Le 15 juillet dernier le gouvernement colombien a divulgué son projet de mettre sept bases à la disposition de l’armée américaine. Le Venezuela et l’Equateur ont dénoncé la politique belliciste de leur voisin colombien, tandis que le Brésil et le Chili ont également fait part de leur "préoccupation". Ce nouvel accord permettrait à l’armée américaine de compenser la perte de sa seule base en Amérique du sud, située à Manta, en Equateur.
La Colombie était en 2006 le pays où sont morts la moitié des syndicalistes assassinés dans le monde. Elle est le troisième bénéficiaire de l’aide militaire étatsunienne derrière Israël et l’Egypte dans le cadre officiel d’un plan de lutte antidrogue (Plan Colombia) qui est en fait une lutte anti-FARC (tandis que par ailleurs les USA soutiennent la narco-répubique autoproclamée du Kosovo et que sous leur occupation la culture du pavot ne cesse d’augmenter en Afghanistan). Dans le cadre du Plan Colombia (que Washington veut exporter au Mexique, au Pakistan et en Afghanitan), les USA ont aussi mobilisé les services spéciaux britanniques et espagnols pour l’encadrement de l’armée colombienne. Si l’aide étatsunienne se chiffre à 5,5 milliards de dollars par an, les alliés européens membres de l’OTAN (France, Allemagne, Royaume-Uni, etc...) contribuent aussi : ils ont versé pour leur part en 2007, 154 millions de dollars d’aide militaire à la Colombie sans aucun débat devant leur opinion publique. M. Uribe, qui est un ami de M. Kouchner, a fait libérer pour lui récemment le criminel de guerre kosovar recherché par la justice internationale Agim Ceku. Les forces spéciales israéliennes aussi sont en Colombie, tout comme elles ont participé au coup d’Etat au Honduras.
Le 1er mars 2008, la Colombie a bombardé une base arrière des FARC en Equateur provoquant la rupture des relations diplomatiques avec ce pays. Dix bombes de 500 kilos communément utilisées en Irak ont été déversées par des avions dont on soupçonne qu’ils furent américains (car les avions colombiens ne peuvent transporter de telles bombes).
En avril 2008 le colonel Jim Russell commandant des opérations de l’US Airforce dans le Sud a demandé que des soldats soient retirés d’Irak pour être déployés en Amérique latine. A partir du 12 juillet 2008, la 4ème flotte étatsunienne a recommencé à patrouiller au large des côtes latino-américaines pour la première fois depuis 1950. En mai 2008 un avion de combat étatsunien en provenance des Antilles néerlandaises a violé l’espace aérien vénézuélien. Selon Caracas, il s’agissait d’une mission d’espionnage sur l’île de La Orchila pour tester les radars vénézuéliens, tandis que Washington a parlé d’une erreur de navigation.
Pour se défendre, le Venezuela, qui se sent menacé, a proposé en mars dernier de mettre des bases aériennes à la disposition des bombardiers russes et son président Hugo Chavez a annoncé mercredi la signature en septembre d’un nouveau contrat d’armement "important" avec Moscou, comprenant l’achat d’une quarantaine de chars. Le président Chavez accuse "l’empire américain" de vouloir utiliser les bases colombiennes pour s’approprier le riche bassin pétrolifère de l’Orénoque dans le sud-est de son pays. Dans l’Etat pétrolifère de Zulia, un mouvement sécessionniste se développe depuis plusieurs années "Rumbo Propio" soutenu par les grands médias de l’oligarchie vénézolo-américaine.
L’étau se resserre autour de Vénézuela tandis que les USA, qui utilisent les bases de la Guyane française, peuvent aussi compter désormais sur le Panama qui a élu un président de droite en mai dernier. Avec ses nouvelles bases, la Colombie, pourra aussi menacer la zone andine au sud-ouest et la zone amazonienne où les enjeux stratégiques sont importants. "D’abord c’est le pétrole, ensuite ce sera le minerai de fer et l’eau. Aujourd’hui ils veulent envahir l’Iraq, ne vous étonnez pas si demain ils décident d’envahir l’Amazonie" avait déclaré l’économiste égyptien et contributeur de l’Atlas alternatif Samir Amin lors du deuxième forum social pan-amazonien de janvier 2003 à Bélem. Pour mémoire le 13 août dernier les delegués des peuples indigènes de Colombie ont dénoncé devant le Comité pour l’élimination des discriminations raciales des Nations Unies les persécutions dont ils sont l’objet par le gouvernement de Bogota. Karmen Ramírez Boscán, dirigeante de l’Organización Nacional Indígena de Colombia (ONIC) a critiqué les divers effets néfaste de la future présence des bases étatsuniennes dans leur zone, y compris en termes des risques de diffusion du commerce sexuel et de viols des femmes indigènes.
Frédéric Delorca
18.08.09
Source:
http://atlasalternatif.over-blog.com/article-35022283.html
mardi 25 août 2009
lundi 24 août 2009
Palestine : "On pille les organes de nos fils"
Des Palestiniens accusent l’armée israélienne de voler des organes à ses victimes. Donald Boström raconte le scandale international des transplantations d’organes – et comment lui-même a été le témoin d’une atteinte au corps d’un Palestinien de 19 ans.
Vous pouvez m'appeler un "entremetteur", a déclaré Levy Izhak Rosenbaum, de Brooklyn, USA, sur un enregistrement secret réalisé par un agent du FBI qu'il croyait être un client. Dix jours plus tard, fin juillet de cette année, Rosenbaum a été arrêté et un vaste trafic d’organes et de blanchiment d'argent, digne des Soprano, a été démasqué dans le New Jersey, impliquant des rabbins, des élus et des fonctionnaires.
Le travail d’entremetteur de Rosenbaum n'a rien à voir avec le romantisme. Il s'agissait d'achat et de vente au marché noir de reins provenant d’Israël. Rosenbaum affirme qu'il achète des reins à des gens modestes pour 10,000 $ et les revend ensuite à des patients désespérés aux USA pour 160.000 $. Le temps d’attente pour un rein obtenu par les voies légales est en moyenne de 9 ans.
Les accusations ont ébranlé l’industrie américaine de la transplantation. Si elles sont vraies, c’est la première fois qu’un trafic d'organes est documenté aux USA, ont déclaré des experts au New Jersey Real-Time News.
A la question de savoir combien d'organes il a vendu, Rosenbaum répond: «Pas mal. Et je n'ai jamais échoué», se vante-t-il. Son commerce a duré pendant très longtemps.
Francis Delmonici, un professeur de chirurgie de transplantation à l'Université d’Harvard et membre du conseil d'administration de la National Kidney Foundation (Fondation nationale du rein), indique au même journal que le trafic d'organes, semblable à celui signalé en provenance d’Israël, a lieu dans d'autres endroits de la planète. On estime qu’environ 10% des 63 000 transplantations de reins dans le monde sont illégales, selon Delmonici.
Les pays soupçonnés de ces activités sont le Pakistan, les Philippines et la Chine, où les organes seraient prélevés sur des prisonniers exécutés. Mais les Palestiniens soupçonnent aussi fortement Israël de capturer des jeunes hommes qui lui serviraient à leur corps défendant, comme au Pakistan et en Chine, de réserves d’organes avant d’être tués. Une accusation très grave, avec suffisamment de points d’interrogations pour motiver la Cour internationale de Justice (CIJ) à ouvrir une enquête sur d'éventuels crimes de guerre.
Israël a été à maintes reprises critiqué pour sa gestion contraire à l’éthique des organes et des greffes. La France a été parmi les pays qui ont cessé la collaboration d'organes avec Israël dès les années 90. Le Jerusalem Post a écrit que «les autres pays européens devraient suivre l'exemple de la France prochainement."
Depuis le début des années 2000, la moitié des reins greffés à des Israéliens ont été achetés illégalement en Turquie, en Europe de l'Est ou en Amérique latine. Les autorités sanitaires israéliennes sont totalement au courant de ce commerce, mais ne font rien pour l'arrêter.
Lors d'une conférence en 2003, il a été démontré qu’Israël est le seul pays occidental dont le corps médical ne condamne pas le commerce illégal d'organes et qui ne prend aucune mesure légale contre les médecins qui participent à ce commerce illégal. Au contraire, les médecins-chefs des grands hôpitaux israéliens sont impliqués dans la plupart des transplantations illégales, selon le quotidien suédois Dagens Nyheter du 5 Décembre 2003.
Au cours de l'été 1992, Ehud Olmert, alors ministre de la Santé, avait tenté de régler la question de la pénurie d'organes en lançant une grande campagne visant à trouver des volontaires israéliens pour des dons d'organes post mortem. Un demi-million de tracts furent diffusés dans les journaux locaux, invitant les Israéliens à s’inscrire pour des dons d’organes après leur mort. Ehud Olmert avait été lui-même la première personne à s'inscrire.
Deux semaines plus tard, le Jerusalem Post signalait que la campagne avait été un succès. Pas moins de 35.000 personnes s’étaient inscrites, contre 500 par mois auparavant.
Toutefois, dans le même article, la journaliste Judy Siegel écrivait que l'écart entre l'offre et la demande était toujours important. 500 personnes étaient sur liste d’attente pour une greffe de rein, mais que seules 124 transplantations pourraient être réalisées. Sur les 45 personnes ayant besoin d'un nouveau foie, trois seulement pouvaient être opérées en Israël.
Pendant cette campagne, de jeunes hommes palestiniens ont commencé à disparaître dans les villages de Cisjordanie et de Gaza. Des soldats israéliens les ramenaient morts au bout de 5 jours, le corps ouvert.
Parler de ces corps charcutés terrorisait la population des territoires occupés. Il y avait des rumeurs d'une augmentation spectaculaire du taux de disparition de jeunes hommes, avec des enterrements nocturnes de corps autopsiés.
J'étais dans la région à l'époque, je travaillais sur un livre. À plusieurs reprises, j'ai été contacté par le personnel de l'ONU préoccupé par l'évolution de la situation. Les personnes qui me contactaient disaient que des vols d’organes avaient certainement lieu, mais qu'ils étaient empêchés d’agir contre cela.
Ayant trouvé un réseau de diffusion pour le reportage, je me suis alors déplacé dans le secteur pour interroger un grand nombre de familles palestiniennes en Cisjordanie et dans la bande de Gaza : j’ai rencontré des parents qui ont raconté comment les organes de leur fils avaient été prélevés, avant d'être tués.
Un des exemples que j'ai trouvé lors de ce sinistre voyage fut celui le jeune lanceur de pierres, Bilal Ahmed Ghanan.
Il était près de minuit quand retentit le rugissement d'un moteur d’une colonne de l’armée israélienne à la périphérie d’Imatin, un petit village dans le nord de la Cisjordanie. Les deux mille habitants ont été réveillés. Ils se tenaient, ombres silencieuses dans l'obscurité, certains couchés sur les toits, d'autres cachés derrière les rideaux, les murs ou les arbres qui fournissaient une protection pendant le couvre-feu, mais offraient toujours une vue complète de ce qui allait devenir la tombe du premier martyr du village. Les militaires avaient coupé l'électricité et le secteur était maintenant une Zone Militaire Fermée – pas même un chat ne pouvait sortir sans risquer sa vie.
L'insupportable silence de la nuit noire était seulement interrompu par des sanglots silencieux. Je ne me souviens pas si nos frissons étaient dus au froid ou à la tension. Cinq jours plus tôt, le 13 Mai 1992, une force spéciale israélienne avait utilisé l'atelier de menuiserie du village pour tendre une embuscade. La personne pour qui l’action avait été mise en place était Bilal Ahmed Ghanan, l'un des jeunes lanceurs de pierres palestiniens qui menait la vie dure aux soldats israéliens.
En tant que l’un des principaux lanceurs de pierres, Bilal Ghanan, était recherché par l’armée depuis quelques d'années. Avec d'autres garçons lanceurs de pierres, il se cachait dans les montagnes de Naplouse, sans toit au-dessus de sa tête. Se faire prendre signifiait la torture et la mort pour ces garçons : ils devaient donc rester dans les montagnes, à tout prix.
Le 13 Mai, Bilal a fait une exception, lorsque pour une raison inconnue, il est passé sans protection devant l'atelier de menuiserie. Pas même Talal, son frère aîné, ne sait pourquoi il a pris ce risque. Peut-être les garçons étaient-ils sortis pour se réapprovisionner, leurs réserves de nourriture étant épuisées.
Tout s'est déroulé selon le plan de la force spéciale israélienne. Les soldats ont écrasé leurs cigarettes, posé leurs canettes de Coca-Cola, et ont visé calmement à travers la fenêtre brisée. Quand Bilal a été suffisamment proche, ils n’ont eu qu’à tirer sur la gâchette. Le premier coup l’a frappé à la poitrine. Selon des villageois qui ont été témoins de l'incident, il a été touché par une balle dans chaque jambe. Deux soldats sont alors descendus en courant de l'atelier de menuiserie et ont tiré à nouveau sur Bilal dans le ventre.
Puis, ils l’ont attrapé par les pieds et l’ont traîné sur les vingt marches en pierre de l'escalier de l’atelier. Les villageois racontent que les gens de l'ONU et du Croissant-Rouge se trouvaient à proximité, ont entendu la décharge et sont venus à la recherche de blessés ayant besoin de soins. Une discussion a eu lieu pour savoir qui devrait se charger de la victime. Les discussions se sont terminées avec le chargement de Bilal grièvement blessé dans une jeep par les soldats israéliens qui l’ont emmené à la sortie du village, où un hélicoptère de l’armée les attendait. Le garçon a été transporté vers une destination inconnue de sa famille. Cinq jours plus tard, il est revenu mort, enveloppé dans un tissu vert d’hôpital.
Un villageois a reconnu le capitaine Yahya, le chef de la colonne de l’armée, comme étant celui qui avait transporté Bilal depuis le centre d’autopsie d’ Abou Kabir, à l'extérieur de Tel Aviv, jusqu’à son dernier lieu repos. "Le capitaine Yahya est le pire de tous», a murmuré le villageois à mon oreille. Après que Yahya eut fait décharger le corps et changer le tissu vert contre un autre en coton léger, certains hommes de la famille de la victime ont été choisis par les soldats pour creuser la tombe et mélanger le ciment.
Malgré le bruit marqué des pelles, nous pouvions entendre les rires des soldats qui échangeaient quelques plaisanteries en attendant de rentrer chez eux. Quand Bilal a été mis en terre, sa poitrine a été découverte. Soudain, il est devenu clair pour les quelques personnes présentes à quel genre d'abus le garçon avait été exposé. Bilal n'était pas le premier jeune Palestinien à être enterré avec une incision du ventre jusqu'au menton et les spéculations allaient bon train sur le pourquoi de ces sutures.
Les familles en Cisjordanie et à Gaza étaient sûres de ce qui était arrivé à leurs fils : «Nos fils sont utilisés comme donneurs d'organes involontaires», m’a dit un proche de Khaled de Naplouse, de même que la mère de Raed de Jénine et les oncles de Mahmoud et Nafes dans la bande de Gaza, qui ont tous disparu pendant un certain nombre de jours avant de revenir de nuit, morts et autopsiés.
"Pourquoi sinon garder les corps pendant au moins cinq jours avant de nous laisser les enterrer? Qu'est-il arrivé aux corps pendant cette période? Pourquoi effectuent-ils une autopsie, contre notre volonté, lorsque la cause du décès est évidente? Pourquoi les corps sont-ils rendus de nuit? Pourquoi avec une escorte militaire? Pourquoi la zone est-elle bouclée pendant l'enterrement? Pourquoi l'électricité est-elle coupée?" L’oncle de Nafe était bouleversé, et il avait beaucoup de questions.
Les proches des Palestiniens morts n’avaient plus de doutes quant aux raisons de ces meurtres, mais le porte-parole de l'armée israélienne affirmait que les allégations de vol d'organes étaient des mensonges. Toutes les Palestiniens qui sont tués sont autopsiés, c’est la routine, dit-il.
Bilal Ahmed Ghanem a été l'un des 133 Palestiniens tués de différentes façons cette année-là. Selon les statistiques palestiniennes, les causes des décès ont été: tué dans la rue, une explosion, par des gaz lacrymogènes, délibérément écrasé, pendu en prison, tué à l'école, tué à la maison, etc.
Les 133 personnes tuées avaient entre 4 mois et 88 ans. Seule la moitié d'entre elles, 69 victimes, ont été autopsiées. L'autopsie « de routine » des Palestiniens tués - dont parlait le porte-parole de l'armée - ne reflète pas la réalité dans les territoires occupés. Les questions demeurent.
Nous savons qu'Israël a un grand besoin d'organes, qu’il existe un vaste commerce illégal d'organes, qui a lieu depuis de nombreuses années maintenant, que les autorités sont conscientes de cela et que les médecins à des postes de direction dans les grands hôpitaux y participent, ainsi que des fonctionnaires à différents niveaux.
Nous savons aussi que des jeunes hommes palestiniens ont disparu, qu’ils ont été ramenés au bout de cinq jours, de nuit, dans un secret absolu, recousus après avoir été ouverts du menton à l'abdomen, charcutés et recousus.
Il est temps d'apporter de la clarté sur ce commerce macabre, de faire la lumière sur ce qui se passe et ce qui s’est passé dans les territoires occupés par Israël depuis le début de l'Intifada.
Donald Boström
Source: ”Våra söner plundras på sina organ” (Aftonbladet Kultur) -
Article publié le 17 Août 2009
Source : http://www.tlaxcala .es/
Traduction : MG/FG
Vous pouvez m'appeler un "entremetteur", a déclaré Levy Izhak Rosenbaum, de Brooklyn, USA, sur un enregistrement secret réalisé par un agent du FBI qu'il croyait être un client. Dix jours plus tard, fin juillet de cette année, Rosenbaum a été arrêté et un vaste trafic d’organes et de blanchiment d'argent, digne des Soprano, a été démasqué dans le New Jersey, impliquant des rabbins, des élus et des fonctionnaires.
Le travail d’entremetteur de Rosenbaum n'a rien à voir avec le romantisme. Il s'agissait d'achat et de vente au marché noir de reins provenant d’Israël. Rosenbaum affirme qu'il achète des reins à des gens modestes pour 10,000 $ et les revend ensuite à des patients désespérés aux USA pour 160.000 $. Le temps d’attente pour un rein obtenu par les voies légales est en moyenne de 9 ans.
Les accusations ont ébranlé l’industrie américaine de la transplantation. Si elles sont vraies, c’est la première fois qu’un trafic d'organes est documenté aux USA, ont déclaré des experts au New Jersey Real-Time News.
A la question de savoir combien d'organes il a vendu, Rosenbaum répond: «Pas mal. Et je n'ai jamais échoué», se vante-t-il. Son commerce a duré pendant très longtemps.
Francis Delmonici, un professeur de chirurgie de transplantation à l'Université d’Harvard et membre du conseil d'administration de la National Kidney Foundation (Fondation nationale du rein), indique au même journal que le trafic d'organes, semblable à celui signalé en provenance d’Israël, a lieu dans d'autres endroits de la planète. On estime qu’environ 10% des 63 000 transplantations de reins dans le monde sont illégales, selon Delmonici.
Les pays soupçonnés de ces activités sont le Pakistan, les Philippines et la Chine, où les organes seraient prélevés sur des prisonniers exécutés. Mais les Palestiniens soupçonnent aussi fortement Israël de capturer des jeunes hommes qui lui serviraient à leur corps défendant, comme au Pakistan et en Chine, de réserves d’organes avant d’être tués. Une accusation très grave, avec suffisamment de points d’interrogations pour motiver la Cour internationale de Justice (CIJ) à ouvrir une enquête sur d'éventuels crimes de guerre.
Israël a été à maintes reprises critiqué pour sa gestion contraire à l’éthique des organes et des greffes. La France a été parmi les pays qui ont cessé la collaboration d'organes avec Israël dès les années 90. Le Jerusalem Post a écrit que «les autres pays européens devraient suivre l'exemple de la France prochainement."
Depuis le début des années 2000, la moitié des reins greffés à des Israéliens ont été achetés illégalement en Turquie, en Europe de l'Est ou en Amérique latine. Les autorités sanitaires israéliennes sont totalement au courant de ce commerce, mais ne font rien pour l'arrêter.
Lors d'une conférence en 2003, il a été démontré qu’Israël est le seul pays occidental dont le corps médical ne condamne pas le commerce illégal d'organes et qui ne prend aucune mesure légale contre les médecins qui participent à ce commerce illégal. Au contraire, les médecins-chefs des grands hôpitaux israéliens sont impliqués dans la plupart des transplantations illégales, selon le quotidien suédois Dagens Nyheter du 5 Décembre 2003.
Au cours de l'été 1992, Ehud Olmert, alors ministre de la Santé, avait tenté de régler la question de la pénurie d'organes en lançant une grande campagne visant à trouver des volontaires israéliens pour des dons d'organes post mortem. Un demi-million de tracts furent diffusés dans les journaux locaux, invitant les Israéliens à s’inscrire pour des dons d’organes après leur mort. Ehud Olmert avait été lui-même la première personne à s'inscrire.
Deux semaines plus tard, le Jerusalem Post signalait que la campagne avait été un succès. Pas moins de 35.000 personnes s’étaient inscrites, contre 500 par mois auparavant.
Toutefois, dans le même article, la journaliste Judy Siegel écrivait que l'écart entre l'offre et la demande était toujours important. 500 personnes étaient sur liste d’attente pour une greffe de rein, mais que seules 124 transplantations pourraient être réalisées. Sur les 45 personnes ayant besoin d'un nouveau foie, trois seulement pouvaient être opérées en Israël.
Pendant cette campagne, de jeunes hommes palestiniens ont commencé à disparaître dans les villages de Cisjordanie et de Gaza. Des soldats israéliens les ramenaient morts au bout de 5 jours, le corps ouvert.
Parler de ces corps charcutés terrorisait la population des territoires occupés. Il y avait des rumeurs d'une augmentation spectaculaire du taux de disparition de jeunes hommes, avec des enterrements nocturnes de corps autopsiés.
J'étais dans la région à l'époque, je travaillais sur un livre. À plusieurs reprises, j'ai été contacté par le personnel de l'ONU préoccupé par l'évolution de la situation. Les personnes qui me contactaient disaient que des vols d’organes avaient certainement lieu, mais qu'ils étaient empêchés d’agir contre cela.
Ayant trouvé un réseau de diffusion pour le reportage, je me suis alors déplacé dans le secteur pour interroger un grand nombre de familles palestiniennes en Cisjordanie et dans la bande de Gaza : j’ai rencontré des parents qui ont raconté comment les organes de leur fils avaient été prélevés, avant d'être tués.
Un des exemples que j'ai trouvé lors de ce sinistre voyage fut celui le jeune lanceur de pierres, Bilal Ahmed Ghanan.
Il était près de minuit quand retentit le rugissement d'un moteur d’une colonne de l’armée israélienne à la périphérie d’Imatin, un petit village dans le nord de la Cisjordanie. Les deux mille habitants ont été réveillés. Ils se tenaient, ombres silencieuses dans l'obscurité, certains couchés sur les toits, d'autres cachés derrière les rideaux, les murs ou les arbres qui fournissaient une protection pendant le couvre-feu, mais offraient toujours une vue complète de ce qui allait devenir la tombe du premier martyr du village. Les militaires avaient coupé l'électricité et le secteur était maintenant une Zone Militaire Fermée – pas même un chat ne pouvait sortir sans risquer sa vie.
L'insupportable silence de la nuit noire était seulement interrompu par des sanglots silencieux. Je ne me souviens pas si nos frissons étaient dus au froid ou à la tension. Cinq jours plus tôt, le 13 Mai 1992, une force spéciale israélienne avait utilisé l'atelier de menuiserie du village pour tendre une embuscade. La personne pour qui l’action avait été mise en place était Bilal Ahmed Ghanan, l'un des jeunes lanceurs de pierres palestiniens qui menait la vie dure aux soldats israéliens.
En tant que l’un des principaux lanceurs de pierres, Bilal Ghanan, était recherché par l’armée depuis quelques d'années. Avec d'autres garçons lanceurs de pierres, il se cachait dans les montagnes de Naplouse, sans toit au-dessus de sa tête. Se faire prendre signifiait la torture et la mort pour ces garçons : ils devaient donc rester dans les montagnes, à tout prix.
Le 13 Mai, Bilal a fait une exception, lorsque pour une raison inconnue, il est passé sans protection devant l'atelier de menuiserie. Pas même Talal, son frère aîné, ne sait pourquoi il a pris ce risque. Peut-être les garçons étaient-ils sortis pour se réapprovisionner, leurs réserves de nourriture étant épuisées.
Tout s'est déroulé selon le plan de la force spéciale israélienne. Les soldats ont écrasé leurs cigarettes, posé leurs canettes de Coca-Cola, et ont visé calmement à travers la fenêtre brisée. Quand Bilal a été suffisamment proche, ils n’ont eu qu’à tirer sur la gâchette. Le premier coup l’a frappé à la poitrine. Selon des villageois qui ont été témoins de l'incident, il a été touché par une balle dans chaque jambe. Deux soldats sont alors descendus en courant de l'atelier de menuiserie et ont tiré à nouveau sur Bilal dans le ventre.
Puis, ils l’ont attrapé par les pieds et l’ont traîné sur les vingt marches en pierre de l'escalier de l’atelier. Les villageois racontent que les gens de l'ONU et du Croissant-Rouge se trouvaient à proximité, ont entendu la décharge et sont venus à la recherche de blessés ayant besoin de soins. Une discussion a eu lieu pour savoir qui devrait se charger de la victime. Les discussions se sont terminées avec le chargement de Bilal grièvement blessé dans une jeep par les soldats israéliens qui l’ont emmené à la sortie du village, où un hélicoptère de l’armée les attendait. Le garçon a été transporté vers une destination inconnue de sa famille. Cinq jours plus tard, il est revenu mort, enveloppé dans un tissu vert d’hôpital.
Un villageois a reconnu le capitaine Yahya, le chef de la colonne de l’armée, comme étant celui qui avait transporté Bilal depuis le centre d’autopsie d’ Abou Kabir, à l'extérieur de Tel Aviv, jusqu’à son dernier lieu repos. "Le capitaine Yahya est le pire de tous», a murmuré le villageois à mon oreille. Après que Yahya eut fait décharger le corps et changer le tissu vert contre un autre en coton léger, certains hommes de la famille de la victime ont été choisis par les soldats pour creuser la tombe et mélanger le ciment.
Malgré le bruit marqué des pelles, nous pouvions entendre les rires des soldats qui échangeaient quelques plaisanteries en attendant de rentrer chez eux. Quand Bilal a été mis en terre, sa poitrine a été découverte. Soudain, il est devenu clair pour les quelques personnes présentes à quel genre d'abus le garçon avait été exposé. Bilal n'était pas le premier jeune Palestinien à être enterré avec une incision du ventre jusqu'au menton et les spéculations allaient bon train sur le pourquoi de ces sutures.
Les familles en Cisjordanie et à Gaza étaient sûres de ce qui était arrivé à leurs fils : «Nos fils sont utilisés comme donneurs d'organes involontaires», m’a dit un proche de Khaled de Naplouse, de même que la mère de Raed de Jénine et les oncles de Mahmoud et Nafes dans la bande de Gaza, qui ont tous disparu pendant un certain nombre de jours avant de revenir de nuit, morts et autopsiés.
"Pourquoi sinon garder les corps pendant au moins cinq jours avant de nous laisser les enterrer? Qu'est-il arrivé aux corps pendant cette période? Pourquoi effectuent-ils une autopsie, contre notre volonté, lorsque la cause du décès est évidente? Pourquoi les corps sont-ils rendus de nuit? Pourquoi avec une escorte militaire? Pourquoi la zone est-elle bouclée pendant l'enterrement? Pourquoi l'électricité est-elle coupée?" L’oncle de Nafe était bouleversé, et il avait beaucoup de questions.
Les proches des Palestiniens morts n’avaient plus de doutes quant aux raisons de ces meurtres, mais le porte-parole de l'armée israélienne affirmait que les allégations de vol d'organes étaient des mensonges. Toutes les Palestiniens qui sont tués sont autopsiés, c’est la routine, dit-il.
Bilal Ahmed Ghanem a été l'un des 133 Palestiniens tués de différentes façons cette année-là. Selon les statistiques palestiniennes, les causes des décès ont été: tué dans la rue, une explosion, par des gaz lacrymogènes, délibérément écrasé, pendu en prison, tué à l'école, tué à la maison, etc.
Les 133 personnes tuées avaient entre 4 mois et 88 ans. Seule la moitié d'entre elles, 69 victimes, ont été autopsiées. L'autopsie « de routine » des Palestiniens tués - dont parlait le porte-parole de l'armée - ne reflète pas la réalité dans les territoires occupés. Les questions demeurent.
Nous savons qu'Israël a un grand besoin d'organes, qu’il existe un vaste commerce illégal d'organes, qui a lieu depuis de nombreuses années maintenant, que les autorités sont conscientes de cela et que les médecins à des postes de direction dans les grands hôpitaux y participent, ainsi que des fonctionnaires à différents niveaux.
Nous savons aussi que des jeunes hommes palestiniens ont disparu, qu’ils ont été ramenés au bout de cinq jours, de nuit, dans un secret absolu, recousus après avoir été ouverts du menton à l'abdomen, charcutés et recousus.
Il est temps d'apporter de la clarté sur ce commerce macabre, de faire la lumière sur ce qui se passe et ce qui s’est passé dans les territoires occupés par Israël depuis le début de l'Intifada.
Donald Boström
Source: ”Våra söner plundras på sina organ” (Aftonbladet Kultur) -
Article publié le 17 Août 2009
Source : http://www.tlaxcala .es/
Traduction : MG/FG
dimanche 23 août 2009
Plus les sociétés deviennent inégalitaires, plus elles sont attachées à la diversité
Entretien avec Walter Benn Michaels, auteur de "La diversité contre l'égalité" (Raisons d'agir, février 2009).
- Marianne2.fr: Pour vous, le débat sur la diversité masque l'accroissement des inégalités économiques?
> Walter Benn Michaels : Oui. Au cours des 30 dernières années, les pays comme la France, les Etats-Unis, le Royaume-Uni et le Canada sont devenus de plus en plus inégalitaires, économiquement parlant. Et plus ils sont devenus inégalitaires, plus ils se sont attachés à la diversité. C'est comme si tout le monde avait senti que le fossé grandissant entre les riches et les pauvres était acceptable du moment qu'une partie des riches sont issus des minorités.
- Vous considérez qu'il s'agit d'un écran de fumée et qu'il est délibérément mis en place. Pourquoi et par qui?
> Non, il n'y a pas de complot ici. Je pense que les gens se sont de plus en plus attachés à un modèle libéral de justice, dans lequel la discrimination — racisme, sexisme, homophobie, etc. — est le pire de tous les maux. Si ça marche, c'est à la fois parce que c'est vrai — la discrimination est évidemment une mauvaise chose — et parce que ça ne mange pas de pain— le capitalisme n'a pas besoin de la discrimination. Ce dont le capitalisme a besoin, c'est de l'exploitation.
- Vous expliquez que la diversité ne réduit pas les inégalités, mais permet seulement de les gérer. Que voulez-vous dire?
> Eh bien, il est évident que la diversité ne réduit pas les inégalités économiques. Si vous prenez les 10% de gens les plus riches (ceux qui ont en fait tiré le plus de bénéfices de l'explosion néolibérale des inégalités) et que vous vous assurez qu'une proportion correcte d'entre eux sont noirs, musulmans, femmes ou gays, vous n'avez pas généré plus d'égalité sociale. Vous avez juste créé une société dans laquelle ceux qui tirent avantage des inégalités ne sont pas tous de la même couleur ou du même sexe.
Les avantages en termes de gouvernance sont assez évidents, eux aussi. L'objectif du néolibéralisme, c'est un monde où les riches peuvent regarder les pauvres et leur affirmer (à raison) que personne n'est victime de discrimination, leur affirmer (tout autant à raison) que leurs identités sont respectées. Il ne s'agit pas, bien sûr, de les rendre moins pauvres, mais de leur faire sentir que leur pauvreté n'est pas injuste.
- Vous allez même plus loin puisque vous expliquez que le combat pour la diversité a partie liée avec une logique néolibérale. Pourtant il a existé des convergences, que vous évoquez dans le livre, entre luttes économiques et revendications portées par des minorités. Pourquoi ces convergences ont-elles disparu aujourd'hui?
> La convergence que vous évoquez entre la lutte contre la discrimination et le combat contre l'exploitation n'était qu'une convergence temporaire. Ainsi, par exemple, aux Etats-Unis, les Noirs radicaux se sont battus à la fois contre le racisme et le capitalisme. Des gens comme le Black Panther Bobby Seale ont toujours estimé qu'on ne peut pas combattre le capitalisme par le capitalisme noir, mais par le socialisme. Mais avec l'ère du marché triomphant débutée sous Reagan et Thatcher, l'antiracisme s'est déconnecté de l'anticapitalisme et la célébration de la diversité a commencé. Bien entendu, il n'y a rien d'anticapitaliste dans la diversité. Au contraire, tous les PDG américains ont déjà eu l'occasion de vérifier ce que le patron de Pepsi a déclaré dans le New York Times il y a peu: « La diversité permet à notre entreprise d'enrichir les actionnaires ».
De fait, l'antiracisme est devenu essentiel au capitalisme contemporain. Imaginez que vous cherchiez quelqu'un pour prendre la tête du service des ventes de votre entreprise et que vous deviez choisir entre un hétéro blanc et une lesbienne noire. Imaginez aussi que la lesbienne noire est plus compétente que l'hétéro blanc. Eh bien le racisme, le sexisme et l'homophobie vous souffleront de choisir l'hétéro blanc tandis que le capitalisme vous dictera de prendre la femme noire. Tout cela pour vous dire que même si certains capitalistes peuvent être racistes, sexistes et homophobes, le capitalisme lui-même ne l'est pas. Si dans les années 60 les Black Panthers pensaient qu'on ne pouvait pas combattre le capitalisme par le capitalisme noir, aujourd'hui, dans la crise économique actuelle, des gens comme Yazid Sabeg espèrent qu'on peut sauver le capitalisme grâce au capitalisme « black-blanc-beur ».
- Vous ne semblez pas être un fervent partisan de la politique de discrimination positive telle qu'elle est menée actuellement aux Etats-Unis. Que préconiseriez-vous afin de rendre moins inégalitaire le système éducatif américain ?
> Ces quarante dernières années, les étudiants des universités américaines ont changé, et de deux façons. Premièrement, ils se sont beaucoup diversifiés. Deuxièmement, ils sont toujours plus riches. Cela signifie qu'alors que les universités américaines se sont autoproclamées de plus en plus ouvertes (à la diversité), elles se sont en réalité de plus en plus fermées. Ça ne veut pas seulement dire que les jeunes issus de milieux modestes ont du mal à payer leur scolarité, ça signifie aussi qu'ils ont reçu un enseignement si bas de gamme dans le primaire et le secondaire qu'ils n'arrivent pas à passer les examens d'entrée à l'université.
Donc, la première chose à faire lorsqu'on décide de mettre en place une politique de discrimination positive, c'est de le faire par classes et non par races. La seconde — mais de loin la plus importante — chose à faire serait de commencer à réduire les inégalités du système éducatif américain dès le primaire. Tant que ça ne sera pas fait, les meilleurs universités américaines continueront à être réservées aux enfants de l'élite comme le sont, pour l'essentiel, les meilleures grandes écoles françaises. Même si, bien sûr, vos grandes écoles ainsi que vos universités les plus sélectives, puisqu'elles sont gratuites ou bien moins chères que leurs homologues américaines, apportent un avantage supplémentaire aux riches — c'est une redistribution des richesses, mais à l’envers.
- Barack Obama est présenté, en France, comme un produit de la discrimination positive. Comment interprétez-vous sa victoire électorale et l'engouement qu'elle a pu susciter ?
> Sa victoire, c'est le triomphe totale de l'idéologie néolibérale aux Etats-Unis, le triomphe de la diversité et en même temps celui des marchés. Ce n'est pas un hasard si des économistes démocrates conservateurs comme Larry Summers ou Tim Geithner sont ses conseillers les plus proches. Si ce que vous voulez, c'est sauver le système économique néolibéral de la crise, c'est une bonne chose. Nous savons tous que l'administration Bush était trop distraite par ses lubies impérialistes du XXe siècle pour s'apercevoir que Wall Street avait plus besoin d'aide que l'Irak. Obama ne fera pas cette erreur. Mais si vous voulez que le système change fondamentalement, ne comptez pas sur les Démocrates. Du point de vue de la justice économique, Obama, c'est juste un Sarkozy noir. Bien sûr, ce n'est pas un problème pour Sarkozy, mais c'est un problème pour tous les gens qui se disent de gauche, qui aiment Obama et pensent que l'engagement dans la diversité dont il est le produit va également produire une société plus égalitaire.
Le thème central de La diversité contre l'égalité, c'est qu'ils se trompent ; la diversité est au service du néolibéralisme, et non son ennemie. Ce n'est pas une adresse à Sarkozy — il sait déjà qu'une élite diversifiée est une élite plus heureuse, plus autosatisfaite. Cela s'adresse à la gauche, à ceux qui préfèrent s'opposer au néolibéralisme, plutôt que l'améliorer.
Source : Marianne2.fr
21.02.09
-------------------
4ème de couverture :
A la télévision comme dans les entreprises, au Parti socialiste comme à l'Elysée, à Sciences Po comme à l'armée résonne un nouveau mot d'ordre: Vive la diversité ! Avec l'élection de Barack Obama, le bruissement s'est changé en clameur. Désormais, chacun devrait se mobiliser pour que les femmes et les "minorités visibles" occupent la place qui Leur revient au sein des élites. Mais une société dont les classes dirigeantes reflètent la diversité a-t-elle vraiment progressé sur le chemin de la justice sociale ? A cette question jamais posée, Walter Benn Michaels répond par la négative. La promotion incessante de la diversité et la célébration des " identités culturelles " permettent au mieux, selon lui, de diversifier la couleur de peau et le sexe des maîtres. Sans remettre en cause la domination qui traverse toutes les autres : celle des riches sur les pauvres. A l'aide d'exemples tirés de la littérature, de l'histoire et de l'actualité, ce livre montre comment la question sociale se trouve désamorcée lorsqu'elle est reformulée en termes ethnico-culturels. Plus fondamentalement, il s'interroge sur l'objectif d'une politique de gauche: s'agit-il de répartir les inégalités sans discrimination d'origine et de sexe, ou de les supprimer ?
Biographie de l'auteur :
Walter Benn Michaels est professeur de Littérature à l'université de l'Illinois à Chicago.
- Marianne2.fr: Pour vous, le débat sur la diversité masque l'accroissement des inégalités économiques?
> Walter Benn Michaels : Oui. Au cours des 30 dernières années, les pays comme la France, les Etats-Unis, le Royaume-Uni et le Canada sont devenus de plus en plus inégalitaires, économiquement parlant. Et plus ils sont devenus inégalitaires, plus ils se sont attachés à la diversité. C'est comme si tout le monde avait senti que le fossé grandissant entre les riches et les pauvres était acceptable du moment qu'une partie des riches sont issus des minorités.
- Vous considérez qu'il s'agit d'un écran de fumée et qu'il est délibérément mis en place. Pourquoi et par qui?
> Non, il n'y a pas de complot ici. Je pense que les gens se sont de plus en plus attachés à un modèle libéral de justice, dans lequel la discrimination — racisme, sexisme, homophobie, etc. — est le pire de tous les maux. Si ça marche, c'est à la fois parce que c'est vrai — la discrimination est évidemment une mauvaise chose — et parce que ça ne mange pas de pain— le capitalisme n'a pas besoin de la discrimination. Ce dont le capitalisme a besoin, c'est de l'exploitation.
- Vous expliquez que la diversité ne réduit pas les inégalités, mais permet seulement de les gérer. Que voulez-vous dire?
> Eh bien, il est évident que la diversité ne réduit pas les inégalités économiques. Si vous prenez les 10% de gens les plus riches (ceux qui ont en fait tiré le plus de bénéfices de l'explosion néolibérale des inégalités) et que vous vous assurez qu'une proportion correcte d'entre eux sont noirs, musulmans, femmes ou gays, vous n'avez pas généré plus d'égalité sociale. Vous avez juste créé une société dans laquelle ceux qui tirent avantage des inégalités ne sont pas tous de la même couleur ou du même sexe.
Les avantages en termes de gouvernance sont assez évidents, eux aussi. L'objectif du néolibéralisme, c'est un monde où les riches peuvent regarder les pauvres et leur affirmer (à raison) que personne n'est victime de discrimination, leur affirmer (tout autant à raison) que leurs identités sont respectées. Il ne s'agit pas, bien sûr, de les rendre moins pauvres, mais de leur faire sentir que leur pauvreté n'est pas injuste.
- Vous allez même plus loin puisque vous expliquez que le combat pour la diversité a partie liée avec une logique néolibérale. Pourtant il a existé des convergences, que vous évoquez dans le livre, entre luttes économiques et revendications portées par des minorités. Pourquoi ces convergences ont-elles disparu aujourd'hui?
> La convergence que vous évoquez entre la lutte contre la discrimination et le combat contre l'exploitation n'était qu'une convergence temporaire. Ainsi, par exemple, aux Etats-Unis, les Noirs radicaux se sont battus à la fois contre le racisme et le capitalisme. Des gens comme le Black Panther Bobby Seale ont toujours estimé qu'on ne peut pas combattre le capitalisme par le capitalisme noir, mais par le socialisme. Mais avec l'ère du marché triomphant débutée sous Reagan et Thatcher, l'antiracisme s'est déconnecté de l'anticapitalisme et la célébration de la diversité a commencé. Bien entendu, il n'y a rien d'anticapitaliste dans la diversité. Au contraire, tous les PDG américains ont déjà eu l'occasion de vérifier ce que le patron de Pepsi a déclaré dans le New York Times il y a peu: « La diversité permet à notre entreprise d'enrichir les actionnaires ».
De fait, l'antiracisme est devenu essentiel au capitalisme contemporain. Imaginez que vous cherchiez quelqu'un pour prendre la tête du service des ventes de votre entreprise et que vous deviez choisir entre un hétéro blanc et une lesbienne noire. Imaginez aussi que la lesbienne noire est plus compétente que l'hétéro blanc. Eh bien le racisme, le sexisme et l'homophobie vous souffleront de choisir l'hétéro blanc tandis que le capitalisme vous dictera de prendre la femme noire. Tout cela pour vous dire que même si certains capitalistes peuvent être racistes, sexistes et homophobes, le capitalisme lui-même ne l'est pas. Si dans les années 60 les Black Panthers pensaient qu'on ne pouvait pas combattre le capitalisme par le capitalisme noir, aujourd'hui, dans la crise économique actuelle, des gens comme Yazid Sabeg espèrent qu'on peut sauver le capitalisme grâce au capitalisme « black-blanc-beur ».
- Vous ne semblez pas être un fervent partisan de la politique de discrimination positive telle qu'elle est menée actuellement aux Etats-Unis. Que préconiseriez-vous afin de rendre moins inégalitaire le système éducatif américain ?
> Ces quarante dernières années, les étudiants des universités américaines ont changé, et de deux façons. Premièrement, ils se sont beaucoup diversifiés. Deuxièmement, ils sont toujours plus riches. Cela signifie qu'alors que les universités américaines se sont autoproclamées de plus en plus ouvertes (à la diversité), elles se sont en réalité de plus en plus fermées. Ça ne veut pas seulement dire que les jeunes issus de milieux modestes ont du mal à payer leur scolarité, ça signifie aussi qu'ils ont reçu un enseignement si bas de gamme dans le primaire et le secondaire qu'ils n'arrivent pas à passer les examens d'entrée à l'université.
Donc, la première chose à faire lorsqu'on décide de mettre en place une politique de discrimination positive, c'est de le faire par classes et non par races. La seconde — mais de loin la plus importante — chose à faire serait de commencer à réduire les inégalités du système éducatif américain dès le primaire. Tant que ça ne sera pas fait, les meilleurs universités américaines continueront à être réservées aux enfants de l'élite comme le sont, pour l'essentiel, les meilleures grandes écoles françaises. Même si, bien sûr, vos grandes écoles ainsi que vos universités les plus sélectives, puisqu'elles sont gratuites ou bien moins chères que leurs homologues américaines, apportent un avantage supplémentaire aux riches — c'est une redistribution des richesses, mais à l’envers.
- Barack Obama est présenté, en France, comme un produit de la discrimination positive. Comment interprétez-vous sa victoire électorale et l'engouement qu'elle a pu susciter ?
> Sa victoire, c'est le triomphe totale de l'idéologie néolibérale aux Etats-Unis, le triomphe de la diversité et en même temps celui des marchés. Ce n'est pas un hasard si des économistes démocrates conservateurs comme Larry Summers ou Tim Geithner sont ses conseillers les plus proches. Si ce que vous voulez, c'est sauver le système économique néolibéral de la crise, c'est une bonne chose. Nous savons tous que l'administration Bush était trop distraite par ses lubies impérialistes du XXe siècle pour s'apercevoir que Wall Street avait plus besoin d'aide que l'Irak. Obama ne fera pas cette erreur. Mais si vous voulez que le système change fondamentalement, ne comptez pas sur les Démocrates. Du point de vue de la justice économique, Obama, c'est juste un Sarkozy noir. Bien sûr, ce n'est pas un problème pour Sarkozy, mais c'est un problème pour tous les gens qui se disent de gauche, qui aiment Obama et pensent que l'engagement dans la diversité dont il est le produit va également produire une société plus égalitaire.
Le thème central de La diversité contre l'égalité, c'est qu'ils se trompent ; la diversité est au service du néolibéralisme, et non son ennemie. Ce n'est pas une adresse à Sarkozy — il sait déjà qu'une élite diversifiée est une élite plus heureuse, plus autosatisfaite. Cela s'adresse à la gauche, à ceux qui préfèrent s'opposer au néolibéralisme, plutôt que l'améliorer.
Source : Marianne2.fr
21.02.09
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4ème de couverture :
A la télévision comme dans les entreprises, au Parti socialiste comme à l'Elysée, à Sciences Po comme à l'armée résonne un nouveau mot d'ordre: Vive la diversité ! Avec l'élection de Barack Obama, le bruissement s'est changé en clameur. Désormais, chacun devrait se mobiliser pour que les femmes et les "minorités visibles" occupent la place qui Leur revient au sein des élites. Mais une société dont les classes dirigeantes reflètent la diversité a-t-elle vraiment progressé sur le chemin de la justice sociale ? A cette question jamais posée, Walter Benn Michaels répond par la négative. La promotion incessante de la diversité et la célébration des " identités culturelles " permettent au mieux, selon lui, de diversifier la couleur de peau et le sexe des maîtres. Sans remettre en cause la domination qui traverse toutes les autres : celle des riches sur les pauvres. A l'aide d'exemples tirés de la littérature, de l'histoire et de l'actualité, ce livre montre comment la question sociale se trouve désamorcée lorsqu'elle est reformulée en termes ethnico-culturels. Plus fondamentalement, il s'interroge sur l'objectif d'une politique de gauche: s'agit-il de répartir les inégalités sans discrimination d'origine et de sexe, ou de les supprimer ?
Biographie de l'auteur :
Walter Benn Michaels est professeur de Littérature à l'université de l'Illinois à Chicago.
samedi 22 août 2009
Le coup d'État au Honduras marque un renforcement de la diplomatie guerrière en Amérique latine
A travers la crise politique au Honduras, la politique étrangère envers l’Amérique latine |1| de l’administration Obama se révèle au grand jour. Alors que son prédécesseur, embourbé en Irak ne parvenait plus à maintenir un sous-continent en ébullition, la nouvelle administration Obama parvient à détourner momentanément l’opinion publique de la guerre en Irak et en Afghanistan tout en réaffirmant sa présence en Amérique latine. Les Etats-Unis n’en peuvent plus de contempler la vague progressiste de gouvernements de gauche déferler sur le continent sans rien faire, d’autant que celle-ci se rapproche dangereusement, jusqu’en Amérique centrale : Le Nicaragua a élu le sandiniste Daniel Ortega au premier tour de l’élection de 2006 et le Salvador vient d’élire Mauricio Funes du FLMN (Frente Farabundo Marti para la Liberacion Nacional) en mars 2009 qui a aussitôt renoué ses relations diplomatiques avec Cuba. |2| Comment, dans ce contexte, laisser Manuel Zelaya, président du Honduras, adhérer à l’ALBA et rejoindre ainsi les pays qui tentent de satisfaire les besoins humains fondamentaux pour tou-te-s avant les intérêts d’une minorité ?
Déploiement de forces américaines :
Comme convenu dans le programme politique pré-électoral de Rafael Correa, la base américaine de Manta sur le territoire équatorien n’est pas renouvelée et prend fin en 2009. Pour contrebalancer cette perte, Washington, réplique en se déployant sur sept bases militaires en territoire colombien (Palanquero, Malambo, Apiai, Tres Esquinas, Puerto Leguizamo, Villavicencio et Hacienda Larendia). |3| La Colombie, allié stratégique des Etats-Unis fait office “de porte avion” militaire.
Un mois seulement après le coup d’Etat militaire du Honduras, ce déploiement de force ouvre une crise diplomatique à l’échelle du continent. Le président colombien parle d’un « accord de coopération contre le narcotrafic, le terrorisme et d’autres délits » qui laisse augurer du pire. On craint une accélération de la course aux armements en Amérique latine, alors que « l’argent que des pays comme le Chili, le Brésil et le Venezuela dépensent pour l’importation d’armes, sert à remplacer un équipement obsolète ». (...) « Ils modernisent leurs armements qui datent pour la plupart d’il y a plus de 20 ans, certains même du temps de la guerre froide. » explique Carina Solmirano, l’une des chercheuses de l’Institut international de recherche pour la paix à Stockholm. |4| En réponse à ce déploiement de force américano-colombien, les gouvernements progressistes opposés à Washington sont incités à entrer dans la course à l’armement. Les autres suivront sans aucun doute la surenchère...
Afin de désamorcer cette véritable bombe à retardement, Alvaro Uribe, président colombien d’extrême droite, ultra conservateur et puissant allié des Etats-Unis, réalise une tournée express dans 7 pays (Bolivie, Pérou, Brésil, Chili, Uruguay, Paraguay, Argentine) sans pour autant calmer cette nouvelle crise diplomatique. Hormis le Pérou, autre soutien indéfectible de la Colombie et de Washington, les autres voisins d’Alvaro Uribe envoient des mises en garde plus ou moins virulentes et l’Argentine propose, depuis le sommet de l’Unasur, un sommet extraordinaire sur la question. Déjà, fin juillet, Miguel Angel Moratinos, ministre espagnol des affaires étrangères, après une rencontre avec son homologue brésilien Celso Amorim, lui-même préoccupé par cet accord militaire, avait prié les Etats-Unis « d’éviter une militarisation » de l’Amérique latine. La pression diplomatique aidant, la vice-présidente du gouvernement espagnol, Maria Teresa Fernandez de la Vega a soutenu officiellement la Colombie dans son « acte souverain », rectifiant les dires de son ministre tout en confirmant l’alignement de l’Espagne avec les États Unis. Mais de quelle souveraineté parlent-ils lorsqu’en plus d’être un prétexte pour livrer une guerre politique impérialiste, la guerre que mènent les Etats-Unis contre la drogue se fait à l’extérieur de ses frontières pour d’autres motifs, allant jusqu´à violer l’espace aérien de l’Equateur pour le bombarder (un campement des FARC en territoire équatorien fut bombardé en mars 2008 par l’armée colombienne appuyée par les Etats-Unis, tuant 17 guérilleros dont Raoul Reyes). Le peuple colombien fatigué par tant de violence se prononcerait-il pour cette militarisation si seulement il avait l’occasion de s’exprimer ? L’Espagne, a assuré Maria Teresa Fernandez de la Vega lors d’une conférence de presse, « sera toujours aux côtés des Colombiens dans la lutte pour l’éradication de la violence ». Sans peur de l’absurde, elle insiste : « Nous travaillerons toujours à la recherche d’accords, pour que les conflits se résolvent, pour que les tensions disparaissent... », un comble quand il s’agit d’établir de nouvelles bases militaires américaines. |5| Hugo Chavez, quant à lui, parle de « vents de guerre [qui] commencent à souffler » sur la région et assure qu’il est « évident que l’ordre [du coup d’Etat au Honduras] fut donné depuis la base américaine de Palmerola », située au Honduras et d’où partaient les offensives contre le Nicaragua sandiniste. |6| Avant le coup d’Etat, Manuel Zelaya, reprenant un rapport de la Aeronáutica Civil, avait déclaré qu’il transformerait cette base militaire en aéroport international civil afin de soulager l’aéroport de Tegucigalpa, considéré comme un aéroport dangereux. |7|On comprend tout de suite mieux l’empressement américain devant la possible perte de deux bases militaires.
Les relations diplomatiques avec le Honduras se poursuivent
Après les grandes déclarations condamnant le coup d’Etat, on se rend bien compte que les relations diplomatiques se poursuivent, la dictature du Honduras est malgré tout reconnue. L’Union européenne appuie des élections anticipées organisées par le régime putschiste, tandis que l’ALBA et l’Unasur s’engagent à ne pas reconnaître un gouvernement qui sortirait vainqueur de ces élections. Certains partis et candidats parlent déjà de se retirer. Le Pérou conserve son ambassadeur en poste au Honduras : « C’est inexplicable qu’il n’ait pas adopté cette décision [de retirer immédiatement son ambassadeur à Tegucigalpa] jusqu’à maintenant » soutient l’ex-ministre des relations extérieures du Pérou, Manuel Rodríguez. |8| Carmen Ortez Williams, ambassadeur du Honduras à Buenos Aires a été relevé de ses fonctions jeudi 13 août et à partir de maintenant, « la relation diplomatique entre l’Argentine et le Honduras se réalisera à travers l’ambassade du Honduras aux Etats-Unis », explique Patricia Rodas, ministre des affaires étrangères en exil du gouvernement Zelaya. Les relations ne seront donc pas rompues pour autant. |9| L’OEA, qui a suspendu le Honduras début juillet juste après que le Honduras se soit lui-même retiré, viendra vraisemblablement en mission à Tegucigalpa pour tenter de trouver une sortie de crise via les accords de San José. Les trois représentants de Micheletti qui faisaient partie de la négociation au Costa Rica, Vilma Morales, Mauricio Villeda et Arturo Corrales, se rendent à Washington (leurs visas diplomatiques n’ont pas été annulés) pour négocier la composition de la mission de l’OEA, avoir des entrevues avec des membres du Congrès, des fonctionnaires du Département d’Etat américain et des médias. |10|
On est non seulement en droit de se demander dans quelle mesure on peut négocier avec des putschistes qui violent la constitution, mais on ne peut par ailleurs accepter une amnistie politique incluse dans les accords de San José. |11| Les responsables de violations continues des droits de l’homme telles que les assassinats, détentions arbitraires, disparitions et tortures, ne peuvent jouir d’une amnistie et doivent être jugés par des tribunaux adéquats. Le CADTM réaffirme son soutien inconditionnel à la lutte du peuple hondurien pour le retour de la démocratie, le rétablissement du processus d’Assemblée constituante et le jugement des responsables de violation des droits humains
Alors qu’une nouvelle répression a eu lieu le 14 août à Cholona, blessant de nombreux manifestants dont deux journalistes, le CADTM salue le remarquable travail réalisé par le Front de Résistance des avocats contre le coup d’Etat pour traduire en justice les auteurs des actes barbares constatés sur la population.
Jerôme Duval
19.08.09
Notes:
|1| Amérique latine est une expression contestable : elle se réfère à Amerigo Vespucci, navigateur italien alors qu’il faudrait ressusciter le terme « Abya Yala », « terre dans sa pleine maturité », choisi par les peuples originaires pour désigner le continent.
|2| Pays (re)passés à gauche depuis 2000, chacun à des niveaux très différents : Venezuela, Chili, Argentine, Brésil, Bolivie, Uruguay, Équateur, Nicaragua, Paraguay, Salvador. Le cas du Honduras est particulier puisque son président, Manuel Zelaya est un « social démocrate » qui, avant son expulsion du pays par le coup d’Etat a tenté d’effectuer un virage à gauche (forte hausse du salaire minimum par décret, adhésion à l’ALBA, volonté de mettre en place une Assemblée constituante, …)
|3| Bases américaines dans la région en 2009 : Guantanamo, Cuba ; Roosevelt Roads et Fort Buchanan, Puerto Rico ; Soto Cano à Palmerola, Honduras d’où partaient les offensives contre le Nicaragua sandiniste ; Comalapa, El Salvador : Curazao et Aruba se sont ajoutés avec le Plan Colombia ; Valle de Huallaga, Pérou ; Tres Esquinas, Puerto Leguizamo, Villavicencio et Hacienda Larendia, Colombie. Manta en Equateur sera remplacé par Palanquero, Malambo et Apiai. Source : La crisis de Honduras en el marco del nuevo Sistema Internacional de Defensa, Elsa M. Bruzzone et José Luis Garcia, 05/08/2009.
|4| http://www.rfi.fr/actufr/articles/1...
|5| "Siempre trabajaremos para buscar acuerdos, para ayudar a que los conflictos se resuelvan, para que las tensiones desaparezcan y para que todos trabajemos en los objetivos que tenemos delante más importantes", http://www.rtve.es/noticias/2009080...
|6| http://es.noticias.yahoo.com/9/2009...
|7| http://www.radiolaprimerisima.com/a...
|8| http://www.telesurtv.net/noticias/s...
|9| http://www.telesurtv.net/noticias/s...
|10| El Heraldo, vendredi 14 août 2009. El Heraldo est un des quotidiens les plus lus au Honduras. Il soutient le coup d’Etat comme tous les autres ; seul le mensuel El Libertador informe sur la répression et l’oligarchie putschiste.
|11| Les Accords de San José sont issus des négociations orchestrées par le président du Costa Rica, Oscar Arias, et supervisées par les Etats-Unis. Ces accords impliquent entre autres un gouvernement de « réconciliation et d’union nationale » comprenant différents représentants de divers partis politiques en attendant les prochaines élections présidentielles ; une amnistie générale pour les délits politiques en relation avec ce conflit et l’interdiction de toute consultation populaire appelant à une assemblée constituante. http://www.opalc.org/index.php?opti....
Source: CADTM
Déploiement de forces américaines :
Comme convenu dans le programme politique pré-électoral de Rafael Correa, la base américaine de Manta sur le territoire équatorien n’est pas renouvelée et prend fin en 2009. Pour contrebalancer cette perte, Washington, réplique en se déployant sur sept bases militaires en territoire colombien (Palanquero, Malambo, Apiai, Tres Esquinas, Puerto Leguizamo, Villavicencio et Hacienda Larendia). |3| La Colombie, allié stratégique des Etats-Unis fait office “de porte avion” militaire.
Un mois seulement après le coup d’Etat militaire du Honduras, ce déploiement de force ouvre une crise diplomatique à l’échelle du continent. Le président colombien parle d’un « accord de coopération contre le narcotrafic, le terrorisme et d’autres délits » qui laisse augurer du pire. On craint une accélération de la course aux armements en Amérique latine, alors que « l’argent que des pays comme le Chili, le Brésil et le Venezuela dépensent pour l’importation d’armes, sert à remplacer un équipement obsolète ». (...) « Ils modernisent leurs armements qui datent pour la plupart d’il y a plus de 20 ans, certains même du temps de la guerre froide. » explique Carina Solmirano, l’une des chercheuses de l’Institut international de recherche pour la paix à Stockholm. |4| En réponse à ce déploiement de force américano-colombien, les gouvernements progressistes opposés à Washington sont incités à entrer dans la course à l’armement. Les autres suivront sans aucun doute la surenchère...
Afin de désamorcer cette véritable bombe à retardement, Alvaro Uribe, président colombien d’extrême droite, ultra conservateur et puissant allié des Etats-Unis, réalise une tournée express dans 7 pays (Bolivie, Pérou, Brésil, Chili, Uruguay, Paraguay, Argentine) sans pour autant calmer cette nouvelle crise diplomatique. Hormis le Pérou, autre soutien indéfectible de la Colombie et de Washington, les autres voisins d’Alvaro Uribe envoient des mises en garde plus ou moins virulentes et l’Argentine propose, depuis le sommet de l’Unasur, un sommet extraordinaire sur la question. Déjà, fin juillet, Miguel Angel Moratinos, ministre espagnol des affaires étrangères, après une rencontre avec son homologue brésilien Celso Amorim, lui-même préoccupé par cet accord militaire, avait prié les Etats-Unis « d’éviter une militarisation » de l’Amérique latine. La pression diplomatique aidant, la vice-présidente du gouvernement espagnol, Maria Teresa Fernandez de la Vega a soutenu officiellement la Colombie dans son « acte souverain », rectifiant les dires de son ministre tout en confirmant l’alignement de l’Espagne avec les États Unis. Mais de quelle souveraineté parlent-ils lorsqu’en plus d’être un prétexte pour livrer une guerre politique impérialiste, la guerre que mènent les Etats-Unis contre la drogue se fait à l’extérieur de ses frontières pour d’autres motifs, allant jusqu´à violer l’espace aérien de l’Equateur pour le bombarder (un campement des FARC en territoire équatorien fut bombardé en mars 2008 par l’armée colombienne appuyée par les Etats-Unis, tuant 17 guérilleros dont Raoul Reyes). Le peuple colombien fatigué par tant de violence se prononcerait-il pour cette militarisation si seulement il avait l’occasion de s’exprimer ? L’Espagne, a assuré Maria Teresa Fernandez de la Vega lors d’une conférence de presse, « sera toujours aux côtés des Colombiens dans la lutte pour l’éradication de la violence ». Sans peur de l’absurde, elle insiste : « Nous travaillerons toujours à la recherche d’accords, pour que les conflits se résolvent, pour que les tensions disparaissent... », un comble quand il s’agit d’établir de nouvelles bases militaires américaines. |5| Hugo Chavez, quant à lui, parle de « vents de guerre [qui] commencent à souffler » sur la région et assure qu’il est « évident que l’ordre [du coup d’Etat au Honduras] fut donné depuis la base américaine de Palmerola », située au Honduras et d’où partaient les offensives contre le Nicaragua sandiniste. |6| Avant le coup d’Etat, Manuel Zelaya, reprenant un rapport de la Aeronáutica Civil, avait déclaré qu’il transformerait cette base militaire en aéroport international civil afin de soulager l’aéroport de Tegucigalpa, considéré comme un aéroport dangereux. |7|On comprend tout de suite mieux l’empressement américain devant la possible perte de deux bases militaires.
Les relations diplomatiques avec le Honduras se poursuivent
Après les grandes déclarations condamnant le coup d’Etat, on se rend bien compte que les relations diplomatiques se poursuivent, la dictature du Honduras est malgré tout reconnue. L’Union européenne appuie des élections anticipées organisées par le régime putschiste, tandis que l’ALBA et l’Unasur s’engagent à ne pas reconnaître un gouvernement qui sortirait vainqueur de ces élections. Certains partis et candidats parlent déjà de se retirer. Le Pérou conserve son ambassadeur en poste au Honduras : « C’est inexplicable qu’il n’ait pas adopté cette décision [de retirer immédiatement son ambassadeur à Tegucigalpa] jusqu’à maintenant » soutient l’ex-ministre des relations extérieures du Pérou, Manuel Rodríguez. |8| Carmen Ortez Williams, ambassadeur du Honduras à Buenos Aires a été relevé de ses fonctions jeudi 13 août et à partir de maintenant, « la relation diplomatique entre l’Argentine et le Honduras se réalisera à travers l’ambassade du Honduras aux Etats-Unis », explique Patricia Rodas, ministre des affaires étrangères en exil du gouvernement Zelaya. Les relations ne seront donc pas rompues pour autant. |9| L’OEA, qui a suspendu le Honduras début juillet juste après que le Honduras se soit lui-même retiré, viendra vraisemblablement en mission à Tegucigalpa pour tenter de trouver une sortie de crise via les accords de San José. Les trois représentants de Micheletti qui faisaient partie de la négociation au Costa Rica, Vilma Morales, Mauricio Villeda et Arturo Corrales, se rendent à Washington (leurs visas diplomatiques n’ont pas été annulés) pour négocier la composition de la mission de l’OEA, avoir des entrevues avec des membres du Congrès, des fonctionnaires du Département d’Etat américain et des médias. |10|
On est non seulement en droit de se demander dans quelle mesure on peut négocier avec des putschistes qui violent la constitution, mais on ne peut par ailleurs accepter une amnistie politique incluse dans les accords de San José. |11| Les responsables de violations continues des droits de l’homme telles que les assassinats, détentions arbitraires, disparitions et tortures, ne peuvent jouir d’une amnistie et doivent être jugés par des tribunaux adéquats. Le CADTM réaffirme son soutien inconditionnel à la lutte du peuple hondurien pour le retour de la démocratie, le rétablissement du processus d’Assemblée constituante et le jugement des responsables de violation des droits humains
Alors qu’une nouvelle répression a eu lieu le 14 août à Cholona, blessant de nombreux manifestants dont deux journalistes, le CADTM salue le remarquable travail réalisé par le Front de Résistance des avocats contre le coup d’Etat pour traduire en justice les auteurs des actes barbares constatés sur la population.
Jerôme Duval
19.08.09
Notes:
|1| Amérique latine est une expression contestable : elle se réfère à Amerigo Vespucci, navigateur italien alors qu’il faudrait ressusciter le terme « Abya Yala », « terre dans sa pleine maturité », choisi par les peuples originaires pour désigner le continent.
|2| Pays (re)passés à gauche depuis 2000, chacun à des niveaux très différents : Venezuela, Chili, Argentine, Brésil, Bolivie, Uruguay, Équateur, Nicaragua, Paraguay, Salvador. Le cas du Honduras est particulier puisque son président, Manuel Zelaya est un « social démocrate » qui, avant son expulsion du pays par le coup d’Etat a tenté d’effectuer un virage à gauche (forte hausse du salaire minimum par décret, adhésion à l’ALBA, volonté de mettre en place une Assemblée constituante, …)
|3| Bases américaines dans la région en 2009 : Guantanamo, Cuba ; Roosevelt Roads et Fort Buchanan, Puerto Rico ; Soto Cano à Palmerola, Honduras d’où partaient les offensives contre le Nicaragua sandiniste ; Comalapa, El Salvador : Curazao et Aruba se sont ajoutés avec le Plan Colombia ; Valle de Huallaga, Pérou ; Tres Esquinas, Puerto Leguizamo, Villavicencio et Hacienda Larendia, Colombie. Manta en Equateur sera remplacé par Palanquero, Malambo et Apiai. Source : La crisis de Honduras en el marco del nuevo Sistema Internacional de Defensa, Elsa M. Bruzzone et José Luis Garcia, 05/08/2009.
|4| http://www.rfi.fr/actufr/articles/1...
|5| "Siempre trabajaremos para buscar acuerdos, para ayudar a que los conflictos se resuelvan, para que las tensiones desaparezcan y para que todos trabajemos en los objetivos que tenemos delante más importantes", http://www.rtve.es/noticias/2009080...
|6| http://es.noticias.yahoo.com/9/2009...
|7| http://www.radiolaprimerisima.com/a...
|8| http://www.telesurtv.net/noticias/s...
|9| http://www.telesurtv.net/noticias/s...
|10| El Heraldo, vendredi 14 août 2009. El Heraldo est un des quotidiens les plus lus au Honduras. Il soutient le coup d’Etat comme tous les autres ; seul le mensuel El Libertador informe sur la répression et l’oligarchie putschiste.
|11| Les Accords de San José sont issus des négociations orchestrées par le président du Costa Rica, Oscar Arias, et supervisées par les Etats-Unis. Ces accords impliquent entre autres un gouvernement de « réconciliation et d’union nationale » comprenant différents représentants de divers partis politiques en attendant les prochaines élections présidentielles ; une amnistie générale pour les délits politiques en relation avec ce conflit et l’interdiction de toute consultation populaire appelant à une assemblée constituante. http://www.opalc.org/index.php?opti....
Source: CADTM
Travailleurs saisonniers: cueille ou crève
Bienvenue à Castleton, une petite ferme perdue au fin fond de l’Ecosse, à 4 km du hameau le plus proche et à 40 km d’Aberdeen. Ici, deux cents étudiants, presque tous d’Europe de l’Est, viennent cueillir des fraises pendant les deux ou trois mois d’été. Ils sont attirés par des salaires moins bas que chez eux, de la même façon que les Ukrainiens sont attirés par les fermes polonaises et les Moldaves par les fermes ukrainiennes. Ils sont recrutés par des agences, qui choisissent les fermes pour eux et donnent même des dérogations aux universités pour que les étudiants puissent terminer leurs examens un peu plus tôt dans l’année et venir travailler en Ecosse.
Ce système d’agences permet aux exploitations d’interdire à leurs employés de changer de ferme, et donc de garder, même contre leur gré, un nombre suffisant de travailleurs. Il évite aussi certains frais inutiles, comme les visites médicales : il n’y a de toute façon ni médecin ni infirmerie à Castleton. Le seul problème de ce recrutement est bien loin des préoccupations des patrons : le niveau d’anglais général est tellement faible qu’il crée des tensions entre les communautés.
Au moment de signer le contrat de travail, chaque nouvel employé se voit projeter une vidéo stakhanoviste, parfois dans sa langue, dans laquelle on voit un « bon cueilleur » ramasser les fraises à un rythme fou. Il y apprend que le « bon cueilleur » mange équilibré, qu’il dort beaucoup, qu’il ne boit pas, qu’il reste concentré toute la journée sur son travail et que son esprit ne va que vers des images positives comme sa copine ou sa famille. Pour en arriver là, il a travaillé dur et appris en regardant faire les autres « bons cueilleurs » : il n’est pas question de trouver sa technique, mais de recopier celle des meilleurs.
Dès le lendemain, l’ouvrier est prêt à travailler comme les autres, généralement comme cueilleur. Il peut arriver que l’on travaille pendant quelques heures au désherbage ou à l’entretien, mais c’est très rare. C’est d’ailleurs parce que c’est occasionnel que les serres dans lesquelles travaillent les ouvriers sont couvertes de boue et d’orties. Le rendez-vous matinal est à 6h45, le travail commençant généralement vers 7 heures, le temps pour chaque équipe de s’entasser à trente-cinq dans une camionnette quinze places pour rejoindre son champ. La journée finit généralement vers 15 h 30, avec une pause d’une demi-heure maximum pour manger.
Normalement, il y a un jour de repos par semaine, ce qui donne des semaines de 48 heures. Comme il n’est annoncé que la veille au soir, les employés ne savent même pas quand sera leur prochaine journée de libre. Et, comme le temps de travail dépend des conditions météorologiques, presque aucune semaine n’est normale. Les semaines sans soleil, les cueilleurs peuvent aller jusqu’à ne travailler que 35 heures. Dans le cas contraire, comme la ferme n’est soumise à aucune législation, ils peuvent travailler plus de deux semaines sans interruption, même le dimanche.
(...)
Les chiens des patrons ont un nom, eux
Du salaire au mérite dans un système totalement libéralisé découlent donc des travailleurs journaliers et affaiblis par l’absence de loi les protégeant, et une direction toute-puissante et invisible, qui prend, tel un roi, toutes les décisions régissant la vie de ses employés. Mis à part la contremaître générale, dont le rôle principal est de concentrer toute la haine des ouvriers contre la direction en hurlant sur toute personne se trouvant sur son chemin, les contacts entre les cueilleurs et les dirigeants sont inexistants. A tel point que les patrons n’ont aucune idée du nombre de personnes travaillant pour eux. Les rares fois où ils adressent la parole à leurs employés, on peut légitimement se demander si leurs chiens ne sont pas traités avec plus de respect. D’abord parce qu’ils ont un nom, contrairement aux cueilleurs qui n’ont qu’un numéro. Et surtout, ils sont priés de rentrer au frais dès que la température monte, alors que les employés qui travaillent dans le jardin personnel des propriétaires ne sont même pas autorisés à boire de l’eau.
Le libéralisme peut donc dériver jusqu’à endosser les caractéristiques d’un Etat totalitaire. On y retrouve la propagande, qui vise ici à faire croire que ceux qui font des efforts sont bien traités, pour obliger les autres à accepter n’importe quelles conditions de travail ; un système de répression des cueilleurs les moins efficaces et les plus faibles, blessés ou malades : dire que règne la loi du plus fort n’est pas seulement un cliché. S’y ajoutent des décisions prises sans aucune consultation, de façon totalement arbitraire, et le fait que les saisonniers n’ont même pas le droit de refuser de travailler jusqu’à 75 heures par semaine.
Donner des leçons aux Chinois sur la façon dont ils traitent leurs employés est sûrement justifié. Mais on devrait aussi regarder chez nous, en Europe, car cette ferme est loin d’être un cas isolé : beaucoup de saisonniers ont vécu des expériences similaires ailleurs au Royaume-Uni [2]…
Romain Fantin
Étudiant.
18.08.09
Article complet sur: http://blog.mondediplo.net/2009-08-18-Travailleurs-saisonniers-cueille-ou-creve
Notes:
[1] Premier groupe de distribution britannique.
[2] Lire Jerome Taylor, « Revealed : Scandal of Britain’s fruit-farm workers », The Independent, 10 juillet 2009 (traduction française sur Presseurop.eu).
Ce système d’agences permet aux exploitations d’interdire à leurs employés de changer de ferme, et donc de garder, même contre leur gré, un nombre suffisant de travailleurs. Il évite aussi certains frais inutiles, comme les visites médicales : il n’y a de toute façon ni médecin ni infirmerie à Castleton. Le seul problème de ce recrutement est bien loin des préoccupations des patrons : le niveau d’anglais général est tellement faible qu’il crée des tensions entre les communautés.
Au moment de signer le contrat de travail, chaque nouvel employé se voit projeter une vidéo stakhanoviste, parfois dans sa langue, dans laquelle on voit un « bon cueilleur » ramasser les fraises à un rythme fou. Il y apprend que le « bon cueilleur » mange équilibré, qu’il dort beaucoup, qu’il ne boit pas, qu’il reste concentré toute la journée sur son travail et que son esprit ne va que vers des images positives comme sa copine ou sa famille. Pour en arriver là, il a travaillé dur et appris en regardant faire les autres « bons cueilleurs » : il n’est pas question de trouver sa technique, mais de recopier celle des meilleurs.
Dès le lendemain, l’ouvrier est prêt à travailler comme les autres, généralement comme cueilleur. Il peut arriver que l’on travaille pendant quelques heures au désherbage ou à l’entretien, mais c’est très rare. C’est d’ailleurs parce que c’est occasionnel que les serres dans lesquelles travaillent les ouvriers sont couvertes de boue et d’orties. Le rendez-vous matinal est à 6h45, le travail commençant généralement vers 7 heures, le temps pour chaque équipe de s’entasser à trente-cinq dans une camionnette quinze places pour rejoindre son champ. La journée finit généralement vers 15 h 30, avec une pause d’une demi-heure maximum pour manger.
Normalement, il y a un jour de repos par semaine, ce qui donne des semaines de 48 heures. Comme il n’est annoncé que la veille au soir, les employés ne savent même pas quand sera leur prochaine journée de libre. Et, comme le temps de travail dépend des conditions météorologiques, presque aucune semaine n’est normale. Les semaines sans soleil, les cueilleurs peuvent aller jusqu’à ne travailler que 35 heures. Dans le cas contraire, comme la ferme n’est soumise à aucune législation, ils peuvent travailler plus de deux semaines sans interruption, même le dimanche.
(...)
Les chiens des patrons ont un nom, eux
Du salaire au mérite dans un système totalement libéralisé découlent donc des travailleurs journaliers et affaiblis par l’absence de loi les protégeant, et une direction toute-puissante et invisible, qui prend, tel un roi, toutes les décisions régissant la vie de ses employés. Mis à part la contremaître générale, dont le rôle principal est de concentrer toute la haine des ouvriers contre la direction en hurlant sur toute personne se trouvant sur son chemin, les contacts entre les cueilleurs et les dirigeants sont inexistants. A tel point que les patrons n’ont aucune idée du nombre de personnes travaillant pour eux. Les rares fois où ils adressent la parole à leurs employés, on peut légitimement se demander si leurs chiens ne sont pas traités avec plus de respect. D’abord parce qu’ils ont un nom, contrairement aux cueilleurs qui n’ont qu’un numéro. Et surtout, ils sont priés de rentrer au frais dès que la température monte, alors que les employés qui travaillent dans le jardin personnel des propriétaires ne sont même pas autorisés à boire de l’eau.
Le libéralisme peut donc dériver jusqu’à endosser les caractéristiques d’un Etat totalitaire. On y retrouve la propagande, qui vise ici à faire croire que ceux qui font des efforts sont bien traités, pour obliger les autres à accepter n’importe quelles conditions de travail ; un système de répression des cueilleurs les moins efficaces et les plus faibles, blessés ou malades : dire que règne la loi du plus fort n’est pas seulement un cliché. S’y ajoutent des décisions prises sans aucune consultation, de façon totalement arbitraire, et le fait que les saisonniers n’ont même pas le droit de refuser de travailler jusqu’à 75 heures par semaine.
Donner des leçons aux Chinois sur la façon dont ils traitent leurs employés est sûrement justifié. Mais on devrait aussi regarder chez nous, en Europe, car cette ferme est loin d’être un cas isolé : beaucoup de saisonniers ont vécu des expériences similaires ailleurs au Royaume-Uni [2]…
Romain Fantin
Étudiant.
18.08.09
Article complet sur: http://blog.mondediplo.net/2009-08-18-Travailleurs-saisonniers-cueille-ou-creve
Notes:
[1] Premier groupe de distribution britannique.
[2] Lire Jerome Taylor, « Revealed : Scandal of Britain’s fruit-farm workers », The Independent, 10 juillet 2009 (traduction française sur Presseurop.eu).
jeudi 20 août 2009
D’Arbenz, 1954, à Zelaya, 2009 : Chiquita en Amérique Latine
Quand l’armée du Honduras a renversé le gouvernement démocratiquement élu de Manuel Zelaya, il y a deux semaines (NDT: un peu plus maintenant !), il y eut un soupir de soulagement dans les conseils d’entreprise de Chiquita Banana. Un peu plus tôt cette année, la compagnie basée à Cincinatti s’était jointe à Dole [1] pour critiquer le Gouvernement de Tegucigalpa qui avait augmenté le salaire minimum de 60%. Chiquita se plaint que la nouvelle législation rend ses frais plus élevés qu’au Costa Rica et diminue ainsi les profits de la compagnie : pour être exact, 20 centimes de plus pour produire un cageot d’ananas et 10 de plus pour un de bananes. Chiquita se lamente qu’elle perdra plusieurs millions à cause de la réforme de Zelaya puisqu’elle produit environ 8 ou 22 millions de caisses d’ananas ou de bananes par an, respectivement.
Quand le décret sur le salaire minimum a été publié, Chiquita a cherché de l’aide et appelé le Conseil Hondurien de l’Entreprise Privée, connu sous son acronyme Espagnol COHEP. Comme Chiquita, le COHEP était mécontent des mesures de Zelaya sur le salaire minimum. Amilcar Bulnes, le président du COHEP, disait que si cette mesure était appliquée, elle forcerait les patrons à licencier des employés et ferait monter le taux de chômage du pays. Le COHEP, l’organisation d’affaire la plus importante du Honduras, regroupe 60 chambres de métiers et de commerces dans tous les secteurs de l’économie Hondurienne. Selon son propre site Web, le COHEP est le bras politique et technique du secteur privé Hondurien, qui établit les accords de commerce et assure “un soutien essentiel au système démocratique“.
La communauté internationale ne doit pas prendre de sanctions économiques contre le régime de Tegucigalpa issu du coup d’Etat, dit le COHEP, car cela aggraverait les problèmes sociaux au Honduras. Dans son nouveau rôle de porte-parole des pauvres du Honduras, le COHEP déclare que le Honduras a déjà assez souffert de tremblements de terre, de pluies diluviennes et de la crise financière mondiale. Avant de sanctionner le Honduras à coup de mesures punitives, déclare le COHEP, l’ONU et l’Organisation des Etats Américains devraient envoyer des observateurs au Honduras pour analyser comment ces sanctions pénaliseraient les 70% de Honduriens qui vivent dans la pauvreté. En même temps, Bulnes a apporté son soutien au coup d’Etat de Roberto Micheletti et déclaré que les conditions au Honduras n’étaient pas propices au retour d’exil de Manuel Zelaya.
Chiquita : d’Arbenz au Bananagate
Il n’est pas étonnant que Chiquita recherche et s’allie aux forces politiques et sociales les plus rétrogrades du Honduras. Colsiba, la Coordination Latino-Américaine des Syndicats des Bananeraies, dit que la compagnie fruitière n’a jamais accordé la moindre protection à ses travailleurs et s’est toujours abstenue de signer des conventions collectives de travail, que ce soit au Nicaragua, au Guatemala ou au Honduras.
Colsiba compare les conditions infernales de travail dans les plantations de Chiquita aux camps de concentration. Bien que provocante, cette comparaison contient une part de vérité. Les femmes travaillent dans les plantations de Chiquita de 6 heures du matin à 7 heures du soir, leurs mains brûlant dans des gants de caoutchouc. Certains ouvriers sont âgés de 14 ans. Les travailleurs de la banane d’Amérique Centrale ont poursuivi Chiquita pour avoir été exposés au DBCP (DiBromoChloroPropane), un dangereux pesticide utilisé dans les plantations, et qui provoque la stérilité, des cancers et des malformations à la naissance.
Chiquita, anciennement connu comme la United Fruit Company puis United Brands, a une longue et sordide histoire dans la politique de l’Amérique Centrale [2]. Dirigée par Sam Zemuray ou “Banana Man“, United Fruit entre dans le business de la banane au début du 20ème siècle. En ce temps, Zemuray a émis la célèbre remarque “Au Honduras, un mulet coûte plus cher qu’un membre du Parlement“. Dans les années 1920, United Fruit contrôle 650.000 acres (environ 250.000 hectares) des meilleures terres du Honduras, à peu près le quart des terres cultivables du pays. En plus, elle contrôle d’importantes routes et voies ferrées.
Au Honduras, les compagnies fruitières étendent leur influence dans tous les domaines, y compris militaires et politiques, ce qui leur a valu le surnom de pieuvre. Ceux qui ne jouaient pas le jeu de ces corporations étaient souvent retrouvés la face contre le sol dans les plantations. En 1904, l’humoriste O. Henry inventa le terme “Républiques Bananières“ pour désigner la célèbre United Fruit Company et ses actions au Honduras.
Au Guatemala en 1954, United Fruit a soutenu le coup d’état militaire fomenté par la CIA contre le Président Jacob Arbenz, un réformateur qui avait mis en train un ensemble de réformes agraires. Le renversement d’Arbenz généra plus de trente ans d’instabilité et de guerre civile au Guatemala. Plus tard en 1961, United Fruit prêta ses bateaux aux exilés Cubains entraînés par la CIA pour renverser Fidel Castro à la Baie des Cochons.
En 1972, United Fruit (alors renommée United Brands) propulse au pouvoir le Général Hondurien Oswaldo López Arellano. Le tristement célèbre scandale du “Bananagate”, pots-de-vin versés par la United Fruit à Arellano, oblige le dictateur à partir. Un grand jury fédéral a accusé United Brands d’avoir soudoyé Arellano avec 1.25 million de dollars, et la promesse d’un second versement identique si le militaire acceptait de réduire les taxes sur les exportations de fruits. Pendant le scandale du Bananagate, le Président de la United Fruit est tombé d’un gratte-ciel de New York, apparemment un suicide.
La prospérité des années Clinton et la Colombie
United Fruit a aussi des affaires en Colombie et pendant ses opérations en Amérique du Sud y a développé des façons de faire aussi marquées. En 1928, 3.000 travailleurs se mirent en grève contre la compagnie pour demander de meilleurs salaires et conditions de travail. La firme refuse initialement de négocier, mais cède finalement sur des points mineurs, déclarant les autres revendications “illégales“ ou “impossibles“. Quand les grévistes ont refusé de cesser le mouvement, l’armée a ouvert le feu, faisant de nombreux morts.
Vous pourriez croire qu’après cela Chiquita aurait revu sa politique envers les travailleurs, mais vers la fin des années 90 la compagnie s’est adjoint des alliés inquiétants, en particulier des paramilitaires d’extrême droite. Chiquita a payé plus d’un million de dollars à ces hommes. Pour sa défense, Chiquita a déclaré qu’elle payait juste les paramilitaires pour sa sécurité.
En 2007, Chiquita a versé 25 millions de dollars d’amende après une enquête du Département de la Justice sur ces paiements. Chiquita fut la première compagnie de l’histoire des USA jugée coupable de liens financiers avec une organisation terroriste.
Dans un procès contre Chiquita, les victimes de la violence paramilitaire ont affirmé que la compagnie avait encouragé des atrocités comme le terrorisme, des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. Un défenseur des plaignants a dit que les relations de Chiquita avec les paramilitaires “avaient pour but de s’assurer le contrôle de tous les aspects de la distribution et de la vente des bananes en faisant régner la terreur“.
A Washington D.C., le chef de direction de Chiquita, Charles Linder, s’est occupé de démarcher la Maison-Blanche. Linder a été un grand bailleur de fonds du Parti Républicain avant de couvrir d’argent le Parti Démocrate et Bill Clinton. Clinton dédommagea Linder en soutenant militairement et sans réserves le gouvernement d’Andrés Pastrana (Président de la Colombie de 1998 à 2002) qui régna pendant la période de prolifération des escadrons de la mort d’extrême droite. A cette époque, les USA établissaient leurs programmes de libre échange commerciaux avec leurs “amis“ d’Amériques Latines, sous la supervision stratégique d’un vieil ami d’enfance de Clinton, Thomas McLarty ou “Mack“. McLarty était secrétaire Général et Envoyé Spécial en Amérique Latine de la Maison-Blanche. C’est un personnage intriguant dont je reparlerai bientôt.
La filière Holder-Chiquita
Etant donné le passé trouble de Chiquita en Amérique Centrale et en Colombie, il n’est pas surprenant que la compagnie ait voulu s’associer à la COHEP au Honduras. En plus de courtiser les milieux d’affaires au Honduras, Chiquita a aussi cultivé les relations avec des puissantes firmes juridiques à Washington. Selon le Center for Responsive Politics (Centre pour une Politique Réactive), Chiquita a déboursé 70.000 dollars en frais de lobbying auprès des compagnies Covington et Burling pendant ces trois dernières années.
Covington est une puissante firme juridique qui conseille les sociétés multinationales. Eric Holder, le Procureur Général actuel, un co-président de la campagne d’Obama et ex-Procureur Général Adjoint sous Bill Clinton, était jusqu’à peu un conseiller de cette firme. Chez Covington, Eric Holder a défendu Chiquita comme conseiller principal dans son procès avec le Ministère de la Justice. De son perchoir au nouveau et élégant siège de la direction de Covington, près de l’immeuble du New York Times à Manhattan, Holder a préparé Fernando Aguirre, le directeur général de Chiquita, pour un entretien avec “60 Minutes“ [3] sur les escadrons de la mort Colombiens.
Holder fit plaider la compagnie fruitière coupable sur un point, “son implication dans des transactions avec une organisation terroriste mondiale reconnue“. Mais le juriste, qui touchait un salaire conséquent à Covington, plus de 2 millions de dollars, négocia un marché de rêves dans lequel Chiquita ne paya que 25 millions de dollars sur cinq ans. Scandaleusement, aucun des six officiels de la compagnie qui avaient approuvé les paiements n’alla en prison.
Le cas curieux de Covington
Creusez un peu et vous trouverez que Covington non seulement représente Chiquita, mais est aussi une sorte de centre névralgique utilisé par la droite dans ses tentatives de promouvoir une politique étrangère déstabilisatrice en Amérique Latine. Covington a mené une alliance stratégique importante avec Kissinger (Chili, fameuse année 1973) et les Associés McLarty (oui, le même Mack McLarty que celui de Bill Clinton), une firme internationale de conseil en stratégie renommée.
De 1974 à 1981 John Bolton à été associé chez Covington. En tant qu’ambassadeur des Etats Unis aux Nations Unies sous George Bush, Bolton fut un critique féroce de la gauche en Amérique Latine, par exemple d’Hugo Chavez au Venezuela. De plus, il y a peu, John Negroponte est devenu le vice-président de Covington. Negroponte est un ancien secrétaire d’Etat Adjoint, directeur du Renseignement National et ambassadeur des USA aux Nations Unies.
Negroponte, en tant qu’ambassadeur des USA au Honduras de 1981 à 1985, a joué un rôle majeur dans l’aide des USA aux rebelles de la Contra qui voulaient renverser les Sandiniste au Nicaragua. Des défenseurs des droits de l’homme ont accusé Negroponte d’ignorer les violations de ces droits commises par les escadrons de la mort du Honduras, qui ont été payés et en partie entraînés par la CIA. Bien sûr, quand Negroponte était ambassadeur, l’immeuble qu’il occupait à Tegucigalpa est devenu un des plus grands centre névralgique de la CIA en Amérique Latine avec un décuplement de son personnel.
Bien qu’il n’y ait aucune preuve reliant Chiquita au coup d’Etat récent au Honduras, il y a une convergence de faits troublants et de politiciens importants impliqués pour exiger une enquête plus poussée. Du COHEP à Covington, en passant par Holder, Negroponte et McLarty, Chiquita a recherché des amis haut placés, amis qui n’ont aucun penchant pour les politiques progressistes sur le travail soutenues par le régime de Zelaya à Tegucigalpa.
NIKOLAS KOZLOFF
17.07.09
ARTICLE ORIGINAL
Source: counterpunch
Traduction Laurent EMOR pour Le Grand Soir
Nikolas Kozloff est l’auteur de Revolution ! South America and the Rise of the New Left (Révolution / L’Amérique du Sud et la montée de la nouvelle gauche) (Palgrave-Macmillan, 2008). Consultez son blog sur senorchichero.blogspot.com.
[1] Historiquement la Dole est la “Hawaiian Pineapple Company“ qui s’installe à Hawaï en 1851 où elle est soupçonnée d’avoir participé à l’éviction de la dernière reine d’Hawaii et aidé les États-Unis à en faire un de ses territoires.
[2] Lire “Le pape vert“ de Miguel Angel Asturias (Albin Michel, 1956)
[3] 60 Minutes, un magazine télévisé d’information américain produit par CBS News et diffusé par CBS est régulièrement en tête des sondages d’audience.
Quand le décret sur le salaire minimum a été publié, Chiquita a cherché de l’aide et appelé le Conseil Hondurien de l’Entreprise Privée, connu sous son acronyme Espagnol COHEP. Comme Chiquita, le COHEP était mécontent des mesures de Zelaya sur le salaire minimum. Amilcar Bulnes, le président du COHEP, disait que si cette mesure était appliquée, elle forcerait les patrons à licencier des employés et ferait monter le taux de chômage du pays. Le COHEP, l’organisation d’affaire la plus importante du Honduras, regroupe 60 chambres de métiers et de commerces dans tous les secteurs de l’économie Hondurienne. Selon son propre site Web, le COHEP est le bras politique et technique du secteur privé Hondurien, qui établit les accords de commerce et assure “un soutien essentiel au système démocratique“.
La communauté internationale ne doit pas prendre de sanctions économiques contre le régime de Tegucigalpa issu du coup d’Etat, dit le COHEP, car cela aggraverait les problèmes sociaux au Honduras. Dans son nouveau rôle de porte-parole des pauvres du Honduras, le COHEP déclare que le Honduras a déjà assez souffert de tremblements de terre, de pluies diluviennes et de la crise financière mondiale. Avant de sanctionner le Honduras à coup de mesures punitives, déclare le COHEP, l’ONU et l’Organisation des Etats Américains devraient envoyer des observateurs au Honduras pour analyser comment ces sanctions pénaliseraient les 70% de Honduriens qui vivent dans la pauvreté. En même temps, Bulnes a apporté son soutien au coup d’Etat de Roberto Micheletti et déclaré que les conditions au Honduras n’étaient pas propices au retour d’exil de Manuel Zelaya.
Chiquita : d’Arbenz au Bananagate
Il n’est pas étonnant que Chiquita recherche et s’allie aux forces politiques et sociales les plus rétrogrades du Honduras. Colsiba, la Coordination Latino-Américaine des Syndicats des Bananeraies, dit que la compagnie fruitière n’a jamais accordé la moindre protection à ses travailleurs et s’est toujours abstenue de signer des conventions collectives de travail, que ce soit au Nicaragua, au Guatemala ou au Honduras.
Colsiba compare les conditions infernales de travail dans les plantations de Chiquita aux camps de concentration. Bien que provocante, cette comparaison contient une part de vérité. Les femmes travaillent dans les plantations de Chiquita de 6 heures du matin à 7 heures du soir, leurs mains brûlant dans des gants de caoutchouc. Certains ouvriers sont âgés de 14 ans. Les travailleurs de la banane d’Amérique Centrale ont poursuivi Chiquita pour avoir été exposés au DBCP (DiBromoChloroPropane), un dangereux pesticide utilisé dans les plantations, et qui provoque la stérilité, des cancers et des malformations à la naissance.
Chiquita, anciennement connu comme la United Fruit Company puis United Brands, a une longue et sordide histoire dans la politique de l’Amérique Centrale [2]. Dirigée par Sam Zemuray ou “Banana Man“, United Fruit entre dans le business de la banane au début du 20ème siècle. En ce temps, Zemuray a émis la célèbre remarque “Au Honduras, un mulet coûte plus cher qu’un membre du Parlement“. Dans les années 1920, United Fruit contrôle 650.000 acres (environ 250.000 hectares) des meilleures terres du Honduras, à peu près le quart des terres cultivables du pays. En plus, elle contrôle d’importantes routes et voies ferrées.
Au Honduras, les compagnies fruitières étendent leur influence dans tous les domaines, y compris militaires et politiques, ce qui leur a valu le surnom de pieuvre. Ceux qui ne jouaient pas le jeu de ces corporations étaient souvent retrouvés la face contre le sol dans les plantations. En 1904, l’humoriste O. Henry inventa le terme “Républiques Bananières“ pour désigner la célèbre United Fruit Company et ses actions au Honduras.
Au Guatemala en 1954, United Fruit a soutenu le coup d’état militaire fomenté par la CIA contre le Président Jacob Arbenz, un réformateur qui avait mis en train un ensemble de réformes agraires. Le renversement d’Arbenz généra plus de trente ans d’instabilité et de guerre civile au Guatemala. Plus tard en 1961, United Fruit prêta ses bateaux aux exilés Cubains entraînés par la CIA pour renverser Fidel Castro à la Baie des Cochons.
En 1972, United Fruit (alors renommée United Brands) propulse au pouvoir le Général Hondurien Oswaldo López Arellano. Le tristement célèbre scandale du “Bananagate”, pots-de-vin versés par la United Fruit à Arellano, oblige le dictateur à partir. Un grand jury fédéral a accusé United Brands d’avoir soudoyé Arellano avec 1.25 million de dollars, et la promesse d’un second versement identique si le militaire acceptait de réduire les taxes sur les exportations de fruits. Pendant le scandale du Bananagate, le Président de la United Fruit est tombé d’un gratte-ciel de New York, apparemment un suicide.
La prospérité des années Clinton et la Colombie
United Fruit a aussi des affaires en Colombie et pendant ses opérations en Amérique du Sud y a développé des façons de faire aussi marquées. En 1928, 3.000 travailleurs se mirent en grève contre la compagnie pour demander de meilleurs salaires et conditions de travail. La firme refuse initialement de négocier, mais cède finalement sur des points mineurs, déclarant les autres revendications “illégales“ ou “impossibles“. Quand les grévistes ont refusé de cesser le mouvement, l’armée a ouvert le feu, faisant de nombreux morts.
Vous pourriez croire qu’après cela Chiquita aurait revu sa politique envers les travailleurs, mais vers la fin des années 90 la compagnie s’est adjoint des alliés inquiétants, en particulier des paramilitaires d’extrême droite. Chiquita a payé plus d’un million de dollars à ces hommes. Pour sa défense, Chiquita a déclaré qu’elle payait juste les paramilitaires pour sa sécurité.
En 2007, Chiquita a versé 25 millions de dollars d’amende après une enquête du Département de la Justice sur ces paiements. Chiquita fut la première compagnie de l’histoire des USA jugée coupable de liens financiers avec une organisation terroriste.
Dans un procès contre Chiquita, les victimes de la violence paramilitaire ont affirmé que la compagnie avait encouragé des atrocités comme le terrorisme, des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. Un défenseur des plaignants a dit que les relations de Chiquita avec les paramilitaires “avaient pour but de s’assurer le contrôle de tous les aspects de la distribution et de la vente des bananes en faisant régner la terreur“.
A Washington D.C., le chef de direction de Chiquita, Charles Linder, s’est occupé de démarcher la Maison-Blanche. Linder a été un grand bailleur de fonds du Parti Républicain avant de couvrir d’argent le Parti Démocrate et Bill Clinton. Clinton dédommagea Linder en soutenant militairement et sans réserves le gouvernement d’Andrés Pastrana (Président de la Colombie de 1998 à 2002) qui régna pendant la période de prolifération des escadrons de la mort d’extrême droite. A cette époque, les USA établissaient leurs programmes de libre échange commerciaux avec leurs “amis“ d’Amériques Latines, sous la supervision stratégique d’un vieil ami d’enfance de Clinton, Thomas McLarty ou “Mack“. McLarty était secrétaire Général et Envoyé Spécial en Amérique Latine de la Maison-Blanche. C’est un personnage intriguant dont je reparlerai bientôt.
La filière Holder-Chiquita
Etant donné le passé trouble de Chiquita en Amérique Centrale et en Colombie, il n’est pas surprenant que la compagnie ait voulu s’associer à la COHEP au Honduras. En plus de courtiser les milieux d’affaires au Honduras, Chiquita a aussi cultivé les relations avec des puissantes firmes juridiques à Washington. Selon le Center for Responsive Politics (Centre pour une Politique Réactive), Chiquita a déboursé 70.000 dollars en frais de lobbying auprès des compagnies Covington et Burling pendant ces trois dernières années.
Covington est une puissante firme juridique qui conseille les sociétés multinationales. Eric Holder, le Procureur Général actuel, un co-président de la campagne d’Obama et ex-Procureur Général Adjoint sous Bill Clinton, était jusqu’à peu un conseiller de cette firme. Chez Covington, Eric Holder a défendu Chiquita comme conseiller principal dans son procès avec le Ministère de la Justice. De son perchoir au nouveau et élégant siège de la direction de Covington, près de l’immeuble du New York Times à Manhattan, Holder a préparé Fernando Aguirre, le directeur général de Chiquita, pour un entretien avec “60 Minutes“ [3] sur les escadrons de la mort Colombiens.
Holder fit plaider la compagnie fruitière coupable sur un point, “son implication dans des transactions avec une organisation terroriste mondiale reconnue“. Mais le juriste, qui touchait un salaire conséquent à Covington, plus de 2 millions de dollars, négocia un marché de rêves dans lequel Chiquita ne paya que 25 millions de dollars sur cinq ans. Scandaleusement, aucun des six officiels de la compagnie qui avaient approuvé les paiements n’alla en prison.
Le cas curieux de Covington
Creusez un peu et vous trouverez que Covington non seulement représente Chiquita, mais est aussi une sorte de centre névralgique utilisé par la droite dans ses tentatives de promouvoir une politique étrangère déstabilisatrice en Amérique Latine. Covington a mené une alliance stratégique importante avec Kissinger (Chili, fameuse année 1973) et les Associés McLarty (oui, le même Mack McLarty que celui de Bill Clinton), une firme internationale de conseil en stratégie renommée.
De 1974 à 1981 John Bolton à été associé chez Covington. En tant qu’ambassadeur des Etats Unis aux Nations Unies sous George Bush, Bolton fut un critique féroce de la gauche en Amérique Latine, par exemple d’Hugo Chavez au Venezuela. De plus, il y a peu, John Negroponte est devenu le vice-président de Covington. Negroponte est un ancien secrétaire d’Etat Adjoint, directeur du Renseignement National et ambassadeur des USA aux Nations Unies.
Negroponte, en tant qu’ambassadeur des USA au Honduras de 1981 à 1985, a joué un rôle majeur dans l’aide des USA aux rebelles de la Contra qui voulaient renverser les Sandiniste au Nicaragua. Des défenseurs des droits de l’homme ont accusé Negroponte d’ignorer les violations de ces droits commises par les escadrons de la mort du Honduras, qui ont été payés et en partie entraînés par la CIA. Bien sûr, quand Negroponte était ambassadeur, l’immeuble qu’il occupait à Tegucigalpa est devenu un des plus grands centre névralgique de la CIA en Amérique Latine avec un décuplement de son personnel.
Bien qu’il n’y ait aucune preuve reliant Chiquita au coup d’Etat récent au Honduras, il y a une convergence de faits troublants et de politiciens importants impliqués pour exiger une enquête plus poussée. Du COHEP à Covington, en passant par Holder, Negroponte et McLarty, Chiquita a recherché des amis haut placés, amis qui n’ont aucun penchant pour les politiques progressistes sur le travail soutenues par le régime de Zelaya à Tegucigalpa.
NIKOLAS KOZLOFF
17.07.09
ARTICLE ORIGINAL
Source: counterpunch
Traduction Laurent EMOR pour Le Grand Soir
Nikolas Kozloff est l’auteur de Revolution ! South America and the Rise of the New Left (Révolution / L’Amérique du Sud et la montée de la nouvelle gauche) (Palgrave-Macmillan, 2008). Consultez son blog sur senorchichero.blogspot.com.
[1] Historiquement la Dole est la “Hawaiian Pineapple Company“ qui s’installe à Hawaï en 1851 où elle est soupçonnée d’avoir participé à l’éviction de la dernière reine d’Hawaii et aidé les États-Unis à en faire un de ses territoires.
[2] Lire “Le pape vert“ de Miguel Angel Asturias (Albin Michel, 1956)
[3] 60 Minutes, un magazine télévisé d’information américain produit par CBS News et diffusé par CBS est régulièrement en tête des sondages d’audience.
mercredi 19 août 2009
La revanche de la classe ouvrière. Quand l’ouvrier gagne.
La classe ouvrière est morte. La conscience de classe avec, c’est la Crise, il faut se serrer la ceinture, il faut être moderne et réaliste. Et voilà que 49 ouvriers de l’Innse, une entreprise métallurgique milanaise, nous donnent une leçon magistrale de ce que c’est la classe ouvrière italienne aujourd’hui. Une entreprise à démanteler et à brader, des syndicats prêts à tous les compromis, et des ouvriers qui disent non. Voilà comment Gianni Rinaldini le secrétaire national des métallos de la CGIL (la F.I.O.M.) explique cette lutte qui s’achève sur une victoire. (1)
« Je me sens libéré d’une grande angoisse, serein, oui les ouvriers de l’Innse ont gagné [...] J’ai éprouvé la même émotion, le même enthousiasme que lors des 21 jours à la Fiat de Melfi. Cette fois-ci nous avons gagné à Milan et la ville en avait vraiment besoin. Ici l’industrie et le tissu social ont subi une dévastation sans pareil. C’est la première, fois depuis des années, qu’à Milan les travailleurs et le syndicat obtiennent une victoire si nette. [...] C’est une représentation en petit des raisons qui ont produit la crise globale. Il y a l’abandon d’une entreprise industrielle, cédée pour être mise à la casse à ceux qui veulent spéculer sur les machines. Les esprits les plus entreprenants jouent à la roulette de la finance et des affaires immobilières. Les bulles éclatent et après la cuite on s’aperçoit que l’industrie a encore des cartes à jouer. [..] Ces ouvriers ont résisté 15 mois, ils ont tenu grâce au rapport qu’ils ont, non pas avec le travail, mais avec leur travail. Ils sont très professionnels avec un très grand orgueil de leur métier [...] C’est vrai l’action éclatante a attiré l’attention mais cela n’explique pas tout […]. C’était une lutte de longue durée. L’action éclatante n’a été que la dernière action dictée par la rationalité et non par le désespoir : si on laissait démonter les machines et les amener, pour eux c’était fini [...] Ils ont fait 3 mois d’autogestion gratis. Puis dès qu’ils arrivaient à se faufiler à l’intérieur de l’usine, ils faisaient de la manutention pour garder les machines en état. […] Sans les machines le nouveau propriétaire n’aurait pas acheté. »
Manuela Cartosio, de Il Manifesto demande à Gianni Rinaldini :
« A l’Innse on a vu une communauté à l’œuvre. Différente de celles qui se sont rassemblées pour « nettoyer le territoire des Roms et des migrants ».
Rinaldini fait une mise au point : « Le mot communauté ne me plait pas. Il indique quelque chose qui exclut au lieu d’inclure. Je préfère parler d’expérience collective où l’on passait de moment d’euphories à des moments d’abattement. […] Le succès de l’Innse est un message d’espoir pour tous les travailleurs non seulement les métallos. Il dit que « la lutte paie » ce n’est pas une phrase toute faite. Cela nous donne des forces pour les défis de l’automne prochain, y compris pour le renouvellement du contrat national ».
A Milan, l’un des protagonistes de la lutte explique leurs raisons et les moments clé de celle-ci :
L’unité entre les ouvriers a été notre force.
Mariangela Maturi, il Manifesto 13 août 2009.
Vincenzo Acerenza et ses collègues ne sont plus sur la grue. Ils ne sont plus au piquet de grève. Ils sont accueillis comme des héros. Courtisés par les journalistes, embrassés par les parents et par ceux qui pendant des mois leur ont apportés des sandwichs, du vin et un peu de soutient.
Vincenzo n’est plus un jeune homme, (qu’il ne nous en veuille pas) avec ses cheveux blancs, ses lunettes ronde et sa chemise rigoureusement bleue.
- En somme a-t-il été plus difficile de monter ou de descendre de cette fameuse grue ?
Nous avons décidé d’y monter alors que nous entrions dans l’usine, sur le moment. Que faire une fois que nous étions dedans ? Ils auraient pu nous jeter dehors. Nous sommes montés sur le pont roulant. Après une semaine en descendant je n’y croyais pas ! Je n’y crois même pas maintenant, à vrai dire. Pour nous tous, la plus grande peur, à ne pas réussir à en dormir la nuit, était de pouvoir démontrer que ce n’est pas toujours le patron qui gagne. Je pensais à quel exemple nous aurions donné si nous avions échoué. Ils auraient gagné et nous aurions été obligés de l’admettre : « Oui vous avez raison, il n’y à plus rien à faire ». Ce qui nous faisait le plus mal c’était quand même ceux qui nous soutenaient tout en nous disant « il n’y à plus rien à faire ».
- Mais c’est vous qui avez gagné. Des héros ?
Mais non ! Pas des héros ! Nous savions depuis longtemps que l’action finale ne pouvait être seulement qu’une occupation symbolique. La nuit où nous sommes entrés, la police en position était très nombreuse. Nous n’aurions pas pu passer, ils étaient bien plus forts que nous. Donc nous devions contourner le problème. Pour ne pas nous faire choper nous nous sommes écriés : « Hé ! Nous faisons un saut à la réunion de la bourse du travail ? » Et nous nous sommes éloignés à cinq, en catimini. Nous avons pris la voiture, et au lieu de partir nous avons contourné la zone, qui était très grande. Nous connaissons toutes les entrées latérales depuis trente ans que nous sommes à l’Innse. Nous avons traversé les champs, je te dis pas… au milieu des faisans, quelle scène ! Mais ainsi nous avons réussi à rentrer, puis nous sommes montés. Je ne te dis pas la tête d’un type de la digos (2) qui trois heures plus tôt m’avait dit « Eh, les gars c’est fini ! » Cela dit nous sommes et nous restons des ouvriers, nous n’allons pas devenir des entrepreneurs. Nous retournerons travailler pour le patron pour 1300 euros par mois. Mais maintenant nous savons ce dont nous sommes capables !
- L’espériez vous cela il y a un an ?
Oui, mais c’était des mois terribles. D’abord nous avons essayé avec la production directe « regardez ce n’est pas difficile de mener une usine sans un patron ». Puis le magistrat a fait un choix à mi-chemin, ils ne nous a pas laissés continuer et a scellé l’usine. Cela a été pour nous un moment difficile et nous avons choisi de continuer la lutte. En décembre, l’Innse a été « restituée » à Genta qui pouvait ainsi la démanteler. Cela a été un autre moment dramatique. A un moment donné, après des mois de disputes, nous avons fait une réunion à la Préfecture avec toute les institutions, la Ormis (l’entreprise qui voulait racheter la Innse) et un fonctionnaire du ministère qui au lieu de résoudre les choses a dit à tous : « Que chacun dise ce qu’il veut ». Après une demi-heure l’acheteur est parti et la rencontre a sauté.
- Absence des institutions
Oui seule la Province est intervenue, mais ce n’était que des belles paroles. Et les syndicats nous proposaient des compromis que nous ne voulions pas accepter. A la fin ça c’est passé comme il fallait : Nous, les ouvriers, avons pris toutes les décisions et le syndicat nous a suivis. Comme cela doit être. Après c’est nous qui avons tout choisi avec les risques que cela comporte, mais nous avons voulu tenter le tout pour le tout, jusqu’à la fin.
- Choix gagnant.
Oui mais quel effort ! La fameuse « politique du travail » a échoué, quand dans la négociation on est passé à l’affrontement entre police et ouvriers. Et puis, excuse moi, si je me retrouve au sommet d’une grue à devoir faire mes besoins dans un sachet et à les jeter par-dessous, ou à demander à un collègue de tenir une bouteille d’eau pour rincer le shampoing de ma tête à dix mètres de hauteur, je crois qu’on m’enlève aussi ma dignité. Nous nous sommes sentis seuls de nombreuses fois. Mais l’honnêteté profonde et la solidarité entre collègues a été notre force. Nous voulons le dire aussi aux autres ouvriers. Quand il y a un affrontement entre la volonté d’un patron et l’unité des ouvriers, la partie reste ouverte.
Le caractère exemplaire et le retentissement de cette lutte vont bien au-delà d’un fait local mais représentent une mise en scène de la revanche et de la dignité retrouvée. Pour reprendre les mots de Roberto Gramiccia sur Liberazione d’aujourd’hui : « Les ouvriers de l’Innse nous fournissent un courageux exemple opposé au « ne pas faire ». Il se sont réappropriés la possibilité d’interférer avec leur propre destin. Ils l’ont fait par une action qui, y compris sur le plan esthétique est une magnifique œuvre d’art conceptuelle. Les quatre hommes volants ont déjà gagné » (3) .
L.A.
15.08.09
(1) Interview de Gianni Rinaldini par Manuela Cartosio, Il Manifesto 13-8-09.
(2) Divisione investigazioni generali e operazioni speciali. C’est une division spéciale de la police.
(3) Roberto Gramiccia, Performance su gru, opera contemporanea, dans Liberazione 13-8-09.
Source: Le Grand Soir
« Je me sens libéré d’une grande angoisse, serein, oui les ouvriers de l’Innse ont gagné [...] J’ai éprouvé la même émotion, le même enthousiasme que lors des 21 jours à la Fiat de Melfi. Cette fois-ci nous avons gagné à Milan et la ville en avait vraiment besoin. Ici l’industrie et le tissu social ont subi une dévastation sans pareil. C’est la première, fois depuis des années, qu’à Milan les travailleurs et le syndicat obtiennent une victoire si nette. [...] C’est une représentation en petit des raisons qui ont produit la crise globale. Il y a l’abandon d’une entreprise industrielle, cédée pour être mise à la casse à ceux qui veulent spéculer sur les machines. Les esprits les plus entreprenants jouent à la roulette de la finance et des affaires immobilières. Les bulles éclatent et après la cuite on s’aperçoit que l’industrie a encore des cartes à jouer. [..] Ces ouvriers ont résisté 15 mois, ils ont tenu grâce au rapport qu’ils ont, non pas avec le travail, mais avec leur travail. Ils sont très professionnels avec un très grand orgueil de leur métier [...] C’est vrai l’action éclatante a attiré l’attention mais cela n’explique pas tout […]. C’était une lutte de longue durée. L’action éclatante n’a été que la dernière action dictée par la rationalité et non par le désespoir : si on laissait démonter les machines et les amener, pour eux c’était fini [...] Ils ont fait 3 mois d’autogestion gratis. Puis dès qu’ils arrivaient à se faufiler à l’intérieur de l’usine, ils faisaient de la manutention pour garder les machines en état. […] Sans les machines le nouveau propriétaire n’aurait pas acheté. »
Manuela Cartosio, de Il Manifesto demande à Gianni Rinaldini :
« A l’Innse on a vu une communauté à l’œuvre. Différente de celles qui se sont rassemblées pour « nettoyer le territoire des Roms et des migrants ».
Rinaldini fait une mise au point : « Le mot communauté ne me plait pas. Il indique quelque chose qui exclut au lieu d’inclure. Je préfère parler d’expérience collective où l’on passait de moment d’euphories à des moments d’abattement. […] Le succès de l’Innse est un message d’espoir pour tous les travailleurs non seulement les métallos. Il dit que « la lutte paie » ce n’est pas une phrase toute faite. Cela nous donne des forces pour les défis de l’automne prochain, y compris pour le renouvellement du contrat national ».
A Milan, l’un des protagonistes de la lutte explique leurs raisons et les moments clé de celle-ci :
L’unité entre les ouvriers a été notre force.
Mariangela Maturi, il Manifesto 13 août 2009.
Vincenzo Acerenza et ses collègues ne sont plus sur la grue. Ils ne sont plus au piquet de grève. Ils sont accueillis comme des héros. Courtisés par les journalistes, embrassés par les parents et par ceux qui pendant des mois leur ont apportés des sandwichs, du vin et un peu de soutient.
Vincenzo n’est plus un jeune homme, (qu’il ne nous en veuille pas) avec ses cheveux blancs, ses lunettes ronde et sa chemise rigoureusement bleue.
- En somme a-t-il été plus difficile de monter ou de descendre de cette fameuse grue ?
Nous avons décidé d’y monter alors que nous entrions dans l’usine, sur le moment. Que faire une fois que nous étions dedans ? Ils auraient pu nous jeter dehors. Nous sommes montés sur le pont roulant. Après une semaine en descendant je n’y croyais pas ! Je n’y crois même pas maintenant, à vrai dire. Pour nous tous, la plus grande peur, à ne pas réussir à en dormir la nuit, était de pouvoir démontrer que ce n’est pas toujours le patron qui gagne. Je pensais à quel exemple nous aurions donné si nous avions échoué. Ils auraient gagné et nous aurions été obligés de l’admettre : « Oui vous avez raison, il n’y à plus rien à faire ». Ce qui nous faisait le plus mal c’était quand même ceux qui nous soutenaient tout en nous disant « il n’y à plus rien à faire ».
- Mais c’est vous qui avez gagné. Des héros ?
Mais non ! Pas des héros ! Nous savions depuis longtemps que l’action finale ne pouvait être seulement qu’une occupation symbolique. La nuit où nous sommes entrés, la police en position était très nombreuse. Nous n’aurions pas pu passer, ils étaient bien plus forts que nous. Donc nous devions contourner le problème. Pour ne pas nous faire choper nous nous sommes écriés : « Hé ! Nous faisons un saut à la réunion de la bourse du travail ? » Et nous nous sommes éloignés à cinq, en catimini. Nous avons pris la voiture, et au lieu de partir nous avons contourné la zone, qui était très grande. Nous connaissons toutes les entrées latérales depuis trente ans que nous sommes à l’Innse. Nous avons traversé les champs, je te dis pas… au milieu des faisans, quelle scène ! Mais ainsi nous avons réussi à rentrer, puis nous sommes montés. Je ne te dis pas la tête d’un type de la digos (2) qui trois heures plus tôt m’avait dit « Eh, les gars c’est fini ! » Cela dit nous sommes et nous restons des ouvriers, nous n’allons pas devenir des entrepreneurs. Nous retournerons travailler pour le patron pour 1300 euros par mois. Mais maintenant nous savons ce dont nous sommes capables !
- L’espériez vous cela il y a un an ?
Oui, mais c’était des mois terribles. D’abord nous avons essayé avec la production directe « regardez ce n’est pas difficile de mener une usine sans un patron ». Puis le magistrat a fait un choix à mi-chemin, ils ne nous a pas laissés continuer et a scellé l’usine. Cela a été pour nous un moment difficile et nous avons choisi de continuer la lutte. En décembre, l’Innse a été « restituée » à Genta qui pouvait ainsi la démanteler. Cela a été un autre moment dramatique. A un moment donné, après des mois de disputes, nous avons fait une réunion à la Préfecture avec toute les institutions, la Ormis (l’entreprise qui voulait racheter la Innse) et un fonctionnaire du ministère qui au lieu de résoudre les choses a dit à tous : « Que chacun dise ce qu’il veut ». Après une demi-heure l’acheteur est parti et la rencontre a sauté.
- Absence des institutions
Oui seule la Province est intervenue, mais ce n’était que des belles paroles. Et les syndicats nous proposaient des compromis que nous ne voulions pas accepter. A la fin ça c’est passé comme il fallait : Nous, les ouvriers, avons pris toutes les décisions et le syndicat nous a suivis. Comme cela doit être. Après c’est nous qui avons tout choisi avec les risques que cela comporte, mais nous avons voulu tenter le tout pour le tout, jusqu’à la fin.
- Choix gagnant.
Oui mais quel effort ! La fameuse « politique du travail » a échoué, quand dans la négociation on est passé à l’affrontement entre police et ouvriers. Et puis, excuse moi, si je me retrouve au sommet d’une grue à devoir faire mes besoins dans un sachet et à les jeter par-dessous, ou à demander à un collègue de tenir une bouteille d’eau pour rincer le shampoing de ma tête à dix mètres de hauteur, je crois qu’on m’enlève aussi ma dignité. Nous nous sommes sentis seuls de nombreuses fois. Mais l’honnêteté profonde et la solidarité entre collègues a été notre force. Nous voulons le dire aussi aux autres ouvriers. Quand il y a un affrontement entre la volonté d’un patron et l’unité des ouvriers, la partie reste ouverte.
Le caractère exemplaire et le retentissement de cette lutte vont bien au-delà d’un fait local mais représentent une mise en scène de la revanche et de la dignité retrouvée. Pour reprendre les mots de Roberto Gramiccia sur Liberazione d’aujourd’hui : « Les ouvriers de l’Innse nous fournissent un courageux exemple opposé au « ne pas faire ». Il se sont réappropriés la possibilité d’interférer avec leur propre destin. Ils l’ont fait par une action qui, y compris sur le plan esthétique est une magnifique œuvre d’art conceptuelle. Les quatre hommes volants ont déjà gagné » (3) .
L.A.
15.08.09
(1) Interview de Gianni Rinaldini par Manuela Cartosio, Il Manifesto 13-8-09.
(2) Divisione investigazioni generali e operazioni speciali. C’est une division spéciale de la police.
(3) Roberto Gramiccia, Performance su gru, opera contemporanea, dans Liberazione 13-8-09.
Source: Le Grand Soir
mardi 18 août 2009
La liberté d’expression serait-elle menacée jusqu’au cœur de l’Europe ?
Alors que la liberté d’opinion est un acquis démocratique et à ce titre inscrite dans la loi, et que les moyens d’expression n’ont jamais été aussi banalisés et accessibles qu’à notre époque où Internet ne cesse d’étendre sa toile aux endroits les plus reculés de la planète, dès que des citoyens se risquent à ne pas chanter dans le ton, certains États – et pas forcément ceux que l’on qualifie habituellement d’exotiques – semblent renforcer leurs réflexes répressifs, par le biais de leur système policier.
Sans parler de l’Italie où des lois que l’on pensait appartenir au passé refont surface sans que cela ne soulève de protestations marquées de la part des autres pays européens, il semble que certains policiers de l’une ou l’autre commune de Bruxelles s’imaginent être au-dessus de la législation.
Ainsi, ce dimanche 16 août au marché du Midi près des Abattoirs, quelques militants de la cause palestinienne se baladaient au milieu d’une foule habituée à y faire ses emplettes dominicales. Leur objectif : avant le début du Ramadan, inviter la clientèle à ne pas acheter de dattes en provenance d’Israël. Erreur ! Des policiers s’enquirent de la présence de ces militants, tout en leur signifiant l’interdiction de distribuer des tracts et de porter des tee-shirts préconisant le boycott d’Israël. Étonné de ces directives inhabituelles, Nordine Saïdi voulut savoir de quelles sources elles émanaient. Avec l’agressivité verbale qu’on leur connaît hélas, la réaction policière fut violente. L’un des policiers s’adressa à Nordine en lui lançant de quoi tu te mêles !? Puis l’obligea à lui remettre sa carte d’identité tout en l’arrêtant sur-le-champ, et en lui passant les menottes sous prétexte de trouble à l’ordre public.
Bien qu’ayant fait remarquer qu’il n’y avait aucun trouble de l’ordre public mais un dialogue avec les passants afin de les sensibiliser au problème des dattes israéliennes produites dans des colonies implantées en terre palestinienne – ce qui est reconnu comme illégal par l’ensemble de la Communauté internationale et l’ONU – et malgré avoir dit que personne ne pouvait l’empêcher de militer pour le boycott de ces produits comme cela s’est pratiqué à l’époque de l’apartheid en Afrique du Sud, Nordine fut emmené au poste de police d’Anderlecht. Déjà la semaine passée, des incidents du même genre se sont déroulés sur le territoire de cette commune…
Après avoir essuyé toutes sortes de quolibets et plaisanteries humiliantes et passé plusieurs heures en cellule à attendre qu’on lui explique les motifs de son arrestation et de sa détention, Nordine Saïdi fut relâché en fin d’après-midi, sans le moindre motif, ni procès-verbal, ni la moindre justification d’une telle procédure. Pis : lors de sa remise en liberté, il dut supporter la bêtise haineuse de ces petits gradés, et s’entendre dire qu’en tant que bougnoule et terroriste, il n’avait qu’à rentrer chez lui, et aller foutre la merde dans son pays ! Et si cela ne lui plaisait pas, il n’avait qu’à se ceinturer d’explosifs, faire des braquages et se faire sauter dans son pays !
Interloqué par ces propos à caractère profondément raciste, Nordine se tourna vers une policière qui assistait à l’altercation injurieuse de l’un de ses collègues, pour demander si elle avait entendu ces propos, mais l’autre renchérit, disant que personne n’avait rien entendu parce qu’ici, on engage des sourds, "c’est pour ça qu’on a des oreillettes" ! Et les femmes ont juste le droit de fermer leur gueule !
L’on pourrait croire que ce genre d’incident est rare voire même exceptionnel. Hélas, il existe de trop nombreux témoignages pour attester du contraire. Et en tant que citoyens respectueux des lois, nous ne pouvons rester indifférents à ce type de comportement. Les forces de l’ordre sont gangrénées par ce genre d’individus qui tels de petits machos, font la loi à leur manière. Ces minables Rambo, fiers dans leur uniforme, s’imaginent être dans quelque mauvais téléfilm américain de série C où seul leur langage ordurier suffirait à les justifier.
Chacun sait combien le port de l’uniforme pousse certains à penser qu’ils peuvent tout se permettre – comme chacun sait aussi, que plus ils sont faibles intérieurement, plus ils roulent des mécaniques et versent dans l’outrance – il n’empêche que quand les dérives se multiplient, il est temps de tirer la sonnette d’alarme et de rappeler à l’ordre ces flics de l’excès de zèle. Parce que ce n’est pas la première fois que ces pandores outrepassent leurs droits. Et il convient peut-être de leur rappeler et bien leur expliquer l'article 10 de la Convention européenne des droits de l'Homme qui stipule que "Toute personne a droit à la liberté d'expression. Ce droit comprend la liberté d'opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu'il puisse y avoir ingérence d'autorités publiques et sans considération de frontière."
De la même manière, il convient également de protester énergiquement auprès du bourgmestre de ces communes, en tant que chef de la police. Ce sont les bourgmestres qui sont priés de faire le tri entre le bon grain et l’ivraie. Ce sont eux qui doivent vérifier l’état d’esprit qui règne au sein des commissariats et des forces de police. Et ce sont eux qui sont également responsables du maintien de ce droit fondamental qui est la liberté d’opinion et d’expression de tout citoyen sur le territoire de leur commune, tant que l‘ordre public n’est pas dérangé.
La ville de Bruxelles et ce qu’elle représente, n’a que faire de pareils individus au sein de ses forces de l’ordre. Que du contraire : il faudrait les en expurger sans délai, pour avoir enfin des forces de police réellement au service des citoyens, aimables et polis envers chacun, capables d’intervenir aux moments judicieux et non de manière arbitraire, dans les conditions et sous les formes qui conviennent à chaque situation.
L’on semble bien loin du compte, dans certaines communes de la capitale de l’Europe !
Daniel Vanhove –
Membre du Mouvement Citoyen Palestine, ainsi que du Mouvement ÉGALITÉ -
Co-auteur de Retour de Palestine - 2002 - Ed. Vista
Auteur de Si vous détruisez nos maisons, vous ne détruirez pas nos âmes – 2004 –
et La Démocratie Mensonge – 2008 – parus aux Ed. M. Pietteur – coll. Oser Dire
Sans parler de l’Italie où des lois que l’on pensait appartenir au passé refont surface sans que cela ne soulève de protestations marquées de la part des autres pays européens, il semble que certains policiers de l’une ou l’autre commune de Bruxelles s’imaginent être au-dessus de la législation.
Ainsi, ce dimanche 16 août au marché du Midi près des Abattoirs, quelques militants de la cause palestinienne se baladaient au milieu d’une foule habituée à y faire ses emplettes dominicales. Leur objectif : avant le début du Ramadan, inviter la clientèle à ne pas acheter de dattes en provenance d’Israël. Erreur ! Des policiers s’enquirent de la présence de ces militants, tout en leur signifiant l’interdiction de distribuer des tracts et de porter des tee-shirts préconisant le boycott d’Israël. Étonné de ces directives inhabituelles, Nordine Saïdi voulut savoir de quelles sources elles émanaient. Avec l’agressivité verbale qu’on leur connaît hélas, la réaction policière fut violente. L’un des policiers s’adressa à Nordine en lui lançant de quoi tu te mêles !? Puis l’obligea à lui remettre sa carte d’identité tout en l’arrêtant sur-le-champ, et en lui passant les menottes sous prétexte de trouble à l’ordre public.
Bien qu’ayant fait remarquer qu’il n’y avait aucun trouble de l’ordre public mais un dialogue avec les passants afin de les sensibiliser au problème des dattes israéliennes produites dans des colonies implantées en terre palestinienne – ce qui est reconnu comme illégal par l’ensemble de la Communauté internationale et l’ONU – et malgré avoir dit que personne ne pouvait l’empêcher de militer pour le boycott de ces produits comme cela s’est pratiqué à l’époque de l’apartheid en Afrique du Sud, Nordine fut emmené au poste de police d’Anderlecht. Déjà la semaine passée, des incidents du même genre se sont déroulés sur le territoire de cette commune…
Après avoir essuyé toutes sortes de quolibets et plaisanteries humiliantes et passé plusieurs heures en cellule à attendre qu’on lui explique les motifs de son arrestation et de sa détention, Nordine Saïdi fut relâché en fin d’après-midi, sans le moindre motif, ni procès-verbal, ni la moindre justification d’une telle procédure. Pis : lors de sa remise en liberté, il dut supporter la bêtise haineuse de ces petits gradés, et s’entendre dire qu’en tant que bougnoule et terroriste, il n’avait qu’à rentrer chez lui, et aller foutre la merde dans son pays ! Et si cela ne lui plaisait pas, il n’avait qu’à se ceinturer d’explosifs, faire des braquages et se faire sauter dans son pays !
Interloqué par ces propos à caractère profondément raciste, Nordine se tourna vers une policière qui assistait à l’altercation injurieuse de l’un de ses collègues, pour demander si elle avait entendu ces propos, mais l’autre renchérit, disant que personne n’avait rien entendu parce qu’ici, on engage des sourds, "c’est pour ça qu’on a des oreillettes" ! Et les femmes ont juste le droit de fermer leur gueule !
L’on pourrait croire que ce genre d’incident est rare voire même exceptionnel. Hélas, il existe de trop nombreux témoignages pour attester du contraire. Et en tant que citoyens respectueux des lois, nous ne pouvons rester indifférents à ce type de comportement. Les forces de l’ordre sont gangrénées par ce genre d’individus qui tels de petits machos, font la loi à leur manière. Ces minables Rambo, fiers dans leur uniforme, s’imaginent être dans quelque mauvais téléfilm américain de série C où seul leur langage ordurier suffirait à les justifier.
Chacun sait combien le port de l’uniforme pousse certains à penser qu’ils peuvent tout se permettre – comme chacun sait aussi, que plus ils sont faibles intérieurement, plus ils roulent des mécaniques et versent dans l’outrance – il n’empêche que quand les dérives se multiplient, il est temps de tirer la sonnette d’alarme et de rappeler à l’ordre ces flics de l’excès de zèle. Parce que ce n’est pas la première fois que ces pandores outrepassent leurs droits. Et il convient peut-être de leur rappeler et bien leur expliquer l'article 10 de la Convention européenne des droits de l'Homme qui stipule que "Toute personne a droit à la liberté d'expression. Ce droit comprend la liberté d'opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu'il puisse y avoir ingérence d'autorités publiques et sans considération de frontière."
De la même manière, il convient également de protester énergiquement auprès du bourgmestre de ces communes, en tant que chef de la police. Ce sont les bourgmestres qui sont priés de faire le tri entre le bon grain et l’ivraie. Ce sont eux qui doivent vérifier l’état d’esprit qui règne au sein des commissariats et des forces de police. Et ce sont eux qui sont également responsables du maintien de ce droit fondamental qui est la liberté d’opinion et d’expression de tout citoyen sur le territoire de leur commune, tant que l‘ordre public n’est pas dérangé.
La ville de Bruxelles et ce qu’elle représente, n’a que faire de pareils individus au sein de ses forces de l’ordre. Que du contraire : il faudrait les en expurger sans délai, pour avoir enfin des forces de police réellement au service des citoyens, aimables et polis envers chacun, capables d’intervenir aux moments judicieux et non de manière arbitraire, dans les conditions et sous les formes qui conviennent à chaque situation.
L’on semble bien loin du compte, dans certaines communes de la capitale de l’Europe !
Daniel Vanhove –
Membre du Mouvement Citoyen Palestine, ainsi que du Mouvement ÉGALITÉ -
Co-auteur de Retour de Palestine - 2002 - Ed. Vista
Auteur de Si vous détruisez nos maisons, vous ne détruirez pas nos âmes – 2004 –
et La Démocratie Mensonge – 2008 – parus aux Ed. M. Pietteur – coll. Oser Dire
lundi 17 août 2009
Invitation: Free Gaza !
Greta Berlin,
co-fondatrice du mouvement FREE GAZA,
et membre du Conseil d'administration intérimaire,
tiendra une conférence ce mardi 18 août 2009 à 19h,
au Centre Garcia Lorca, rue des Foulons, 47 à 1000 Bruxelles
Greta Berlin y présentera une courte synthèse de l'expérience vécue
avec le bateau "Spirit of Humanity" et la capture de son équipage
par l'armée israélienne en juillet dernier, aux abords des côtes de Gaza.
Vous pourrez entendre son témoignage, aussi porteur d'un nouvel espoir.
Venez nombreux et n'hésitez pas à diffuser cette invitation.
Luk Vervaet,
Yvette Van Hauwe,
Sami Al-Subaihi,
Nordine Saïdi.
co-fondatrice du mouvement FREE GAZA,
et membre du Conseil d'administration intérimaire,
tiendra une conférence ce mardi 18 août 2009 à 19h,
au Centre Garcia Lorca, rue des Foulons, 47 à 1000 Bruxelles
Greta Berlin y présentera une courte synthèse de l'expérience vécue
avec le bateau "Spirit of Humanity" et la capture de son équipage
par l'armée israélienne en juillet dernier, aux abords des côtes de Gaza.
Vous pourrez entendre son témoignage, aussi porteur d'un nouvel espoir.
Venez nombreux et n'hésitez pas à diffuser cette invitation.
Luk Vervaet,
Yvette Van Hauwe,
Sami Al-Subaihi,
Nordine Saïdi.
dimanche 16 août 2009
Action climat, ou la recherche d'une démocratie vivante
En ces temps de désaveu fréquent de la politique, marqué notamment par l'abstentionnisme des jeunes (près de 70 % n'ont pas voté aux élections européennes de juin), ce qui s'est passé à Notre-Dame-des-Landes, en Loire-Atlantique, du 3 au 10 août, est non seulement rafraîchissant, mais prometteur.
Des associations locales en lutte contre un projet d'aéroport au nord de Nantes y avaient organisé une "semaine de la résistance", à laquelle se sont associées de nombreuses organisations écologiques et politiques de gauche. S'y est inclus, pour la première fois en France, un "camp action climat", illustrant une coupure générationnelle : alors que des militants valeureux mais tannés par l'expérience se retrouvaient du côté de la semaine de la résistance, le "camp" réunissait la majorité des jeunes, plus séduits par cette nouvelle forme d'engagement.
Inaugurés en Angleterre en 2006 et toujours inscrits dans une lutte concrète, les "camps action climat" visent à articuler une pratique écologique et une vie collective démocratique. La démarche suscite un intérêt croissant, puisqu'une dizaine d'initiatives similaires ont été (ou vont être) organisées cet été en Angleterre, Irlande, Danemark, Allemagne, Belgique, Etats-Unis, etc.
A la base, le désir de mettre en pratique le mode de vie écologique que l'on recommande pour la société : "Tout le monde en a marre du bla-bla, il faut bouger, montrer l'exemple", dit Pauline, une des participantes du "camp" (la plupart d'entre eux ne souhaitent pas que soit indiqué leur nom, voire leur prénom). Idée sous-jacente : on ne peut pas changer la société si on ne change pas individuellement.
Le "camp" a ainsi démontré la possibilité d'une vie sobre et à impact écologique faible. Eoliennes, plaques solaires et générateur à huile végétale assuraient une quasi-autonomie énergétique (la cuisine requérant cependant du bois et du gaz). Les participants se passaient d'équipements consommateurs d'électricité (sauf les téléphones portables), et il n'y avait pas de lumières le soir sauf dans les espaces communs. L'eau était fournie par un agriculteur voisin. Les toilettes étaient sèches, les excréments mélangés à la sciure constituant un compost récupéré pour l'agriculture. La nourriture était issue d'agriculture biologique. Pas de viande, bien sûr, ce qui a été une nouvelle expérience pour beaucoup, et trois boulangers préparaient du pain à base de farine biologique.
Mais il s'agit aussi d'expérimenter une nouvelle façon de s'organiser et de décider en commun. Le site Internet du camp en résume la philosophie : "Les gens peuvent s'organiser de façon non hiérarchique, sans qu'il y ait un(e) dirigeant(e) pour les y forcer ou leur montrer comment faire (...). La coopération basée sur des accords volontaires entre les gens eux-mêmes est plus inventive, plus efficace et surtout plus juste pour affronter les enjeux écologiques et sociaux actuels."
Aussi bien dans les villages qu'à l'assemblée générale quotidienne, les décisions sont ainsi prises au consensus. Il n'y a pas de porte-parole, pas d'élu, pas de vote ; mais des discussions qui doivent se poursuivre jusqu'à l'atteinte du consensus sur les sujets débattus. "Le consensus, explique Jean-Pierre, cela signifie que les gens qui ne sont pas d'accord avec la décision sont invités à exprimer la raison pour laquelle ils ne sont pas d'accord, et la décision peut être modifiée de façon à trouver une troisième voie qui va convenir à tous."
Pourquoi refuser le vote ? "Dans le vote, dit C., 50 % des gens sont contents et 50 % insatisfaits. L'intérêt de la prise de décision au consensus, c'est de recueillir l'adhésion pleine de la personne, et donc d'avoir une implication et une appropriation de la décision par chaque personne, parce que chacun y a contribué. C'est de la démocratie, mais pas représentative." Des procédures particulières aident à la discussion. Un langage de signes permet d'exprimer son opinion sans parler (par exemple, main agitée en l'air signifie l'accord).
Des volontaires sont facilitateurs de la discussion, scribes ou scrutateurs de sensations (pour s'assurer que certains ne sont pas exclus ou repliés sur eux-mêmes). "Ce système permet une vraie qualité d'écoute entre des gens aux positions totalement opposées, assure Jean-Pierre. On n'est plus dans un rapport de force, mais dans un rapport d'intelligence." "Les femmes ont vachement de place, observe Laurence, c'est un indicateur que cela se passe bien."
Il reste que le refus de la politique institutionnelle et du système des partis, fréquent chez les participants de ces "camps", est discutable. "Ce n'est pas parce que nous sommes déçus par la pratique politique qu'il faut laisser la politique à ceux qui nous ont déçus", dit Corinne Morel-Darleux, présente pour le Parti de Gauche à la semaine de la résistance.
Certes. Mais les démocrates classiques et sincères ont tout intérêt à entendre ce que leur disent les démocrates écolo-autonomes. Pour autant, bien sûr, qu'ils veuillent redonner vie à un système politique qu'une large partie du peuple ressent de plus en plus comme une coquille vide et illégitime.
Hervé Kempf
16.08.09
Source: lemonde.fr
Des associations locales en lutte contre un projet d'aéroport au nord de Nantes y avaient organisé une "semaine de la résistance", à laquelle se sont associées de nombreuses organisations écologiques et politiques de gauche. S'y est inclus, pour la première fois en France, un "camp action climat", illustrant une coupure générationnelle : alors que des militants valeureux mais tannés par l'expérience se retrouvaient du côté de la semaine de la résistance, le "camp" réunissait la majorité des jeunes, plus séduits par cette nouvelle forme d'engagement.
Inaugurés en Angleterre en 2006 et toujours inscrits dans une lutte concrète, les "camps action climat" visent à articuler une pratique écologique et une vie collective démocratique. La démarche suscite un intérêt croissant, puisqu'une dizaine d'initiatives similaires ont été (ou vont être) organisées cet été en Angleterre, Irlande, Danemark, Allemagne, Belgique, Etats-Unis, etc.
A la base, le désir de mettre en pratique le mode de vie écologique que l'on recommande pour la société : "Tout le monde en a marre du bla-bla, il faut bouger, montrer l'exemple", dit Pauline, une des participantes du "camp" (la plupart d'entre eux ne souhaitent pas que soit indiqué leur nom, voire leur prénom). Idée sous-jacente : on ne peut pas changer la société si on ne change pas individuellement.
Le "camp" a ainsi démontré la possibilité d'une vie sobre et à impact écologique faible. Eoliennes, plaques solaires et générateur à huile végétale assuraient une quasi-autonomie énergétique (la cuisine requérant cependant du bois et du gaz). Les participants se passaient d'équipements consommateurs d'électricité (sauf les téléphones portables), et il n'y avait pas de lumières le soir sauf dans les espaces communs. L'eau était fournie par un agriculteur voisin. Les toilettes étaient sèches, les excréments mélangés à la sciure constituant un compost récupéré pour l'agriculture. La nourriture était issue d'agriculture biologique. Pas de viande, bien sûr, ce qui a été une nouvelle expérience pour beaucoup, et trois boulangers préparaient du pain à base de farine biologique.
Mais il s'agit aussi d'expérimenter une nouvelle façon de s'organiser et de décider en commun. Le site Internet du camp en résume la philosophie : "Les gens peuvent s'organiser de façon non hiérarchique, sans qu'il y ait un(e) dirigeant(e) pour les y forcer ou leur montrer comment faire (...). La coopération basée sur des accords volontaires entre les gens eux-mêmes est plus inventive, plus efficace et surtout plus juste pour affronter les enjeux écologiques et sociaux actuels."
Aussi bien dans les villages qu'à l'assemblée générale quotidienne, les décisions sont ainsi prises au consensus. Il n'y a pas de porte-parole, pas d'élu, pas de vote ; mais des discussions qui doivent se poursuivre jusqu'à l'atteinte du consensus sur les sujets débattus. "Le consensus, explique Jean-Pierre, cela signifie que les gens qui ne sont pas d'accord avec la décision sont invités à exprimer la raison pour laquelle ils ne sont pas d'accord, et la décision peut être modifiée de façon à trouver une troisième voie qui va convenir à tous."
Pourquoi refuser le vote ? "Dans le vote, dit C., 50 % des gens sont contents et 50 % insatisfaits. L'intérêt de la prise de décision au consensus, c'est de recueillir l'adhésion pleine de la personne, et donc d'avoir une implication et une appropriation de la décision par chaque personne, parce que chacun y a contribué. C'est de la démocratie, mais pas représentative." Des procédures particulières aident à la discussion. Un langage de signes permet d'exprimer son opinion sans parler (par exemple, main agitée en l'air signifie l'accord).
Des volontaires sont facilitateurs de la discussion, scribes ou scrutateurs de sensations (pour s'assurer que certains ne sont pas exclus ou repliés sur eux-mêmes). "Ce système permet une vraie qualité d'écoute entre des gens aux positions totalement opposées, assure Jean-Pierre. On n'est plus dans un rapport de force, mais dans un rapport d'intelligence." "Les femmes ont vachement de place, observe Laurence, c'est un indicateur que cela se passe bien."
Il reste que le refus de la politique institutionnelle et du système des partis, fréquent chez les participants de ces "camps", est discutable. "Ce n'est pas parce que nous sommes déçus par la pratique politique qu'il faut laisser la politique à ceux qui nous ont déçus", dit Corinne Morel-Darleux, présente pour le Parti de Gauche à la semaine de la résistance.
Certes. Mais les démocrates classiques et sincères ont tout intérêt à entendre ce que leur disent les démocrates écolo-autonomes. Pour autant, bien sûr, qu'ils veuillent redonner vie à un système politique qu'une large partie du peuple ressent de plus en plus comme une coquille vide et illégitime.
Hervé Kempf
16.08.09
Source: lemonde.fr
samedi 15 août 2009
Pour l'égalité dans l'enseignement !
Si vous êtes CONTRE toutes les formes de discrimination ou d'inégalité au sein de l’enseignement, ceci vous concerne :
Ce dimanche 16 août 2009 :
MARCHONS ENSEMBLE « POUR L’ÉGALITÉ DANS L’ENSEIGNEMENT »
Début de la marche : Place Madou à 14 H 00
Soyons nombreux à exiger que l'enseignement soit égal pour tous !
Organisation: MOUVEMENT ÉGALITÉ
Ce dimanche 16 août 2009 :
MARCHONS ENSEMBLE « POUR L’ÉGALITÉ DANS L’ENSEIGNEMENT »
Début de la marche : Place Madou à 14 H 00
Soyons nombreux à exiger que l'enseignement soit égal pour tous !
Organisation: MOUVEMENT ÉGALITÉ
Le droit d'appeler au boycott d'Israël remis en question?
Des communes bruxelloises interdisent la distribution de tracts appelant au boycott des dattes israéliennes.
Depuis quelques semaines, les militants de la Coordination pour le Boycott d'Israël (COBI) se sont lancés dans une campagne de diffusion de tracts demandant, à l'occasion du mois de Ramadan, de ne pas acheter des dattes israéliennes. Leur action citoyenne n'est pas du goût de tous.
La campagne fonctionne bien, les militants parcourent les marchés de la capitale et discutent avec les passants sans aucunement troubler l'ordre public. A plusieurs reprises pourtant, la police les a interpelés et leur a parfois demandé de quitter les lieux, arguant qu'ils n'avaient pas d'autorisation.
Bien que ce document ne soit pas toujours nécessaire, la COBI a entrepris des démarches auprès des autorités communales pour l'obtenir. Sans justifier leur décision, les communes de Schaerbeek, Saint-Gilles et Anderlecht ont refusé de le délivrer. Certaines d'entre elles ont prétendu vouloir ainsi "éviter des troubles", alors que les actions menées jusqu'ici n'en avaient absolument causés aucun.
La commune de Molenbeek a accordé une autorisation. Cependant, le jeudi 13 août au matin, les citoyens qui distribuaient - on ne peut plus calmement des tracts au marché - ont été contrôlés par la police. Certains l'ont été à deux reprises par des policiers différents. Les forces de l'ordre leur ont simplement expliqués qu'ils devaient "faire un rapport".
Intal, qui participe à cette campagne avec d'autres organisations (dont le mouvement ÉGALITÉ - NDLR), est particulièrement choqué par l'attitude des autorités communales et se demande de quel droit elles interdisent la tenue actions citoyennes et pacifiques.
A toutes fins utiles, nous leur rappelons l'article 10 de la Convention européenne des droits de l'Homme qui stipule que "Toute personne a droit à la liberté d'expression. Ce droit comprend la liberté d'opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu'il puisse y avoir ingérence d'autorités publiques et sans considération de frontière."
Intal espère que les interdictions seront rapidement levées afin que le débat démocratique puisse reprendre.
Nous vous invitons à soutenir cette campagne et à manifester par écrit votre désapprobation auprès des autorités communales de Saint-Gilles, Schaerbeek, Anderlecht (et Molenbeek, après qu'un procès verbal ait été dressé à l'encontre de militants - NDLR).
Source: Intal
Depuis quelques semaines, les militants de la Coordination pour le Boycott d'Israël (COBI) se sont lancés dans une campagne de diffusion de tracts demandant, à l'occasion du mois de Ramadan, de ne pas acheter des dattes israéliennes. Leur action citoyenne n'est pas du goût de tous.
La campagne fonctionne bien, les militants parcourent les marchés de la capitale et discutent avec les passants sans aucunement troubler l'ordre public. A plusieurs reprises pourtant, la police les a interpelés et leur a parfois demandé de quitter les lieux, arguant qu'ils n'avaient pas d'autorisation.
Bien que ce document ne soit pas toujours nécessaire, la COBI a entrepris des démarches auprès des autorités communales pour l'obtenir. Sans justifier leur décision, les communes de Schaerbeek, Saint-Gilles et Anderlecht ont refusé de le délivrer. Certaines d'entre elles ont prétendu vouloir ainsi "éviter des troubles", alors que les actions menées jusqu'ici n'en avaient absolument causés aucun.
La commune de Molenbeek a accordé une autorisation. Cependant, le jeudi 13 août au matin, les citoyens qui distribuaient - on ne peut plus calmement des tracts au marché - ont été contrôlés par la police. Certains l'ont été à deux reprises par des policiers différents. Les forces de l'ordre leur ont simplement expliqués qu'ils devaient "faire un rapport".
Intal, qui participe à cette campagne avec d'autres organisations (dont le mouvement ÉGALITÉ - NDLR), est particulièrement choqué par l'attitude des autorités communales et se demande de quel droit elles interdisent la tenue actions citoyennes et pacifiques.
A toutes fins utiles, nous leur rappelons l'article 10 de la Convention européenne des droits de l'Homme qui stipule que "Toute personne a droit à la liberté d'expression. Ce droit comprend la liberté d'opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu'il puisse y avoir ingérence d'autorités publiques et sans considération de frontière."
Intal espère que les interdictions seront rapidement levées afin que le débat démocratique puisse reprendre.
Nous vous invitons à soutenir cette campagne et à manifester par écrit votre désapprobation auprès des autorités communales de Saint-Gilles, Schaerbeek, Anderlecht (et Molenbeek, après qu'un procès verbal ait été dressé à l'encontre de militants - NDLR).
Source: Intal
vendredi 14 août 2009
Déforestation: Les ressorts d’un désastre
Problématique complexe aux causes et aux effets multiples, la déforestation est d’abord une tendance mondiale alarmante. Environ 130 000 km² sont déboisés chaque année, plus de quatre fois la superficie de la Belgique. Perte nette annuelle, après régénération et nouvelles plantations : 80 000 km², soit 220 km² par jour. Particulièrement concernés, les trois principaux bassins forestiers du Sud : l’Amazonie, l’Afrique centrale et la zone Malaisie/Indonésie.
Car en effet, si les forêts boréales et tempérées ont stagné ou légèrement progressé ces dernières décennies (après avoir plongé ces derniers siècles en Europe et aux Etats-Unis), c’est d’abord dans les régions tropicales que les surfaces boisées régressent à un rythme soutenu depuis une cinquantaine d’années. De 1990 à 2007, l’Indonésie a ainsi perdu plus d’un tiers de son couvert forestier, le Brésil plus de 10% et l’Afrique centrale environ 6%. Au rythme actuel, quelque 40 pays affichent des reculs supérieurs à 1% l’an.
Le constat est d’autant plus préoccupant que, dans nombre de cas, les replantations – en particulier les monocultures d’arbres à croissance rapide, le fast wood – qui atténuent dans les chiffres l’ampleur de l’hémorragie, diminuent de fait sur le terrain la qualité intrinsèque des forêts, quand elles n’aggravent pas les déséquilibres écologiques. En péril donc, les fonctions vitales du milieu forestier : environnementales (contribution au cycle de l’eau, à la régulation du climat, à la protection des sols, au stockage du carbone, à l’entretien de la biodiversité) et sociales (près d’un tiers de l’humanité, selon le Pnud, en serait tributaire pour son alimentation, sa santé, etc.).
Principaux ressorts de ce « désastre » en cours ? La pauvreté bien sûr, mais surtout – et de plus en plus – l’approvisionnement du marché mondial en céréales, en viande, en huile, en minerais, en bois, en pâte à papier, en carburants… Les deux mènent à une « exploitation non durable » des forêts. Non pas que les centaines de millions de paysans en quête de parcelles à cultiver ou de bois de chauffe soient par nature les prédateurs inconséquents d’écosystèmes dont ils sont les premiers à payer la dégradation, mais là où le manque de terres et de ressources est tel qu’il n’y a pas d’autres solutions, la pression des pauvres sur les forêts s’accroît inexorablement.
La logique de développement de l’industrie extractive, de l’agrobusiness et des monocultures d’exportation n’y est pas étrangère. Par l’appropriation privative et la concentration des ressources qu’elle présuppose et génère, par les externalités négatives qu’elle produit, elle s’opère au préjudice non seulement des surfaces boisées, mais aussi des populations locales et de leur environnement. L’expansion du secteur est boostée aujourd’hui par la montée en puissance des agrocarburants, dérivés eux-mêmes, dans leurs différentes formes, des grandes cultures intensives, qu’elles soient oléifères (soja, palme), riches en sucre (maïs, canne) ou autres encore (cellulose).
Dit autrement, le productivisme de l’agro-industrie et le consumérisme des riches hypothèquent la survie des petits paysans, érodent la biodiversité et dopent les émissions de CO2 liées au déboisement (1/5 des émissions mondiales de gaz à effet de serre). En cela, la lutte contre la déforestation n’a de sens que couplée aux vastes défis de la crise alimentaire, des impasses énergétiques, des changements climatiques et des inégalités dans le monde...
Bernard Duterme
28.07.09
Directeur du CETRI (Louvain-la-Neuve)
Coordinateur de l’ouvrage « Déforestation : causes, acteurs et enjeux » (Alternatives Sud, Paris, 2008).
Source: Courrier de la Planète n° 88
Car en effet, si les forêts boréales et tempérées ont stagné ou légèrement progressé ces dernières décennies (après avoir plongé ces derniers siècles en Europe et aux Etats-Unis), c’est d’abord dans les régions tropicales que les surfaces boisées régressent à un rythme soutenu depuis une cinquantaine d’années. De 1990 à 2007, l’Indonésie a ainsi perdu plus d’un tiers de son couvert forestier, le Brésil plus de 10% et l’Afrique centrale environ 6%. Au rythme actuel, quelque 40 pays affichent des reculs supérieurs à 1% l’an.
Le constat est d’autant plus préoccupant que, dans nombre de cas, les replantations – en particulier les monocultures d’arbres à croissance rapide, le fast wood – qui atténuent dans les chiffres l’ampleur de l’hémorragie, diminuent de fait sur le terrain la qualité intrinsèque des forêts, quand elles n’aggravent pas les déséquilibres écologiques. En péril donc, les fonctions vitales du milieu forestier : environnementales (contribution au cycle de l’eau, à la régulation du climat, à la protection des sols, au stockage du carbone, à l’entretien de la biodiversité) et sociales (près d’un tiers de l’humanité, selon le Pnud, en serait tributaire pour son alimentation, sa santé, etc.).
Principaux ressorts de ce « désastre » en cours ? La pauvreté bien sûr, mais surtout – et de plus en plus – l’approvisionnement du marché mondial en céréales, en viande, en huile, en minerais, en bois, en pâte à papier, en carburants… Les deux mènent à une « exploitation non durable » des forêts. Non pas que les centaines de millions de paysans en quête de parcelles à cultiver ou de bois de chauffe soient par nature les prédateurs inconséquents d’écosystèmes dont ils sont les premiers à payer la dégradation, mais là où le manque de terres et de ressources est tel qu’il n’y a pas d’autres solutions, la pression des pauvres sur les forêts s’accroît inexorablement.
La logique de développement de l’industrie extractive, de l’agrobusiness et des monocultures d’exportation n’y est pas étrangère. Par l’appropriation privative et la concentration des ressources qu’elle présuppose et génère, par les externalités négatives qu’elle produit, elle s’opère au préjudice non seulement des surfaces boisées, mais aussi des populations locales et de leur environnement. L’expansion du secteur est boostée aujourd’hui par la montée en puissance des agrocarburants, dérivés eux-mêmes, dans leurs différentes formes, des grandes cultures intensives, qu’elles soient oléifères (soja, palme), riches en sucre (maïs, canne) ou autres encore (cellulose).
Dit autrement, le productivisme de l’agro-industrie et le consumérisme des riches hypothèquent la survie des petits paysans, érodent la biodiversité et dopent les émissions de CO2 liées au déboisement (1/5 des émissions mondiales de gaz à effet de serre). En cela, la lutte contre la déforestation n’a de sens que couplée aux vastes défis de la crise alimentaire, des impasses énergétiques, des changements climatiques et des inégalités dans le monde...
Bernard Duterme
28.07.09
Directeur du CETRI (Louvain-la-Neuve)
Coordinateur de l’ouvrage « Déforestation : causes, acteurs et enjeux » (Alternatives Sud, Paris, 2008).
Source: Courrier de la Planète n° 88
jeudi 13 août 2009
Marre de l'intox des Clotilde Reiss et autres Roxana Saberi !
Coup de gueule.
On a tous et toutes entendu parler des ces pauvres Clotilde Reiss et autres Roxana Saberi, belles agnelles aux griffes des mollahs qui les accusent d’être des agents de l’occident chargées de promouvoir la subversion, ce que nos médias réfutent avant même d’avoir fait la moindre enquête.
Je tiens tout de suite à préciser que je n’aime pas les mollahs (je suis une agnostique laïque enragée), ni leur système politique, mais je suis excédée de ces manipulations médiatiques, et pour moi, l’Iran a autant le droit de développer son nucléaire que la France, c’est l’Iran qui est encerclé et en danger, pas "nous", c’est à l’Iran de gérer SES ressources naturelles (si possible au profit des IRANIENS), l’Iran est un ETAT SOUVERAIN.
Ces précisions plantées, voilà l’objet de mon agacement :
j’aurais éventuellement pu croire les médias dominants à propos de l’innocence des agnelles précitées si le père de Clotilde Reiss ne travaillait pas dans le... nucléaire (une agence plus précisément - vous liez pas ça avec la psychose montée par l’UE, les USA et Israël pour le nucléaire iranien ?) Cependant, comme pour l’affaire Roxana Saberi, ou d’autres comme Jennifer Lynch, les deux récentes journalistes americano-coréennes sauvées par Bill Clinton, les couveuses de Koweit City ou Ingrid Betancourt, on a TOUJOURS le même schéma médiatique :
- ce sont souvent des femmes pour respecter le cliché de l’innocente victime féminine d’islamisto-violeurs orientaux que de preux chevaliers blancs occidentaux vont se charger de libérer (cliché d’autant plus fort, qu’on nous vend l’Iran comme l’Etat le plus misogyne au monde - quand l’Arabie Saoudite ou divers émirats accueillant notre flouze et nos bases militaires ne gênent personne) ;
- elles sont toutes belles et jeunes (Betancourt sans être une beauté top-modèle est une femme de belle prestance qui à + 46 ans n’a pas une seule ride malgré 6 ans passés dans la jungle aux mains de "tortionnaires moyenâgeux" dixit Sarko) ;
- elles ont toutes beaucoup de facilité pour communiquer dès qu’un micro se braque sur elles ;
- elles ont le profil du Charity Business et de "l’ouverture au monde" à la Angelina Jolie Pitt, etc (Roxanna la belle métisse irano-japonaise ou Clotilde la française blanche qui s’intéresse tant à la culture iranienne, nous chantent ses amis et parents !)
Je range dans le même schéma les étudiants anti-chavistes polis et très comme il faut devant les caméras (que j’avais vus sur BFM TV, présentés très dignes par nos journaleux à la défaite de l’opposition lors du dernier référendum au Vénézuela - sans montrer l’écrasante majorité des étudiants bolivariens). Bref des jeunes au profil idéal (photogéniques, "ouverts", qui parlent bien, concernés par les "injustices" dans leur pays, pas comme ces irresponsables qui jouent à la Playstation 3, etc). Quand je suis de mauvaise humeur, je pense aux jeunesses hitlériennes et aux principes édictés par le "Génie" de la propagande, Monsieur Joseph Goebbels.
Ce qui me désole, c’est que même l’Humanité se joint à ce concert de sensationnalisme émotionnel, mais il est vrai qu’on doit la psychose de la burqa à un député communiste, qui plutôt que d’attaquer de front le MEDEF qui opprime le plus sûrement les femmes françaises salariées par le temps partiel, les salaires tirés vers le bas et de 30 % inférieurs aux hommes malgré une qualification et une expérience similaire, l’absence de politique volontariste pour garder ses enfants dans les entreprises, le peu de femmes aux postes importants, etc, ce communiste préfère participer à la musulmanophobie ambiante en pointant du doigt quelques 300 femmes à burqa sur l’ensemble du territoire français (mais quel courage !)
Ne parlons pas des magazines féminins qui adorent louer ce genre "d’icônes féministes" qui tiennent têtes à d’affreux machos type FARC, mollahs, Hamas, Hezbollah et j’en passe, ce qui me donne de sacrés fous rires nerveux. Ces rédactrices ne se rendent même pas compte que ces pauvres filles, Roxana et Clotilde, ne sont que des poupées, dont le "courage" féministe est fabriqué de toutes pièces, agitées dans les médias occidentaux pour promouvoir un ordre économique impérialiste, patriarcal et colonialiste, bien plus oppresseur envers les femmes du monde entier que toutes les théocraties actuelles réunies. Je pense que ces filles ont la réelle impression qu’elles rendent service aux iraniennes, tant le bourrage de crâne doit être puissant.
Encore une fois, nous ne devons pas attaquer ces poupées même si ce sont des imposteurs, mais identifier l’imposante machine derrière, et rappeler sans cesse les intox du même genre qu’on a déjà avalées telles que les couveuses de Koweit City, premier pas vers la destruction de l’Irak (et l’oppression des irakiennes).
Les vrais féministes restent des femmes comme Madame Marwan Bargouthi ou Arundhati Roy, qui luttent contre un ordre social injuste pour les femmes ET les hommes que leur pays.
Anna
Source: Le Grand Soir
On a tous et toutes entendu parler des ces pauvres Clotilde Reiss et autres Roxana Saberi, belles agnelles aux griffes des mollahs qui les accusent d’être des agents de l’occident chargées de promouvoir la subversion, ce que nos médias réfutent avant même d’avoir fait la moindre enquête.
Je tiens tout de suite à préciser que je n’aime pas les mollahs (je suis une agnostique laïque enragée), ni leur système politique, mais je suis excédée de ces manipulations médiatiques, et pour moi, l’Iran a autant le droit de développer son nucléaire que la France, c’est l’Iran qui est encerclé et en danger, pas "nous", c’est à l’Iran de gérer SES ressources naturelles (si possible au profit des IRANIENS), l’Iran est un ETAT SOUVERAIN.
Ces précisions plantées, voilà l’objet de mon agacement :
j’aurais éventuellement pu croire les médias dominants à propos de l’innocence des agnelles précitées si le père de Clotilde Reiss ne travaillait pas dans le... nucléaire (une agence plus précisément - vous liez pas ça avec la psychose montée par l’UE, les USA et Israël pour le nucléaire iranien ?) Cependant, comme pour l’affaire Roxana Saberi, ou d’autres comme Jennifer Lynch, les deux récentes journalistes americano-coréennes sauvées par Bill Clinton, les couveuses de Koweit City ou Ingrid Betancourt, on a TOUJOURS le même schéma médiatique :
- ce sont souvent des femmes pour respecter le cliché de l’innocente victime féminine d’islamisto-violeurs orientaux que de preux chevaliers blancs occidentaux vont se charger de libérer (cliché d’autant plus fort, qu’on nous vend l’Iran comme l’Etat le plus misogyne au monde - quand l’Arabie Saoudite ou divers émirats accueillant notre flouze et nos bases militaires ne gênent personne) ;
- elles sont toutes belles et jeunes (Betancourt sans être une beauté top-modèle est une femme de belle prestance qui à + 46 ans n’a pas une seule ride malgré 6 ans passés dans la jungle aux mains de "tortionnaires moyenâgeux" dixit Sarko) ;
- elles ont toutes beaucoup de facilité pour communiquer dès qu’un micro se braque sur elles ;
- elles ont le profil du Charity Business et de "l’ouverture au monde" à la Angelina Jolie Pitt, etc (Roxanna la belle métisse irano-japonaise ou Clotilde la française blanche qui s’intéresse tant à la culture iranienne, nous chantent ses amis et parents !)
Je range dans le même schéma les étudiants anti-chavistes polis et très comme il faut devant les caméras (que j’avais vus sur BFM TV, présentés très dignes par nos journaleux à la défaite de l’opposition lors du dernier référendum au Vénézuela - sans montrer l’écrasante majorité des étudiants bolivariens). Bref des jeunes au profil idéal (photogéniques, "ouverts", qui parlent bien, concernés par les "injustices" dans leur pays, pas comme ces irresponsables qui jouent à la Playstation 3, etc). Quand je suis de mauvaise humeur, je pense aux jeunesses hitlériennes et aux principes édictés par le "Génie" de la propagande, Monsieur Joseph Goebbels.
Ce qui me désole, c’est que même l’Humanité se joint à ce concert de sensationnalisme émotionnel, mais il est vrai qu’on doit la psychose de la burqa à un député communiste, qui plutôt que d’attaquer de front le MEDEF qui opprime le plus sûrement les femmes françaises salariées par le temps partiel, les salaires tirés vers le bas et de 30 % inférieurs aux hommes malgré une qualification et une expérience similaire, l’absence de politique volontariste pour garder ses enfants dans les entreprises, le peu de femmes aux postes importants, etc, ce communiste préfère participer à la musulmanophobie ambiante en pointant du doigt quelques 300 femmes à burqa sur l’ensemble du territoire français (mais quel courage !)
Ne parlons pas des magazines féminins qui adorent louer ce genre "d’icônes féministes" qui tiennent têtes à d’affreux machos type FARC, mollahs, Hamas, Hezbollah et j’en passe, ce qui me donne de sacrés fous rires nerveux. Ces rédactrices ne se rendent même pas compte que ces pauvres filles, Roxana et Clotilde, ne sont que des poupées, dont le "courage" féministe est fabriqué de toutes pièces, agitées dans les médias occidentaux pour promouvoir un ordre économique impérialiste, patriarcal et colonialiste, bien plus oppresseur envers les femmes du monde entier que toutes les théocraties actuelles réunies. Je pense que ces filles ont la réelle impression qu’elles rendent service aux iraniennes, tant le bourrage de crâne doit être puissant.
Encore une fois, nous ne devons pas attaquer ces poupées même si ce sont des imposteurs, mais identifier l’imposante machine derrière, et rappeler sans cesse les intox du même genre qu’on a déjà avalées telles que les couveuses de Koweit City, premier pas vers la destruction de l’Irak (et l’oppression des irakiennes).
Les vrais féministes restent des femmes comme Madame Marwan Bargouthi ou Arundhati Roy, qui luttent contre un ordre social injuste pour les femmes ET les hommes que leur pays.
Anna
Source: Le Grand Soir
mercredi 12 août 2009
En solidarité avec un prisonnier belge que notre "justice" semble oublier...
Le belge Ali Aarrass est détenu en Espagne depuis avril 2008 pour 'association terroriste'.
En mai 2009, la justice espagnole a déclaré un non-lieu et a mis fin à toute persécution contre lui.
Malgré ce verdict, Ali reste en prison jusqu'à ce jour à cause d'une demande d'extradition du Maroc, demande, qui a été acceptée par l'Espagne.
Au niveau de notre gouvernement, c'est le silence radio. Aucune réaction de soutien dans ce dossier.
Nous demandons la libération immédiate de Ali Aarrass et l'intervention urgente du gouvernement belge pour que Ali Aarrass, citoyen belge, ne soit pas extradé vers le Maroc.
Rassemblement devant les marches de la Bourse (Bruxelles)
ce samedi 15 août 2009 de 16h00 à 17h00
Organisateur : ÉGALITÉ
En mai 2009, la justice espagnole a déclaré un non-lieu et a mis fin à toute persécution contre lui.
Malgré ce verdict, Ali reste en prison jusqu'à ce jour à cause d'une demande d'extradition du Maroc, demande, qui a été acceptée par l'Espagne.
Au niveau de notre gouvernement, c'est le silence radio. Aucune réaction de soutien dans ce dossier.
Nous demandons la libération immédiate de Ali Aarrass et l'intervention urgente du gouvernement belge pour que Ali Aarrass, citoyen belge, ne soit pas extradé vers le Maroc.
Rassemblement devant les marches de la Bourse (Bruxelles)
ce samedi 15 août 2009 de 16h00 à 17h00
Organisateur : ÉGALITÉ
mardi 11 août 2009
Egalité prépare la rentrée...
Assemblée régionale bruxelloise ce vendredi 14 août, à 19 h
Adresse : bld Léopold II, 95 à 1080 Bruxelles (Métro Ribaucourt)
Programme :
L’accord de gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale (présentation de l’accord par Nordine et Nadine)
Les activités auxquelles Egalité participe :
- Marche pour l’Egalité, contre les discriminations à l’école, dimanche 18 août à 14 heures, départ Place Surlet de Chokier – Métro Madou (Lirije) - parcours dans Saint-Josse-ten-Node
- Palestine : la situation actuelle (Daniel) et les actions :
o boycott dates israéliennes (Nadia), en permanence
o conférence du Free Gaza Movement, Garcia Lorca, mardi 18 août à 19h
- lutte contre l’extradition d’Ali Aarrass (Farida) samedi 15 août à la Bourse de 16h à 18h
- du 21 au 28 août : ateliers d’aide à réussir les examens de passage dans le secondaire, en français et en néerlandais (Nadine)
- l’état des groupes de travail et autres points de fonctionnement (tour de parole)
Nous vous attendons nombreux !
Adresse : bld Léopold II, 95 à 1080 Bruxelles (Métro Ribaucourt)
Programme :
L’accord de gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale (présentation de l’accord par Nordine et Nadine)
Les activités auxquelles Egalité participe :
- Marche pour l’Egalité, contre les discriminations à l’école, dimanche 18 août à 14 heures, départ Place Surlet de Chokier – Métro Madou (Lirije) - parcours dans Saint-Josse-ten-Node
- Palestine : la situation actuelle (Daniel) et les actions :
o boycott dates israéliennes (Nadia), en permanence
o conférence du Free Gaza Movement, Garcia Lorca, mardi 18 août à 19h
- lutte contre l’extradition d’Ali Aarrass (Farida) samedi 15 août à la Bourse de 16h à 18h
- du 21 au 28 août : ateliers d’aide à réussir les examens de passage dans le secondaire, en français et en néerlandais (Nadine)
- l’état des groupes de travail et autres points de fonctionnement (tour de parole)
Nous vous attendons nombreux !
lundi 10 août 2009
Dernières places: avis aux étudiant(e)s du secondaire...
Réussir ses examens de passage ?
Ateliers de néerlandais – français
(pour les étudiant(e)s du secondaire)
ÉGALITÉ peut vous aider à réussir un ou des examens de passage en néerlandais ou en français.
Une semaine d’atelier d’études-exercices-explications sera organisée :
du vendredi 21 août au vendredi 28 août
Fonctionnement
Chaque atelier regroupe maximum dix étudiants et un enseignant. Pour chaque matière, un atelier d’une heure est organisé chaque matin du vendredi au vendredi. L’atelier est suivi d’une heure trente d’études et d’exercices, avec correction par un enseignant.
Horaire
09h00 – 10h00 Révision de la matière
10h15 – 11h45 Etude et exercices individuels
Inscription
Le formulaire d’inscription doit être rentré cette semaine !
Par mail : info.egalite@gmail.com (mentionner comme objet : ateliers de rattrapage)
Par la poste : Nadine Rosa-Rosso, rue Van Artevelde, 161/19 – 1000 Bruxelles
Conditions
- vous êtes très motivé(e) à réussir votre examen
- vous vous engagez à suivre sérieusement les ateliers (arriver à l’heure, respecter la discipline du groupe, les autres étudiants, les enseignants, les locaux)
- vous apportez votre cours en ordre
- vous revoyez la matière de votre cours seul(e) avant de commencer l’atelier
Participation aux frais
ÉGALITÉ demande à chaque participant une contribution libre, à fixer lors de l’inscription.
Cette contribution peut être financière, matérielle, humaine…
Le nombre d’ateliers et les locaux seront fixés en fonction des inscriptions.
Chaque étudiant(e) sera contacté(e) après réception de son inscription.
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Formulaire d’inscription par étudiant(e)
Nom………………………………………....................Prénom………………………………….................................
Adresse…………………………………………………………………………………………………………………………………….
Commune………………………………………………………………………………………………………………………………..
N° GSM…………………………………………………………… N° Téléphone……………………………………………
Je m’inscris pour l’atelier de
- Néerlandais
- Français
Je m’engage à respecter les quatre conditions.
Signature de l’étudiant(e)
Ateliers de néerlandais – français
(pour les étudiant(e)s du secondaire)
ÉGALITÉ peut vous aider à réussir un ou des examens de passage en néerlandais ou en français.
Une semaine d’atelier d’études-exercices-explications sera organisée :
du vendredi 21 août au vendredi 28 août
Fonctionnement
Chaque atelier regroupe maximum dix étudiants et un enseignant. Pour chaque matière, un atelier d’une heure est organisé chaque matin du vendredi au vendredi. L’atelier est suivi d’une heure trente d’études et d’exercices, avec correction par un enseignant.
Horaire
09h00 – 10h00 Révision de la matière
10h15 – 11h45 Etude et exercices individuels
Inscription
Le formulaire d’inscription doit être rentré cette semaine !
Par mail : info.egalite@gmail.com (mentionner comme objet : ateliers de rattrapage)
Par la poste : Nadine Rosa-Rosso, rue Van Artevelde, 161/19 – 1000 Bruxelles
Conditions
- vous êtes très motivé(e) à réussir votre examen
- vous vous engagez à suivre sérieusement les ateliers (arriver à l’heure, respecter la discipline du groupe, les autres étudiants, les enseignants, les locaux)
- vous apportez votre cours en ordre
- vous revoyez la matière de votre cours seul(e) avant de commencer l’atelier
Participation aux frais
ÉGALITÉ demande à chaque participant une contribution libre, à fixer lors de l’inscription.
Cette contribution peut être financière, matérielle, humaine…
Le nombre d’ateliers et les locaux seront fixés en fonction des inscriptions.
Chaque étudiant(e) sera contacté(e) après réception de son inscription.
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Commune………………………………………………………………………………………………………………………………..
N° GSM…………………………………………………………… N° Téléphone……………………………………………
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- Néerlandais
- Français
Je m’engage à respecter les quatre conditions.
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