lundi 7 septembre 2009

Brésil: sans terre mais non sans voix

Lancée dans les années 1980, la « modernisation de l’agriculture » est peu à peu devenue l’instrument de la mutation générale de l’appareil productif brésilien vers un type de développement intégré au commerce international et à la mondialisation libérale.

Basée sur la mécanisation, la déforestation, l’utilisation croissante des herbicides et des engrais chimiques, cette « modernisation », grande consommatrice en eau pour l’irrigation, s’est révélée dévastatrice pour l’environnement et a engendré une exclusion systématique des populations rurales (1). Elle a transformé le Brésil en atelier de production intensive de monocultures industrielles — soja, canne à sucre, eucalyptus, etc. — afin de promouvoir les secteurs des cultures transgéniques et des agrocarburants (2).

En scellant l’alliance entre l’Etat et le lobby agroalimentaire, et en permettant l’appropriation des terres par des entreprises multinationales (Monsanto, Syngenta, Cargill, Nestlé, BASF, Bayer, etc.), le gouvernement de M. Luiz Inácio Lula da Silva a donné une impulsion déterminante à ce processus. Satisfaisant ainsi de larges secteurs de la bourgeoisie nationale, il a fait du Brésil une « puissance émergente » en matière de commerce international. Mais, dans le même temps, et malgré les progrès accomplis, la faim, la pauvreté et les inégalités sociales restent des problèmes structurels lancinants : les choix du gouvernement ont entraîné une réduction continue de la surface cultivable destinée à la production alimentaire, avec, pour première conséquence, la hausse constante des prix des denrées de base, comme le haricot.

On dénombre, au Brésil, quatre millions de familles de paysans sans terre ; le gouvernement estimant avoir permis à cinq cent vingt mille d’entre elles d’y accéder depuis 2003, ce que conteste le Mouvement des sans-terre (MST).

Vingt-cinq ans après sa fondation à Sarandi, dans l’Etat de Rio Grande do Sul — dont la capitale est Porto Alegre —, le MST est devenu le principal acteur social du pays. Il affirme regrouper trois cent cinquante mille familles organisées en coopératives de production dans les assentamentos rurais (« communautés rurales »), sur sept millions et demi d’hectares de terres conquises, et cent trente mille autres familles dans neuf cents acampamentos (« campements »), sur des terres occupées (soit, au total, un million et demi de personnes). Le mouvement s’est également doté d’un impressionnant dispositif éducatif indépendant de l’Etat : deux mille écoles, dans lesquelles ont été alphabétisées cinquante mille personnes et sont scolarisés près de deux cent mille jeunes. Par ailleurs, il met en place des centres de formation de cadres brésiliens et latino-américains. Et envoie des volontaires internationaux à Cuba, en Haïti et au Venezuela. Il est aussi le principal producteur de semences et de riz biologiques d’Amérique latine.

Ses militants ne cantonnent toutefois pas leurs actions à la lutte pour la réforme agraire et à la promotion de l’agriculture paysanne. Se situant au confluent de la contestation et des revendications rurales, économiques, démocratiques et écologiques du pays, le MST entretient des relations conflictuelles avec le président brésilien et s’affirme comme un pôle d’opposition sociale puissant. C’est pourquoi les propriétaires terriens et le Tribunal suprême fédéral lui livrent une guerre financière et judiciaire sans merci. Le MST fait actuellement l’objet d’une forte campagne de criminalisation, notamment dans l’Etat de Rio Grande do Sul, où les autorités régionales ont décidé de procéder à la fermeture d’écoles du mouvement en les déclarant « illégales ».

Au plan continental, le MST se prononce pour la mise en place d’un conseil des mouvements sociaux au sein de l’Alternative bolivarienne pour les Amériques (ALBA), dont le Brésil n’est pourtant pas membre (3). Se situant hors des partis, et notamment du Parti des travailleurs (PT), le MST devrait faire entendre sa voix lors de la campagne pour l’élection présidentielle de 2010, ses thèses et ses combats entrant en résonance avec la crise du capitalisme international et de son modèle de développement... dont le Brésil de Lula est devenu l’un des acteurs.

Christophe Ventura
02.09.09
Coauteur de l’ouvrage En finir avec l’eurolibéralisme, Mille et une nuits, Paris, 2008.

(1) Sur les quatre cent vingt millions d’hectares de surfaces rurales officiellement répertoriées en 2003 par l’Institut national de colonisation et de réforme agraire (Incra), 44 % appartiennent à 1,5 % des propriétaires (trente mille fazendeiros), et 57 % à 3,5 % d’entre eux.
(2) Cf. François Houtart, L’Agroénergie. Solution pour le climat ou sortie de crise pour le capital ?, Couleur livres, Charleroi, 2009.
(3) L’ALBA regroupe neuf Etats, dont la Bolivie, Cuba, la Dominique, le Honduras, le Nicaragua, le Venezuela et l’Equateur. Sont observateurs : Haïti et l’Uruguay.

http://www.monde-diplomatique.fr/2009/04/VENTURA/16975 - avril 2009

samedi 5 septembre 2009

Interdit d’enseigner dans toutes les prisons belges pour des “raisons de sécurité”

Le lundi 10 août 2009, j’ai été informé par la direction de la prison de Saint-Gilles (Bruxelles) que l’accès à la prison, où j’enseigne le néerlandais aux prisonniers depuis plus de cinq ans, m’était désormais interdit. Ils m’ont dit avec insistance que je ne devais pas me présenter aux grilles de la prison le lendemain mardi. Aucune raison ne m’a été communiquée pour la suspension de mon permis d’entrée. La direction de la prison m’a dit que la mesure ne venait pas d’eux, mais « d’en haut ».

Une semaine après, le 17 août, l’association pour laquelle je travaille et qui organise des cours en prison en tant que sous-traitant, a reçu une lettre de la Direction Générale des Institutions Pénitentiaires Belges disant que « à partir de cette date, l’accès à toutes les institutions pénitentiaires était interdit à Luk Vervaet, pour des ‘raisons de sécurité’. »
La lettre était signée par Hans Meurisse, directeur général des prisons en Belgique.
Toutes les prisons belges ont été depuis informées de cette décision.
La lettre ne fournit elle non plus aucune raison ou explication.

Interpellé par téléphone pour connaître les raisons exactes, Hans Meurisse a répondu qu’ « il n’avait pas à se justifier », que « la loi lui donne le droit personnel de prendre ce genre de mesures, sans interférence du ministre ni de quiconque autre » et qu’ « il n’avait pas à s’expliquer sur ce qu’on entend par ‘mesures de sécurité’ ».

Au cours des cinq dernières années, je n’ai reçu aucun avertissement ou remarque sur la sécurité, ni sur mes cours, ni sur mes relations avec les étudiants, le personnel pénitentiaire ou la direction de la prison. Au contraire, j’avais avec chacun d’entre eux de bonnes relations.

Pour justifier la mesure d’exclusion, on pourrait s’attendre à ce que je sois invité pour un entretien pour expliquer cette décision, ou pour me confronter à des faits qui pourraient la justifier. Rien de tel avec la direction générale des prisons, qui se considère au-dessus de la loi et du bon sens communs : je n’ai toujours pas le droit d’avoir connaissance de l’accusation, ni le droit de me défendre.

Bloquer l’accès à mon travail signifie que je serai obligé de démissionner. M’accuser d’être une « menace à la sécurité », sans faits ni preuves, équivaut à de la diffamation et à de la calomnie. Mais tout ceci n’a aucune importance pour la direction des prisons. La ligne dure adoptée par la direction générale est une bonne illustration de la manière dont les choses se passent derrière les murs des prisons. « Pourquoi ? » est une question que vous ne posez jamais. Vos droits démocratiques en tant que citoyen s’arrêtent aux grilles de la prison : à partir de là, vous n’avez plus de droits, que des faveurs. On peut tout vous prendre au nom de la sécurité. Juste un exemple : selon le droit belge, les prisonniers ont le droit de s’organiser, sauf lorsque cela pose un problème de sécurité pour les prisons. Et donc, le résultat est qu’il n’y a aucune organisation de prisonniers, nulle part.

« Raisons de sécurité » : une autre façon de nommer les opinions politiques et l’engagement social ?

Comment expliquer l’intervention soudaine et brutale de l’autorité pénitentiaire ?

Tout d’abord, il y a eu mes visites aux personnes incarcérées, considérées comme ‘les plus dangereux parmi les dangereux’, les Nordine Benallal, Nizar Trabelsi, Musa Ossoglu, Bahar Kimyongür..
Ces visites ont bien été autorisées et tolérées dans le passé. Mais depuis les évasions des prisons des derniers mois, il est possible qu’une visite en prison à ces personnes soit considérée dorénavant comme suspect et un risque éventuel pour la sécurité.

Il y a eu plus de 30 évasions des prisons belges au cours de ces derniers mois. Dans la presse, certains politiciens et journalistes ont même demandé la démission du ministre de la Justice, Stefaan De Clerck. L’évasion la plus spectaculaire fut celle d’Ashraf Sekkaki et de deux de ses compagnons de la prison de Bruges le 23 juillet : un hélicoptère détourné s’est posé dans la prison et est reparti avec les trois prisonniers. Sekkaki et ses deux compagnons ont été ré arrêtés depuis. La Belgique fut sous le choc. La direction des prisons belges a été ridiculisée, en Belgique et à l’étranger, pour mener « une politique de portes ouvertes pendant les vacances. »

Il faut savoir que le cas de Sekkaki est presque un traumatisme personnel pour Hans Meurisse. Lorsqu’il était directeur de prison, Sekkaki l’a personnellement menacé, ainsi que sa famille. Nommé à la tête de l’ensemble des prisons belges, il a en personne mis Sekkaki dans le quartier de haute sécurité de la prison de Bruges, l’AIBV. Sekkaki a réussi à envoyer des lettres au journal belge De Morgen, dans lesquelles il comparait l’AIBV à Guantanamo. Les lettres ont provoqué un scandale et même la presse internationale en a parlé, le quotidien français Le Monde par exemple. Le Ministre de la Justice d’alors, Jo Van Deurzen, a dû se défendre, disant que Sekkaki mentait, qu’il n’y avait rien de tel qu’un Guantanamo belge et que l’incarcération des prisonniers à l’AIBV donnait des résultats satisfaisants. Mais quelques mois après, une émeute a éclaté dans l’unité spéciale, qui a détruit la plupart des cellules. Sekkaki a été autorisé à revenir à la vie de la prison « normale ». Il a semblé que les tenants de la ligne dure de l’administration pénitentiaire avaient reçu un sérieux coup. Puis quelques mois après, Sekkaki s’est échappé et la maison de Meurisse a été placée sous protection de la police.

Il semble maintenant que la ligne dure dans les affaires des prisons belges ait pris le contrôle des opérations : depuis l’évasion de Sekkaki, sans aucune raison objective, plusieurs prisonniers considérés comme constituant un risque d’évasion ont été mis en régime d’isolement sévère (parmi eux 27 prisonniers à Bruges).

Début juillet, j’ai rendu visite à Nordine Benallal, citoyen belge incarcéré dans la prison de haute sécurité néerlandaise de Vught, après son évasion de la prison d’Ittre, également par hélicoptère. Il est possible que mon exclusion fasse partie d’une série de mesures de tolérance zéro pour éliminer tout risque d’évasion, et pour restaurer la confiance du public.

Un deuxième élément qui pourrait être un élément d’explication est l’organisation d’une conférence publique du mouvement Egalité, le 3 juillet, avec Naima Assaiti, épouse de Nizar Trabelsi, et Farida Aarrass, sœur d’Ali Aarrass, contre l’extradition de leurs mari et frère respectifs, l’un aux USA et l’autre au Maroc.
J’ai ouvert et modéré cette conférence.

J’ai rendu visite à Trabelsi quatre fois dans le quartier de haute sécurité de la prison de Lantin (Liège), la dernière fois le 23 juillet. Trabelsi a été condamné à 10 ans de prison pour avoir planifié une attaque terroriste contre une base militaire américaine en Belgique. Il a maintenant purgé huit années de sa peine, la plupart du temps en isolement. Il a constamment été accusé de vouloir s’échapper, d’avoir une influence dangereuse sur les autres prisonniers (musulmans) (« prosélytisme »), pour justifier son maintien, encore et encore, sous conditions spéciales de détention. L’homme qui s’est occupé personnellement des conditions spéciales de détention de Trabelsi était… Hans Meurisse. Approchant de la fin de sa peine, les USA demandent maintenant l’extradition de Trabelsi vers les USA, demande acceptée par la justice belge. L’acte final de la décision d’extradition aura lieu ce mois-ci, devant le tribunal. Ensuite, un avis de la Justice sera communiqué au ministre de la Justice, qui prendra la décision définitive.

Pendant mes visites à Trabelsi, je l’ai convaincu d’écrire, pour le public belge, un livre sur sa vie et son emprisonnement de manière à obtenir du soutien à son refus d’être extradé. En août, il finissait le dernier chapitre de son livre, chapitre traitant de ses nombreux transferts de prison en prison, et de ses conditions de détention. Trabelsi et Sekkaki, l’évadé de Bruges, se connaissaient depuis leur séjour à la prison de Bruges. Selon les autorités carcérales et la presse, Sekkaki correspondait avec Trabelsi. Début août, selon les mêmes sources, des « lames de rasoir » furent découvertes entre « la cellule Nizar Trabelsi et la salle de visite ». Pour le punir, Trabelsi fut (à nouveau) transféré du régime de haute sécurité de la prison de Lantin (quartier de haute sécurité U) à la prison de Bruges (avec un système de haute sécurité encore plus dur, l’AIBV). A compter de ce transfert, toutes les visites ont été interdites, dont la mienne. Seuls ses avocats et son épouse ont le droit de le rencontrer. Nizar Trabelsi est depuis en grève de la faim pour protester contre les accusations et contre son nouveau transfert.

A supposer que mes simples présence et contact avec « le pire du pire » n’étaient plus tolérés par les autorités pénitentiaires et jugés incompatibles avec mon travail d’enseignant en prison, celles-ci auraient pu y mettre un terme. Il n’était pas nécessaire d’intervenir pour m’interdire de faire mon travail d’enseignant, ni d’entrer dans une seule prison de Belgique.

Ce qui pourrait indiquer qu’il s’agit de bien plus que cela, et qu’est visée ma position globale sur la question de l’emprisonnement et de l’incarcération.

Pas de débat public et sociétal sur la prison

Au cours des deux dernières années, j’ai été en conflits avec les ministères belges de la Justice et de l’Intérieur et l’autorité carcérale par des articles, des pétitions et des manifestations à l’extérieur des prisons, vu que toute opposition à l’intérieur est interdite.

Lorsque les ministres Patrick Dewael et Jo Vandeurzen ont lancé l’idée de transformer le Musée de la Prison de la ville de Tongres en une prison pour jeunes rénovée, j’ai lancé une campagne de protestation avec un ancien prisonnier et actuel assistant social, Jean-Marc Mahy : « l’Appel des Cent pour sauver le Musée de la Prison de Tongres ». Pour un groupe de prisonniers hollandais détenus dans les prisons belges, j’ai écrit une lettre ouverte à l’ancien ministre de la Justice belge Jo Van Deurzen et au ministre de la Justice néerlandais Hirsch Ballin, dénonçant leurs conditions de détention. Lorsque l’actuel ministre de la Justice, Stefaan De Clerck, a organisé un colloque « Prison Make » sur son « projet de construire un grand nombre de nouvelles prisons en Belgique comme ‘solution’ à la surpopulation des prisons belges », j’ai lancé une campagne de boycott de la conférence. J’ai écrit nombre d’articles dans la presse belge pour dénoncer la tendance vers davantage d’incarcérations massives et les conditions de détention dans les prisons belges surpeuplées. En 2008, avec plusieurs autres auteurs (dont Loïc Wacquant et Joe Simm), j’ai publié le livre « Condamnés à la prison ? Ecrits sur un monde caché ». En 2009, j’ai été candidat du nouveau mouvement “Egalité” aux élections régionales à Bruxelles, pour lequel j’ai rédigé le programme sur l’incarcération demandant davantage d’écoles, de travail, de logements, au lieu de prisons.

Contre l’esprit dominant de tolérance zéro et la haine comme réponses à tous les problèmes de criminalité et de délinquance, je suis intervenu dans les médias et le débat public sur la condamnation de deux jeunes délinquants et assassins, Adam G. et Hans VT., plaidant pour une reconnaissance d’une responsabilité et culpabilité collectives et recherchant des moyens alternatifs de punition. Dans la même perspective, j’ai travaillé pendant deux ans avec Tinny Mast, mère de deux enfants kidnappés et assassinés, Kim et Ken, qui avait été elle-même maltraitée par le système belge de justice et de police. Notre collaboration a abouti à un livre publié en français et en néerlandais : « Kim et Ken, mes enfants disparus » qui est sorti en 2006. Carine Russo, députée du parti vert Ecolo et mère elle aussi d’un enfant assassiné, en a écrit la préface.

La critique et la liberté d’expression garanties par la Constitution semblent n’être réservées qu’à une partie limitée et universitaire de la société, et tolérées tant qu’elles n’ont pas d’impact sur la réalité.
Les autorités pénitentiaires ne veulent pas de débat public et sociétal sur le contrôle des prisons et la politique destructive et cachée derrière les murs des prisons.

On ne peut pas m’interdire d’exprimer mon opinion sur ce que je vois. La tendance vers l’incarcération massive et de longue durée des pauvres et des illettrés, vers la réintroduction et l’application de la peine de mort en bouclant des gens dans des conditions que nous ne réserverions pas à des animaux et qui les font mourir lentement, vers l’acceptation de conditions de travail et de vie en prison que nous critiquons quotidiennement dans le Tiers Monde.

Ceux qui se taisent et font semblant de ne pas voir l’inacceptable autour d’eux expriment eux aussi une opinion : celle de soutenir une évolution vers un monde de plus en plus inhumain et injuste.


Luk Vervaet
01.09.09

Invitation

Le mouvement ÉGALITÉ , vous invite à partager une rupture de jeûne, ce dimanche 13 septembre.

Salle: Dar Salam - Quai de l'Industrie,121 - 1080 Molenbeek-St Jean

Au programme :
18h00 - Accueil : prix de 3 € à l'entrée (ce montant comprend la soupe, dattes, lait, eau)
18h30 - Groupe de chant "Rissala" (voir: www.rissala.be)
18h50 - Diffusion d'une vidéo de nos actions citoyennes pour l'égalité
19h20 - Intervention de nos invités : Olivia Zemor et Jan Dreeze (thème : le boycott)
20h00 - Rupture de jeûne (+ prière d'El Maghrab à l'étage pour ceux qui le souhaitent)
21h00 - Groupe de chant "Rissala"
21h30 - Débat sur les vidéos, ainsi que sur les interventions, tout en dégustant les différents mets qui seront mis en vente sur place à des prix intéressants.

Invités :
Olivia Zemor (Euro Palestine) France
Jan Dreeze (COBI) Belgique

SOYEZ TOUS ET TOUTES LES BIENVENU(E)S

vendredi 4 septembre 2009

État grippal

C’est décidément plus fort que nous : il nous est difficile de rester sereins face à la prometteuse pandémie de ce début de vingt-et-unième siècle. Non que nous soyons vraiment inquiétés par la gravité annoncée de la maladie. Non que sa menace nous détourne le moins du monde de nos occupations ni même de nos préoccupations habituelles ou impromptues. C’est le doute qui petit à petit envahit notre esprit. Et s’il ne s’agissait là que d’une terrifiante intoxication planétaire orchestrée par la classe techno-scientiste, mosaïque puissante faite des ténors de la médecine officielle, des responsables de la « santé publique », de patrons avisés de laboratoires pharmaceutiques et de dirigeants politiques sous influence ou calculateurs ? Paranoïa ? Jugeons-en !

Le 7 juillet s’est tenue à l’OMS la réunion d’un groupe consultatif bondé de dirigeants de Baxter, Novartis et Sanofi, trois des principaux acteurs de « big pharma ». Ce groupe, probablement plus que simplement consultatif, a recommandé la vaccination obligatoire à l’automne prochain aux États-Unis, en Europe et dans nombre d’autres pays, contre le virus H1N1 de la « grippe porcine ». L’OMS refuse de communiquer le compte-rendu de cette importante réunion. Un porte-parole de l’Organisation affirme même qu’il n’en existe pas de procès-verbal quand on a pourtant décidé de programmer la vaccination quasiment pour le monde entier ! Comment cela est-il possible sans que les élus et les dirigeants des pays démocratiques au moins s’en étonnent ? Un procès-verbal est ici indispensable, non pour vérifier sur le papier la recommandation de l’OMS, mais pour connaître les arguments qui la motivent. Nous ne savons toujours pas si le virus dont on parle tant a réellement été isolé, dûment répertorié, est observable avec certitude au microscope.

Pourquoi tant de mystère ? Nous savons depuis longtemps qu’il est difficile – et peut-être impossible – de déterminer le bon arbitrage entre la recherche de l’intérêt général et la poursuite d’intérêts lucratifs particuliers. L’OMS est censée incarner le premier ; les firmes susnommées portent les seconds sans conteste. Craint-on alors de révéler que la grippe dite porcine est avant tout un énorme marché pour des multinationales qui n’inventent plus grand-chose depuis des années ? Que la maladie n’est finalement pas si dangereuse sauf pour les personnes déjà fragilisées par d’autres causes ? Il est troublant de constater que les victimes du virus étaient toutes très vulnérables, comme toutes les victimes des grippes annuelles. Ne peut-on pas se contenter de vacciner les personnes vulnérables, en lieu et place des individus « indispensables à la nation » ? Dans le cadre du Règlement Sanitaire International, en cas d’urgence pandémique, du type prévu avec la deuxième vague plus meurtrière de propagation du virus H1N1, les directives de l’OMS ont un caractère fortement contraignant pour l’ensemble des 194 pays qui lui sont affiliés. L’OMS dispose de l’autorité pour obliger à la vaccination générale, d’imposer des quarantaines et de limiter les voyages. L’opacité entretenue par les protagonistes de « l’affaire de la rentrée » ne fait qu’accroître le doute.

Mais au fait, contre quoi va-t-on nous vacciner ? Dans un excès d’honnêteté, « big pharma » avoue que le vaccin massivement commandé par les autorités sanitaires de nombreux pays ne sera pas prêt avant la fin du mois d’octobre et que d’ici là le virus peut fort bien muter encore. Le cas échéant, le vaccin ne jouerait évidemment pas son rôle. Pire, il pourrait lui-même être très dangereux comme celui mis en circulation au Mexique au début de la « pandémie » et que Baxter, sans craindre le ridicule, justifie par une erreur de manipulation en laboratoire. Comme pour rassurer les firmes aventurières, la Secrétaire d’État à la santé des États-Unis, Kathleen Sebelius, a signé en juillet dernier un décret conférant une totale immunité aux fabricants de vaccins contre la grippe H1N1, en cas de poursuite judiciaire. De plus le programme accéléré – de sept milliards de dollars – pour la fabrication du vaccin ne prévoit pas de test de sécurité. Est-il encore permis dans de telles conditions de parler de santé publique ?

Ainsi, les enjeux de la pandémie débordent largement le cadre sanitaire. Ce qui se prépare en France nous éclaire mieux sur le prétexte que va constituer la grippe au retour de nos vacances. Une nouvelle est passée inaperçue : Le 3 juillet dernier, la direction générale du travail a publié une circulaire « relative à la pandémie grippale » afin de préparer les entreprises et les administrations à une propagation rapide du virus. À la lecture de la circulaire DGT 2009/16, on remarque rapidement qu’il n’y est pas seulement question de santé et de masques. En cas de pandémie grave, les conditions de travail des salariés risquent d’en pâtir. Une série de préconisations, à caractère exceptionnel, permettra aux employeurs de jouer sur la flexibilité de leur personnel.

« Il en va de la survie de l’économie nationale, des entreprises et de la sauvegarde de l’emploi » dit-on dans ce texte pour le moins opportuniste. En cas de passage en phase 5B ou 6 de la pandémie – ce que Roselyne Bachelot envisage dès septembre – l’employeur pourrait donc « adapter l’organisation de son entreprise et le travail des salariés ». Le volume horaire de travail ou le nombre de tâches à effectuer pourraient augmenter « par décision unilatérale de l’employeur ». Et de préciser au passage que « le refus du salarié, sauf s´il est protégé, constitue une faute pouvant justifier le licenciement ».

L’aubaine était trop belle ! Le pouvoir s’attendant à une rentrée difficile sur le plan social, le virus H1 N1 lui offre une occasion inespérée de faire diversion tout en durcissant les règles du contrôle social. En ce dernier point, nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Il ne faut donc rien attendre du côté de l’apaisement vis-à-vis d’une menace sanitaire qui pourrait rester vague encore longtemps. Ensuite, il faudra trouver autre chose pour tenter de faire oublier qu’en France le mécanisme de l’ascenseur social est bel et bien grippé depuis des lustres.

Yann Fiévet
03.03.09
Source: Le Grand Soir

jeudi 3 septembre 2009

Près de 80 000 Marocains sont passés, en 20 ans, par les mines de charbon du Nord-Pas-de-Calais.

Près de 80 000 Marocains sont passés, en 20 ans, par les mines de charbon du Nord-Pas-de-Calais. Certains ont fait leur vie en France. Une association lutte contre les discriminations qui les touchent encore.

“Il fut un temps où les hommes furent vendus à d’autres / O Mora le négrier, tu les as emmenés / Au fond de la terre”. Une chanson populaire d’Aït Atta (Haut-Atlas) a gravé dans la mémoire collective marocaine le recrutement de jeunes ouvriers pour les mines françaises.

Félix Mora - un ancien sergent du protectorat français - y est devenu célèbre par son intense activité de “recruteur en chef” pour les Houillères du bassin du Nord et du Pas-de-Calais, de 1956 à 1977. Plus tard, il a même déclaré “avoir regardé dans le blanc des yeux au moins un million de candidats” pour en recruter au final 78 000.

Humiliés avant d’être recrutés

Si Mora a pu être assimilé à un commerçant d’esclaves, c’est que les “entretiens d’embauche” étaient réduits à une inspection physique plutôt humiliante. Les hommes volontaires étaient rassemblés et défilaient, torse nu, devant le recruteur, pour plusieurs étapes de sélection successives.
“Mora examine les dents, les muscles, la colonne vertébrale. Puis il marque les postulants avec des tampons de couleur différente pour les distinguer”, rapporte l’ethnologue Marie Cegarra dans La mémoire confisquée : Les mineurs marocains dans le Nord de la France (éd. Septentrion, 1999). Un tampon vert sur la poitrine : le candidat peut aller passer une visite médicale à l’hôpital. Un tampon rouge : recalé. Certains s’arrachent la peau en essayant de l’effacer pour retenter leur chance. De l’aveu de Mora, “le but recherché, c’était du muscle”.
On peut aller plus loin : on recherchait une main d’œuvre docile. “Il ne fallait surtout pas montrer que tu parlais français, sinon ça voulait dire que tu allais comprendre”, témoigne ainsi un ancien mineur, cité dans Du bled aux corons, un rêve trahi. Dans cet ouvrage collectif édité en septembre 2008, le sociologue Saïd Bouamama analyse des centaines de témoignages recueillis par l’Association des mineurs marocains du Nord-Pas-de-Calais (AMMN). Certains vétérans rappellent que les recruteurs “n’allaient pas à Agadir ou à Marrakech. Ils allaient dans le bled, dans les montagnes, là où les gens ne savent ni lire ni écrire”.
En effet, dans les années 1950, les premières tentatives auprès de citadins (notamment de Marrakech) ont été un échec : “Ceux-là, ils descendaient à la mine, puis ils remontaient, et ils disaient : on n’est pas des esclaves ! Alors les Français sont allés recruter dans les villages”.

Du “paradis français” à l’enfer de la mine

Le système de sélection mis en place par Félix Mora est bien rodé, avec l’aide des autorités marocaines qui donnent au recrutement un air officiel. Dès le premier contact avec les employeurs, s’installe un rapport de domination. Les “cafés mémoire”, séances collectives organisées par l’AMMN pour recueillir des témoignages, font ressurgir l’humiliation ressentie par les jeunes candidats. Ils n’ont jamais oublié cette impression d’être triés “comme du bétail” tout au long d’une série de visites médicales: jusqu’à cinq au Maroc, plus une contre-visite à l’arrivée en France, quelques mois plus tard.
Le moindre défaut physique constaté annule toutes les visites précédentes, et le postulant est écarté. En plus de permettre une flexibilité optimale de recrutement par rapport aux besoins, cela entretient chez les jeunes paysans l’idée que la France est un paradis, tout en créant en eux la tension et la crainte qui en feront des ouvriers peu revendicatifs.
La découverte des conditions de vie, de salaire et surtout de travail sera pour tous une amère désillusion. Abdellah Samate, le président de l’AMMN, se souvient de cette année 1963 où il a découvert la réalité des mines. Enfant, il avait rêvé du “paradis français” devant les films français et les cafés chics du protectorat. Croyant que ce travail le rendrait riche, lui aussi, il s’est “vieilli” de 5 ans pour être recruté dès l’âge de 18 ans. "Quand j’ai découvert cette région noire, ces baraquements sales, j’ai pensé : impossible que je passe ma vie ici , raconte-t-il avec son accent “ch’ti”. Mais ceux qui revenaient au pays tout de suite étaient traités de fainéants, alors je me suis résigné à rester un peu”. Il passera 23 ans au fond et restera dans le Nord toute sa vie.
Malgré une formation rudimentaire au métier les deux premières semaines, le “baptême du fond” reste pour les jeunes recrues un choc inoubliable. Les Marocains sont assignés à la tâche la plus pénible, l’abattage du charbon, qui nécessite souvent de travailler couché. A l’époque, la sécurité du travail n’est pas une priorité. Pas de masques contre la poussière de charbon (qui provoque la silicose), pas de casques contre le bruit assourdissant des machines. “On ne compte plus les jeunes Marocains revenus au pays complètement sourds et silicosés”, explique Samate. A 65 ans, il avoue être lui-même un peu dur d’oreille et s’essouffler plus vite que les hommes de son âge. Beaucoup de silicosés sont d’ailleurs décédés peu après leur retour, faute de soins adéquats.

Regroupement familial

Côté logement, tout est pensé pour les isoler et les maintenir dans l’idée d’un séjour provisoire. Ils sont logés par groupes de 5 à 10 dans des “baraquements pour célibataires”. Ces “cages à poules” réduisent le travailleur immigré à sa simple force de travail. Pas de salle de bain, puisque les mineurs sont supposés prendre leur douche à la mine. Et surtout, pas d’intimité. “Célibataires” par force, les immigrés ne sont pas censés avoir de vie privée. Même le repos n’est pas assuré puisqu’on peut trouver dans le même logement des “postes” différents (équipes du matin, du soir et de la nuit). Ces baraquements souvent fermés et gardés n’ont pas laissé de bons souvenirs aux mineurs interrogés par l’AMMN, qui les évoquent comme de vrais “camps de prisonniers”. Les Marocains étaient séparés des autres nationalités et surveillés par le chef de la cité, qui pouvait même récupérer leurs passeports. Enfin, le “camp” était interdit aux syndicalistes français, susceptibles de les informer sur leurs droits. Les contrats signés, loin d’offrir le “statut du mineur” arraché par les syndicats en 1946, sont pour les mineurs marocains une vraie épée de Damoclès de par leur durée très limitée : 1 an ou 18 mois.
Sur fond de retours au pays, de nouvelles arrivées mais aussi de reconversions, quelques milliers de mineurs s’installent malgré tout dans ce pénible métier. Un nouveau chapitre de leur histoire s’ouvre alors : celui du regroupement familial. LesHouillères ont beau freiner des quatre fers pour accorder des logements familiaux aux Maghrébins, inexorablement, les familles débarquent. A leur tour, les épouses de mineurs tombent de haut en découvrant qu’elles sont venues vivre dans un décor à la Zola, dans des conditions d’habitat souvent inférieures à celles qu’elles avaient au Maroc. Au Nord, c’était les corons… c’est-à-dire essentiellement des maisons vétustes du début du siècle. Pas de salle de bain, toilettes à l’extérieur, humidité omniprésente, mauvaise isolation thermique et sonore… Certes, ces problèmes ne sont pas spécifiques aux Maghrébins, mais “les témoignages convergent vers le sentiment d’avoir accédé au segment le plus dégradé du logement minier”, analyse Saïd Bouamama. D’autant que le nombre de pièces est presque toujours insuffisant pour la taille des familles marocaines : la moitié d’entre elles ont au moins 6 enfants.

Le temps des grèves

L’arrivée des familles a des conséquences profondes sur la vie des mineurs. L’épouse et surtout les enfants les “enracinent” dans le plat pays. Mais surtout, les amènent à lutter pour des droits égaux à ceux des mineurs français.
“Progressivement, les mineurs marocains ont pris conscience de la discrimination dont ils étaient l’objet, écrit Saïd Bouamama. En 1980, éclate une grève qui n’était pas officielle, puisque les Marocains n’étaient pas syndiqués.” Une grève de 3 jours seulement, mais suivie à 100%, et qui paye : les 3600 mineurs marocains se voient enfin accorder le “statut du mineur”. Ils ont droit à la retraite (avec logement et chauffage gratuits) et à la sécurité sociale. Il était temps : les puits de charbon ferment déjà les uns après les autres. Théoriquement, les Marocains sont donc inclus dans les mesures du plan social de fermeture des mines en 1985 (congés, préretraites et reconversions). Et ceux qui souhaitent repartir au Maroc peuvent bénéficier d’une “aide au retour”, mais les sommes allouées s’avèrent insuffisantes pour une réinstallation. Quant à ceux qui veulent rester, ils déchantent vite car la plupart n’ont pas les 15 ans d’ancienneté nécessaires pour avoir droit au plan social. Il faudra une autre grève en 1987, très dure cette fois (2 mois, avec blocage des puits) pour effacer la plupart des discriminations.

Le combat de la dignité

Pourtant, près de 20 ans après la fermeture de la dernière mine du Nord en 1990, ils sont encore l’objet de nombreuses discriminations concernant le logement. Les informations collectées auprès de 250 personnes montrent que si les familles marocaines ne sont pas les seules à habiter dans des logements miniers délabrés, elles sont statistiquement plus touchées par l’insalubrité. Les maisons, même attribuées à vie selon le “statut du mineur”, restent en effet la propriété des Houillères. Or les entreprises chargées de leur entretien sont loin de faire du zèle, tout en défendant aux mineurs de faire eux-mêmes des rénovations.
Les Marocains ne sont pas concernés par le "rachat des avantages en nature", excellente solution aux problèmes de logement : le mineur renonce définitivement à son logement gratuit et reçoit une indemnité. Les Français, les Algériens nés avant 1962, ainsi que les Européens ont pu ainsi acheter leur propre logement. L’AMMN se bat depuis 1995 pour faire reconnaître cette discrimination. En 2007, elle a saisi la Halde (Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité), qui a reconnu, en mars 2008, le caractère discriminatoire des procédures de l’ANGDM (Agence nationale pour la garantie des droits des mineurs). Mais il reste encore à faire appliquer par cette instance nationale les recommandations de la Halde, autre instance nationale. Rendez-vous a été pris aux Prud’hommes pour septembre. “Même si nous obtenons un euro symbolique, nous aurons encore gagné”, précise Abdellah Samate. Après des années passées à se sentir laissés-pour-compte, les “gueules noires” venues du Maroc veulent avant tout qu’on leur rende un peu de dignité.

Chiffres. Chair à charbon

Les mines du nord de la France ont toujours attiré beaucoup de main-d’œuvre étrangère, surtout européenne. Dès le début du siècle, quand l’extraction était en pleine expansion, elles ont vu débarquer des Italiens. Dans les années 1920-30, c’est le tour des Polonais (200 000 passeront par les mines). A l’apogée des mines, en 1947, on compte 250 000 mineurs au total. Ce n’est qu’à partir des années 1950, à une époque où le déclin du charbon a déjà commencé, que les Houillères puisent dans le vivier du Maghreb, et surtout du Maroc.
Jusqu’en 1977, les Houillères du Nord-Pas-de-Calais organisent la venue de 80 000 recrues marocaines (principalement du Souss et d’autres régions rurales du Sud). C’est en 1965 qu’on compte le plus de Marocains embauchés en même temps : 12 000 (sur 100 000 mineurs). A titre de comparaison, la même année il y a 26 000 étrangers dont 3000 Algériens (et de rares Tunisiens). Au début des années 1980, lorsque les mines ont commencé à fermer, il reste environ 3600 mineurs marocains. Actuellement, l’Association des mineurs marocains du Nord Pas-de-Calais (AMMN) évalue leur nombre à 2000 familles.

Source: Newsgroups: gmane.politics.activism.zpajol
02.09.09

mercredi 2 septembre 2009

Le boycott est légitime lorsqu'il est déclaré par l'opprimé (Dissident Voice)

Les préjugés ne se présentent pas toujours sous des traits hideux. Il en va de même pour le sionisme et le racisme. Il est tout à fait possible que des personnes bien intentionnées aient des préjugés et, pire encore, agissent selon ces préjugés.

Uri Avnery s’élève contre les brutalités infligées aux Palestiniens. Il fait campagne pour la paix avec les Palestiniens. Mais il a également un passé sioniste, il est né en Europe et a combattu avec l’organisation terroriste Irgoun dans l’holocauste (la Naqba) commis contre les Palestiniens. Plus tard, il reniait les méthodes d’Irgoun. Il est contre la guerre, mais il n’est pas contre le fait de recueillir les fruits de la guerre. Il soutient une solution à deux états. En d’autres termes, les Juifs israéliens garderont les fruits de ceux qu’ils ont dépouillés – cela, tout en continuant de faire pression pour récupérer ceux qu’on leur a pris. (1)

Avnery préconise l’utilisation sélective de tactiques contre le sionisme.

Cela est clair quand il s’agit d’un boycott international d’Israël. Avnery affirme que personne n’est plus à même de répondre à cette question que l’archevêque sud-africain Desmond Tutu. (2)

Et que dit Tutu ? Il a appelé la communauté internationale à traiter Israël comme elle a traité l’Afrique du Sud au temps de l’apartheid. Tutu soutient la campagne de désinvestissement (BDS : boycott, désinvestissement, sanctions, NDT http://campagneboycott.blogspot.com/ ) contre Israël. (3)

Le compatriote israélien d’Avnery, Neve Gordon, dit qu’il est temps, en effet, d’organiser un boycott. (4). Avnery gémit : "Désolé, mais je ne peux pas être d’accord avec lui, cette fois-ci – ni sur la similarité avec l’Afrique du Sud ni sur l’efficacité d’un boycott d’Israël".

Et, de fait, les deux apartheids, bien qu’ils revêtent de nombreuses similitudes, sont également différents.

Gary Zaztman indique une différence essentielle :

"Malgré ses maux graves et indubitables et les nombreux crimes contre l’humanité commis en son nom, dont des massacres, l’apartheid des blancs racistes d’Afrique du Sud n’était pas fondé sur la perpétration d’un génocide. Le sionisme, de son côté, mettait en œuvre la dissolution de l’intégrité sociale, culturelle, politique et économique du peuple palestinien, c’est-à-dire son génocide, dès le début, au moins à partir de l’injonction qu’on trouve dans les écrits de Theodor Herzl que le "transfert" dans un autre endroit de la "population indigente" de Palestine soit organisé "discrètement et avec circonspection." (5)

Le boycott, stratégie contre le racisme

Avnery écrit que Tutu lui a expliqué que "le boycott était d’une importance considérable, bien plus que la lutte armée".

Mais c’est le révolutionnaire Nelson Mandela, qui avait refusé de renoncer à la lutte armée, qui a négocié le démantèlement du système d’apartheid en Afrique du Sud. (6)

Tutu a également dit à Avnery que "ce boycott était important à la fois sur le plan économique et sur le plan moral ".

Avnery écrit : "Il me semble que la réponse de Tutu souligne l’énorme différence qui existe entre la réalité en Afrique du Sud à l’époque et celle qui est la nôtre aujourd’hui".

Et donc, que dit Avnery ? D’abord, il affirme que Tutu est la personne la mieux placée pour parler de l’efficacité d’un boycott en tant qu’instrument de lutte contre le racisme, puis il dit que Tutu se trompe. Avnery veut-il donc dire que c’est lui qui est le plus à même de parler de l’efficacité des boycotts contre le racisme ?

Avnery craint que les Juifs israéliens n’en déduisent que "le monde entier est contre nous".

Cependant, n’est-ce point, en quelque sorte, le but de l’opération : montrer que le monde entier est contre le racisme des Juifs envers les Palestiniens ?

Attention, le monde entier n’est pas contre les Juifs, comme la propagande israélienne voudrait le faire croire.

Bien qu’il ne le dise pas noir sur blanc, Avnery utilise là une variante de l’accusation d’antisémitisme ; si vous êtes contre ce que fait Israël, alors, vous êtes contre les Israéliens. Et donc vous êtes antisémite. Cette distorsion absurde de la moralité et de la logique sous-tend qu’être contre le racisme envers les Palestiniens fait de vous un antisémite.

Avnery reconnaît qu’"en Afrique du Sud, le boycott mondial a contribué à renforcer la majorité et à la souder dans la lutte. Un boycott d’Israël aurait l’effet inverse : il jetterait l’immense majorité des gens dans les bras de l’extrême droite et créerait une mentalité de forteresse assiégée contre le "monde antisémite" (ce boycott aurait, bien entendu, un impact différent sur les Palestiniens, mais ce n’est pas le but de ceux qui le préconisent)".

Avnery décrit simplement le statu quo actuel. Israël est déjà enlisé dans une mentalité de forteresse assiégée d’extrême-droite. Le boycott n’en est pas la cause. Avnery fait une fixation sur la dynamique de la population. Quelle est l’importance entre majorité et minorité dans le raisonnement d’Avnery ? On pourrait penser que, les Palestiniens faisant partie de la minorité (et le fait que les Palestiniens soutiennent le boycott), ce serait une raison encore plus valable pour justifier un boycott international. Qui et quoi Avnery défend-il ? Les Palestiniens contre le racisme ou les Juifs israéliens contre les effets sur l’économie et l’opprobre que représente un boycott international ?

Quant à l’objectif de la campagne de boycott, il est de : "refuser à Israël les moyens financiers de continuer à tuer des Palestiniens et d’occuper leur territoire". (7)

Avnery parle de l’holocauste, disant que les souffrances des Juifs sont profondément ancrées dans l’âme juive.

Que les nazis aient enfermé les Juifs dans des camps de concentration était un scandale moral. Mais quelles leçons avons-nous tirées de la Seconde Guerre Mondiale ? Que les souffrances imposées à tout groupe identifiable sont abominables et immorales ? Ou bien qu’un groupe peut désormais s’approprier un holocauste, en faire sa propriété exclusive, et se servir de souffrances passées comme bouclier pour infliger un holocauste à un autre peuple ?

Avnery prétend que boycotter les Juifs leur rappellera le nazisme, mais quand des Juifs emploient des méthodes semblables à celles des nazis, que doit-on leur rappeler ?

Avnery est d’accord pour le boycott les produits des "colonies". Il fait la distinction entre les "colons" (c’est-à-dire "les colonisateurs") et les autres Juifs israéliens. Comment alors Avnery explique-t-il le fait que les "colons" soient installés en Cisjordanie ?

Avnery affirme que "ceux qui appellent à un boycott agissent par désespoir. Et c’est ça le fond du problème".

De fait, le désespoir c’est le lot quotidien de beaucoup de Palestiniens dans les territoires occupés ou les camps de réfugiés.

Avnery affirme qu’un boycott international serait difficile à mettre en œuvre, et que les Etats-Unis ne le soutiendraient pas. Il n’a pas non plus été facile d’organiser un boycott contre le régime d’apartheid en Afrique du Sud. Est-ce une raison pour ne pas essayer ? Les Etats-Unis n’étaient-ils pas aussi opposés à un boycott de l’Afrique du Sud ?

Certes, cela prendra sans doute longtemps. Mais les temps changent, n’est-ce pas. Les récalcitrances des Etats-Unis (et de leurs alliés occidentaux) ont été vaincues au Venezuela, à Cuba, en Bolivie et ailleurs. Les empires se sont faits et défaits tout au long de l’histoire.

Avnery pense que la politique du boycott, c’est comme "un mauvais diagnostic qui induirait un traitement inapproprié. Pour être plus précis, la théorie erronée selon laquelle le conflit israélo-palestinien ressemble à la situation en Afrique du Sud mène à un choix de stratégie erroné".

Avnery poursuit : "en Afrique du Sud, il y avait un accord total entre les deux camps concernant l’unité du pays. La lutte ne concernait que le régime politique. Les Blancs et les Noirs se considéraient tous sud-africains et étaient déterminés à conserver le pays tel quel. Les Blancs ne voulaient pas de partition du pays, et d’ailleurs, ne pouvaient pas le vouloir car leur économie était fondée sur le travail des Noirs".

Il me semble que nous avons là une analyse erronée. "Les Blancs ne voulaient pas de partition" ? Comment Avnery peut-il affirmer quelque chose d’aussi faux ? Qu’étaient le Venda, le Lebowa, les bantoustans, si ce n’est des parties de l’Afrique du Sud découpées par le gouvernement blanc ? De plus, que le sionisme ne soit actuellement plus dépendant du travail des Palestiniens ne masque pas le fait qu’à une époque il dépendait de cette main d’œuvre ; Avnery choisit soigneusement ce qui lui convient pour son argumentation. Refuser aux Palestiniens le droit de travailler dans la Palestine historique, c’est une politique qui s’est développée avec le sionisme.

Egalement, comment se fait-il qu’Avnery puisse s’opposer à un boycott international d’Israël quand Israël persiste à imposer un embargo illégal aux Palestiniens – un crime de guerre ? Tant qu’Israël emploiera de telles méthodes, alors, la résistance par le biais du boycott, sera sans aucun doute légitime.

Avnery dit que les Juifs israéliens et les Arabes palestiniens n’ont rien en commun. Cette même dissimilitude était toutefois également vraie entre les Blancs et les Noirs d’Afrique du Sud.

Je m’insurge, néanmoins, contre la portée d’une telle argumentation. Elle fait le lit du racisme. Les Juifs israéliens, les Palestiniens, les Blancs et les Noirs sont tous des êtres humains. Tous mangent travaillent, dorment, rêvent, ont des familles. Cela devrait être une raison suffisante pour agir humainement les uns envers les autres : l’amour de l’humanité. Il est tout à fait possible d’accepter notre humanité partagée et de respecter la diversité.

Avnery conclut : "en bref, les deux conflits sont fondamentalement différents. Donc, les moyens de lutte doivent être forcément différents".

C’est une illusion logique, comme il est faux sur le plan logique et moral d’estimer qu’avoir été victime d’un génocide minimise sa propre culpabilité dans un autre génocide. On peut se demander si Avnery n’est pas victime de mauvaise conscience et de dissonance cognitive. Pour moi, les deux "conflits" (8) sont fondamentalement comparables. L’Israël colonial et l’Afrique du Sud coloniale partagent ces caractéristiques : un groupe d’étrangers différents sur le plan linguistique, religieux, culturel et racial qui a dépossédé des peuples autochtones de leur terre natale en employant la violence du dominateur et créé un système d’apartheid qui humilie les peuples autochtones et privilégie l’occupant.

Avnery insiste sur certains aspects "fondamentaux" – qui, pour moi, ne sont pas des points fondamentaux, mais des nuances – qu’il estime différents.

Pour Avnery la solution serait "un projet de paix complet et détaillé" du président Obama où "tout le pouvoir de persuasion des Etats-Unis" conduirait "sur la voie de la paix en Palestine".

Avnery se souvient bien des projets de paix précédents soutenus par les US, comme Oslo ou la "feuille de route". Pourquoi alors place-t-il des espoirs insensés sur un Obama attentif à ne pas contrarier l’AIPAC ? Avnery espère-t-il que les Juifs israéliens prendront conscience que la paix avec les Palestiniens, c’est la seule chose à faire ? Le militant pour la paix propose une solution qui a échoué et a été rejetée de nombreuses fois. Il récuse une solution qui a fonctionné en Afrique du Sud pour ménager les susceptibilités de l’oppresseur.

Mais voyons de plus près la logique d’Avnery qui veut que des "conflits" différents requièrent des moyens d’actions différents.

C’est la lutte qui met un terme à l’oppression. Des "conflits" fondamentalement différents peuvent prendre fin grâce à des moyens de lutte semblables. Ainsi, les révolutionnaires ont renversé la dictature soutenue par les Etats-Unis à Cuba grâce à la lutte armée et les révolutionnaires cubains ont battu les forces armées sud-africaines en Angola grâce à la lutte armée. (9)

A la fin de son article, apparemment sûr de son propre raisonnement par rapport à la personne qu’il estime la plus qualifiée pour expliquer que les boycotts sont des moyens efficaces pour venir à bout de l’apartheid, Avnery cite une prière de Tutu que nous devrions tous faire nôtre : "Mon Dieu, quand j’ai tort, fais que je sois prêt à me rendre compte de mon erreur, et quand j’ai raison, fais que je sois supportable à vivre".

Espérons qu’Avnery applique la même humilité quand il constate ses propres erreurs de jugement.

Kim Petersen
co-rédacteur en chef de Dissident Voice
29.08.09

ARTICLE ORIGINAL
Boycotts as a Legitimate Means of Resistance As Determined by the Oppressed People
Publié le 29 août 2009 http://dissidentvoice.org/2009/08/boycotts-as-a-legitimate-means-of-resistance/


Notes

(1) See Dinah Spritzer, “Last chance for Holocaust restitution ?” JTA, 30 June 2009. http://jta.org/news/article/2009/06...
(2) Uri Avnery, “Tutu’s Prayer,” Gush Shalom, 29 August 2009. http://zope.gush-shalom.org/home/en...
(3) Desmond Tutu, “Israel : Time to Divest,” New Internationalist magazine, January/February 2003. Available online at Third World Traveler.
(4) Neve Gordon, “Boycott Israel,” Los Angeles Times, 20 August 2009. http://www.latimes.com/news/opinion...
(5) Gary Zatzman, “The Notion of the ‘Jewish State’ as an ‘Apartheid Regime’ is a Liberal-Zionist One,” Dissident Voice, 21 November 2005. http://dissidentvoice.org/Nov05/Zat...
(6) See Bill Keller, Tree Shaker : The Story of Nelson Mandela (Boston : Kingfisher, 2008). Mandela voulait parvenir à un accord par des moyens pacifiques, non violents. Mais confronté à la violence de l’Etat, il a eu recours à la violence comme moyen de lutte. Mandela a souligné que cette violence n’était pas du terrorisme. 98
(7) ”Aim of the boycott campaign,” Boycott Israel Now. http://www.boycottisraelnow.com/aim.htm
(8) Le terme “conflit” minimise les atrocités commises contre les Palestiniens et les Sud Africains par leurs oppresseurs.
(9) Isaac Saney affirme que la Bataille de Cuito Cuanavale fut le point tournant de la lutte contre l’apartheid. ”Isaac Saney, “The Story of How Cuba Helped to Free Africa,” Morning Star, 4 November 2005.


Traduction emcee des Bassines et du Zèle pour le Grand Soir

mardi 1 septembre 2009

" Un étranger est plus facilement envoyé en prison qu'un Belge"

Les prisons débordent, notamment de détenus étrangers. Et les réformes ne sont pas appliquées. Pourquoi ?

Entretien avec Sonja Snacken, criminologue à la VUB. Elle a participé de près à l'élaboration de la réforme carcérale.
Le Vif/L'Express : On trouve de plus en plus de détenus de nationalité étrangère dans nos prisons. Pourquoi ?

Sonja Snacken: Grâce à plusieurs recherches empiriques, on constate que, pour un même délit et à casier judiciaire égal, un délinquant étranger, surtout s'il est en situation illégale, se retrouve plus facilement en prison qu'un Belge. Cela concerne tant la détention préventive que les peines prononcées par les tribunaux. Les magistrats considèrent qu'il y a là un facteur de risque.

Lequel ?

Le risque de ne pas comparaître devant un tribunal et celui de récidive, et cela même si la famille de ces personnes se trouve en Belgique.

Les magistrats ne tiennent tout de même pas seulement compte de la nationalité pour évaluer ce risque...

Non, diverses recherches montrent que les magistrats prennent également en compte la situation économique et sociale du détenu. Le fait qu'un suspect n'ait pas de travail ou une trajectoire professionnelle très difficile pousse les juges à choisir la détention plutôt qu'une mesure alternative. Or les personnes en séjour illégal, par exemple, vivent souvent dans des situations précaires. L'élément culturel intervient aussi dans certaines décisions judiciaires. La culture occidentale est plutôt individuelle et axée sur la culpabilité. D'autres cultures sont davantage collectives et axées sur l'honneur.
Donc, chez nous, lorsqu'un suspect est confronté à des indices probants, on s'attend à ce qu'il reconnaisse les faits. Or, chez les Maghrébins par exemple, nier l'évidence permet de préserver l'honneur de la famille, considéré comme plus important que la responsabilité individuelle. Mais les juges, eux, estiment qu'une personne est plus dangereuse lorsqu'elle nie ce qui paraît confondant. Précisons que cette explication ne vaut que pour la criminalité ordinaire - soit le gros du paquet pénal - mais pas pour les crimes les plus graves.

N'est-ce pas très subjectif ?

Les juges s'en défendent. Pour eux, il est normal d'évaluer le risque qu'une personne fait courir à la société. Mais ils le font en fonction de critères qui ne sont pas prévus par la loi. Auparavant, on parlait de « justice de classe ». Aujourd'hui, on parle de « justice de pronostic ». Le résultat est que le tarif pénal est différent selon la nationalité.

Retrouve-t-on aussi un taux important de détenus étrangers dans les autres Etats européens ?

La Belgique, tout comme le Luxembourg, se trouve dans le peloton de tête. Mais loin derrière la Suisse tout de même, où la proportion de détenus étrangers s'élève à 75 % ! Cela peut s'expliquer par le fait que ce sont des petits pays où l'on transite facilement. A l'inverse, dans la plupart des pays de l'Est, la proportion reste en dessous de la barre des 5 %.

Tout cela contribue à la surpopulation carcérale. Pour résorber le trop- plein des prisons, la réponse des politiques est de construire davantage d'établissements. Est-ce la bonne mesure ?

Non. En vingt ans, soit depuis que les prisons sont surpeuplées, on a déjà augmenté la capacité carcérale de 2 000 places. Et, aujourd'hui, les prisons débordent plus que jamais... Construire de nouvelles cellules sans s'attaquer aux causes de la surpopulation ne sert à rien. Depuis des années, les politiques promettent de réduire le nombre de détenus. Certes, ils ont multiplié les mesures alternatives. Mais ils ont aussi alourdi les peines pour certains délits. Surtout, depuis la loi de 1998, le système de libération conditionnelle s'est compliqué.

Avec quelles conséquences ?

En dix ans, le nombre de détenus qui accèdent à la libération conditionnelle a fortement diminué. Actuellement, de plus en plus de détenus ne font même plus la demande et préfèrent aller à fond de peine. La loi de 1998 a donc un effet pervers. La libération conditionnelle est censée protéger la société en imposant un contrôle aux détenus libérés et en leur offrant une guidance. Or de plus en plus sortent sans bénéficier de cette transition. C'est dangereux.

D'importantes réformes ont été adoptées pour améliorer la situation carcérale. Mais elles ne sont pas appliquées ou très partiellement. Manque de volonté politique ?

Ces réformes législatives requièrent des arrêtés d'exécution qui tombent au compte-gouttes. Et parfois, de manière incohérente. Un exemple : on a introduit le régime de sécurité renforcé individuel ( NDLR : qui permet aux directeurs de prison de prendre à l'égard d'un détenu des mesures particulières telles que l'exclusion du préau ou le placement au cachot), mais on a oublié le droit de recours des détenus. Une instance, la commission des plaintes, est prévue par la loi Dupont de 2005, mais elle n'a pas été créée. Or l'un ne va pas sans l'autre. C'est en tout cas l'esprit de la loi Dupont qui a été pensée dans une cohérence globale alliant droit des détenus, des gardiens, des victimes et intérêts de la société.

Comment expliquez-vous cette réticence politique ?

La réforme des prisons n'est pas très populaire. La plupart des gens considèrent les détenus comme des êtres à part. Il y a « eux » et il y a « nous ». Les deux mondes ne se mélangent pas. Un directeur de prison avait l'habitude de commencer ses conférences publiques par un provocateur « Chers futurs clients ». Ce qui offusquait chaque fois son audience. On se dit toujours que la prison, ce n'est pour nous. Donc, à quoi bon changer le système ?

Entretien: Thierry Denoël
31.08.09

Source: LeVif.be

samedi 29 août 2009

Quand l’appétit des promoteurs immobiliers...

Comme chaque année à pareille période, il nous faut assister incrédules, aux ravages des feux de forêts et de sous-bois, dans les habituels pays de l’Europe du Sud…

Que ce soit en France ou en Italie, en Corse ou en Espagne, au Portugal ou en Grèce, c’est à chaque fois la même chose : en quelques heures, un patrimoine rare et précieux est rasé de la carte et disparaît à jamais en fumée… remplacé par un paysage de désolation et de tristesse. Sans compter qu’au passage, parfois ces feux emportent biens immobiliers et vies humaines…

Il faut avoir traversé un tel environnement après un incendie, pour voir combien le décor verdoyant et la luxuriance de la nature avec sa faune et sa flore variées fait place à des couleurs de mort où tout est réduit en cendres. La vision de destruction apocalyptique en est cauchemardesque.

Faut-il rappeler que les forêts, avec les mers et les océans, participent à la production d’oxygène dont nous avons tant besoin dans nos villes polluées et de plus en plus surdimensionnées ? Rien ne peut remplacer la disparition de ces poumons verts et il faut compter des décennies voire quelques siècles pour retrouver parfois un équilibre ainsi saccagé.

Sans parler des coûts – financiers mais aussi patrimoniaux, écologiques, esthétiques,… – que représente la perte de tels espaces, que dire de celui des forces d’intervention pour tenter d’éteindre ces brasiers vite incontrôlables à l’aide de camions, hélicoptères, canadairs, etc… et sans mentionner celui des vies humaines, irremplaçables !?

Le hasard ou la sécheresse peut-être ? Bien sûr que non ! Le hasard ne frappe pas avec une telle régularité. Un regard par-dessus l’épaule nous indique que pas une année ce phénomène ravageur ne rate le rendez-vous. C’est presque devenu l’un des feuilletons télé de la saison estivale. Et quantité d’endroits sont soumis à pire sécheresse, sans que cela n’occasionne de tels incendies.

La question qu’il convient donc de se poser n’est pas tant de savoir qui est responsable de tel ou tel départ de feu, parce la plupart du temps, ces feux sont initiés par des pyromanes – qu’il faut traquer, arrêter et juger, cela va de soi – que de savoir à qui ces catastrophes écologiques profitent-elles, et si elles peuvent être évitées.

Pour ce qui est des bénéficiaires de ces drames, l’on ne s’étonnera même plus du résultat des enquêtes révélant bien souvent de sordides intérêts de promoteurs immobiliers acoquinés avec certains acteurs politiques… Quant à savoir si ces désastres peuvent être évités, la réponse est oui, assurément, oui !

Mais pour cela, il faut plusieurs conditions, dont la première est la prise de conscience des populations qui ne sont pas directement concernées par ces drames. Au pire, la forêt apparaît pour beaucoup comme un milieu sombre et hostile, abritant nombre de dangers inconnus, antre de peurs ancestrales, ne présentant donc que peu d’intérêt ; au mieux, elle est un milieu naturel, proche de l’ordinaire, voire banal et donc, remplaçable, renouvelable à souhait. Or, il n’en est rien. S’il est parfois dit ou écrit que les forêts d’Europe regagnent du terrain, c’est passer sous silence que ces forêts sont jeunes et n’ont donc pas la richesse des vieilles forêts ayant mis des années à parfaire leur exceptionnelle richesse en variété d’essences… Il faut plusieurs décennies pour qu’une forêt atteigne lentement sa maturité. Bien plus que les quelques décennies d’une vie humaine. La plupart des nouvelles forêts d’Europe sont composées d’essences communes, souvent issues de la famille des conifères, ce qui a eu pour conséquences d’entraîner des pluies de plus en plus acides, et d’appauvrir inexorablement les sols. L’Allemagne connaît bien ce redoutable phénomène et s’emploie activement à le corriger, tant que faire se peut. Mais ce travail est long et demande une infinie patience. Vertu devenue rarissime en ces temps aliénés à la vitesse et à l’efficacité.

Or, voilà plus de 25 ans, dans son livre intitulé Ouvrez donc les yeux aux Ed. Robert Lafont (1980), le vulcanologue français Haroun Tazieff soulevait déjà le problème des incendies de forêts. Il préconisait à l’époque ce qu’aucun pays n’a mis en œuvre depuis, à savoir : la gestion des forêts en prévision des incendies futurs. Il y proposait par exemple de tracer de larges coupe-feux de manière systématique et régulière à travers les forêts, diminuant ainsi le risque de propagation du feu et isolant les parcelles les unes des autres ; il y proposait aussi d’entretenir les sous-bois ; de débroussailler les sols ; d’aménager des accès pour les services de sécurité ; de baliser clairement les aires accessibles au public de celles qui ne le sont pas, et ainsi de suite… bref, il y proposait une véritable gestion active – proactive dirait-on de nos jours où la sémantique politique est devenue l’emballage qui cache le vide qu’elle contient – des forêts, afin de les prémunir contre les incendies qui les détruisent périodiquement.

... et l'incurie des gouvernements se rencontrent.

Depuis des années et tout particulièrement aujourd’hui, nos gouvernements européens sont placés devant un défi majeur : la hausse ininterrompue du chômage, spécialement chez les jeunes. Chacun de nos ministres y va de ses déclarations et de ses promesses électoralistes, mais dans les faits, aucun de ces gouvernements ne parvient à endiguer ce qui est un véritable fléau tant économique que moral pour ceux qui doivent le subir.

Quantité de ces jeunes – et moins jeunes – au chômage seraient peut-être bien contents de travailler en plein air, à de tels projets pour le bien de la communauté. Il ne manque – comme toujours – que le courage et la probité politiques de décisions adéquates.

Dans le même ordre d’idées, un reportage télévisé relatait dernièrement qu’une étude avait été réalisée en Europe au sujet des aires de détente le long des autoroutes. La Belgique était l’un des pays les plus mal placés dans le tableau. Et dans la foulée, combien de fois ne découvre-t-on pas des poubelles de rue débordantes, avec parfois des sacs pleins à leurs pieds ? Et faut-il parler de l’état des trottoirs et des caniveaux, de certains parcs, des bulles à verres, des domaines publics ?... Quantité de lieux où les citoyens ne peuvent que constater le laisser-aller flagrant qui prévaut, alors qu’une main d’œuvre pléthorique n’attend que la première occasion pour travailler…

Oui, mais tout cela coûte de l’argent, me dira-t-on. Mais le chômage coûte bien plus cher à la collectivité ! Comme le renouvellement de nos armements, ou l’envoi de troupes dans des guerres plus qu’équivoques. Ainsi du gaspillage éhonté de nos multiples niveaux de pouvoir, et de certains cabinets ministériels également... Quantité de projets relativement simples pourraient être proposés pour sortir de nombreux citoyens du chômage, les ramenant ainsi dans le circuit du travail et dont les cotisations reviendraient dans les caisses de l’État, sans parler de la dignité d’un emploi retrouvé…

Tout est là, à portée de main. Sans que cela ne nécessite de lourds et coûteux investissements. Sans avoir besoin de structures complexes à mettre en place. Sans devoir remuer ciel et terre, ni créer de commission d’enquêtes, d’études ou de faisabilité. Sans avoir à charger un cabinet d’experts et de bureaucrates qui ont la spécialité d’alourdir et de complexifier tout ce qu’ils touchent. C’est simple et probablement efficace. Encore une fois, il ne manque que le courage et la volonté politique de prendre de bonnes décisions… en lieu et place de vains discours, de promesses électorales et de programmes creux. Ou en lieu et place d’achat de 12,5 millions de doses du vaccin H1N1 pour une population totale du pays de 10,5 millions d’habitants !

Daniel Vanhove –
29.08.09

vendredi 28 août 2009

Egalité prépare la rentrée... et vous invite à son AG

Chères amies, chers amis,

nous vous informons que la prochaine assemblée générale aura lieu ce vendredi 28 août 2009, à 20 heures 30


A l'ordre du jour:

- bilan des activités depuis la dernière AG
- propositions pour les quinze jours prochains

Merci de confirmer votre participation au plus vite, pour faciliter l'organisation!

Salutations cordiales

"Les discours paternalistes et islamophobes de l'extrême gauche peuvent être repoussants"

INTERVIEW - Rappeur du groupe Ministère des Affaires Populaire, Saïd témoigne du débat politique qui anime les banlieues des grandes villes françaises et européennes.
Le Ministère des Affaires Populaires (MAP) a publié son deuxième disque Les Bronzés font du Ch'ti et a fait cet été la tournée des festivals. Jeune groupe de Roubaix à la popularité grandissante, le MAP mélange rap, violon arabe et accordéon français. Un digne héritier de Zebda, qui utilise une musique festive (l'ambiance des concerts en témoigne) pour faire passer un message politique hautement pertinent. Musicalement, ses influences proviennent aussi bien de la musique arabe que du punk, de la chanson française, du reggae ou du rap. Rencontre avec Saïd, l'un des deux rappeurs du groupe, pour parler un peu de musique, mais aussi de politique...

- Dans vos textes, vous utilisez des mots comme «révolution» («Un Air de révolution») ou «camarade» («Appelle moi camarade», avec la rappeuse militante Keny Arkana). Des termes assez rares aujourd'hui. Mais que signifie pour vous la révolution?

- Saïd: La révolution, c'est le changement, l'évolution des mentalités. Est-ce qu'on va rester comme des moutons, ou est-ce qu'on va avoir un vrai regard lucide et critique sur la société, changer notre manière d'être et de vivre, avoir une vie plus saine et plus altruiste? Le problème, c'est qu'on est tous passés par l'école, la «fabrique à dominants», qui définit comme objectif dans la vie d'être le meilleur, de gagner de l'argent et d'avoir une situation. Est-il envisageable de réfléchir différemment? La révolution pour nous, c'est aussi un rêve.
Le monde dans lequel on vit ne nous plaît pas. On sent qu'il n'est pas viable, avec 80% de la planète qui crève de faim et 20% qui vit dans l'excès. Il atteint ses limites et il est à deux doigts d'exploser. Il rend inhumain. Le plus frappant, en France, c'est le traitement des sans-papiers: «Retournez chez vous, on ne va pas partager avec vous ce qu'on a ici, on a peur de ne pas en avoir assez, alors dégagez!» C'est abject. En plus, ces gens-là viennent des mêmes pays que nos grands-parents, alors comment peut-on accepter ce genre de choses? Je souhaite que la révolution ait lieu à tous les niveaux. C'est sûr que le mot a été ringardisé, mais je pense que la conscience de classe revient et je suis content de participer à ce changement.

- Vous tapez sur la droite, bien sûr, mais aussi sur BHL, le PS et même sur Charlie Hebdo ou l'extrême gauche «pathétique comme la Fête de l'Humanité» («Faudra faire avec»). Mais alors, avec qui vous allez la faire, la révolution?

- Le changement viendra d'en bas. Les gens qui m'impressionnent sont les associations dans les quartiers, qui font un travail de terrain incroyable. J'ai beaucoup de respect pour le Mouvement de l'immigration et des banlieues, le Forum social des quartiers populaires, les Indigènes de la République, les associations qui dénoncent les violences policières, les discriminations etc. Eux sont en phase avec le terrain, ils sont dans l'éducation populaire, dans l'éveil des consciences, la formation, la mobilisation, pas dans le baratin institutionnel.

- Comment expliquez-vous le mal qu'ont les partis de gauche à mobiliser dans les populations issues de l'immigration?

C'est compliqué parce que nous, issus de l'immigration algérienne, maghrébine ou africaine, nos valeurs, nos codes sont aussi dans notre arabo-musulmanité: nos rapports aux parents, la convivialité, l'hospitalité... Les mecs d'extrême gauche, qui se demandent pourquoi ils ont du mal à mobiliser dans les quartiers, ont du mal à imaginer que parfois leurs discours paternalistes et islamophobes peuvent être repoussants. Ils n'intègrent pas les différences et la spécificité des gens des quartiers. Ils voudraient qu'on soit tous de culture marxiste et anticléricale. Mais, aussi étrange que ça puisse paraître, on peut être musulman pratiquant sans être croyant! Dans un monde aussi égoïste que celui dans lequel on vit aujourd'hui, avoir la culture musulmane à la maison, dans le cercle privé, franchement, c'est une bouffée d'oxygène. C'est un moment de chaleur humaine qu'on trouve de moins en moins dehors et qu'on veut préserver parce qu'avec ses valeurs de générosité et de solidarité, c'est un véritable trésor!

- Vous utilisez aussi des références anarchistes («A l'abordage»). Vous sentez-vous proches de ce courant?

- Oui, je suis séduit par l'idéologie et l'esthétique punk, la marginalité, la révolte contre les valeurs établies, la résistance contre la culture dominante, le refus de cette société, de ses dérives... Le «No Future», ce nihilisme politique, ça me plaît énormément. Si en plus ça s'inscrivait dans une démarche de solidarité collective, ça serait l'idéal!

- Votre discours politique est riche et vous abordez des thèmes très variés (l'immigration, les sans-papiers, le racisme, la violence policière, mais aussi le Nord, la pauvreté, les HLM, la prison, la culture de masse...). D'où vient votre éducation politique?

- Notre conscience politique est d'abord culturelle, transmise par nos parents, notre histoire, notre trajectoire... On est des enfants d'immigrés et d'ouvriers: double raison d'avoir une conscience de classe. On a la chance d'avoir eu des parents qui nous ont raconté leur immigration, leurs souffrances. Et encore, je pense que mon père nous cache certains détails sur l'histoire de notre famille pendant la colonisation, pour éviter qu'on soit trop en colère contre la France. Ma mère a connu les bavures policières envers les immigrés, elle nous disait: «Quand vous sortez, attention à la police.» Et puis on est aussi dans une région particulière, ouvrière, syndicaliste, associative, avec une culture de protestation, une terre d'immigration...

- Comment évaluez-vous la situation politique dans les quartiers?

- Aujourd'hui, on est dans une société qui se repolitise. Elle avait été dépolitisée par une stratégie politique menée par les partis, surtout le PS dans les années 1980. Ils ont complètement dépolitisé la «marche pour l'égalité et contre le racisme» qu'ils avaient rebaptisée la «Marche des beurs». On est cette génération qui a été dépolitisée, pour être manipulée. Le 11 septembre 2001 est le tournant politique qui a changé la face du monde. Je pense que c'est le début de la repolitisation des masses, en tout cas de notre génération. Surtout ceux qui sont issus de l'immigration arabo-musulmane, parce qu'ils ont été stigmatisés, les «potentiels terroristes» et tous les clichés autour de ça. Ensuite il y a eu Le Pen au deuxième tour (2002), la révolte des quartiers populaires (2005), Sarkozy et le Ministère de l'immigration (2007), une société qui se durcit, de plus en plus liberticide, raciste, xénophobe...
Notre société capitaliste, individualiste, égoïste a atteint ses limites et elle fait ce qu'elle peut pour étouffer la révolte... Elle est de plus en plus réac' parce qu'elle n'a pas le choix: elle s'autodéfend. Elle essaye de discréditer les luttes, de ringardiser les discours, pour casser toute forme de résistance. On passe pour des adolescents attardés ou de dangereux gamins nihilistes. Mais je pense qu'il y a une lucidité dans les quartiers, sur la conscience de classe. Même dans les actes les plus nihilistes, il y a une vraie analyse politique, sur les rapports de domination. Les mecs des quartiers savent de quel côté de la barrière ils sont...

- Vous rendez hommage au courage de ceux qui ont fait le voyage, les souffrances qu'ils ont dû affronter, mais vous célébrez aussi leur culture, leurs chansons (dans «Chouffou ma sar», de El Hachemi Guerrouabi). Qu'est-ce que cela représente pour vous?

- On est des enfants de l'école de la République, qui est censée former ses citoyens, les éduquer, les cultiver. Mais elle a oublié une partie de notre culture et, plus que ça, elle l'a niée. Pour être sincère, je me suis senti insulté par l'école de la République. On m'a dit «la culture de tes parents, ce n'est pas la nôtre, elle n'est pas assez intéressante». Si l'école de la République ne t'aide pas à te cultiver, tu es obligé d'aller chercher toi-même. Donc on a cherché. C'est un acte de résistance culturelle, contre le Ministère de l'identité nationale. Parce qu'on nous a dit que s'intégrer c'était chanter la Marseillaise, bouffer du cassoulet et, aujourd'hui, avoir une Rolex! Mais les richesses de ce pays, c'est aussi l'histoire des gens de ce pays. Donc on va chercher dans notre patrimoine culturel, et il est très large: il va du nord de la France jusqu'au sud de l'Algérie!

- Vous vous intéressez aussi beaucoup à la Palestine, qui est le titre d'une de vos chansons...

- Nos parents nous ont parlé des Palestiniens. Ils ont connu la colonisation et l'occupation de l'armée française en Algérie. Ils vivaient dans un département français, mais ils n'avaient pas les mêmes droits, ils avaient un statut d'indigènes, ils ont été martyrisés, clochardisés, spoliés, humiliés... Cette horreur de la colonisation, nos parents la connaissent, la trouvent inadmissible, injuste, révoltante et, évidemment, ils ne la souhaitent à personne. Sachant que les Palestiniens vivent ce qu'ils ont vécu, ils trouvent ça horrible et se sentent solidaires. Nous sommes solidaires avec tous les gens qui souffrent, pas seulement les Palestiniens.
Et puis, pour ce deuxième disque, on est entrés en studio quinze jours après notre retour de tournée en Palestine. On a été bouleversés par ce qu'on a pu voir et entendre. On a été choqués par la violence de la colonisation, le Mur, les check-points... Mais on a aussi découvert comment s'organise la résistance, culturellement. Parce que c'est la résistance d'un peuple qui lutte pour exister, pour préserver et transmettre sa culture, pas seulement en se battant, mais en vivant, en étant Palestiniens. C'est sûr que ça nous a imprégnés et inspirés... Et puis il y a un contrat de conscience avec les Palestiniens: quand tu vas en Palestine, ils te demandent de ne pas les oublier et de raconter au monde ce que tu as vu. On tient notre promesse...

Propos recueillis par DROR
25.08.09

Note :
Ministère des Affaires Populaires, Les Bronzés font du Ch'ti, CD PIAS France, www.map-site.fr

jeudi 27 août 2009

Les nouvelles procédures israéliennes pour étrangler la Palestine

Obama vient de faire les gros yeux : les nouvelles règles d’entrée en Israël et en Cisjordanie édictées par le gouvernement israélien ne respectent pas le droit. Ce qui était jusqu’ici officieux, est en effet devenu officiel, et un pas de plus est franchi pour empêcher la libre circulation des étrangers (dont les travailleurs humanitaires) et des Palestiniens.

Jusqu’à maintenant Israël refoulait à la tête du client et sans donner de justification les étrangers soupçonnés de vouloir entrer dans les territoires occupés.. Les noms à consonance arabe étant, bien entendu, les premiers visés, vu le racisme institutionnalisé de cet État.

Et on ne parle pas ici de la Bande de Gaza, fermée depuis 5 ans à l’immense majorité des étrangers, mais aussi des Palestiniens.

Le ministre israélien de l’intérieur vient d’annoncer une nouvelle règle "du jeu" (auquel se prêtent sans broncher tous nos gouvernements depuis de longues années !)

Désormais, les Palestiniens et les étrangers (qu’ils viennent d’Europe, des États-Unis ou d’ailleurs, qu’ils fassent partie d’équipes médicales, humanitaires ou pas) qui auront réussi à passer en Cisjordanie, ne pourront pas mettre les pieds en Israël !

Et pour avoir une chance de rentrer en Cisjordanie, ils devront bien sûr obtenir l’autorisation d’Israël, mais uniquement par le passage du Pont Allenby, c’est à dire en passant par la Jordanie et non par l’aéroport de Tel Aviv.

Cette annonce officialise une mesure déjà actée sans tambour ni trompette, depuis 3 mois. Les étrangers et les Palestiniens qui ont le droit d’entrer en Cisjordanie par Amman (parce qu’ils y travaillent, y ont une mission validée par Israël, ou de la famille), se voient apposer un tampon sur leur passeport "Autorité Palestinienne uniquement".

Ce qui veut dire, notamment, interdiction de se rendre à Jérusalem-Est considérée comme Israel, et dans tout le reste du pays.

Quant aux étrangers qui arrivent par l’aéroport Ben Gourion, proche de Tel Aviv, s’ils ne sont pas carrément refoulés pour délit de faciès ou prénom qui n’a pas l’heure de plaire, ils doivent désormais (en plus des fouilles et interrogatoires racistes interminables) signer un engagement à ne pas mettre les pieds dans les territoires palestiniens durant la totalité de leur "séjour en Israël".

Cette nouvelle réglementation est une violation patente des accords d’Oslo par Israël, à l’égard des gouvernements occidentaux dont les citoyens doivent pouvoir obtenir l’accès permanent aux territoires occupés.

Que va-t-il se passer ? Quelques protestations pour la forme ?

Le ghetto palestinien de plus en plus hermétique, en violation de toutes les lois. Et pendant ce temps, nous allons continuer à laisser entrer dans nos pays, sans la moindre entrave, tous les criminels de guerre israéliens, tous les produits illégaux "made in Israël", en provenance des colonies israéliennes dans les territoires palestiniens ?

La HONTE.

Source: CAPJPO-EuroPalestine
20-08-2009

mercredi 26 août 2009

Puissé-je me tromper !

J’ai lu avec étonnement ce week-end les dépêches de presse concernant la politique intérieure des États-Unis : elles reflètent de toute évidence l’usure systématique de l’influence du président Barack Obama, dont la surprenante victoire électorale n’aurait pas été possible sans la profonde crise politique et économique de son pays : les soldats morts ou blessés en Iraq, le scandale des tortures et des prisons secrètes, les pertes de logements et d’emploi, tout ceci avait ébranlé la société étasunienne. Tandis que la crise économique s’étendait dans le monde, aggravant la pauvreté et la faim dans les pays du Tiers-monde.

Ce sont ces circonstances qui ont permis la postulation, puis l’élection d’Obama dans une société aux traditions racistes : non moins de 90% de la population noire, discriminée et pauvre, la majorité des électeurs d’origine latino-américaine et une vaste minorité des classes moyenne et ouvrière, essentiellement les jeunes, votèrent pour lui. Il était logique que de nombreux espoirs se soient éveillés chez les Étasuniens qui l’ont appuyé. Après huit années d’aventurisme, de démagogie et de mensonges, durant lesquelles des milliers de soldats étasuniens et presque un million d’Iraquiens moururent dans le cadre d’une guerre de conquête pour le pétrole de ce pays musulman qui n’avait rien à voir avec l’atroce attentat contre les tours jumelles, le peuple étasunien était las et écœuré.

Bien des gens en Afrique et ailleurs dans le monde s’enthousiasmèrent à l’idée de voir des changements dans la politique extérieure des États-Unis.

Il suffisait néanmoins d’une connaissance élémentaire de la réalité pour ne pas se bercer d’illusions quant à un éventuel changement politique aux États-Unis à partir de l’élection du nouveau président.

Obama, certes, s’était opposé à la guerre de Bush en Iraq bien avant de nombreux autres membres du Congrès des États-Unis. Il avait connu dès l’adolescence les humiliations de la discrimination raciale et, à l’instar de nombreux Étasuniens, il admirait le grand militant des droits civils, Martin Luther King.

Obama est né, s’est formé, a fait de la politique et a réussi au sein même du système capitaliste impérial des États-Unis. Il ne souhaitait pas changer le système, ni ne pouvait le faire. Le plus curieux, c’est que l’extrême droite le hait pourtant parce qu’afro-américain et qu’elle combat ce que fait le président pour redorer l’image détériorée de son pays. Il a été capable de comprendre que les États-Unis, tout en ne comptant que 4% de la population mondiale, consomment environ 25% de l’énergie fossile et sont les plus gros émetteurs de gaz polluants au monde.

Bush, dans ses extravagances, n’avait même pas signé le Protocole de Kyoto.

Obama se propose aussi d’appliquer des normes plus rigides face à l’évasion fiscale. On vient d’apprendre par exemple que les banques suisses fourniront les coordonnées d’environ 4 500 suspects d’évasion fiscale sur les 52 000 comptes de ressortissants étasuniens ouverts dans ce pays.

En Europe, voilà quelques semaines, Obama s’est engagé devant les pays du G-8, en particulier la France et l’Allemagne, à mettre fin au fait que son pays recourt à des paradis fiscaux pour injecter d’énormes quantité de dollars dans l’économie mondiale.

Il a offert des services de santé à presque 50 millions de citoyens dépourvus d’assurance-maladie.

Il a promis au peuple étasunien d’huiler l’appareil productif, de freiner le chômage croissant et de relancer la croissance.

Il a offert aux douze millions d’immigrants illégaux d’origine latino-américaine de mettre fin aux rafles cruelles et au traitement inhumain qu’ils subissent.

Il a fait d’autres promesses que je n’énumère pas, dont aucune ne remet en cause le système de domination du capitalisme impérialiste.

Mais la puissante extrême droite refuse la moindre mesure qui diminuerait un tant soit peu ses prérogatives.

Je me bornerai à citer des informations de ces derniers jours émises des États-Unis par des agences de presse et par la presse.

21 août :
« La confiance des Étasuniens dans le leadership du président Barack Obama a chuté sensiblement, selon un sondage publié aujourd’hui dans The Washington Post. »

« Alors que l’opposition à la réforme du système de santé s’accroît, le sondage téléphonique, réalisé de concert avec la chaîne de télévision ABC du 13 au 17 août auprès de 1 001 adultes, indique que …49% des personnes interrogées sont d’avis qu’Obama sera capable d’introduire des améliorations significatives dans le système d’assistance médicale des États-Unis, soit 20% de moins qu’avant son entrée à la Maison-Blanche. »

« 55% des interviewés croient que la situation générale des États-Unis va mal, contre 48% en avril.

« Le débat acharné sur la réforme de santé traduit un extrémisme qui inquiète les experts, alarmés par la présence d’hommes armés aux réunions populaires, par l’apparition de croix gammées et par les photos d’Hitler. »

« Les experts en crimes motivés par la haine recommandent de surveiller de près ces extrémistes et, même si de nombreux démocrates ont été écrasés par les protestations, d’autres ont décidé de faire face directement à leurs concitoyens. »

« Une jeune femme qui portait un photo retouchée d’Obama arborant une moustache à la Hitler alimente la théorie que le président créera des "tribunaux de mort" favorables à l’euthanasie de vieillards sans soutien… »

« …certains font la sourde oreille et ont décidé d’adresser des messages de haine et extrémistes, ce que Brad Garrett, ex-agent du FBI, observe avec alarme. »

« "Nous vivons assurément des temps qui font peur", a affirmé Garrett la semaine dernière à la chaîne ABC, tout en ajoutant que les services secrets "redoutaient qu’il arrive quelque chose à Obama". »

« Lundi, sans remonter plus loin, une douzaine de personne brandissaient des armes à l’extérieur du centre de congrès de Phoenix (Arizona), où le président prononçait devant des anciens combattants un discours où il a défendu, entre autres, sa réforme médicale. »

« Un autre homme portait un pistolet portant l’inscription : "Il est temps d’arroser l’arbre de la liberté", allusion à la phrase du président Thomas Jefferson (1801 1809) selon qui "le sang des patriotes et des tyrans" devrait arroser l’arbre de la liberté. »

« Certains messages ont été encore plus explicites, puisque leurs auteurs souhaitaient "la mort d’Obama, de Michelle et de leurs deux fillettes". »

« Ces incidents prouvent que la haine a fait irruption dans la politique étasunienne avec plus de force que jamais. »

« "Nous parlons de gens qui vocifèrent, qui portent des photos d’Obama en nazi… et qui utilisent avec mépris le mot socialiste", a dit à EFE Larry Berman (de l’Université de Californie, auteur de douze ouvrages sur la présidence des États-Unis), qui attribue en partie ce qu’il se passe à l’héritage latent du racisme. »

« Après avoir informé hier que la CIA avait engagé Blackwater en 2004 pour des tâches de planification, d’entraînement et de vigilance, le New York Times apporte aujourd’hui plus de détails sur les activités confiées à cette société de sécurité privée si controversée, dont le nom actuel est Xe. »

« Le journal signale que la CIA a recruté des agents de Blackwater pour poser des bombes dans des avions téléguidés en vue de tuer des dirigeants d’Al Qaeda. »

« Selon une information fournie par des fonctionnaires du gouvernement au New York Times, les opérations se sont déroulées dans des bases du Pakistan et d’Afghanistan, où la société privée montait et plaçait dans les avions des missiles Hellfire et des bombes guidées par laser. »

« Leon Panetta, le directeur de la CIA, a décidé à un moment donné de suspendre le programme et de révéler au Congrès cette coopération de Blackwater. »

« La collaboration de Blackwater a pris fin des années avant que Panetta ne devienne chef de la CIA, quand les fonctionnaires de celle-ci contestèrent que des agents extérieurs participent à un programme d’assassinats sélectifs. »

« Blackwater a été la seule société de sécurité privée chargée de protéger le personnel étasunien en Iraq sous l’administration George W. Bush. »

« Ses tactiques agressives ont fait de critiques à diverses reprises. Le cas le plus grave est survenu en septembre 2007 quand des agents de cette société tuèrent dix-sept civils iraquiens. »

« Devant les chiffres de suicides record et la vague de dépression parmi les soldats, l’armée étasunienne met peu à peu au point des formations spécialisées afin de rendre ses militaires plus "résistants" au stress émotionnel causé par des situations de guerre. »

22 août :
« Le président des États-Unis, Barack Obama, a durement critiqué aujourd’hui ceux qui s’opposent à son plan de réforme du système de santé du pays et les a accusés de divulguer des vues erronées et dénaturées. »

« Comme il l’a signalé dans ses discours, l’objectif de la réforme du système de soins médicaux est d’en freiner les coûts vertigineux et de garantir une couverture médicale à presque cinquante millions d’Étasuniens sans assurance-maladie. »

« "…il devrait y avoir un débat honnête, non dominé par les vues sciemment erronées et dénaturées de ceux qui tireraient le plus de profit si les choses restaient en l’état". »

« Le département d’Etat continue de financer Blackwater, la société privée de mercenaires impliquée dans l’assassinat de dirigeants d’Al Qaeda, qui s’appelle maintenant Xe Services, a écrit aujourd’hui The New York Times. »

« Le gouverneur de New York, David Paterson, a affirmé vendredi que les médias avaient utilisé des stéréotypes raciaux en parlant de fonctionnaires noirs comme lui-même, le président Barack Obama et le gouverneur du Massachussets, Deval Patrick. »

« La Maison-Blanche calcule que le déficit budgétaire sera, tout au long de la prochaine décennie, supérieur de deux billions de dollars aux prévisions les plus récentes, un coup dévastateur pour le président Barack Obama et pour son projet de créer un système de santé publique financé en grande partie par l’Etat. »

« Les prévisions pour la décennie sont très incertaines et peuvent varier au fil du temps. Néanmoins, les nouveaux chiffres en rouge des finances publiques poseront de lourds problèmes à Obama au Congrès, et soulèveront une énorme anxiété chez les pays étrangers qui financent la dette publique des USA, surtout la Chine. Presque tous les économistes les jugent insoutenables, même après une dévaluation massive du dollar. »

23 août :
« Le chef de l’armée étasunienne a exprimé dimanche son inquiétude devant la perte d’appui populaire aux USA à la guerre en Afghanistan, tout en indiquant que son pays restait vulnérable aux attaques d’extrémistes. »

« "Je crois que la situation en Afghanistan est grave et qu’elle se dégrade ; ces deux dernières années, l’insurrection talibane s’est améliorée, s’est davantage spécialisée", a affirmé Mike Mullen, chef de l’état-major interarmes. »

« Dans une interview à la chaîne NBC, Mullen n’a pas voulu spécifier s’il faudrait dépêcher de nouveaux soldats. »

« Un peu plus de la moitié des personnes sondées par le Washington Post et la chaîne ABC, sondage publié tout récemment, ont dit que la guerre en Afghanistan ne valait pas le coup. »

« Fin 2009, les États-Unis auront trois fois plus de soldats en Afghanistan que voilà trois ans, quand ils n’étaient que 20 000. »

La confusion règne dans la société étasunienne.

Le 11 septembre prochain marquera le huitième anniversaire de l’attentat fatidique. Ce même jour, j’avais averti à un meeting à la Cité des sports que la guerre ne permettrait pas de mettre fin au terrorisme.

La stratégie consistant à retirer des troupes d’Iraq pour les envoyer se battre en Afghanistan contre les talibans est une erreur. L’Union soviétique s’y était enlisée. Les alliés européens des USA renâcleront toujours plus à l’idée d’y verser le sang de leurs soldats.

L’inquiétude de Mullen au sujet de la popularité de cette guerre est tout à fait fondée. Ceux qui ont peaufiné l’attentat du 11 septembre 2001 contre les tours jumelles ont été entraînés par les États-Unis.

Les talibans sont un mouvement nationaliste afghan qui n’a rien eu à voir avec cet attentat. C’est l’organisation Al Qaeda, financée par la CIA depuis 1979 et utilisée contre l’URSS pendant la Guerre froide, qui a ourdi cette attaque vingt-deux ans après.

Il existe des faits obscurs qui n’ont pas encore été suffisamment éclaircis devant l’opinion publique internationale.

Obama a hérité ces problèmes de Bush.

La droite raciste des USA fera l’impossible – je n’en ai pas le moindre doute – pour l’user en entravant son programme, et pour le mettre hors-jeu d’une manière ou d’une autre, au moindre coût possible.

Puissé-je me tromper !

Fidel Castro Ruz
24.08.09

Source: Le Grand Soir