, hors du commun est considéré comme un véritable prophète, le gourou de tous les forums altermondialistes.
L’Unesco ne s’y est pas trompée : à celui que l’on appelle quelquefois le « chanoine rouge », elle a décerné le prix Madanjeet Singh 2009 pour la promotion de la tolérance et de la non-violence, saluant surtout « ses efforts exceptionnels afin de promouvoir la justice sociale dans le monde ».
Né à Bruxelles en 1925, rien, au départ, ne prédestinait le petit-fils du comte Henri Carton de Wiart (l’un des pionniers du parti catholique) à s’engager aussi profondément aux côtés des déshérités, sauf une foi évangélique exprimée par la théologie de la libération. Après une formation en philosophie et en théologie au séminaire de Malines puis une licence en sciences politique et sociales à l’UCL, François Houtart se tourne vers l’urbanisme et devient docteur en sociologie à l’UCL, où il enseignera jusque 1990. Très tôt, le prêtre catholique démontre que sa foi chrétienne n’est pas incompatible avec le marxisme, dont il utilisera les outils d’analyse dans son approche des grandes questions de développement. Depuis des années, les publications du Centre tricontinental alimentent ainsi recherches, actions et réflexions des chercheurs et des militants et elles ont inspiré de nombreux politiques dans les pays du Sud.
Mais François Houtart ne s’est pas contenté de réfléchir, d’écrire, d’enseigner : il a donné des conférences dans plus de cent universités à travers le monde, a présidé la Ligue internationale pour le Droit des peuples, participé à la création du Conseil international du Forum social mondial, n’a manqué aucun des grands rendez-vous altermondialistes. Il y était accueilli comme un visionnaire mais surtout il surprenait par son alacrité, sa capacité à analyser les défis du futur…
Lorsque le Nicaraguayen Miguel d’Escoto présida l’Assemblée générale des Nations unies, Houtart était à ses côtés. Pourfendeur d’une pensée longtemps dominante, il est cependant tout sauf un marginal : avec ses treize frères et sœurs il vient de fêter les mille ans que totalisent les membres de la fratrie. S’il a demandé au Parlement belge de lui retirer le titre de baron qui lui était dévolu par hérédité, il n’y a pas réussi et surtout, chanoine, professeur honoraire, il a toujours gardé sa place, éminente, au sein d’une Eglise catholique qu’il n’a pas renoncé à faire évoluer.
Colette Braeckman
27.10.09
Source: Le Soir
Qu’il s’agisse de parcourir 15 kilomètres pour rencontrer les paysans de Colombie à l’occasion du Forum social mondial, ou de traverser Nairobi pour gagner à pied, sous le soleil, l’immense bidonville de Kibera, il est au premier rang. Infatigable, souriant, solidaire de la souffrance et du combat des plus déshérités, qu’il se déroule aux Philippines, au Vietnam, en Equateur, au Brésil ou à Cuba… Ses visiteurs savent-ils seulement que ce visiteur calme et attentif, qui ne paraît pas ses 84 ans, portera leur voix aux quatre coins du monde ?
Et en Belgique, les étudiants qui traversent Louvain-la-Neuve savent-ils seulement que dans les locaux du Cetri (Centre tricontinental), ce professeur honoraire qui, jour après jour, lit, écrit, garde le contact avec des communautés de base ou s’adresse à des chefs d’Etat qui furent ses disciples et dont il inspira peut-être la politique, est l’un des hommes les plus influents de notre époque ? L’un des seuls auxquels (hélas ?) l’histoire a donné raison lorsque, voici plus d’un demi-siècle, il dénonçait la course effrénée au profit, l’implacable logique du marché, le productivisme qui détruit autant les ressources naturelles que les communautés humaines ?
Si en Belgique le nom de François Houtart est connu surtout dans les milieux associatifs de gauche, ailleurs dans le monde ce prêtre, hors du commun est considéré comme un véritable prophète, le gourou de tous les forums altermondialistes.
L’Unesco ne s’y est pas trompée : à celui que l’on appelle quelquefois le « chanoine rouge », elle a décerné le prix Madanjeet Singh 2009 pour la promotion de la tolérance et de la non-violence, saluant surtout « ses efforts exceptionnels afin de promouvoir la justice sociale dans le monde ».
Né à Bruxelles en 1925, rien, au départ, ne prédestinait le petit-fils du comte Henri Carton de Wiart (l’un des pionniers du parti catholique) à s’engager aussi profondément aux côtés des déshérités, sauf une foi évangélique exprimée par la théologie de la libération. Après une formation en philosophie et en théologie au séminaire de Malines puis une licence en sciences politique et sociales à l’UCL, François Houtart se tourne vers l’urbanisme et devient docteur en sociologie à l’UCL, où il enseignera jusque 1990. Très tôt, le prêtre catholique démontre que sa foi chrétienne n’est pas incompatible avec le marxisme, dont il utilisera les outils d’analyse dans son approche des grandes questions de développement. Depuis des années, les publications du Centre tricontinental alimentent ainsi recherches, actions et réflexions des chercheurs et des militants et elles ont inspiré de nombreux politiques dans les pays du Sud.
Mais François Houtart ne s’est pas contenté de réfléchir, d’écrire, d’enseigner : il a donné des conférences dans plus de cent universités à travers le monde, a présidé la Ligue internationale pour le Droit des peuples, participé à la création du Conseil international du Forum social mondial, n’a manqué aucun des grands rendez-vous altermondialistes. Il y était accueilli comme un visionnaire mais surtout il surprenait par son alacrité, sa capacité à analyser les défis du futur…
Lorsque le Nicaraguayen Miguel d’Escoto présida l’Assemblée générale des Nations unies, Houtart était à ses côtés. Pourfendeur d’une pensée longtemps dominante, il est cependant tout sauf un marginal : avec ses treize frères et sœurs il vient de fêter les mille ans que totalisent les membres de la fratrie. S’il a demandé au Parlement belge de lui retirer le titre de baron qui lui était dévolu par hérédité, il n’y a pas réussi et surtout, chanoine, professeur honoraire, il a toujours gardé sa place, éminente, au sein d’une Eglise catholique qu’il n’a pas renoncé à faire évoluer.
Colette Braeckman
27.10.09
Source: Le Soir
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