samedi 12 juin 2010

Une "Carte Blanche" refusée par Le Soir, La Libre Belgique et Le Monde


A la suite de l'attaque meurtrière israélienne sur la flottille humanitaire Free Gaza, une "carte blanche" (ci-dessous) a été rédigée par des professeurs d'Universités et divers acteurs de la société civile. La publication de ce texte a été refusée par les deux quotidiens belges francophones de référence, Le Soir et La Libre Belgique  ainsi que par le quotidien français Le Monde. L'argument avancé par les trois journaux est identique: «Manque de place!». Il est à noter qu'entre l'envoi de notre texte à La Libre Belgique et la réception de leur réponse négative: il s'est exactement écoulé 18 minutes...

Les auteurs sont aussi consternés par ce triple refus que par la gravité des faits qui ont suscité le texte. Contournant ce rejet d'ouvrir un débat à la hauteur de l'indignation planétaire qu'à provoqué le dernier crime de l’État d'Israël, nous avons entrepris de faire circuler ce texte en dehors des médias traditionnels. Nous vous invitons à le diffuser largement. Sa circulation massive démontrera la futilité des efforts de ceux qui pensent qu'il est encore possible aujourd'hui d'étouffer un débat légitime et nécessaire.

Olivier Mukuna


La Belgique, complice de crimes de guerre ?

En 2009, le Conseil des droits de l'homme des Nations-Unies adopte une résolution condamnant l'absence de collaboration d'Israël à l'enquête de la commission conduite par le juge Goldstone. Son rapport concluait que des «actes assimilables à des crimes de guerre et peut-être, dans certaines circonstances, à des crimes contre l'humanité» avaient été commis par l’armée israélienne et des militants palestiniens lors de l’offensive militaire israélienne contre Gaza fin décembre 2008. Que fait la Belgique lors du vote de ladite résolution? Elle s'abstient! 

1,5 millions de Gazaouis survivent dans une bande de terre équivalente à 1% de la superficie du territoire belge, en situation de catastrophe humanitaire depuis l’embargo illégal imposé par Israël en juin 2007. Un convoi civil maritime tente de forcer ce blocus en apportant une aide humanitaire aux assiégés. Il est assailli dans les eaux internationales par les militaires israéliens qui tuent, blessent ou enlèvent un nombre encore indéterminé de civils dont 5 Belges. Le Conseil des droits de l'Homme de l'ONU vote une résolution relative à la mise en place d'une "mission d'enquête internationale". Que fait la Belgique? Elle s'abstient!

Le blocus de Gaza est justifié par la prise du pouvoir par le Hamas en juin 2007. Mais pourquoi celui-ci ne pourrait-il pas exercer le pouvoir, alors qu'il a gagné les élections en janvier 2006 dans l'ensemble du territoire plus ou moins administré par les Palestiniens? En quoi le Hamas serait-il moins légitime que le parti d’extrême-droite du ministre israélien des Affaires étrangères? 

Le Hamas est accusé  de vouloir détruire Israël, ce qui est supposé justifier toutes les sanctions contre les habitants de Gaza. Mais la revendication fondamentale du Hamas, comme de tout le mouvement national palestinien depuis la création d'Israël en 1948, c'est le droit au retour pour les réfugiés expulsés ou ayant fui à l'époque. Au nom de quoi refuse-t-on à des réfugiés de rentrer chez eux après un conflit? De plus, ce droit est sanctionné à la fois par l'article 13 de la Déclaration Universelle des droits de l'homme et par la résolution 194 du Conseil de Sécurité de l'ONU. Mieux, comment peut-on considérer qu'un «peuple» a le droit de «revenir» sur une terre habitée par ses supposés ancêtres il y a 2000 ans, mais que les habitants de cette terre en 1948 ou leurs enfants n'ont pas ce droit? 

En pratique, le mouvement national palestinien, y compris le Hamas, accepte de renoncer à  ce droit et se borne à demander l'établissement d'un Etat palestinien sur les seuls 22% de la Palestine historique conquis par Israël en 1967. Plus globalement, un plan de paix adopté par le Sommet arabe en 2002 propose la reconnaissance d’Israël par les Etats arabes en échange de son retrait des territoires conquis en 1967. Ceux-là même que la résolution 242 du Conseil de Sécurité de l'ONU exige qu'Israël évacue. 

Depuis le «processus de paix» d'Oslo, qui remonte à 1993, cette solution - deux Etats pour deux peuples - est bloquée. Mais par qui? Comment peut-on penser que c'est le faible, celui qui n'a pas d'Etat, qui empêche le fort de lui en octroyer un? Quand la résistance palestinienne est non violente, on étend la colonisation. Quand elle devient violente, Israël en prend prétexte pour justifier l'arrêt des négociations.

Guerre du Liban, blocus et assauts contre Gaza, assassinats ciblés de leaders politiques palestiniens, extension constante des colonies et aujourd'hui, attaque en haute mer de civils ressortissants de plus de 40 pays différents. A chaque fois, Israël oppose la même justification: sa raison d'Etat prime sur le droit et les Institutions internationales. Un tel mépris de la Communauté internationale n'est possible que par la complaisance conciliante des gouvernements des Etats-Unis et de l'Union Européenne.

Sans doute les pacifistes du Free Gaza Flotilla n’avaient-ils plus grande confiance dans les organisations internationales pour exprimer leur refus du blocus de Gaza. Ils ont cher payé, certains de leur vie, la lâcheté de leurs représentants politiques, souvent si prompts à condamner verbalement Israël pour mieux occulter leur obstruction à toute action coercitive sanctionnant l’état hébreu. La récente adhésion d’Israël à l’OCDE à l’unanimité de ses membres, dont la Belgique, n'est pas faite pour les contredire.

Faut-il rappeler qu’en 2007 la Belgique fut le cinquième exportateur d’armes européen vers Israël ?
Faut-il rappeler que les aéroports belges demeurent  des points de passage obligés pour les importations israéliennes? Que l’Union Européenne est le premier partenaire commercial d’Israël? 
Faut-il rappeler que le droit international reconnait la légitimité de la résistance armée en cas d’occupation? Que face à la répression coloniale, les peuples recourent bien souvent à la violence, y compris parfois sous des formes terroristes?
Faut-il rappeler que l'immense majorité du monde non occidental, ainsi qu'une partie croissante de notre opinion publique, s'indignent de la duplicité  de nos représentants politiques et considèrent que celle-ci discrédite nos principes et valeurs démocratiques?

Il convient donc de prendre acte de la complicité passive de nos Autorités et de balayer devant notre porte: comment pouvons-nous en tant que citoyens de Belgique nous désolidariser de l’ethnocide en cours des Palestiniens? 

Notre intérêt bien compris doit nous mener à répondre positivement à l'appel de la société civile palestinienne demandant le boycott d'Israël tant qu’il violera le Droit international.

Jamila Bouajaja - Jean Bricmont - Souhail Chichah - Jean-Marie Dermagne - Jamal Essamri - Oscar Flores - Bahar Kimyongür - Olivier Mukuna - Monique Mbeka Phoba - Anne Morelli - Nouria Ouali - Pierre Piccinin - Aurore Van Opstal & Abdellah Boudami
10.06.10

vendredi 11 juin 2010

Lettre à Mr Louis Michel



 Mr Michel,

à quelques reprises, nous avons déjà eu l'occasion de nous rencontrer ainsi que d'échanger nos réflexions sur la situation en Palestine, que ce soit sur un plateau de la RTBF ou au Ministère des Affaires étrangères, ou encore par courriers.
Vous ne vous souviendrez pas de moi, et vu le nombre d'interlocuteurs que vous rencontrez, c'est bien normal. Cela ne m'empêche cependant pas de vous écrire ces quelques mots qui, je l'espère, pourront retenir votre attention un instant.

J'ai en main votre "Lettre aux citoyens de mon pays"...
Le propos est bien construit. Et son contenu a le mérite de l'intelligence. Ce que je vous reconnais volontiers.
Il n'en reste pas moins que, une fois décrypté, le propos théorique de cette lettre, se heurte aux réalités du quotidien. Et dans le cas de la Palestine, bien que vous preniez ici-et-là et de temps à autre, la parole pour dire votre "indignation" (c'est le moins qu'on puisse faire!), je veux vous répéter ce que je vous ai dit à chaque occasion: c'est (entre autres) votre choix de l'équidistance dans un dossier où il y a pourtant clairement un oppresseur et un oppressé, qui amène à la dramatique situation que l'on a connu ces derniers jours (après la guerre sur Gaza) avec l'assassinat de civils à bord de la flottille.
Vous pouvez bien dès lors "attendre une réaction du gouvernement" comme vous l'avez indiqué lors de votre conférence avec I. Durand... quand vous étiez au gouvernement, vous auriez dû écouter les militants qui vous ont répété, inlassablement, que la politique d'équidistance n'est pas la bonne... et qu'aujourd'hui, l'on peut voir qu'elle mène au pire !
Je vous invite à ce sujet à prendre connaissance de l'excellent papier qu'a signé Michel Warschawski, résistant israélien de gauche, et intitulé: "L'impunité pousse au crime"...*
Cela fera peut-être réfléchir votre fils en charge de la Coopération au développement, à une option plus courageuse que celle de l'équidistance, qui finalement ménage la chèvre et le chou... dans un dossier où, encore une fois, tout le monde voit clairement qui est l'agresseur et qui est l'agressé.

Par ailleurs, vous indiquez dans votre "Lettre" que "la crise politique vous a fait mal, vous a déçu et empli de colère"...
Nous sommes des millions à ressentir la même chose face à l'injustice qui prévaut dans la question palestinienne. Et ce, depuis des décennies !

Vous indiquez plus loin "le droit à la différence, à l'intelligence critique ainsi qu'au débat politique, condition essentielle de notre liberté"...
Force est de constater que ce droit n'est pas entendu. Il est juste écouté distraitement, mais rarement pris en compte par les politiques, qui mènent leurs dossiers sans prendre la mesure de la question palestinienne,
qui est une question essentielle de justice et vécue comme l'illustration par excellence du deux-poids, deux-mesures par des millions de citoyens.
Voyez vous-mêmes les réactions planétaires que cette question ne cesse de soulever. Il faut être autiste pour ne pas s'en rendre compte.

Enfin, vous écrivez (avec raison) que "chaque être humain est doté de qualités propres qui font de lui une personne unique, ayant le droit de vivre dignement, de s'assumer et d'être respecté (...) et que c'est le combat politique que l'UE doit continuer d'incarner sur la scène des Puissances mondiales"...
C'est un beau plaidoyer... mais qui est systématiquement taillé en brèches par les pratiques mêmes de notre diplomatie et celle de l'UE!
Parce que, à partir du moment où des élections ont été contrôlées par nos cadres et par une armada de "contrôleurs internationaux" qui ont confirmé le respect strictement démocratique de la tenue de ce scrutin, mais que le résultat de celui-ci ne nous convient pas, il est absolument intolérable de voir l'UE et notre pays, réfuter le résultat de cette élection de janvier 2006, en refusant tout dialogue avec le Hamas, sous prétexte que c'est une organisation terroriste.
Cette attitude ruine purement et simplement les valeurs sur lesquelles vous dites vouloir bâtir nos démocraties.
Par cette attitude, vous piétinez vos propres principes et vous vous (nous) discréditez de la manière la plus élémentaire.

Je suis athée et ne partage pas certaines approches du Hamas, mais si le peuple palestinien a voté pour le Hamas, je respecterai son vote.
Parce que je crois aux principes essentiels de la démocratie.
Cette différence entre vous et moi (et des millions d'autres citoyens d'ailleurs) fait exactement la différence entre le "discours" politique, et la "pratique" politique... d'une véritable démocratie.

Mr Michel, en vous remerciant pour votre attention, vous comprendrez que nombreux d'entre nous restent dubitatifs sur ce qu'ils lisent lors de campagnes électorales, et les pratiques qu'ils voient mises en œuvre, une fois le vote passé...

Respectueusement,

Daniel Vanhove
Observateur civil
09.06.10

  
* L'impunité pousse au crime
 
Une des raisons principales du mal-être de l'Etat d'Israël est sans aucun doute le statut d'impunité dont il jouit, ou plutôt dont il souffre. Tel un enfant qui est conscient de commettre des bêtises de plus en plus graves et que personne ne rappelle a l'ordre, Israël est en manque de limites, et se sent entraîné dans le cercle infernal de la répression - représailles - répression et l'escalade de violence produite par 35 ans d'occupation.
L'application de sanctions contre un Etat qui bafoue le droit et viole les résolutions de l'ONU n'est pas seulement un acte de justice envers ses victimes. C'est aussi un moyen de lui imposer des limites et rappeler la différence entre le bien et mal, pour parler comme George W Bush, entre la loi et ce qui est hors la loi.
C'est ce qu'a compris le Parlement européen quand il votait, à une très large majorité et toutes tendances confondues, le projet, soumis par le groupe parlementaire de la Gauche unitaire européenne, de suspension de l'accord d'association entre l'Union européenne et Israël. Cette résolution ne doit pas être comprise uniquement comme l'application stricte de l'accord qui stipule le respect des droits de la personne par les bénéficiaires de cette coopération, mais comme un rappel à un principe élémentaire: il n'y a pas de droits sans devoirs, il n'y a pas de privilèges pour qui se situe hors la loi. Des dizaines de résolutions du Parlement européen sont systématiquement violées par l'Etat d'Israël, de nombreuses demandes de l'Union européenne sont cyniquement ignorées par son gouvernement:  pourquoi l'Europe devrait alors continuer à donner un statut commercial privilégié à qui ne cesse de répéter que seuls les Etats-Unis comptent dans l'arène internationale ?
L'exécutif européen reste, dans le mécanisme consensuel qui le régit pour l'instant, l'otage d'une minorité de pays qui refusent toute forme de pression sur l'Etat d'Israël. C'est donc au tour des Etats membres de prendre leurs responsabilités, et de traduire par des actes forts et responsables leurs propres déclarations de principe, ainsi d'ailleurs que le vote du Parlement. Et si les Etats tergiversent, c'est aux citoyens de jouer, comme l'ont montré les enseignants de l'université Paris-VI. Ce faisant, ils n'appliquent pas seulement la décision   démocratique des élus européens, mais font preuve d'un engagement citoyen et de responsabilité envers tous les protagonistes du conflit qui déchire le Moyen-Orient. Il faut le dire et le répéter: des sanctions contre Israël ne sont pas un acte hostile envers le peuple israélien, mais au contraire, l'expression d'un sens de la responsabilité envers un Etat qui devient victime de sa puissance. Et de son impunité.

Il y a évidemment ceux qui croient aider le peuple israélien en défendant inconditionnellement tous ces méfaits, et dénoncent violemment tous ceux qui croient juste de dire non aux crimes commis par l'Etat hébreu, voire d'exiger que ceux-ci soient sanctionnés. À ceux-la on ne peut répliquer qu'en dénonçant à la fois leur manque de boussole morale et leur irresponsabilité face a l'avenir de la petite minorité juive dans le Proche-Orient arabe.
Mais il y a aussi ceux qui, tout en ne taisant pas leur critique de l'occupation et de la colonisation israéliennes et des crimes commis par l'armée coloniale, dénoncent les sanctions, et plus particulièrement celles prises dans le domaine de la recherche scientifique et de la coopération inter-universitaire. Quatre arguments étayent leur critique:
- 1/ ils dénoncent le "boycott des universitaires israéliens", alors que les motions discutées dans de nombreuses universités d'Europe et d'Amérique du Nord ne parlent pas de boycott, mais de suspension d'accords qui donnaient des privilèges aux institutions de recherche israéliennes.
Ces motions demandent de mettre fin à ces privilèges, tant que l'Etat d'Israël continue a violer les résolutions de l'ONU et les conventions internationales telles que la quatrième convention de Genève.
- 2/  pourquoi seulement Israël ? N'est-ce pas le signe d'un antisémitisme plus ou moins conscient ? Cette accusation est évidemment fausse: l'Afrique du Sud a été l'objet de sanctions, voire d'un boycott, y compris dans les domaines sportifs et universitaires, la Grèce des colonels a subi des sanctions populaires, de même que l'Espagne franquiste. De même, des mesures ont été prises, dans certaines universités américaines au moins, contre la Russie, pour dénoncer la répression anti-tchétchène.
- 3/ pourquoi sanctionner les universités qui sont à l'avant-poste du combat pour la paix et les droits des Palestiniens ? Cette critique est révélatrice des préjugés de ceux qui la soulèvent: aucun fait ne confirme cette affirmation, car les universités ont, malheureusement, été totalement silencieuses sur la violation des droits de la personne dans les territoires occupés, et les attaques systématiques contre le droit d'étudier et contre les institutions scolaires. Ce qu'une telle contrevérité révèle en fait c'est le racisme de ceux qui la défendent: c'est le peuple qui est raciste, qui viole les droits de l'homme; les intellectuels eux seraient, par définition, la conscience critique d'Israël, et nul n' a besoin de preuves matérielles pour étayer cette affirmation.
- 4/ des sanctions porteraient atteinte à la coopération universitaire israélo-palestinienne. Autre contrevérité : non seulement la coopération (très limitée) entre universités israéliennes et palestiniennes a totalement cessé dès l'an 2000, et sans qu'aucun institut israélien n'ait fait quoi que ce soit pour permettre la reprise d'une telle coopération, et ce au moment ou les institutions scolaires et universitaires palestiniennes étaient attaquées comme "bases du terrorisme", mais, ce qui est encore plus grave, aucune initiative, aucune motion, aucun appel n'ont émané des universités israéliennes pour dénoncer les obstacles immenses que l'armée d'occupation place devant l'activité scolaire palestinienne, du jardin d'enfant à l'université.
 
Parmi ceux qui, en Israël, se battent contre la violation des droits de l'homme dans les territoires palestiniens occupés, y compris contre les atteintes systématiques au droit à l'éducation, il y a de nombreux universitaires. Non seulement, ils ne parlent pas au nom des institutions dans lesquelles ils travaillent, mais sont menacés de sanctions et d'exclusion, comme l'a montré l'affaire Ilan Pappé, l'été dernier. Et ils soutiennent les sanctions exigées par leurs collègues européens, pour le bien, y compris, de leurs propres universités.
Si tous ceux qui dénoncent en France la prise de sanctions contre les institutions israéliennes s'étaient mobilisés pour défendre le droit inconditionnel des Palestiniens à l'éducation, et avaient exercé une pression efficace en ce sens, il est vraisemblable qu'il n'aurait pas été nécessaire de prendre une mesure aussi controversée.
Contrairement a ce que voudraient nous faire croire Claude Lanzman, Alain Finkielkraut et autres, le débat n'est pas entre boycott et soutien à la coopération scientifique israélo-palestinienne, mais entre défense du droit à l'éducation pour tous et l'impunité pour les criminels et leurs complices.
  
Michel Warschawski
22.01.03

Interpellation du Conseil des Affaires extérieures pour la levée du Blocus de Gaza



 Ce lundi 14 juin 2010, le Conseil des Affaires Etrangères de l’UE va se réunir pour discuter notamment des réactions à l’attaque israélienne dans les eaux internationales de la «Flottille de la liberté» et plus généralement du blocus de Gaza.

Nous refusons l’hypocrisie des annonces d’allègement et nous exigeons la levée du blocus de Gaza qui est la cause de la crise sans nom que vit la population de Gaza. Le blocus est une punition collective à laquelle tout démocrate sincère doit s’opposer.

Pour que ce message soit entendu par notre Ministre des Affaires étrangères et par Mme Ashton, Haut représentant auprès de l’Union pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité, lisez et signez la pétition en ligne : elle leur sera envoyée automatiquement dès votre signature.    >   www.gaza-free.be

Source: ABP (Association Belgo-Palestinienne)
11.06.10

jeudi 10 juin 2010

Le constat s’impose : l’actuelle entité sioniste doit disparaître.



La dernière agression de l’entité sioniste à l’encontre du bateau turc Mavi Marmara est probablement la signature de la fin du projet colonial des extrémistes israéliens. Et tout démocrate qui se respecte ne peut relâcher la pression sur les dirigeants politiques du monde, afin que justice soit rendue aux victimes de cette ignoble agression. Prémices d’une justice plus large à tous ceux qui ont injustement souffert du projet colonial sioniste, depuis plus de 62 ans.

Pour comprendre, revenons sur la chronologie des faits qui se sont déroulés face aux côtes de Gaza, et décortiquons quelque peu leur présentation par les autorités israéliennes:
1.    dans les jours qui ont précédé le départ de la flottille humanitaire pour Gaza, les autorités israéliennes ont préparé le terrain médiatique, affirmant que l’accès aux côtes de Gaza serait interdit à toute embarcation;
2.    en pleine nuit du 31 mai, le Mavi Marmara suivi par un sous-marin (!), des vedettes et des hélicoptères de combat, subit l’assaut d’un commando israélien héliporté, dans les eaux internationales, ce qui constitue en soi une enfreinte aux lois maritimes et transforme de facto les assaillants israéliens en pirates;
3.    avant même de monter à bord et depuis leurs bâtiments de guerre, les militaires israéliens ont fait usage de leurs armes à feu, tuant et blessant plusieurs militants, ce qui est formellement interdit par les Conventions internationales et qui dans un contexte de guerre, constitue un crime contre l’humanité;
4.    les pacifistes issus d’une quarantaine de nationalités différentes, pris de panique par la violence extrême de cet assaut, loin de se résigner tentent de se défendre avec ce qui leur tombe sous la main et un pugilat s’ensuit;
5.    plusieurs humanitaires sont tués à bout portant dont certains sont même jetés par-dessus bord;
6.    dans une brutalité inouïe faite à l’encontre de civils, les militaires prennent le contrôle du Mavi Marmara et le détournent vers le port israélien d’Ashdod, ce qui constitue un enlèvement et une séquestration de civils étrangers au conflit;
7.    les informations sur le déroulement de cette opération sont manipulées et tronquées par les responsables israéliens, tant à l’intérieur d’Israël que dans les capitales étrangères, ainsi du nombre de victimes où le flou le plus absolu persiste toujours et illustre le mépris d’Israël pour toute vie humaine non juive;
8.    des photos et des vidéos prises par l’armée sont passées en boucle sur les chaînes internationales pour démontrer la violence de militants pacifistes et dénoncer leur agressivité à l’égard des forces armées israéliennes, dans le but de jeter le doute sur leur bonne foi et leur engagement humanitaire;
9.    les agresseurs israéliens surarmés tentent de se faire passer pour les agressés et de retourner les informations à leur profit, poussant le ridicule à exhiber les armes des humanitaires: rasoirs, couteaux de cuisine, barres de fer (issues du matériel de bord), frondes et sacs de billes;
10.    les versions des officiels israéliens ne concordent absolument pas avec les versions des militants pacifistes et il faut donc constater qu’en plus de leurs crimes, les représentants d’Israël, tous autant qu’ils sont, mentent sans vergogne et utilisent des vidéos datant de 2003 et 2006 afin de travestir la vérité en propagande;
11.    non contents d’arraisonner le convoi humanitaire, de brutaliser les civils et de mentir sur la version des faits, les soldats ont volé les victimes de tous leurs effets personnels, y compris leurs cartes de crédit;
12.    cerise sur le gâteau : les chaleureuses félicitations du 1er Ministre Netanyahu au retour de cette inacceptable et criminelle expédition maritime;
13.    le gouvernement israélien continue d’interdire l’accès aux côtes de Gaza à tout navire étranger et a déjà détourné le Rachel Corrie et sa cargaison vers le port d’Ashdod;
14.    non contentes d’intervenir contre des convois humanitaires, les autorités israéliennes détiennent le contenu des bateaux et ne semblent pas vouloir restituer les bâtiments à leurs propriétaires;
15.    face aux habituelles hésitations de l’administration américaine pour condamner cette intervention, il reste à déterminer si les autorités US ainsi que l’OTAN n’étaient pas informées de l’opération israélienne, voire si elles n’ont pas encouragé l’assaut du Mavi Marmara pour punir la Turquie de ses initiatives dans le dossier du nucléaire iranien.

Conclusions : devant un tel étalage et la répétition avérée de mensonges, de vols, et aujourd’hui de crimes de civils étrangers par une armée désormais en guerre contre tout ce qui bouge, la communauté internationale ne peut rester sans réaction. Cet énième crime ne peut rester impuni et constitue probablement la goutte qui fait déborder le vase. Israël, certain de son impunité s’est permis le pont trop loin. Il convient à présent de lui faire comprendre que tous ses essais pour s’accaparer la Palestine de la manière que tout le monde connaît est un échec. Et que le projet sioniste doit être liquidé.

Tout le blabla improductif, la débauche d’énergie incalculable, les sommes faramineuses englouties et les tonnes d’archives autour d’un processus de paix – inexistant dans les faits – pour «donner» aux Palestiniens les miettes de ce qu’il leur appartenait afin d’y établir leur croupion d’État est un leurre et doit passer aux oubliettes pour désormais se concentrer sur l’énergie utile à la restitution au peuple palestinien de ses frontières d’origine. Fi de ces deux États vivant côte à côte puisque l’un des deux s’est montré au fil du temps, incapable de respecter la première ligne de la première résolution onusienne, et n’a eu de cesse de ferrailler pour s’approprier indûment des terres qui ne lui revenaient pas. La Palestine doit dès lors retrouver ses frontières initiales d’avant la partition de son territoire, et être restituée à ses ayants droits en premier lieu desquels les réfugiés. Les juifs qui désireront rester dans les frontières de la Palestine historique seront citoyens de l’État palestinien à part entière. Les autres qui ne désirent pas y rester regagneront les pays dont ils sont issus et dont ils récupèreront la nationalité.

Depuis son origine, au vu des faits qui ont marqué le cheminement de ce funeste projet colonial, le nombre de victimes et les dommages collatéraux qui en résultent sont désastreux. Il reste donc à constater que celles et ceux qui ont travaillé et participé à ce macabre projet – et pour certains, s’y emploient toujours, et avec quel acharnement ! – se sont trompés et ont raté l’occasion de transformer leur essai. Le projet d’État d’Israël ne peut advenir et s’établir durablement en Palestine, comme l’avaient ourdi les dirigeants européens, trop contents de se débarrasser au lendemain de la deuxième guerre mondiale, de leur culpabilité à propos de la question juive sur le dos des Palestiniens.

Dès son implantation par la force sur les terres palestiniennes, et par la suite, de conquêtes en conquêtes, cet État moribond n’a fait qu’étaler à la face du monde, le peu de cas qu’il fait de toute vie humaine non juive. Ainsi que le peu de cas qu’il fait du Droit international et humanitaire.
Un tel projet ne peut donc s’implanter durablement sur les terres volées au pays d’accueil, et ne peut que disparaître dans les pages les plus sombres de l’histoire. A chaque fois et de manière répétée et obtuse, les occasions qui lui ont été données de transformer ce projet en État viable ont été galvaudées par une classe politique aveuglée par son racisme et sa bêtise – ce qui va toujours de pair. Aucun État n’a bénéficié d’autant de mansuétude qu’Israël. Ce n’est pas juste. Cela doit cesser.

Pour rappel, je renvoie à ce que j’écrivais dans mon dernier livre La Démocratie Mensonge paru en 2008, (p. 107) :
« De la demande explicite de la reconnaissance de l’Etat d’Israël…
Peut-être convient-il à ce stade, de revenir sur la déclaration de Yasser Arafat au Parlement européen de Strasbourg le 13 septembre 1988 et au paragraphe 7 de la Déclaration d'indépendance de l'Etat de Palestine: «En dépit de l'injustice historique imposée au peuple arabe palestinien, qui a abouti à sa dispersion et l'a privé de son droit à l'autodétermination au lendemain de la Résolution 181 (29.11.1947) de l’Assemblée générale des Nations Unies recommandant le partage de la Palestine en deux Etats, l'un arabe et l'autre juif, il n'en demeure pas moins que c'est cette Résolution qui assure aujourd'hui encore les conditions de légitimité internationale qui garantissent également le droit du peuple arabe palestinien à la souveraineté et à l'indépendance.»
Ce qui pourrait être compris de la façon suivante : l’Etat d’Israël ne peut exister et donc, être reconnu officiellement, qu’à la stricte condition où l’Etat de Palestine existe et est reconnu à ses côtés (…) Cette réciprocité est contenue dans les textes (…) »

Puisque cette réciprocité ne s’est pas traduite dans les faits et que l’État palestinien n’existe pas dans les conditions prévues par les différentes Résolutions de l’ONU, l’État d’Israël qui ne peut exister que dans cette stricte réciprocité n’a aucune légitimité. Il est donc temps de tourner la page. Et que d’ici quelques mois, cette question qui empoisonne les relations internationales depuis des décennies ne soit plus qu’un mauvais souvenir.

En attendant, si l’UE et les USA sont aussi soucieux du respect du Droit quand il s’agit d’Israël que de tout autre pays, qu’ils agissent enfin sérieusement au lieu de laisser l’initiative à leurs citoyens! Qu’ils se montrent à la hauteur de la situation et multiplient comme ils l’ont fait avec Berlin du temps de la guerre froide, les convois et les ponts entre le monde libre et Gaza assiégée et étouffée par la bande d’extrémistes qui tient lieu de gouvernement du projet sioniste.

Si rien n’est fait pour briser ce siège inhumain, les démocraties occidentales n’ont qu’à bien se tenir, parce la rue risque de gronder au-delà de toute attente.
Le projet sioniste a échoué. Il est temps d’en prendre conscience, de le dire, d’en répandre largement l’information, et de s’en réjouir.

Daniel Vanhove
Observateur civil
Membre du Mouvement Citoyen Palestine
Auteur de Si vous détruisez nos maisons, vous ne détruirez pas nos âmes – 2005
et de La Démocratie Mensonge – 2008 – parus aux Ed. Marco Pietteur – coll. Oser Dire
08.06.10

mercredi 9 juin 2010

La fabrication des maîtres



À deux ans (2012) d’une échéance électorale, qui n’a en vérité que peu de sens, (supprimez la fonction de Président de la République, vous verrez qu’il ne se passera… rien !), mais qui est présentée au «bon peuple» comme la quintessence de la démocratie, tout ce dont le système dispose de moyens d’information, de faiseurs d’opinions, de piétaille politicienne,… se mobilise pour conditionner l’opinion publique.

Il faut qu’à l’échéance fatidique les «esprits» soient disponibles pour ingurgiter les discours où on leur promettra - comme d’habitude - des «lendemains qui chantent».

Le Maître et le Néant
J’appelle ici, néant, tout ce qui est en dehors de la quotidienneté, c’est-à-dire de ce qui fait l’essentiel de la vie de tout un chacun. Les maîtres, comme la monnaie, se fabriquent ex nihilo, à partir de rien. Ce ne sont que de purs produits bureaucratiques qui n’ont qu’une seule fonction: assurer la pérennité du système. Exemple: depuis des mois, on nous présente l’actuel Président du Fond Monétaire International, comme le «candidat alternatif» au pouvoir actuel en France, quasiment le futur président de la République. Mais qui «on» ?

Avez-vous entendu parler de lui dans les bureaux, les ateliers, les champs, les marchés,… ? Bref partout où les gens, comme vous et moi, vivent. Non certainement pas. En fait tout le monde s’en fout. Pourtant c’est cette question – comme beaucoup d’autres mineures, inessentielles et à mille lieues de nos préoccupations – qui défraient les chroniques radiophoniques, les chaînes de télé, les magazines «politico-pipeuls». Un véritable produit préfabriqué nous est imposé par de multiples canaux, interférant avec des questions, elles essentielles, qui sont passées à la trappe.

Cet exemple démontre deux choses :
- cette élection appartient à un cercle restreint qui échappe largement aux citoyens,… elle se conçoit dans des sphères étrangères à la «vraie vie»;
- le «produit proposé», largement élaboré dans le cadre du système marchand, est totalement étranger aux préoccupations du citoyen lambda. Pur produit de l’alliance politique-finance, il est le vecteur idéal pour le système.

L’intérêt d’une telle méthode c’est qu’elle assure que les choses ne changeront pas. Le «produit proposé» appartient au sérail des décideurs, des nantis, des parasites – milieu qui n’hésite pas à se qualifier abusivement d’«élite»( ?) - milieu dans lequel ils/elles sont tous interchangeables.

Tout ce que ce système dégénéré a de parasites, profiteurs, courtisans,… concourt à capter notre attention, non pas sur ce qui est essentiel pour notre vie présente et future, mais ce qui est essentiel pour sa propre survie à lui... Et comme nous sommes, en principe, dans un système dit «démocratique», il faut conditionner celles et ceux qui, croyant exercer un pouvoir, vont légitimer, celle ou celui qui va continuer à les exploiter... Et ça marche depuis près de deux siècles.
Reste pourtant à «vendre» le produit.

L’opération Marketing
Vendre le produit est l’affaire des partis politiques et des médias. Le conditionnement se poursuit depuis des mois,… il n’est pas près de se terminer.
Certes, cette nomination ne fait pas l’unanimité dans les milieux politico-financiers,… les loups s’entredévorent - les intérêts des clans, le partage du pouvoir - mais le cadre de leurs affrontements est strictement limité par la survie du système et la mise à l’écart de tout risque d’interférence inopportune. Cette lutte de clans, entre partis gestionnaires, ou au sein d’un même parti, donne l’illusion d’un débat de fond, de lignes de fractures irréductibles,… présenté au «bon peuple» comme un choix de société. Il n’en est évidemment rien. L’Histoire nous a montré que l’alternance des uns et des autres au pouvoir, sur le moyen terme, ne change rien. Mais cette illusion il faut l’entretenir. C’est là qu’interviennent les médias.

Le matraquage, très en amont de l’élection, prépare le terrain. On ne parle que d'untel ou tel autre,… dont on ne sait d’où sort ce choix. L’opinion publique versatile et malléable est manipulée, sondée, orientée, conditionnée, «intéressée», guidée dans son choix limité… Tout est mis en œuvre pour la séduire: appel aux milieux sportifs, médiatico-pseudo-culturels, journalistiques,… toute une galaxie de courtisans qui gravite autour du pouvoir, s’y alimente et s’y reproduit. Des noms?

Le sommet de la manipulation médiatique est le «débat politique». Véritable spectacle avec une mise en scène particulièrement soignée, une annonce alléchante massivement répétée,… elle interpelle le quidam entre deux matchs de football. La comparaison sportive est d’ailleurs de rigueur pour donner plus de piquant à l’opération. Les «experts», politologues, faiseurs d’opinions et autres charlatans, qui gravitent dans les sphères des partis, du pouvoir, des médias et des salons parisiens viennent dans de multiples émissions causer, analyser, prédire.

Les matchs, pardon, les débats sont préparés comme de véritables rencontres sportives. Les champions entraînés par une équipe de spécialistes en communication. Les termes utilisés disséqués, les répliques répétées, les attitudes étudiées, les mots soupesés, les petites phrases finement ciselées, les costumes testés,… Le combat, pardon, le débat, est annoncé comme un combat de gladiateurs. Les paris sont ouverts,…

Le «bon peuple» baigne littéralement dans une sauce savamment préparée dans laquelle on a ajouté des ingrédients conformes à ses goûts, le suspense est total, l’incertitude savamment maintenue. On rajoute à cela une dose non négligeable de culpabilisation pour faire sauter les derniers doutes – «Songez à celles et ceux qui sont morts pour la démocratie. Amen!»,… et le tour est joué.

Au bout, le bipartisme...
Toute cette comédie, cette manipulation grotesque n’a qu’un seul et unique objectif : légitimer le pouvoir qui garantira la pérennité du système marchand. Faire entrer la masse des citoyens dans une logique, une mécanique de légitimation du pouvoir qu’il ne maîtrise pas, tel a été l’objectif du processus dit «démocratique»… et il est en passe d’aboutir.

Aujourd’hui un candidat se promeut comme une marchandise. Le marketing politique a remplacé le dialogue et la réflexion. Le produit est pré-digéré et consommable immédiatement. Le jeu politique est devenu une véritable escroquerie où le gagnant est toujours le même: le politicien, et le perdant toujours le même: le citoyen. Que ce soit A ou B rien ne changera. Seules les apparences changeront. Le lendemain des élections, tout est comme avant.

Toute cette manipulation n’a qu’un seul objectif politique : promouvoir le bipartisme qui assure la stabilité du système. Présenté au «bon peuple» comme une stabilité et l’expression même de la sagesse (?) il permet de tourner en rond, en donnant l’illusion du changement,… en fait en assurant simplement une alternance au pouvoir en vue de sauvegarder le système marchand. Les «réformes» que font les uns, sont immédiatement assumées par les autres qui leur succèdent.

Ainsi, dans une «grande démocratie» se construit le pouvoir. Les apparences sont sauves et celles et ceux qui dénoncent cette escroquerie sont traités d’anti-démocrates (?). Jouer ce jeu c’est se rendre complice, c’est consciemment accepter d’être trompé et refuser de le reconnaître au nom d’un civisme de courte vue.

Patrick Mignard
07.06.10
Source: altermonde-sans-frontières

Solidarité avec le Peuple Palestinien



Solidarité avec le Peuple Palestinien:
Grève de trois jours contre les navires commerciaux d'Israël


Camarades, syndicalistes, travailleurs et travailleuses:
Le Secrétariat de la Fédération Syndicale Mondiale a décidé aujourd'hui d'appeler à une grève de trois jours dans tous les ports du monde contre les navires commerciaux d'Israël ayant pour origine ou destination Israël.

Nous appelons tous les travailleurs navals, les dockers et tous les travailleurs et tous les syndicats dans les ports à refuser de charger ou décharger des bateaux à destination ou en provenance d'Israël.

Le Syndicat International des Transports de la FSM (Fédération Syndicale Mondiale) est en première ligne de cette grève.
Cette action est une démonstration pratique de la solidarité militante avec le Peuple Palestinien. C'est une preuve de solidarité militante contre le blocus de la Bande de Gaza.
De cette façon nous exprimons notre exigence d'un état palestinien indépendant et démocratique avec Jérusalem Est comme sa capitale. En outre, nous exigeons la levée immédiate du blocus sur la Bande de Gaza.

Nous condamnons les meurtres de neuf activistes turcs et nous exprimons une fois encore nos sincères condoléances à leurs familles.

La classe ouvrière mondiale observe avec inquiétude la tactique des Nations Unies et l'hypocrisie de l'Union Européenne. En même temps, nous sommes conscients de la compétition inter-capitaliste et des dangers qu'elle crée pour la paix dans la région du Sud-est de la Méditerranée.
D'autre part, il est clair que le gouvernement israélien n'a pas pu perpétrer impunément ces crimes sans l'appui et encouragement des Etats-Unis et leurs alliés.

Camarades, dirigeants syndicaux des ports du monde,
Personne ne doit rester silencieux! Personne ne doit rester neutre!
Nous devons agir maintenant  parce que nous sommes tous Palestiniens!

Décidez les dates du mois de juin pour les trois jours de grève- boycott contre la politique d'Israël.  Choisissez la meilleure forme de réaction , la meilleure forme de se solidariser avec la lutte héroïque des Palestiniens. Agissons tous maintenant.

GRÈVE DE 3 JOURS DANS TOUS LES PORTS
-STOP au blocus de Gaza maintenant
-Un Etat Palestinien libre, indépendant et démocratique

LE SECRÉTARIAT
08.06.10

Messages de solidarité:
General Union of Palestinian Workers e-mail: mohammed vahya2007@yahoo.com
Israel Ministry of Foreign Affairs : feedback@mfa.gov.il
TUI Transport e-mail: info@wftuce,tral.org
WFTU e-mail: info@wftucentral.org
European Union e-mail: COMM-SPP-HRVP-ASHTON@ec.europa.eu
UN e-mail: nationalinstitutions@ohchr.org

mardi 8 juin 2010

Henning Mankell : récit de l’écrivain embarqué





Henning Mankell, le grand écrivain suédois, était à bord de la flottille qui voulait dénoncer et briser le blocus de Gaza. Nous publions son journal de bord en exclusivité en France. Il raconte l’assaut de l’armée israélienne sur les navires, qui s’est terminé par neuf morts civils. Il parle aussi de son transfert à terre et son emprisonnement en termes sobres et précis.



Mardi 25 mai - Nice
A 5 heures du matin, je suis dans la rue à attendre le taxi qui m’emmènera à l’aéroport. Pour la première fois depuis longtemps, E. et moi avons pu prendre quelques jours de vacances ensemble. Au début, nous pensions que ça irait jusqu’à deux semaines. Mais ça s’est réduit à cinq jours: «Ship to Gaza» semble enfin prêt à appareiller et, comme prévu, je me rends à Chypre pour me joindre au convoi.

Le but de chaque voyage est inscrit dans son point de départ. Voilà ce que je pense en attendant le taxi. Comme convenu, j’ai réduit mon bagage à un seul sac à dos qui pèse à peine plus de 10 kg. Le but de l’opération «Ship to Gaza» est clair et net: forcer le blocus illégal qu’Israël impose à Gaza. Depuis la guerre, il y a un peu plus d’un an, l’existence est de plus en plus intolérable pour les Palestiniens qui vivent là. Les besoins sont gigantesques rien que pour réunir les conditions d’une vie digne de ce nom.

Mais le but du voyage est plus clair et net encore. Je pense: "L’action confirme la parole." Il est facile de dire qu’on soutient, défend ou combat telle ou telle chose. Mais ce n’est que dans l’action qu’on en apporte la preuve. Les Palestiniens, contraints par les Israéliens à vivre dans cette misère, ont besoin de savoir qu’ils ne sont pas seuls, et qu’on ne les oublie pas. Leur existence doit être rappelée au reste du monde. Et nous profitons de ce rappel pour apporter aussi quelques produits de base: médicaments, unités de dessalement pour produire de l’eau potable, ciment.

Le taxi arrive, nous convenons d’un prix - cher ! - et partons à travers les rues désertes du petit matin, direction l’aéroport. C’est là, dans le taxi, je m’en souviens à présent, que je prends mes premières notes. Je ne me rappelle pas les mots exacts, mais la teneur, c’est que je m’étonne de n’avoir peut-être pas vraiment jusque-là mesuré l’enjeu: ce projet inspire une telle haine aux Israéliens qu’il est possible qu’ils aient recours à la force pour empêcher le convoi de passer.

Mais cette pensée me quitte avant même l’arrivée à l’aéroport. Sur ce point aussi, le projet a été défini de façon extrêmement claire et nette. Nous agissons dans la non-violence, sans armes, sans volonté d’affrontement. Si nous sommes empêchés d’avancer, la question devrait pouvoir se régler sans que soit mise en danger la vie des participants.

Mercredi 26 mai - Nicosie
Il fait plus chaud qu’à Nice. Ceux qui doivent embarquer sur les bateaux - qui vont nous attendre quelque part au large de Chypre - se rassemblent à l’hôtel Centrum de Nicosie. C’est comme dans un vieux roman de Graham Greene: des personnages hétéroclites réunis dans un coin perdu afin d’entreprendre un voyage ensemble… Nous allons forcer un blocus illégal. Ces mots sont répétés en différentes langues. Mais soudain, les incertitudes se multiplient. Les bateaux ont été retardés, il y a eu des problèmes, on ne sait pas encore à quel endroit doit avoir lieu la jonction avec les six navires. La seule certitude, c’est que ça va se passer en mer. Chypre refuse de laisser accoster nos bateaux. Israël a dû exercer des pressions. Je note aussi des moments de tension entre les différentes organisations qui ont la charge de ce projet délicat. La salle du petit-déjeuner a été transformée en lieu de réunion top secret. A un moment, on nous fait venir pour remplir un papier - nom et coordonnées des proches à prévenir en cas de malheur. Tout le monde remplit consciencieusement sa feuille. Puis on nous dit d’attendre. C’est le mot qui revient le plus, au cours de ces journées. C’est comme un mantra. «Attendre.» Alors on attend.

Jeudi 27 mai - Nicosie
On attend. La chaleur est suffocante.

Vendredi 28 mai - Nicosie
Soudain, je me demande si ça va se terminer comme ça, si je vais devoir quitter cette île sans avoir pu embarquer sur le moindre bateau. Il paraît que les places manquent à bord. Qu’il y aurait des listes d’attente pour participer à cette expédition solidaire. Mais l’aimable député K. et la femme médecin S., qui sont mes compagnons suédois pour ce voyage, contribuent à préserver la bonne humeur. Les voyages en bateau, c’est toujours une galère. C’est ce que je me dis. Nous continuons à remplir notre mission. Nous attendons.

Samedi 29 mai - Nicosie
Soudain tout va très vite. Nous allons - même si c’est encore évidemment assorti d’un peut-être - embarquer à bord d’un bateau rapide afin de rejoindre en mer les cinq autres navires du convoi pour ensuite faire route ensemble vers Gaza. Nous attendons. Peu avant 17 heures, les autorités portuaires nous autorisent enfin à embarquer sur un navire qui s’appelle Challenger et qui va nous conduire à une vitesse de 15 nœuds jusqu’au point de ralliement, où nous allons embarquer sur le cargo Sophia, qui attend déjà sur place. Il y a déjà beaucoup de monde à bord du Challenger. Occupés à attendre, eux aussi. Ils sont un peu déçus en nous voyant arriver tous les trois. Ils espéraient plutôt quelques Irlandais, mais ceux-ci ont en définitive choisi de lâcher l’affaire et de rentrer chez eux. Nous grimpons à bord, saluons les uns et les autres et apprenons rapidement à nous conformer aux règles en vigueur. On est à l’étroit, partout des sacs plastique contenant des chaussures, mais l’ambiance est bonne et calme. Tous les points d’interrogation paraissent soudain levés. A 17 heures pile, les deux puissants moteurs diesel démarrent dans un bruit assourdissant. Nous sommes partis.

23 heures
Je me suis installé sur une chaise, sur le pont arrière. Le vent ne souffle pas très fort, mais assez pour que de nombreux passagers aient déjà le mal de mer. Emmitouflé dans une couverture, je regarde le clair de lune dessiner un chemin sur la mer, tout en parant le choc des vagues et en pensant que la solidarité peut vraiment ressembler à tout et n’importe quoi. On ne se parle pas beaucoup, à cause du bruit. La plupart des gens essaient de dormir, ou de s’allonger au moins. Je me dis que pour l’instant, la traversée est remarquablement paisible. Mais c’est un calme traître.

Dimanche 30 mai - la mer au sud-est de Chypre Nuit - 1 heure
Lumières papillotantes. Le capitaine, dont je n’arrive pas à retenir le nom, a réduit la vitesse. Ces lumières qu’on voit scintiller à une certaine distance de nous sont les fanaux de deux autres bateaux du convoi. Nous allons maintenant rester à l’arrêt en attendant le lever du jour, quand les gens pourront être transférés sur d’autres bateaux. Mais pour l’heure, je ne trouve toujours aucun endroit où m’allonger pour dormir. Je somnole, assis sur ma chaise mouillée. La solidarité naît dans l’humidité et dans l’attente; ainsi on contribue à ce que d’autres aient un toit.

8 heures
La mer s’est calmée. Nous nous dirigeons vers le plus important bâtiment du convoi : un grand ferry avec des centaines de personnes à bord. On a beaucoup discuté du fait que les Israéliens allaient probablement concentrer leur action sur ce navire.
Mais quelle action ? C’est évidemment la question qu’on rumine depuis le lancement du projet. Il n’y a aucune certitude. La marine israélienne va-t-elle couler les bateaux? Ou les refouler de force? Ou alors, la solution raisonnable, que les bateaux soient autorisés à passer et qu’Israël regagne un peu de sa réputation de plus en plus ternie aux yeux du monde? On ne sait pas. Mais le plus probable, c’est qu’on nous somme de faire machine arrière à l’approche des eaux territoriales. Par l’intermédiaire de voix menaçantes, relayées par des haut-parleurs, sur les bâtiments de la marine israélienne. Si nous refusons d’obéir, on va vraisemblablement démolir nos hélices ou nos gouvernails avant de nous remorquer jusqu’à un port où ils pourront être réparés.

13 heures
Grâce à une échelle de corde, nous passons tous les trois sur Sophia, un vieux cargo mangé par la rouille et manœuvré par un équipage plein d’amour. Je compte environ 25 personnes à bord. Le chargement comprend entre autres du ciment, de l’acier d’armature et des maisons préfabriquées en bois. On m’indique une cabine que je vais partager avec le député suédois. Après les longs jours passés à Nicosie, celui-ci m’est de plus en plus comme un très vieil ami. Nous découvrons qu’il n’y a pas de lumière électrique. Pour la lecture, ce sera une autre fois.

16 heures
Le convoi est rassemblé. Les proues se tournent vers Gaza.

18 heures
Nous nous réunissons dans le coin repas improvisé entre les conteneurs et la superstructure du cargo. Le Grec grisonnant qui répond de la sécurité et de l’organisation à bord, en plus de la navigation, parle d’une voix basse qui inspire une confiance spontanée. Le mot "attendre" ne fait plus partie du vocabulaire. Nous approchons à présent. Mais de quoi? Nul ne sait ce que vont faire les Israéliens. Nous connaissons seulement leurs déclarations menaçantes disant que le convoi sera refoulé par tous les moyens. Mais qu’est-ce cela signifie? Torpilles? Remorquage forcé? Soldats largués par hélicoptère? On ne sait pas. Mais la violence, si violence il y a, ne sera pas de notre fait. Au-delà de la légitime défense élémentaire, nous ne riposterons pas. En revanche, nous pouvons compliquer la tâche à d’éventuels attaquants. Alors on décide de dérouler du barbelé sur toute la longueur du bastingage. On s’habitue au port du gilet de sauvetage. On organise des tours de garde. On décide à quel endroit on se rassemblera si des soldats devaient monter à bord. L’ultime bastion sera la passerelle de commandement.
Puis c’est l’heure du dîner. Le cuistot est un Egyptien, grand, costaud, qui a mal à une jambe. Sa cuisine est bonne.

Lundi 31 mai - 0 heure
Je participe au quart de bâbord entre minuit et 3 heures. La Lune est encore grosse, même si des nuages la masquent par moments. La mer est calme. Les fanaux scintillent. Les trois heures passent vite. Je m’aperçois de ma fatigue au moment où l’on vient me relayer. Nous sommes encore loin des eaux territoriales que les Israéliens pourraient s’estimer en droit de défendre. Je devrais pouvoir dormir quelques heures.
Je bois du thé, bavarde un moment avec un homme d’équipage grec dont l’anglais est vraiment terrible, mais qui tient absolument à savoir de quoi parlent mes livres. Il est presque 4 heures quand je me couche enfin.

4 h 30
J’ai à peine le temps de m’endormir que je suis réveillé à nouveau. En allant sur le pont, je vois que le grand ferry est illuminé par des projecteurs. Soudain j’entends des coups de feu. Je comprends qu’Israël a choisi l’affrontement violent. Dans les eaux internationales.
Une heure exactement s’écoule avant qu’on ne voie approcher les puissants canots pneumatiques noirs avec à leur bord des soldats masqués. Ils prennent possession du cargo. Nous nous rassemblons là-haut sur la passerelle de navigation. Les soldats veulent nous faire redescendre sur le pont. Ils s’impatientent. Un homme met un peu trop de temps à obéir et se prend illico une décharge de Taser dans le bras. Il tombe. Un autre, trop lent lui aussi, est atteint par un tir de balle en caoutchouc. Je pense que cela est en train de se produire à côté de moi. C’est d’une réalité absolue. Des gens qui n’ont rien fait sont harcelés comme du bétail et punis pour leur lenteur.

On nous regroupe et nous fait asseoir sur le pont. Nous y resterons pendant onze heures, jusqu’à ce que notre bateau accoste en Israël. De temps à autre, les soldats nous filment alors qu’ils n’en ont aucun droit. Je veux noter quelques phrases, mais un soldat s’avance immédiatement et me demande ce que j’écris. C’est la seule fois où je m’énerve. Je lui rétorque que ça ne le regarde pas. Je ne vois que ses yeux. Je ne sais pas ce qu’il pense. Mais il se détourne et s’en va. Onze heures d’immobilité, entassés dans la chaleur, ça ressemble à de la torture. Pour aller uriner, il faut demander la permission. Pour toute nourriture, on nous donne des biscuits, des biscottes, des pommes. Nous n’avons pas le droit de faire du café, alors que nous aurions la possibilité d’en préparer sans bouger de notre place. Nous décidons collectivement de ne pas demander aux soldats l’autorisation de cuisiner. Sinon, ils nous filmeraient et ça servirait ensuite à montrer qu’ils ont été généreux avec nous. Nous nous en tenons donc aux biscuits. La situation tout entière est une humiliation totale. (Entre-temps les soldats au repos ont traîné des matelas hors des cabines et dorment sur le pont arrière.)

Pendant ces onze heures, j’ai tout le temps de me livrer à une synthèse. Nous avons été attaqués en pleine mer, dans les eaux internationales. Cela signifie que les Israéliens se sont comportés en pirates, pas mieux que ceux qui sévissent au large de la Somalie. A partir du moment où ils ont pris les commandes du navire et commencé à faire route vers Israël, on peut dire que nous avons également été kidnappés. Cette intervention est hors la loi, du début à la fin.

Nous essayons de discuter entre nous pour comprendre ce qui va arriver maintenant. Sidérés que les Israéliens aient pu choisir cette "solution" qui les place, de fait, le dos au mur. Qui les accule. Les soldats nous regardent. Certains font semblant de ne pas comprendre l’anglais. En réalité, tous le comprennent bien sûr. Il y a aussi quelques filles parmi eux. Elles ont l’air embarrassé. Peut-être vont-elles être de celles et de ceux qui fuient à Goa se droguer à mort après leur service militaire? Ça arrive tout le temps.

18 heures
A quai, quelque part en Israël. Je ne sais pas où. On nous fait descendre à terre. On nous oblige à courir dans les rues, entre les soldats, pendant que la télé militaire nous filme. Je pense que ça, précisément ça, je ne le leur pardonnerai jamais. En cet instant, il n’y a rien d’autre dans mes pensées que des salauds et des ordures.

On nous sépare. Nous n’avons pas le droit de communiquer. Soudain, voilà qu’un type du ministère israélien des Affaires étrangères se matérialise à mes côtés. Je comprends qu’il est là pour s’assurer qu’on ne me brutalise pas trop. Je suis malgré tout assez connu en Israël, en tant qu’écrivain. Je suis traduit en hébreu. Il me demande si j’ai besoin de quelque chose.
- Oui. D’être libéré, et tous les autres aussi.

Il ne répond pas. Je lui demande de partir. Il recule de quelques pas, mais ne s’en va pas pour autant.
Je n’avoue rien, bien évidemment. J’apprends que je vais être expulsé. L’homme qui m’annonce cela ajoute qu’il apprécie mes livres. J’envisage de m’arranger pour ne plus jamais être traduit en hébreu. C’est une pensée qui n’a pas encore atteint son fond.

Il règne une atmosphère complètement chaotique dans cet "asile d’accueil". De temps à autre, quelqu’un est frappé, jeté à terre, attaché, menotté. Je pense plusieurs fois que personne ne me croira quand je raconterai tout ça. Mais beaucoup d’yeux voient la même chose que les miens. Nombreux sont ceux qui pourront témoigner. Nombreux, ceux qui vont devoir admettre que ce que je dis est vrai.

Un seul exemple suffira. A côté de moi, un homme refuse brusquement de laisser prendre ses empreintes digitales. Il accepte d’être photographié. Mais ses empreintes? Il considère qu’il n’a rien fait de mal. Il s’oppose, résiste. On le frappe. Une fois à terre, il est traîné hors de la salle. Vers où? Je n’en sais rien. Quel mot dois-je employer? Abominable? Inhumain? Il n’y a qu’à choisir.

23 heures
Nous, les trois Suédois - le député, la femme médecin et moi-même -, sommes conduits dans un centre de rétention. On nous sépare. On nous jette quelques sandwiches qui ont un goût de vieille éponge à vaisselle. La nuit est longue. Mes tennis me tiennent lieu d’oreiller.

Mardi 1er juin - après-midi.
Soudain, on nous réunit, le député et moi, et on nous annonce qu’on va nous conduire à un appareil de la Lufthansa en vue de notre expulsion. Nous refusons de partir tant qu’on ne nous aura pas dit ce qui va arriver à S. En apprenant qu’elle est en route elle aussi, nous quittons notre cellule.

Dans l’avion, l’hôtesse me donne une paire de chaussettes. Les miennes ont été volées par un des membres du commando de soldats, à bord du bateau où j’étais.
Un mythe s’écroule : celui du soldat israélien courageux et sans reproche. Maintenant, on pourra aussi dire d’eux que ce sont de minables voleurs. Je ne suis pas le seul à avoir été dépouillé: argent, carte de crédit, vêtements, baladeur, ordinateur, tout y est passé. Nous avons été nombreux dans ce cas, à bord de ce bateau attaqué au petit matin par des soldats masqués qui n’étaient rien d’autre que de faux pirates.

Tard le soir, nous arrivons en Suède. Je parle à des journalistes. Puis je reste un moment assis dans le noir devant la maison où j’habite. E. ne dit pas grand-chose.

Le lendemain, 2 juin, j’écoute le merle. Un chant pour ceux qui sont morts.
Maintenant, il y a tout ce qui reste à faire. Pour ne pas perdre de vue l’objectif, qui est de lever le blocus de Gaza. Ça va se faire. Derrière ce but, d’autres attendent. En finir avec un régime d’apartheid, cela prend du temps. Mais pas une éternité.

Henning Mankell
05.06.10


Ce texte est également publié aujourd’hui dans divers journaux, dont The Guardian, El País, Dagbladet, La Repubblica ou The Toronto Star.
Traduit par Anna Gibson pour Libération

lundi 7 juin 2010

Les témoignages sur les atrocités des soldats israéliens s’accumulent



Selon les rescapés de retour à Istanbul, le nombre de morts serait plus élevé que celui annoncé officiellement.



Des milliers de personnes ont réservé hier à Istanbul un accueil chaleureux aux 466 passagers (majoritairement de nationalité turque) de trois avions turcs en provenance de Tel-Aviv. Les avions transportaient également les cercueils des neufs humanitaires (huit Turcs et un Américain d’origine turque) tués par balles dans le raid israélien de lundi contre le ferry turc Mavi Marmara. Dix-neuf blessés, tous par balles, également rapatriés à bord de vols médicaux, sont soignés dans un hôpital d’Ankara. «Les patients ont généralement des blessures sérieuses à la poitrine, à l’abdomen et aux membres», a déclaré un médecin de l’hôpital qui les soigne dans la capitale turque. Les cercueils des neuf humanitaires turcs ont été exposés hier sur le parvis de la mosquée Fatih à Istanbul, dans le quartier du même nom, où plus de 20 000 personnes étaient rassemblées pour la prière de «l’absent», et ce, en présence du maire d’Istanbul et du ministre de l’Énergie, Taner Yildiz.

Toutefois, selon les témoignages de nombreux militants qui se trouvaient à bord du Mavi Marmara, le bilan des morts et blessés serait plus élevé. «Les chiffres officiels parlent de neuf morts mais les chiffres que des gens comme nous qui étaient là peuvent donner, de ce que nous avons vu, ce que nos camarades ont rapporté», seraient de 16 à 20 a rapporté Manuel Tapial, un des trois militants espagnols libérés par Israël. «Il y a des gens disparus; nos médecins leur ont remis 38 blessés. (…) En retour, on nous a dit qu’il n’y a que 21 blessés», a accusé de son côté un des responsables de l’ONG turque IHH (Fondation d’assistance humanitaire). «Les soldats ont abattu un médecin qui voulait se rendre et ont jeté son corps sans vie dans la mer», a ajouté Bulent Yidirim le président d’IHH. Un Britannique, Kevin Ovenden, a affirmé avoir vu un homme recevoir une balle en pleine tête après avoir pointé son appareil photo sur les soldats israéliens. Tous les témoignages convergent sur le fait que les Israéliens ont commencé à tirer et jeter des grenades sur le navire par hélicoptère, à partir des vedettes d’assaut, avant même que les commandos ne le prennent d’assaut. «Il y avait déjà deux ou trois morts à cause des tirs depuis les Zodiac», a affirmé Haydée Santamaria, membre de l’ONG Cultura, Paz y Solidaridad. Autre témoignage, celui d’une Belge, Kenza Isnani : «On a vu des choses horribles, des choses qu’on aurait jamais pu penser vivre un moment dans notre vie», a-t-elle déclaré. «Les passagers du bateau avaient une attitude non violente, pacifique. Il n’y avait pas d’armes. Il n’y avait aucune attitude de provocation ou l’intention de se mêler à la violence, pas du tout», a-t-elle ajouté!

Sur le plan diplomatique, le président turc, Abdullah Gül, a déclaré hier qu’«à partir de maintenant, les relations (entre son pays et Israël) ne seront jamais plus les mêmes». Ajoutant qu’«Israël a fait l’une des plus graves erreurs de son histoire». Le gouvernement turc est sous la pression de la rue, révoltée par les images de l’assaut contre le ferry turc que des chaînes de télé passent en boucle. Ankara, qui a rappelé son ambassadeur en Israël, annulé les manœuvres militaires turco-israéliennes en Méditerranée orientale, et qui compte ne pas en rester là, ira-t-il jusqu’à rompre le partenariat militaire conclu avec Israël en 1996? Washington, qui s’emploie, par le biais de Barack Obama, à ce que les rapports entre ses deux alliés restent dans des limites gérables, s’en inquiète. Quoi qu’il en soit, la Turquie, qui a pris la tête de l’offensive diplomatique contre Israël, alors que les pays arabes ont du mal à surmonter leurs divergences dès lors qu’il s’agit d’adopter une position ferme à l’égard d’Israël, accentue sa pression sur Tel-Aviv. Ce dernier, plus que jamais isolé, a été vivement admonesté par le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, qui a qualifié le blocus de Gaza de «contre-productif, intenable et immoral. Il punit des civils innocents. Il doit être levé immédiatement». L’ancien premier ministre britannique, Tony Blair, a également demandé la levée du blocus de Gaza. C’est dans ce contexte de pression internationale croissante que le président Mahmoud Abbas va rencontrer prochainement Barack Obama, quelque peu embarrassé par la posture dans lequel se trouve son allié israélien.

Hassane Zerrouky
05.06.10
Source: bellaciao

dimanche 6 juin 2010

Avant la messe planétaire du foot-fric qu'il nous faudra subir...



L'indécent train de vie du foot européen


Alors que l'heure est à la rigueur partout sur le Vieux Continent, les grands clubs continuent à recruter des stars à coups de millions. Mais l'UEFA entend y mettre le holà.



L'heure est à l'austérité et au serrage de ceinture, mais le président du FC Barcelone, Joan Laporta, le président du Real Madrid, Florentino Pérez, le cheikh émirati Mansour, propriétaire de Manchester City, et le magnat russe Roman Abramovitch, propriétaire de Chelsea FC, ne sont visiblement pas au courant. Tandis que les gouvernements espagnol et britannique annoncent une décennie de vaches plus squelettiques que maigres, le football continue de mener grand train.

En comptant les 40 millions d'euros déboursés pour faire venir David Villa, le FC Barcelone pourrait dépenser en tout 100 millions pour la prochaine saison s'il finit pas recruter Cesc Fàbregas. Avec des salaires annuels qui peuvent avoisiner les 10 millions pour chaque nouvelle star, cela fait de nouveaux habitants en perspective pour les quartiers résidentiels de Gavà Mar et El-Vinyet, tandis que les restrictions budgétaires commencent à se faire sentir dans les rues de Barcelone.

A Madrid, où le plan de rigueur oblige à suspendre la deuxième phase du chantier du parc d'activités construit sur l'ancien terrain d'entraînement du Real Madrid, le club le plus riche du monde n'a rien changé à ses habitudes. Il a versé au moins 8 millions d'euros à l'Inter Milan pour s'attacher les services de l'entraîneur portugais José Mourinho. Ressortissant du pays le plus pauvre de la zone euro, obligé à tailler drastiquement dans ses dépenses publiques, Mourinho touchera 10 millions d'euros par an.

Tout cela est possible parce que le Real Madrid et le Barça ont une dette cumulée astronomique qui, selon les calculs de José María Gay de Liébana, de l'université de Barcelone, frôle le milliard d'euros. D'autres clubs, comme le Séville, l'Atlético de Madrid et le Valencia ont une masse salariale qui dépasse très largement leurs recettes. "Vu de l'extérieur, il est vrai que tout cela a l'air un peu bizarre, étant donné l'état actuel de l'économie espagnole et ce que l'on commence à dire de ses banques", commente Rory Miller, économiste spécialiste du football à l'université de Liverpool.

Mais la Premier League anglaise n'a rien à envier à la Liga espagnole en ce qui concerne les dépenses inconsidérées et l'endettement. Après avoir déboursé 800 millions d'euros en joueurs lorsqu'il a racheté Manchester City en 2008, le cheikh Mansour continue à puiser dans les pétrodollars d'Abou Dhabi malgré la débâcle financière de Dubaï, oasis fiscale de stars du foot comme David Beckham ou Michael Owen. Maintenant, avec une cagnotte de 140 millions d'euros de plus, il lorgne sur Touré Yaya du Barça et Fernando Torres, le dernier grand transfert d'un Liverpool mal en point et surendetté.

Pendant ce temps, dans ces deux villes du nord-ouest de l'Angleterre – la région la plus pauvre du pays qui compte trois des clubs les plus riches du monde – les gens se préparent à un programme de restrictions budgétaires plus dures que celles de Margaret Thatcher. Les avis de saisies immobilières se multiplient mais, dans les banlieues, une élite de joueurs multimillionnaires comme Wayne Rooney ou Steve Gerrards réside dans de somptueux manoirs.

A Londres, Roman Abramovitch, propriétaire de Chelsea, vient d'effacer des dettes de presque 800 millions d'euros après une décennie prodigieuse de recrutements. Et pendant que le nouveau gouvernement de David Cameron prie ses ministres de se rendre à Westminster en métro ou à pied, de nouvelles Aston Martin et Lamborghini avec plaques d'immatriculation personnalisées viendront bientôt se garer sur le parking de Stamford Bridge.

Il y a un an, le directeur général de la banque Barclays, John Varley, avait tenté de justifier les bonus exorbitants versés aux banquiers d'affaires en ces termes: "Nous devons offrir une rémunération appropriée, comme ce que touche l'entraîneur d'un grand club de football". Aujourd'hui, le football continue à vivre comme si la bulle n'avait jamais éclaté. Il est fortement inégalitaire – 10 % des clubs européens se partagent 67 % des recettes – et possède une dette de 5,5 milliards d'euros, contractée en majeure partie par les championnats anglais et espagnol. Et comme on l'a vu, il y a quelques mois, avec cette publicité Nike ambiguë où Cristiano Ronaldo avait l'air de se moquer de ses fans – "Mes attentes sont supérieures aux  vôtres" – un fossé abyssal est en train de s'ouvrir entre les stars du football et le public.

Avec à leur tête le Madrid et le Barça, les 20 clubs européens qui réalisent le plus gros chiffre d'affaires  – "la Football Money League", selon l'expression du cabinet d'audit Deloitte and Touche – se distancient de plus en plus des autres. L'Espagne et l'Italie ont l'honneur douteux d'être les seuls membres de ce qu'on appelle les PIGS – les quatre pays les plus touchés par la crise – dont les clubs figurent dans ce classement des superriches. Le Portugal et la Grèce, eux, sont loin derrière.

Mais l'exemple le plus criant de l'"exception footballistique" est fourni par le Royaume-Uni, dont six clubs figure dans la Money League, alors que l'endettement du pays s'emballe, et que le déficit public est tout juste inférieur à celui de la Grèce. "En ces temps d'austérité, nous allons voir s'accroître le clivage entre les grands clubs et les petits, et le ressentiment à l'égard des clubs riches", prévient Simon Chadwick, professeur en économie du sport à l'université de Coventry. Il est convaincu que le modèle du Real Madrid touche à sa fin. "Dépenser plus que tout le monde pour avoir le meilleur joueur n'est une garantie de rien", estime-t-il. Et quand l'heure est à la rigueur, les riches doivent savoir être discrets. "Un modèle de football plus naturel, plus organique, plus allemand va s'imposer", poursuit-il.

C'est ce que l'instance européenne du football, l'UEFA, entend encourager avec son nouveau règlement sur le fair-play financier adopté le 27 mai dernier. Sorte de version footballistique du plan de rigueur budgétaire dans la zone euro, la nouvelle réglementation est claire et nette: pour figurer dans les compétitions européennes, un club ne pourra pas dépenser plus d'argent qu'il n'en génère, a prévenu le président de l'UEFA, Michel Platini. Les clubs devront ramener leur déficit annuel en dessous de 5 millions d'euros avant 2018, ou bien trouver des fonds pour combler les pertes supérieures. En cas de non respect des règles, ils seront sanctionnés et/ou exclus des compétitions. Platini estimait que le marché du football – comme le secteur bancaire – avait besoin d'être réglementé pour éviter la spirale compétitive autodestructrice des transferts millionnaires, des salaires exorbitants et de l'endettement croissant. "Ce sont les clubs [...] qui m'ont demandé d'agir", avait-il précisé. "C'est une question d'éthique, une question de crédibilité, une question de survie pour notre sport". Et à en croire Rory Miller, le règlement sur le fair-play financier "peut dissuader les politiques de clubs comme Chelsea ou le Real Madrid qui consistent à s'endetter puis à entasser les superstars sur le banc de touche".

Andy Robinson
04.06.10
Source: courrier international

vendredi 4 juin 2010

Attaque contre la flottille : un crime de guerre


L’attaque de la flottille par les militaires israéliens constitue un crime de guerre qui engage la responsabilité pénale de ses auteurs, et qui doit être jugée.



La population de Gaza, victime de crime contre l’humanité
Une violation jamais connue de la IV° Convention de Genève. L’attitude de l’Etat d’Israël vis-à-vis du territoire palestinien de Gaza s’analyse dans la durée comme une violation, à un niveau jamais atteint, du droit international. En droit international humanitaire, l’occupation est acceptée comme un état temporaire, le temps nécessaire à la recherche de la paix. Mais, rien en droit ne peut justifier une occupation de plus 43 ans, sauf la volonté de laminer l’adversaire. C’est que fait Israël, devenu un lieu de culture de l’apartheid. Et alors qu’au titre de la IV° Convention de Genève, la puissance occupante doit la protection à la population, Israël a imposé aux Palestiniens, fait unique dans l’histoire, un blocus économique, qui constitue une punition collective. Enfin, Israël a conduit l’opération militaire Plomb Durci en décembre 2008 - janvier 2009 sur cette population qui n’avait la possibilité ni de se protéger, ni de fuir, et le blocus a été maintenu empêchant l’organisation des secours. Début 2010, l’OMS a démontré que la réponse à des besoins primaires de santé est devenue impossible.

Territoires occupés ? Non, processus de colonisation. Aussi, il ne suffit pas de parler de territoires occupés. L’occupation est devenue une politique de colonisation, à savoir l’annexion de territoires et de richesses par la force, accompagnée de punitions collectives, ce qui constituent des crimes contre l’humanité au sens de la IV° Convention de Genève et du Statut de la Cour Pénale Internationale. L’opération militaire sanglante conduite le 31 mai s’inscrit dans ce contexte.

Une question de principe, et pas de disproportion
Déjà, les explications des braves fusent de tous cotés : l’attaque a été disproportionnée! Il en ont trop fait! Il nous faut une enquête! Non, avant d’ouvrir l’enquête, il faut dire l’évidence: c’est un crime de guerre car l’attaque a eu lieu dans les eaux internationales, et la flottille n’est pas partie au conflit armé. L’enquête est nécessaire, mais pour les circonstances aggravantes de violence. Soutenir que l’enquête est nécessaire pour savoir s’il y a un crime de guerre est une injure faite aux victimes.

Cela résulte de trois constats juridiques.
- Application de la IV° Convention de Genève. Les faits sont intervenus dans le cadre d’un conflit international au sens du droit international humanitaire, Israël justifiant son action par rapport à la question palestinienne. De ce fait, le cadre de toute analyse est bien défini. Il est établi par la Cour Internationale de Justice, le Conseil de Sécurité et toutes les instances internationales que l’Etat d’Israël a la qualité de puissance occupante et doit respecter les obligations de la IVè Convention de Genève, qu’il a ratifiée.

- La flottille n’est pas partie au conflit. Le conflit armé oppose Israël et la Palestine, et les bateaux de la flottille ne sont pas parties au conflit. Ils s’inscrivaient dans une démarche pacifiste et humanitaire visant à apporter des secours à une population victime d’un crime contre l’humanité. Vis-à-vis des combattants, se pose la question de la proportionnalité, mais pas vis-à-vis des tiers. C’est une question de principe.

- Israël n’a aucune autorité dans les eaux internationales. L’agression est intervenue dans les eaux internationales. La Convention sur le droit de la mer de Montego Bay (1982) n’a pas été ratifiée par Israël, mais les dispositions garantissant en haute mer la liberté de circulation et l’interdiction pour tout Etat d’y exercer des actes militaires ont incontestablement valeur coutumières, et sont donc opposables à Israël.

Article 87. – La haute mer est ouverte à tous les Etats […] Elle comporte : a) la liberté de navigation.
Article 88. – La haute mer est affectée à des fins pacifiques.
Article 89. – Aucun Etat ne peut légitimement prétendre soumettre une partie quelconque de la haute mer à sa souveraineté.

La violence est une circonstance aggravante, mais la violation du droit est établie du seul fait de l’intervention.
Ces violations graves du droit international se sont accompagnées d’actes sanglants et sauvages, et d’inadmissibles mesures de privation de liberté. L’Etat d’Israël n’a aucun droit sur les occupants de ces bateaux attaqués en haute mer.
C’est donc une affaire de principe : parler d’enquête pour savoir s’il y a crime, c’est déjà commencer à relativiser. C’est dire que sous certaines conditions une intervention en haute mer par une puissance occupante contre un convoi humanitaire apportant des secours à la population occupée, qui se trouve soumise à un blocus économique, est une chose qui peut se discuter. Non, il n’y a pas de discussion sur le crime. Les seules discussions portent sur les circonstances aggravantes et toute la lumière doit être faite par une enquête pénale.

Mettre fin à l’impunité
Une nouvelle fois, la démonstration est faite que l’impunité encourage la commission de nouveaux crimes, avec toujours plus de désinvolture. La réponse passe par des actes politiques, souhaitons qu’ils viennent, mais il est indispensable que de telles violations du droit soient portées devant les juridictions.

La justice israélienne n’a aucune crédibilité car elle refuse l’application du droit international et conteste la notion même de territoires occupés. Israël a ratifié le pacte de 1966 sur les droits civils et politiques, mais refuse de l’appliquer dans les territoires occupés et la justice israélienne se dit incompétente pour contrôler les actes de l’armée aux motifs des contraintes de sécurité. Pour donner aux pays occidentaux de motifs faciles de dire qu’Israël est une démocratie, on a inventé une justice d’apparence, mais qui ne vaut rien dès lors qu’elle ne reconnait pas l’autorité de la Cour Internationale de Justice.

Il est hors de question de se satisfaire de processus d’enquête incertains qui visent en réalité à éviter le principe de la condamnation. Il y a de quoi être navré quand Catherine Ashton, au nom de l’Union européenne, demande une commission d’enquête confiée à Israël. La tolérance à de tels faits rend possible toutes les agressions contre les Palestiniens, et cette affaire qui bafoue l’idée d’humanité doit être jugée par une juridiction ayant la possibilité effective de prononcer des condamnations. En 2010, on sait ce qu’est une juridiction. Nous n’avons pas à inventer le droit, mais à l’appliquer.

Selon la jurisprudence internationale, un acte relève de la qualification de crime de guerre, à partir du moment où il prend place dans un conflit armé, ce qui est le cas selon l’analyse de la CIJ, même s’il a été conduit dans un bref délai, dès lors qu’il a été d’une très forte intensité, ce qui est le cas aussi.

Les procédures pénales peuvent être engagées dans les pays dont sont originaires les victimes. Mais l’ampleur du crime, et la diversité de nationalité des victimes, peuvent conduire à préférer un procès devant une juridiction internationale.

La compétence de la Cour Pénale Internationale, suite à la déclaration de compétence faite par l’Autorité Nationale Palestinienne le 21 janvier 2009, ressort des critères généraux d’analyse, liés au principe de l’accès au juge pour les violations graves du droit, sauf à admettre le déni de droit. Mais elle se trouve ici doublée d’une compétence liée à l’immatriculation des bateaux. Sous réserve d’autres vérifications, il est établi que l’agression a concerné des bateaux immatriculés en Grèce, donc assimilable au territoire grec par application de l’article 12-2 a du traité de la CPI, qui a été ratifié par la Grèce.

La déclaration de compétence du 21 janvier 2009 n’est pas limitée à Plomb Durci. Elle est générale, et doivent être adressés à la Cour tous les éléments relatifs aux crimes commis par Israël: la colonisation, les prisonniers et maintenant, l’attaque du 31 mai 2010. La politique d’Israël est un crime, et ce crime doit être jugé.

Maintenant, il en est assez d’invoquer la justice, en souhaitant surtout que le pire ne se renouvelle pas. On voit le résultat. Nous le devons aux victimes: la justice doit punir le crime.

Gilles Devers
02.06.10
Source: mondialisation.ca

mardi 1 juin 2010

Ce racisme "toléré et tranquille"... et ses suites dramatiques.



Phase 1 : l’encre à peine sèche, je ne pensais pas que ma précédente réflexion à propos du racisme «toléré et tranquille» allait trouver sa tragique illustration aussi rapidement. Or, à quoi venons-nous d’assister? À la liquidation pure et simple de civils innocents par un commando surarmé, entraîné à «casser» la résistance à tout ce qui n’obtempère pas aux ordres d’Israël. La plupart de ces anonymes ont quitté famille et amis dans un engagement citoyen, et certains d’entre eux ne les reverront jamais! Qui sera reconnu coupable de ces actes meurtriers?

Phase 2 : tentons de comprendre ce qui s’est passé ensuite, en fonction du point de vue de chaque partie:

     - Au niveau international : depuis l’aube du 31 mai 2010, nous assistons au ballet habituel des diplomates qui trouvent à de telles occasions, les tribunes leur permettant de bredouiller leurs déclarations que tout le monde connaît et qui ne changeront rien à l’affaire. Les uns se disent «choqués» (certains devant même ajouter un courageux «profondément» pour bien marquer à quel point ils le sont!); les autres exigent «une enquête officielle, sans tarder» (une de plus, qui au bout de combien de mois restera comme les précédentes au fond d’un tiroir); quand d’autres encore semblent être pris d’un sursaut de civisme et «condamnent» l’opération, carrément. Quel courage! Mais dans les faits, tout le monde sait que rien ne changera. Puisque comme toujours, ces réactions ne sont que verbales. Plus hypocrites que ça,… Mais, n’allez surtout pas en conclure que pour autant tout ce beau monde s’en fout, que c’est une question d’indifférence, non! C’est précisément l’inverse: parce que dans les faits, tout ce beau monde a pris parti. Le parti de soutenir quoi qu’il advienne, le camp israélien. L’impunité dont jouit cet État voyou en est l’édifiante illustration. Déjà, il y a quelques années, le résistant israélien de gauche Michel Warschawski avait écrit un perspicace papier intitulé: «L’impunité pousse au crime». Et nous y voilà, une fois de plus, après tant d’autres déjà commis et restés à ce jour… impunis et récompensés par l’ensemble de ce même beau monde, via un rehaussement des relations avec l’UE, l’adhésion au niveau de certaines manœuvres avec l’OTAN et dernièrement l’entrée dans l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Économique comptant 35 pays depuis les dernières adhésions) malgré de flagrantes enfreintes aux critères d’admission à ce club très fermé!

     - Au niveau israélien, rien de neuf non plus: nous entendons les mensonges coutumiers de cet État qui n’en est plus à son coup d’essai, ne recule devant rien, et qui après chacun de ses méfaits s’emploie à manipuler et détourner les informations à son avantage. Dans ce cas précis, chaque intervenant israélien où qu’il soit, a tenu sur les ondes le même discours bien huilé, pointant les victimes civiles de leur assaut militaire aéroporté comme de dangereux agresseurs armés de couteaux, barre de fer, et même selon certains, d’armes à feu, et n’hésitant pas à souligner l’origine «islamiste turque» des propriétaires du bateau. Nous y voilà également! Ce n’étaient donc pas de simples humanitaires qui s’avançaient vers Gaza, mais d’aventureux suppôts du Hamas! Quant aux gentils soldats de Tsahal dont l’on nous répète qu’ils ont fait preuve de retenue (rien n’arrête le cynisme de ces commentateurs pervers) ils n’ont fait que se défendre en tuant ces dangereux activistes, tant la menace était grande… face aux frondes et sacs de billes que nos médias complaisants nous ont montré en boucle! En outre, tout le monde est prié de savoir dorénavant que dans les eaux internationales, lorsque la nuit vous êtes entourés de bâtiments de guerre et que des hélicoptères déchargent sur votre pont un commando armé, vous êtes invités à vous laisser faire, à ne pas résister et à considérer cela comme normal. Se défendre avec ce qui vous tombe sous la main vous transforme illico en terroriste!

Maintenant, si la demande de cette enquête devait aboutir, elle révèlera peut-être – mais alors elle ne sera pas publiée, comme c’est déjà arrivé souvent – que si les victimes de l’assaut du commando israélien sont surtout d’origine turque, ce pourrait être en représailles pour punir la Turquie d’avoir osé critiquer vertement Israël pour son intervention meurtrière sur Gaza lors de l’hiver 2008 - 2009, ainsi que dernièrement pour avoir trouvé un accord avec le Brésil sur la question nucléaire de l’Iran… Qui sait? La tension diplomatique est évidente entre la Turquie et Israël, et au point où l’on en est dans le jeu morbide des tractations internationales… de quoi pourrions encore nous étonner? Cette opération pourrait très bien être un rappel à l’ordre de l’Etat sioniste, pour rappeler que les limites du jeu sont fixées par lui et lui seul. Même les États-Unis ne semblent plus pouvoir indiquer la marche à suivre à cette fuite en avant de la politique israélienne.

Par ailleurs, je veux m’arrêter un instant sur la remarque de Bernard Kouchner. En effet,  ce transfert douteux a déclaré que «rien ne saurait justifier l’emploi d’une telle violence». Mais si, M. Kouchner, si, si… au contraire! Et en premier lieu, ce qui justifie l’emploi de cette violence, c’est l’impunité totale dont jouit Israël depuis des décennies. Ce que tous les militants de la cause palestinienne n’ont de cesse de dénoncer, sans être entendus.
Au lieu d’appréhender les revendications de ces militants comme étant à sens unique, à savoir, pro-palestiniennes, il eût été plus intelligent de comprendre que ce qui est réclamé c’est plus de justice et d’équité dans le traitement de ce dossier. Et là, on est vraiment loin du compte. La preuve, aujourd’hui! Cette impunité dont bénéficie Israël par votre entremise et celle d’autres irresponsables à votre image, est un chèque en blanc que tous ensemble vous n’avez cessé de signer à cet État voyou. Tous les responsables politiques sans distinction, qui n’ont cessé de ramper devant les pratiques illégales de l’État israélien ont une part de responsabilité dans le drame d’aujourd’hui. Ceux qui ferment les yeux sur les accords économiques avec l’UE; ceux qui ferment les yeux sur le rapport Goldstone; ceux qui ferment les yeux sur les exactions commises depuis des décennies contre des femmes, des enfants, des malades,…; ceux qui ferment les yeux sur la poursuite de la colonisation; ceux qui ferment les yeux sur l’annexion de facto de Jérusalem; ceux qui ferment les yeux sur l’usage d’armes interdites, etc, etc… Et, quoi que vous déclariez pour tenter de vous soustraire de vos responsabilités, vous ne pouvez pas vous esquiver de la sorte. Ce sont vos acceptations dans les faits de toutes ses ignominies qui font qu’Israël se permet tout, sachant que de toutes les façons, le tapis rouge lui sera déroulé sous les pieds, par vos soins et ceux de vos collègues apparentés, ceux-là mêmes qui répètent comme un disque griffé leur souci «d’équidistance».  Rouge oui, mais rouge du sang d’innocents! Du même rouge que celui que vous et vos pairs avez désormais sur les mains. Donc, c’est bien votre attitude lâche et irresponsable qui «justifie l’emploi d’une telle violence», soyez-en convaincu! Et si vous en doutez, sachez que de notre côté, nous n’en doutons pas et vous en accusons, de manière très lucide.

De cette même lucidité qui vous avertit aussi que votre manque de réactions effectives aux pratiques criminelles de cet État voyou est le combustible idéal pour une recrudescence de l’antisémitisme. De cela, vous pouvez être certain. Mais, comment l’éviter? Pour ceux qui n’écouteront que leur rage et leur frustration – bien compréhensible, devant tant d’injustice – il est clair que tout ce qui sera assimilé aux «juifs» sera en point de mire. Ainsi, vous faudrait-il peut-être comprendre (enfin!) que ne pas sanctionner dans les faits et en pratique – ce qui est tout autre chose que «condamner oralement» – Israël pour cette énième dérive dans ses choix politiques, ajoute aux sentiments antisémites qu’une grande partie des juifs parfaitement intégrés dans les sociétés où ils ont choisi de vivre auront à subir de la part de tous ceux – et ils sont nombreux – qui font l’amalgame. Vous êtes donc ainsi que vos collègues, doublement responsables: d’une part de la situation là-bas, et d’autre part de celle d’ici où vous avez beau répéter qu’il faut éviter à tout prix d’importer ce conflit, ouvrez les yeux et rendez-vous bien compte que c’est vous qui l’importez, à doses régulières, année après année. Dans un aveuglement grave, qui mériterait que vous et vos collègues en charge de ce dossier soyez destitués de vos fonctions, et vu les dégâts, définitivement inéligibles! Voilà comment devrait fonctionner une saine « démocratie ». Au lieu de nous en éloigner, petit à petit, mais irrésistiblement du fait de vos manigances et de vos lâchetés répétées…

Il nous reste à espérer que la diplomatie turque nous (vous) montrera ce que le respect du Droit international veut dire… mais peut-être est-ce justement la raison qui vous fait tant hésiter à son entrée dans l’UE…

Daniel Vanhove
Observateur civil
Membre du Mouvement Citoyen Palestine
Auteur de La Démocratie Mensonge – 2008 – Ed. Marco Pietteur – coll. Oser Dire
01.06.10