dimanche 9 août 2009

Quand le FMI entonne un air de pipeau

Visiblement, le Fonds monétaire international (FMI) apprécie d’occuper la une des pages économiques des journaux pendant la période estivale. C’est pourquoi Dominique Strauss-Kahn (1), son directeur général, a annoncé le 29 juillet dernier « une série de mesures historiques » qui ressemble bien davantage, pour les pays en développement, à une série de coups d’épée dans l’eau.

Première mesure : le FMI a décidé « la suspension du paiement des intérêts sur l’encours des prêts concessionnels pour tous les pays membres à faible revenu jusqu’à la fin de 2011 ». L’annonce est séduisante, mais la réalité est tout autre. D’abord, seuls les intérêts sont concernés, et pour une durée limitée. Le capital sera remboursé dans sa totalité et le paiement des intérêts reprendra dès le début de 2012. Ensuite, le taux d’intérêt auquel le FMI prête aux pays les plus pauvres est d’habitude très faible : de l’ordre de 0,5%. Le taux va donc passer de 0,5% à 0% pendant deux ans et demi. Il n’y a pas là de quoi faire bondir de joie les populations des quelque 80 pays concernés…

Deuxième mesure : le FMI va accroître ses prêts à destination de ces pays, pour un montant estimé à 17 milliards de dollars d’ici à 2014, dont 8 dans les deux années à venir. Mais d’une part, ce montant est très faible face aux 1 430 milliards de dollars correspondant à la dette extérieure publique de l’ensemble des pays en développement, et cet apport éventuel sera très insuffisant pour faire face aux effets de la crise économique qui frappe le monde depuis la mi-2007. C’est presque autant que le seul prêt accordé à l’Ukraine en novembre dernier. Et d’autre part, il s’agit de prêts, que ces pays devront de toute façon rembourser prochainement, prêts de surcroît assortis de conditionnalités néolibérales strictes : seuls les pays dociles y auront droit. Ce faisant, le FMI les pousse vers une nouvelle crise de la dette, puisque leurs revenus d’exportation ont baissé depuis 2008 et que la crise mondiale fait sentir ses effets en détériorant nettement leur situation financière.

On le voit, il n’y a là rien de nature à soulager les souffrances durablement des peuples du Sud. Au lieu d’apporter une solution économique, le FMI essaie plutôt de redorer son blason après une longue période de graves difficultés pour cette institution dont les erreurs et les errements ont jalonné les trente dernières années de l’actualité internationale. Après avoir imposé des politiques d’ajustement structurel aux conséquences humaines dramatiques depuis les années 1980, le FMI a traversé une grave crise de légitimité. Détesté à juste titre dans les pays du Sud, le FMI a vu ses deux derniers présidents (l’Allemand Horst Köhler et l’Espagnol Rodrigo de Rato) démissionner avant la fin de leur mandat. Quand les cours des matières premières sont partis en flèche entre 2004 et 2008, les pays émergents ont commencé à accumuler d’importantes réserves de change avec lesquelles nombre d’entre eux (Argentine, Brésil, Uruguay, Philippines, Indonésie…) se sont dépêchés de rembourser par anticipation le FMI pour quitter son encombrante tutelle. A tel point que les créances détenues par le FMI ont fondu, passant de 106,8 milliards de dollars fin 2003 à 15,5 milliards fin 2007. D’autre part, la Chine s’est mise à prêter sans conditionnalité aux pays les plus pauvres, au premier rang desquels les pays d’Afrique subsaharienne. En somme, alors que les populations du Sud refusaient la logique imposée par le FMI depuis longtemps, les clients ont commencé à déserter, et même les directeurs quittaient le navire…

Dans ce contexte, la crise économique mondiale a représenté une réelle opportunité pour le FMI. Les premiers pays en difficulté (notamment ceux d’Europe de l’Est) ont eu recours à ses prêts pour faire face à la crise, malgré les conditionnalités qui y sont attachées. Les remèdes sont bien pâles, quand ils n’aggravent pas eux-mêmes les effets de la crise. Ainsi, sous la pression du FMI, la Lettonie a imposé une baisse de 15% des revenus des fonctionnaires, la Hongrie leur a supprimé le 13è mois (après avoir réduit les retraites dans le cadre d’un accord antérieur) et la Roumanie est sur le point de s’engager aussi dans cette voie. La potion est tellement amère que certains gouvernements hésitent fortement.

En avril dernier, le G20 qui s’est réuni à Londres a décidé de faire du FMI un acteur majeur de la sortie capitaliste de la crise qu’il tente de mettre en œuvre, notamment en lui fournissant des fonds supplémentaires. Les grands argentiers du monde s’efforcent de garder la main et de donner à un FMI discrédité et délégitimé le rôle du chevalier blanc qui va aider les pauvres à faire face aux ravages de cette crise, quitte à piétiner les plates-bandes d’une Banque mondiale qui traverse des difficultés comparables.

Il faut empêcher le FMI de continuer à nuire, l’urgence est là. La solution est simple : l’abolition immédiate du FMI et son remplacement par une institution radicalement différente, centrée sur la satisfaction des besoins humains fondamentaux. Il faut dire que le G20 a diablement raison de mettre le FMI au centre de l’échiquier mondial : en termes d’échecs, le FMI est un véritable expert…

Damien Millet, Éric Toussaint
31.07.09
Source: CADTM

(1) "Le FMI est une institution internationale regroupant 185 pays, dont l’une des tâches consiste à réduire… la pauvreté dans le monde. L’un des dinosaures du Parti Socialiste français Dominique Strauss-Kahn, ayant raté l’investiture à la présidentielle de 2007 est devenu Directeur Général du FMI… et de la sorte, le fonctionnaire le plus chèrement payé au monde, avec 495.000 $US nets par an. " in La Démocratie Mensonge - Daniel Vanhove - 2008 - Ed. M. Pietteur (NDLR)

samedi 8 août 2009

"Libérez Ali Aarrass"

Ce Belgo-Marocain est emprisonné en Espagne depuis plus d'un an sans qu'aucune charge ne pèse contre lui, selon sa sœur

BRUXELLES - Cela fait 494 jours qu'Ali Aarrass croupit dans une prison espagnole, "sans aucune autre forme de procès" , affirme sa sœur Farida. Né voici 46 ans à Melilla, l'enclave espagnole située sur la côte nord-est du Rif oriental du Maroc, Ali Aarrass fait partie des très nombreuses (1.500 selon Amnesty International) personnes arrêtées suite à l'attentat commis à Casablanca en 2003.

Selon sa sœur , qui tente en vain de mobiliser le monde politique belge depuis Bruxelles, aucune charge probante ne pèse contre son frère. "En 1982, on l'a accusé de faire partie du mouvement moudjaïdine, c'est faux. Puis, il a été arrêté une première fois en 2006 pour port d'arme illégal. On n'a jamais montré l'arme qu'il était censé posséder. Le juge Baltasar Garzón avait d'ailleurs prononcé un non-lieu dans cette affaire."

Rebelote le 1er avril 2008. "Le Maroc dit soupçonner mon frère d'avoir participé aux attentats de Casablanca en 2003. La police affirme qu'il fait partie du réseau terroriste d'Abdelkader Belliraj. Tout cela est faux. Il ne connaît pas Belliraj et, lors des attentats de 2003, j'ai la preuve qu'il était à Bruxelles."

Ali Aarrass a d'ailleurs vécu une quinzaine d'années à Bruxelles. Il a fait son service militaire dans l'armée belge, a tenu une librairie à Molenbeek puis est reparti dans sa ville natale pour retrouver son père. Depuis, il s'est marié et a adopté une petite fille : Amina.

Aujourd'hui, sa sœur Farida craint son extradition vers le Maroc. "Les autorités belges ne peuvent rien faire pour lui, me dit-on officiellement. Elles pourraient néanmoins user de la voie diplomatique. S'il est extradé vers le Maroc, je crains qu'il soit torturé. Et là, on ne le reverra plus."

Un recours auprès de la Cour Constitutionnelle est en cours. Son issue, pour autant qu'elle soit positive, pourrait tomber trop tard, craint encore sa sœur. "Mon frère a changé trois fois de prison en Espagne. À chaque fois un peu plus au Sud, plus près du Maroc. Il a entamé une grève de la faim pour que l'on s'intéresse un tant soit peu à son sort."

La démarche , couplée à une manifestation dans le centre de Mellila, semble avoir porté quelques fruits en Espagne. Le maire de la ville a affirmé qu'il s'opposerait à son extradition. En Belgique, les mails envoyés par Farida à toutes les formations politiques francophones du pays attendent toujours une réponse.

Mathieu Ladevèze
© La Dernière Heure 2009

vendredi 7 août 2009

Le double langage de la commission européenne sur les subventions

Où l’on peut voir que le retour des centaines de milliards de dollars données aux agriculteurs européens ferait fortement diminuer le nombre des sous-alimentés dans le monde.

S’il est difficile aux producteurs de fruits de rendre au gouvernement français les centaines de millions d’euros qu’ils ont reçus entre 1992 et 2002, il est encore plus difficile d’imaginer qu’un jour prochain, non seulement les subventions données aux agriculteurs européens disparaissent, mais qu’ils rendent à la commission européenne toutes les aides reçues depuis plus de 20 ans.

Et pourtant, avec le même raisonnement, l’UA (Union africaine) ou n’importe quel PED, pays dit en développement, pourrait exiger de la commission européenne qu’elle les récupère au nom du principe de « la concurrence libre et non faussée » inscrit dans le mini TCE relancé par Sarkozy (traité constitutionnel européen)

Car ces subventions en permettant d’inonder les marchés des PED avec des aliments à bas coûts portent une lourde part de responsabilité dans la pauvreté et la sous alimentation des populations les plus fragiles. Les dons du PAM (programme alimentaire mondial) sont le plus souvent des bateaux de céréales achetés dans les pays riches, pour parer aux situations d’urgence des populations les plus exposées à la faim. Ils ne résolvent en rien la question de l’autonomie alimentaire. Les exportations commerciales des grands producteurs agricoles subventionnés de la planète sont par contre désastreuses. Elles déséquilibrent les productions vivrières des pays pauvres et faussent la concurrence. Les paysans ne peuvent plus vendre leurs récoltes devenues trop chères en comparaison des produits importés. Ils vont grossir les bidonvilles des grandes capitales du Sud. Ce qui fragilise encore plus l’approvisionnement alimentaire du pays obligé d’importer de la nourriture avec des devises difficilement gagnées par l‘exportation de matières premières souvent agricoles : coton, café, cacao, banane, etc. La barre du milliard d’humains sous alimentés a été dépassée. Le plus grand génocide de tous les temps continue et s’aggrave.

Pour qu’il n’y ait pas de distorsion de concurrence au sein de l’Europe

La commission réclame le retour des millions d’euros versés aux producteurs de fruits français. Pour les paysans italiens, espagnols ou allemands, l’équité doit être respectée par l’application des règles du marché. Dans le TCE, la disparition des taxes douanières entre les pays membres, implique la suppression des aides nationales, au nom du marché roi et de « la concurrence libre et non faussée ». Pourtant dans le même temps elle utilise toute sa puissance commerciale et financière pour faire signer par les PED des APE (accords de partenariat économique). Ce sont des accords de libre échange bilatéraux « Europe-pays du Sud » qui obligent les signataires à faire disparaître le reliquat de ces taxes douanières qui protégeaient encore un peu leur agriculture.

Or les agriculteurs du Nord reçoivent chaque jour 1 Mds$ (Milliard de dollars) de subventions. 4 Mds$ chaque année sont versés aux 25.000 producteurs de coton étasuniens. Les céréaliers européens, et particulièrement les français, reçoivent sous forme d’aides fournies par les contribuables européens, jusqu’à 80% de leur revenu annuel. La politique agricole commune, la PAC -dont l’essentiel est constitué de subventions colossales- a entrainé des surproductions très importantes. Malgré le marketing agressif de l’industrie agro-alimentaire, la surconsommation d’aliments d’origine animale, le surpoids et l’obésité galopante, les Européens ne réussissent pas à tout manger.

Face à ces surplus issus de l’agriculture productiviste et pétrolivore, dopée au machinisme, aux engrais chimiques, aux pesticides et aux subventions, le bon sens aurait été de diminuer ces aides financières à l’agriculture pour équilibrer l’offre agricole avec les besoins en nourriture des européens. Subventionner massivement l’agriculture a pu être un choix politique défendable dans les années 1950-60, quand il n’avait pas d’incidence externe et répondait à l’urgence de l’après guerre : plus d’impôts d’un côté, des produits alimentaires en quantité et moins cher de l’autre. Les états européens, partis à la conquête du monde il y a 5 siècles - maintenant en partenariat avec les Etats-Unis d’Amérique - n’ont pas encore achevé leur « grande œuvre civilisatrice ». C’est là que le bon sens a perdu face à la « real politik ». De nouvelles subventions destinées à aider à l’exportation de ces excédents agricoles ont été ajoutées. On a ainsi commencé par écouler les surstocks vers les pays pauvres pour, petit à petit en faire un vaste système commercial permettant à l’agrobusiness de conquérir de nouveaux marchés et de faire de nouveaux profits.

Les états africains sont des esclaves économico-financiers des pays industrialisés.

L’indépendance politique acquise par les pays africains dans les années 60 est un leurre. Très rapidement, les Occidentaux les ont surendettés. Ils ont corrompu ou assassiné leurs gouvernants. Depuis 1982, année de la grande crise de la dette, la majorité des pays subsahariens et beaucoup d’autres, vivent en état de quasi faillite financière permanente. La nouvelle crise de la dette qui se prépare le montrera malheureusement. La Banque Mondiale et le FMI, sous couvert de sauvetage, les asservissent par des conditionnalités liées aux nouveaux prêts qui leurs sont indispensables. Ces institutions, dominées par les Occidentaux, imposent aux PED, l’ouverture de leurs frontières et la privatisation des compagnies nationales au profit des sociétés transnationales. L’OMC, l’organisation mondiale du commerce, au nom du principe de libre échange, tente de parachever, depuis 2001 à Doha, la disparition totale des dernières barrières douanières des PED. C’est pourtant elles, qui protègent les lambeaux de leur souveraineté économique et surtout agricole. Le libre échange favorise les plus forts et tue les plus faibles.

Quand le nombre des sous-alimentés est en augmentation rapide, plus de 200 millions en Afrique, il est facile d’exporter des céréales, de la poudre de lait ou de la viande congelée, avec en prime une façade de bonne conscience nommée « aide ». Une fois de plus le bon sens est trompeur. Les frontières ayant été ouvertes et la libéralisation forcée des économies du sud accomplie, ces aliments censés combattre la faim, vont en réalité l’aggraver. Ayant reçus des subventions versées par l’ensemble des contribuables des pays riches, ces denrées agricoles exportées vont introduire, par un effet de dumping, vente en dessous du prix coutant, une concurrence totalement faussée entre les agriculteurs du Nord et du Sud.

Au Sénégal ou au Cameroun, par exemple, les producteurs de poulets sont en grande difficulté. Les bas morceaux congelés et importés sont moitié moins cher que les productions locales, et sauf le piment, plus rien dans le riz-poulet sénégalais n’est produit sur place. Le mil, non subventionné, produit localement, est trop cher pour nourrir les volailles. Au coin des rues de Dakar vous trouverez plus facilement de la baguette faite avec de la farine de blé importé ou des yaourts reconstitués avec du lait en poudre européen, que de la bouillie de mil, la base alimentaire des Sénégalais de la campagne.

Les producteurs de fruits comme les producteurs de lait doivent être protégés des réseaux de distribution qui font baisser les prix à la production et augmentent les prix à la revente. Quand le prix du lait s’est écroulé en 2008-2009, les marges des transformateurs et des distributeurs ont augmenté de plus de 50% sur un an. Dans l’agriculture internationale, non seulement le jeu de la concurrence est faussé par les subventions, mais en plus les concepts du libre-marché et du libre-échange sont des leurres, comme le sont les indépendances africaines. Avez-vous déjà vu dans un championnat de boxe international un poids léger opposé à un poids lourd ? Bien sûr que non. Est-il libre de gagner ? Oui, mais il est certain de perdre.

Les concepts économiques, dans lesquels le mot liberté est partout, masquent les mensonges qui permettent à l’agrobusiness de faire des profits et à la faim de progresser durablement. L’agriculture des pays pauvres doit pouvoir se protéger des subventions du nord. Il est inacceptable qu’au nom d’un principe frelaté, le libre-échange, appliqué par l’OMC, mais que les pays les plus puissants ne respectent pas eux-mêmes, on fasse mourir des millions d’humains. Quand existera-t-il un « tribunal civil international » devant lequel les associations de la société civile du Sud pourront porter plainte pour mettre en accusation la commission européenne ? En laissant la concurrence internationale être faussée par les subventions, elle porte une lourde responsabilité dans le désastre de la faim.

Nicolas Sersiron
06.08.09
Source: CADTM

jeudi 6 août 2009

Au Venezuela, la bataille populaire pour démocratiser le "latifundio" des ondes.

“Chavez fait fermer 34 radios et télévisions”. A en croire l’AFP, AP ou Reuters (et donc le Figaro, Rue89, le Monde....) le Venezuela s’enfonce dans la dictature (1). La Maison Blanche a fait connaitre sa “vive préoccupation” au sujet de la “nouvelle atteinte à la liberté d’expression”.

De quoi s’agit-il ? Faisons ce à quoi ces agences et leurs fidèles clients ont renoncé : une enquête.

Au Venezuela, les collectifs pour la libération des ondes (tels la Asociacion Nacional de Medios Alternativos y Comunitarios ANMCLA , la Red de medios comunitarios venezolanos ou la Red Alba TV), se plaignent de ce que la loi qui favorise depuis la révolution la création de médias libres, participatifs, gérés par les habitants, reste parfois lettre morte à cause de la saturation commerciale des ondes. Les associations les plus diverses - syndicats, mouvements de travailleurs, organisations de femmes, communautés indigènes ou afroaméricaines, etc.. désireuses de créer une radio ou une télévision associative se voient souvent lésées dans leur droit fondamental à la liberté d’expression par le quasi monopole privé des radios et télévisions. Localement et régionalement pullulent des stations commerciales ou évangélistes vivant de la pub ou du prosélytisme. Leurs autorisations d’émettre sont souvent d’origine douteuse, voire inexistantes. Un nombre croissant de citoyen(ne)s exigeaient donc d’en finir avec l’impunité et d’appliquer la loi pour libérer des fréquences associatives.

Et que dit la loi ? La même chose que partout ailleurs (2). Le propriétaire de média qui ne renouvelle pas sa demande de concession dans le délai légal ou émet sans permis, doit rendre cette fréquence à la collectivité : au service public, à d’autres opérateurs commerciaux ou aux médias associatifs. Il s’agit donc d’une banale mise à jour des ondes disponibles. Soit dit en passant, ces 34 fréquences libérées ne font qu’égratigner le quasi monopole commercial. En août 2009 quatre-vingt pour cent des ondes radio ou TV locales, régionales, nationales, satellitaires ou câblées, restent aux mains de grands groupes économiques. Seuls 9 % sont liés au service public... Courte respiration démocratique donc, que la coordination des médias associatifs veut pousser jusqu’au véritable équilibre démocratique. En revendiquant un tiers des ondes pour les médias associatifs, un tiers pour le service public, un tiers pour le privé.
Pour l’internationale du Parti de la Presse et de l’Argent (PPA) l’occasion est trop belle d’enfoncer le clou de la “dictature chaviste”. On nous refait donc les plans serrés sur une poignée de manifestants qui brandissent les cartons rédigés pour CNN, laquelle parle de “protestation populaire”. L’AFP ou Libération, réticents à condamner le coup d’État au Honduras (par obsession anti-Chavez ) (3), entrent en campagne contre le droit des Vénézueliens à démocratiser le “latifundio radioelectrico”. Pour savoir ce que dira demain la presse de France (par exemple au sujet de "Globovision" que “Chavez ne manquera pas de fermer” sous nos yeux horrifiés de démocrates), il suffit d’ailleurs de lire aujourd’hui la presse de droite, majoritaire au Venezuela (4).

Ceux qui refusent de mourir idiots préfèreront l’analyse prémonitoire de la pseudo “fermeture de RCTV par Chavez” sur le site ACRIMED

Tout effort de démocratiser les ondes est un exemple périlleux pour des populations qui comme en France subissent encore le monopole de grands groupes économiques. On trouvera un jour risible, absurde, l’idée que la communication humaine soit restée si longtemps aux mains d’une élite d’entrepreneurs. Et que la liberté d’expression ait pu être censurée si longtemps par une minorité élue par personne et responsable devant personne. Les procès en totalitarismes ne doivent pas nous faire peur : c’est l’heure d’exiger partout ce droit fondamental qu’est la démocratisation des ondes de radio et télévision.

Thierry Deronne
Caracas, 2 août 2009.
Vicepresidencia de Formación Integral
Televisión Pública VIVE , Biblioteca Nacional, Piso 4
Avenida Panteón , Caracas , República Bolivariana de Venezuela

(1) Pour les articles (interchangeables) de la presse française :
* Le Monde : http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2009/08/01/le-venezuela-veut-se-doter-d-une-loi-punissant-les-crimes-mediatiques_1225051_3222.html#xtor=RSS-3208
* Le Figaro : http://www.lefigaro.fr/international/2009/08/03/01003-20090803ARTFIG00368-chavez-fait-fermer-34-medias-d-opposition-.php

(2) Pour tout savoir sur le spectre radio-électrique vénézuélien, le cadre légal, le travail de la Commission Nationale des Telecommunications (y compris en faveur des fréquences associatives) : http://www.conatel.gob.ve/inicio.asp
... Quant a la loi francaise n° 86-1067 du 30 septembre 1986 modifiée et complétée, relative à la liberté de communication :
ARTICLE 29 : ...Le CSA accorde les autorisations en appréciant l’intérêt de chaque projet pour le public, au regard des impératifs prioritaires que sont la sauvegarde du pluralisme des courants d’expression socioculturels, la diversification des opérateurs, et la nécessité d’éviter les abus de position dominante ainsi que les pratiques entravant le libre exercice de la concurrence... ..... Le CSA veille, sur l’ensemble du territoire, à ce qu’une part suffisante des ressources en fréquences soit attribuée aux services édités par une association et accomplissant une mission de communication sociale de proximité, entendue comme le fait de favoriser les échanges entre les groupes sociaux et culturels, l’expression des différents courants socioculturels, le soutien au développement local, la protection de l’environnement ou la lutte contre l’exclusion... Il s’assure que le public bénéficie de services dont les programmes contribuent à l’information politique et générale...

(3) Voir http://www.acrimed.org/article3178.html

(4) Par exemple, El Universal , El Nacional, Tal Cual
Source: Le Grand Soir

mercredi 5 août 2009

Invitation, ce dimanche 16 août à 17h...

ÉGALITÉ vous invite à une réflexion sur les discriminations dans l’enseignement, à partir d’un spectacle théâtral issu d’une exclusion :

" Le son de tissus "
pièce-vérité composée, mise en scène et interprétée par Fatima Ali
suivie d'une discussion avec le public.

avec Fatima Ali

Dimanche 16 août 2009 à 17 heures
Salle Ten Noey, rue de la Commune 25 à Saint-Josse-ten-Node.
Metro Madou, à deux pas de la place de Saint-Josse


Retour sur une exclusion : Mars 2005, l'association Al Houda se voit refuser la participation au "Forum des Associations" qui organise la Journée Internationale des Femmes à Rennes. Les raisons invoquées étaient les doutes émis sur " les réelles convictions féministes " de l'association.

Un temps théâtre-débat :

L'occasion de revenir sur les principes d'égalité et de mettre en avant des perspectives de lutte... Les femmes de l'association Al Houda affirment que l'émancipation n'est que le fruit d'un combat, d'une lutte autonome et consciente...

mardi 4 août 2009

Chasse à l’homme à Bruxelles

Premier communiqué de la Collective Je vis ou je veux (CJVouJV)

Les travailleurs et militants associatifs, les politiciens et les journalistes sont aux abonnés absents.
De son côté, la police de Bruxelles a pris bonne note des directives laissées par le gouvernement avant de s’évaporer sur les plages d’Espagne :

2° On régularisera (une fois) une (grosse) pincée de sans-papiers.
1° On dispersera les dizaines de milliers d’autres aux quatre vents.

Avant de se retirer sur la pointe des pieds, les bourgmestres des communes qui abritaient des occupations de sans-papiers ont signé les arrêtés communaux ordonnant les évacuations. Entre le jeudi 30 et le vendredi 31, près d’un millier de clandestins se sont donc retrouvés en errance dans les rues de la capitale. En errance, mais harcelés par des forces de police quasiment incontrôlables, dont les éléments de première ligne sont, semble-t-il, investis d’une hargne et d’une haine peu commune. Des passages à tabac collectifs se sont produits dans les rues de Bruxelles. Nous dénombrons partiellement 7 hospitalisations dont deux concernent des blessés graves (deux personnes ont été défenestrées du 2è étage d’un immeuble).

Où qu’ils aillent, les groupes de clandestins sont “accueillis” par des volées de coups de matraques, de gaz lacrymogènes, d'injures et de menaces. Ils s’abritent dans un immeuble inoccupé ou sur un chantier à l’abandon, ils sont évacués par la force ou la menace. Ils sont épuisés, affamés et terrorisés.

Vu le nombre assez réduit d’arrestations, “l’éloignement du territoire” n’est même pas à l’ordre du jour. Il s’agit seulement de défaire tout foyer de résistance ou d’organisation collective qui risquerait par son activité politique de mettre en lumière que la “régularisation” promise par l’Etat est en réalité une mascarade visant à éteindre le litige.

Tandis que les ministres se gaussent d’avoir fait leur travail et d’avoir répondu aux critiques qu’on leur adresse dans ce “dossier”, des associations crient victoire.

En réalité, si l’on pourra se réjouir pour la pincée de sans-papiers qui obtiendra un titre de séjour, la situation après “les directives” tant attendues est beaucoup plus grave qu’elle ne l’était avant. Les sympathisants des sans-papiers, épuisés par des années de combat, prennent prétexte pour se laisser aller au repos du guerrier. La lutte s’éteint par l’éparpillement des sans-papiers résistants, et la machine à broyer des humains tourne à plein régime.

Aujourd’hui nous avons peur. Pas tant de la méchanceté des agents et du cynisme de l’Etat. Nous avons peur de l’apparente léthargie coupable du peuple de Bruxelles.

La chasse à l’homme est ouverte, et en dehors de quatre ou cinq citoyens isolés, personne ne réagit.

Les informations sont partielles, mais nous savons qu’au moins un groupe existe encore. Une centaine de sans-papiers qui ont trouvé refuge au 330 avenue de la Couronne à 1050 Ixelles. Ils sont organisés, sérieux et mutuellement solidaires. Mais ils ont perdu tout ce qu’ils avaient et ils ont besoin d’être protégés.

Vous qui lisez ce texte, vous êtes l’unique personne qui pouvez prendre les choses en mains. Et si vous ne leur apportez pas votre concours, personne ne le fera.

CJVouJV (Collective je vis ou je veux)
Merci de faire suivre...
01.08.09

Collectif COLÈRE
blog: http://colere. blogspirit. com
site: http://geocities. com/collectifcol ere
groupe de discussion: http://fr.groups. yahoo.com/ group/colere

lundi 3 août 2009

« Les médias, une arme de destruction massive »

ENQUETE

Roberto Hernandez Montoya est président de la Fondation centre d’études latino-américaines Romulo Gallegos (CELARG) au Venezuela.

Vous avez présenté en avril dernier devant l’Organisation des États américains (OEA) un travail portant sur le «totalitarisme médiatique». Que recouvre ce concept ?

Roberto Hernandez Montoya: Ce concept recouvre un changement de civilisation. Hier, il existait une presse engagée, de droite comme de gauche, ou encore religieuse. Mais elle n’était pas organisée comme le sont les grandes sociétés, les corporations. Cette presse avait ses tendances idéologiques, politiques mais elle n’était pas un tout global au sens où aujourd’hui, quelques médias - le Washington Post, Fox News, CNN - marquent la cadence des informations, et leur contenu. Ce sont des épicentres de l’information qui la répandent. Si l’on prête attention d’ailleurs, une information est parfois répétée avec les mêmes erreurs orthographiques. Les médias réagissent aux évènements extrêmement ressemblants. Il s’agit d’une domination tant idéologique que corporative. Le totalitarisme médiatique produit de l’idéologie néolibérale mais également des phénomènes dangereux, voire criminels. Les États-Unis ont menti sur les « armes de destruction massive » en Irak. Le totalitarisme médiatique les a suivis pour justifier l’invasion du pays, devenant à son tour une arme de destruction massive. Cette invasion a coûté la vie à plus d’un million d’Irakiens. Le totalitarisme médiatique n’est pas partagé mais ordonné. Des milieux autour des pouvoirs militaires dits complexes militaro-industriels, orientent, décident. Ils procèdent à la création des ennemis, comme au temps de l’Inquisition où quiconque n’obéissait pas à l’orientation générale de l’Église était accusé d’hérétique. Le droit à la défense a été aboli. Actuellement, nous vivons une situation similaire. Prenons le cas des talibans. Hier, c’étaient des héros. Le président Ronald Reaggan les appelait « les combattants de la liberté ». Parce qu’ils luttaient contre l’Union soviétique, ils étaient forcément bons. Aujourd’hui, ils incarnent le mal, parce qu’ils agissent de leur propre chef. Lorsque Saddam Hussein faisait la guerre à l’Iran, personne ne trouvait rien dire. Mais lorsqu'il a commencé à agir pour son compte, il est devenu l’ennemi à abattre. L’impérialisme est un maître assez nerveux.

Un cas d’école : le coup d’État au Honduras…

Roberto Hernandez Montoya: Ce coup d’État ressemble, de manière assez suspecte, à celui perpétré contre Hugo Chavez en 2002. On a séquestré un président. On a dit qu’il avait démissionné, ce qui n’est pas vrai dans les deux cas. On a dit que ce n’était pas un coup - d’État. Au Venezuela on a parlé d’une vacance de pouvoir ; au Honduras, d’un acte soit disant constitutionnel. Et puis il y a la révolte et la répression des masses. C’est une nouvelle façon de faire des coups d’État. Dans le cône sud (Chili, Argentine, Uruguay), après les coups d’État, il était impossible d’agir. Il s’agissait d’immobiliser les masses. Aujourd’hui, c’est différent. On assiste à des coups d’État « en douceur », des guerres de quatrième génération. Tout commence par des manifestations souvent menées par des étudiants de droite puis des mobilisations de la couche moyenne. Et puis des activités déjà codifiées se mettent en place. Il existe des manuels pour ce faire.

Le traitement médiatique de ces événements participe-t-il, même à son corps défendant, de la stratégie politique ?

Roberto Hernandez Montoya: Le coup d’État au Venezuela était un coup d’État médiatique. Pour la première fois au monde, les médias ont tout organisé. Ils ont appelé à une manifestation assez grande qui a dévié vers le palais présidentiel. Et puis on a placé des snippers qui ont tué dix-neuf personnes dont quinze étaient chavistes. Ils voulaient provoquer une situation de violence pour accuser Hugo Chavez de violation de droits de l’homme. Ils ont mis en place un scénario qui était un pur mensonge. Il a fallu un autre film d’analyse des évènements pour montrer que le gouvernement n’était pas responsable des morts. Concernant le Honduras, les médias se sont trompés sur la réaction de Barack Obama. Le président a parlé de façon assez claire contre le coup d’État. La situation aux États-Unis est complexe, notamment à droite. Mais des secteurs autour d’Obama continuent d’agir, avec l’aide des bases américaines présentes dans la région, et au Honduras.

Dans quelles mesures les nouvelles technologies, notamment Internet, jouent-elles un rôle pour briser ce mur médiatique ?

Roberto Hernandez Montoya: J’ai écrit il y a quelques années une réflexion intitulée « Nouveaux médias contre vieux coups d’État ». Au moment du coup d’État au Venezuela, Internet et les téléphones portables ont encerclé les médias traditionnels. Lorsqu’ils se sont rendu compte que le coup d’État échouait, ils ont fini par se démobiliser.

Les médias se substituent-ils aux partis d’opposition ?

Roberto Hernandez Montoya: Oui. Ils agissent comme des partis politiques.

Entretien réalisé par Cathy Ceïbe
Source: L'Humanité

dimanche 2 août 2009

Les maux de la faim

« La situation actuelle de l’insécurité alimentaire mondiale ne peut pas nous laisser indifférents », affirmait Jacques Diouf, directeur général de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture), le 19 juin 2009 lors de la présentation du dernier rapport sur la faim dans le monde (1).

« Indifférent », dit-il… Mais de quoi parle-t-on déjà ? De la brève en bas de page dans le journal ? Certes l’indifférence tue, mais qui sont les indifférents au juste ? Ceux qui donnent aux mendiants en bas de chez eux sachant qu’ils ne changeront rien au fond du problème, ceux qui ne donnent pas car trop préoccupés par leurs propres survies, les avares fortunés, ou bien ceux qui, malgré les beaux discours, encouragent cet assassinat massif programmé en toute connaissance de cause par des politiques néolibérales ?

Le nombre d’affamés sur terre ne cesse d’augmenter depuis le milieu des années 1990. Selon les nouvelles estimations publiées par la FAO, la faim dans le monde bat un nouveau record historique en 2009 : l’humanité compte désormais 1 milliard 20 millions de personnes victimes de la faim, soit une personne sur six, principalement au Sud. En un an, ce sont plus de 100 millions de personnes supplémentaires qui sont venus grossir le rang de celles en état de sous-alimentation chronique. Sur tous les continents, la famine se répand, le tableau est déjà monstrueux, odieux, insupportable et la FAO annonce une augmentation de 11% pour l’année 2009. S’il fallait une donnée pour prouver l’échec du capitalisme néolibéral mondialisé, en voilà une qui résume tant ! Alors que nous produisons suffisamment de nourriture pour nourrir l’humanité entière, les peuples crèvent de faim. Quelle en est la logique hormis celle du profit avant l’homme ? Celle de la loi du plus fort dénuée de morale au service du commerce ? L’important est de rembourser les créanciers, exporter et enrichir les multinationales de l’agrobusiness, le reste n’est qu’anecdotique. Même l’aide alimentaire gérée par le PAM (Programme alimentaire mondial) est ambigüe : quand elle ne sert pas à écouler les stocks en surplus, elle en arrive à proposer des aliments transgéniques à des pays du Sud qui y sont réfractaires afin d’accroître les profits de cette agro-industrie. (2)

Le G8 (3) s’est empressé d’inclure le sujet à son ordre du jour, mais comment ce G8 peut-il agir pour des politiques réellement émancipatrices en matière de souveraineté alimentaire alors qu’il est au service des grands créanciers et des sociétés multinationales ? Renoncera-t-il aux politiques qu’il a lui-même fait mettre en œuvre par le FMI et la Banque mondiale, engendrant pauvreté et famine ? Il n’avait pas daigné agir lors des émeutes de la faim au début 2008 (4). En plus d’être illégitime, le G8 est incapable d’éradiquer la misère et la faim, tout autant que le FMI et la Banque mondiale. Agissant de concert, ce trio infernal accompagné de l’OMC n’a fait qu’aggraver la misère humaine du plus grand nombre tout en augmentant les profits de quelques-uns. Et pour couronner le tout, il sauve la mise aux responsables de la crise financière en cours. Voilà pourquoi nous devons instaurer un Tribunal compétent en la matière, faire un audit des effets de leurs politiques sur les populations et juger les responsables pour crime contre l’humanité.

Les politiques d’ajustement mises en œuvre par ces mêmes institutions sont en effet responsables de la scandaleuse augmentation de la faim : l’agriculture intensive principalement dédiée à l’exportation pour permettre le remboursement de la dette est imposée au détriment d’une agriculture familiale génératrice de sécurité alimentaire. L’exode rural et la surpopulation des bidonvilles à la périphérie des mégapoles en sont la conséquence directe. La Banque mondiale promeut l’expansion des agro-carburants, réduisant ainsi la surface cultivée pour l’alimentation. Les pays membres de l’ONU se sont engagés, à travers les Objectifs du Millénaire pour le développement, à réduire de moitié la population souffrant de la faim entre 1990 et 2015. En juin 2008, les pays membres de la FAO avaient réaffirmé cette volonté. On ne se bat pas pour abolir la torture de la faim, on se contente de vouloir la réduire de moitié. Pourquoi ne pas en réclamer l’éradication totale ? Comment se contenter de ce timide objectif, qui plus est irréalisable dans un contexte capitaliste ? Encore une promesse qui ne sera pas tenue.

Jusqu’à quand allons-nous supporter ce crime contre l’humanité ? Un sixième de la population est quotidiennement menacé de disparition complète de la surface du globe. Combien d’hommes et de femmes faudra t-il sacrifier sur l’autel du profit pour mettre fin à cette logique capitaliste mortifère ?

La définition du mot génocide telle qu’elle est utilisée en droit international s’applique pour la destruction de groupes ethniques, politiques, « raciaux » ou religieux et non pour une classe sociale appauvrie et affamée. Pourquoi ? Élargissons la définition aux classes sociales, on est effectivement en droit d’appliquer le terme ’génocide’ pour un tel massacre. C’est un ’génocide de classe’ à grande échelle, et pas des moindres au regard des chiffres.

La terminologie fait débat et, comme le dit Sven Lindqvist (5), sans rien enlever à la particularité de l’Holocauste, elle doit aussi s’appliquer entre autre à « la traite des esclaves par les Européens qui a déplacé par la force quinze millions de noirs d’un continent à l’autre et qui en a tué peut être autant ». Il ajoute : « Le pas entre massacre et génocide ne fut pas franchi avant que la tradition antisémite ne rencontre la tradition du génocide qui avait surgit durant l’expansion européenne en Amérique, en Australie, en Afrique et en Asie ». (6)

Le capitalisme engendre ce génocide de classe sociale au niveau mondial et tant qu’il demeurera, incapable de partager les richesses et de faire en sorte que chacun subvienne à ses besoins, nous serons là pour le combattre.

Jérôme Duval

Source : bulletin CADTM France, Nº 39, http://www.cadtm.org/spip.php?rubrique53

(1) Voir sur le site de la FAO : http://www.fao.org/news/story/fr/item/20690/icode/
(2) En 2002, alors que 13 millions de personnes sont menacée par la famine, les Etats-Unis proposent l’envoie de mais génétiquement modifié à 5 pays d’Afrique australe. Seule la Zambie refusera.
(3) Le G8 doit se tenir à L’Aquila, en Italie du 8 au 10 juillet 2009.
(4) Des émeutes dites de la faim ont eu lieu dans une trentaine de pays lors de l’augmentation fulgurante des prix des denrées alimentaire en 2008.
(5) Sven Lindqvist, Exterminer toutes ces brutes, L’Odyssée d’un homme au cœur de la nuit et les origines du génocide européen, Le Serpent à Plumes, 2002.
(6) Ibid. p.210

samedi 1 août 2009

L'Inde qui sait dire "non" à l'empire américain

La presse indienne n’a pas pu s’empêcher de commenter la tenue remarquablement modeste de la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton lors de sa récente visite à New Delhi. Sa chemise, a-t-on remarqué, était bien boutonnée jusqu’au cou. Ainsi va le destin des femmes puissantes dont les tenues et les coiffures sont souvent plus commentées que leurs idées et leurs actions.

On ne peut pas s’empêcher de penser pourtant que cette couverture médiatique de la visite de l’émissaire du président Barack Obama cachait symboliquement les habits neufs d’un empire qui, de plus en plus, se trouve frustré dans ses ambitions.

La secrétaire d’Etat a tout fait pour séduire les Indiens en évoquant l’importance des relations de « peuple à peuple », en passant moins de temps avec le premier ministre et son gouvernement qu’avec des chefs d’entreprises, des étudiants, une vedette de Bollywood, une association qui travaille avec les femmes pauvres et un institut de recherche agricole. Cela n’a pas suffi à obtenir ce qui est certainement l’un des objectifs les plus chers du président américain : des concessions indiennes sur la question de la réduction chiffrée des émissions de carbone. La réponse a été claire et nette : « Non ».

C’est un échec sérieux pour le président Obama. Il intervient au moment où, cherchant à faire passer au Sénat américain un projet de loi qui engagerait le pays à réduire un peu ses émissions – depuis longtemps les plus fortes au monde –, celui-ci rencontre une opposition de plus en plus vive du secteur privé et du Parti républicain. Les données sont connues de tous : un Américain émet en moyenne vingt tonnes cube de carbone par an ; un Indien, à peine une tonne – un Français en émet six.

L’Inde ne s’est pas contentée de dire non. Elle a invité Mme Clinton à se rendre dans un immeuble de bureaux construit par le groupe indien ITC selon des critères de l’architecture verte dernier cri. Un immeuble comme il n’en existe pas encore à New York. La secrétaire d’Etat américaine a gracieusement loué ce Taj Mahal vert, « monument au futur ».

Le message est clair : notre avenir, c’est nous qui le construirons, selon notre vision, à notre façon et en fonction de nos besoins. Les Indiens sont parfaitement conscients des conséquences du changement climatique. Ils savent bien qu’ils risquent d’être plus touchés que les Américains. C’est pour cela que l’Inde développe des énergies alternatives et prend de l’avance sur les Etats-Unis, toujours réticents à faire les sacrifices qu’il faudrait s’ils veulent réduire de façon suffisante leurs émissions de CO2. Ainsi, dans le National Action Plan on Climate Change de 2008, l’Inde a annoncé son intention de développer massivement l’énergie solaire. Elle fabrique déjà des voitures électriques, et celles qui ne le sont pas sont bien plus économes que les gros modèles qui dominent sur les routes américaines.

Il est vrai que, dans le même temps, l’Inde construit des centrales au charbon aussi rapidement que possible, et que la grande majorité de l’énergie qu’elle consomme avec de plus en plus d’avidité vient des énergies fossiles. Mais sa position est inflexible : nous sommes un pays toujours en voie de développement, avec une forte population très pauvre, et nous ne sacrifierons pas notre croissance économique pour un pays richissime dont chaque citoyen émet vingt fois le carbone émis par un des nôtres.

Une deuxième "révolution verte".

Il importe de préciser que, durant la visite de Mme Clinton, ce « non » a été assorti de pas mal de « oui », pour adoucir le choc, mais aussi parce que New Delhi y trouve son propre intérêt, soit que cela flatte son ambition de « grande puissance », soit que, en l’occurrence, les intérêts des entreprises indiennes vont de pair avec ceux de leurs homologues américaines. Et si le succès d’un déplacement se juge par la quantité de contrats juteux signés, le voyage fut une réussite pour Mme Clinton. Elle a pu annoncer l’emplacement de deux centrales nucléaires réservées à la construction américaine – ce qui reste peu de chose par rapport aux six réacteurs bouclés par Areva, mais les Américains font ce qu’ils peuvent. Elle a obtenu le consentement indien pour que les Américains puissent surveiller la propagation des technologies militaires sensibles vendues aux Indiens, ce que le Sénat américain exigeait et qui élargit les possibilités de ventes d’armes par les gros constructeurs américains. Cet accord laisse notamment à Boeing et à Lockheed Martin les mains libres pour ce qui pourrait être un des contrats les plus importants de la décennie : la vente de 126 avions militaires, contrat qui aurait une valeur estimée de plus de 10 milliards de dollars.

Or, cette victoire est aussi un signe de nouvelles règles du jeu : c’est Washington qui fait la cour à New Delhi, et non l’inverse. Dans un monde dévasté par la crise économique, l’Inde reste l’un des rares clients à avoir en poche de quoi se payer de grosses babioles comme des centrales nucléaires et des avions militaires.

Pour autant, il ne faut pas sous-estimer les Américains. Préoccupés par les changements géopolitiques profonds qui menacent leur supériorité, ils entendent préserver et même développer leur puissance agricole, qui, dans les années d’après-guerre et pendant la guerre froide, leur a bien servi. Au contraire, ce fut une humiliation profonde pour l’Inde de devoir, dans les années 1950 et 1960, quémander auprès des Etats-Unis les céréales qui lui manquaient pour éviter la famine qui menaçait alors sa population. Les Etats-Unis, sous la présidence de Lyndon Johnson ou John Fitzgerald Kennedy [1], ont compris qu’ils pouvaient se servir de leur surproduction agricole comme d’une arme, notamment contre le communisme. Ainsi, la fameuse « révolution verte », propagée en Inde à la suite du Mexique, était vue comme une force capable de contrer d’autres sortes de révolutions, moins propices à l’expansion capitaliste américaine.

Aujourd’hui, la secrétaire d’Etat, prolongeant parfaitement une idée clef de l’ancien président George Bush, propose à l’Inde une « deuxième » révolution verte. A la différence de la première, celle-ci donnerait le premier rôle aux entreprises privées dans les domaines de la biotechnologie : la propriété intellectuelle des innovations, notamment dans le domaine de la modification génétique, serait strictement respectée. Lorsqu’un journaliste indien, évoquant la résistance du peuple indien à accepter des fruits et des légumes génétiquement modifiés, a posé la question des organismes génétiquement modifiés (OGM) à Mme Clinton, celle-ci a soigneusement évité de prononcer le mot « OGM », préférant parler vaguement des « technologies » et de leur importance pour inventer l’agriculture de demain afin de nourrir la population indienne, toujours croissante. Une curiosité à signaler : dans la transcription officielle de cet échange sur le site Internet du département d’Etat américain, chaque fois que le journaliste a prononcé le mot « OGM », on lit « inaudible ». Il faut aller dans l’article publié, après la conférence de presse, dans le Times of India (« Clinton harps on `technology’ to provide food security », par Rumu Banerjee, 20 juillet 2009) pour comprendre que la question portait sur les OGM.

Dans un monde où le changement climatique n’est que l’aspect le plus terrifiant d’une dégradation environnementale accélérée et où la crise agricole mondiale s’approfondit, ceux qui possèderaient le contenu génétique des graines devenues indispensables à la survie de l’humanité disposeraient d’une arme effectivement puissante. Cette arme, les Etats-Unis veulent la garder entre leurs mains.

Si, comme tous ses prédécesseurs, la secrétaire d’Etat américaine assume son rôle de défense des intérêts de son gouvernement, elle ne néglige pas ceux des entreprises. Ce qui n’est pas pour choquer le gouvernement indien, le plus libéral qu’ait connu le pays depuis son indépendance. Les Etats-Unis l’ont bien compris : l’India Inc. ambitionne de concurrencer la grosse machine capitaliste américaine, et l’Etat indien entend y contribuer.

Pour le moment, New Delhi parie qu’il y a plus à gagner qu’à perdre à collaborer avec les Etats-Unis pour le développement des nouvelles biotechnologies et la privatisation des éléments de base de l’agriculture. Mais, le jour où cette deuxième révolution verte, au profit des géants de l’agroalimentaire tels Monsanto, Wal-Mart (dont Mme Clinton a fait partie du conseil de gestion pendant plusieurs années), Cargill et Archer Daniels Midland, s’avérera désastreuse pour l’environnement, la santé et la cohésion sociale, l’Inde sera-t-elle encore en position de dire « non » ?

Mira Kamdar
29.07.09
Chercheuse, World Policy Institute, New York ;
auteure de Planet India : L’ascension turbulente d’un géant démocratique (Actes Sud, Arles, 2008).

Notes

[1] Lire John Fitzgerald Kennedy, « Aider l’Inde pour l’exemple », dans « Réveil de l’Inde », Manière de voir, n° 94, août-septembre 2007.

Source: les blogs du Diplo


vendredi 31 juillet 2009

De "la responsabilité de protéger"...

La « responsabilité de protéger » est une notion adoptée par les chefs d’états lors d’un sommet mondial en 2005, qui rend les Etats responsables de la protection de leur propres populations à l’encontre de génocides, crimes de guerre, nettoyages ethniques et autres crimes contre l’humanité. Elle exige que la communauté internationale intervienne si cette obligation n’est pas remplie. Ce dernier point est relié au « droit d’ingérence humanitaire » et a suscité de nombreux débats. La discussion a eu lieu à l’initiative du Président de l’Assemblée Générale, Manuel D’Escoto (du Nicaragua) et a réuni Noam Chomsky, Gareth Evans, qui soutient la responsabilité de protéger et a été ministre des Affaires Etrangères d’Australie et, jusque récemment, président de l’International Crisis Group, Ngugi wa Thiong’o, célèbre écrivain africain et défenseur des droits de l’homme, et moi-même. Voici le texte de mon intervention :

Le but de mon exposé sera de mettre en question les hypothèses sur lesquelles reposent l’idée et la rhétorique de la responsabilité de protéger.

En résumé, je voudrais montrer que les principaux obstacles qui empêchent la mise en œuvre d’une véritable responsabilité de protéger sont précisément les politiques et les attitudes des pays qui en sont les plus enthousiastes partisans, à savoir les pays occidentaux et en particulier les Etats-Unis.

Au cours de la dernière décennie, le monde a assisté, impuissant, au bombardement, par les Etats-Unis, de civils innocents en Irak, en Afghanistan et au Pakistan. Il est demeuré spectateur lors de l’attaque israélienne meurtrière au Liban et à Gaza. Nous avons précédemment assisté au massacre, sous la puissance de feu américaine, de millions de gens au Vietnam, au Cambodge et au Laos ; et bien d’autres sont morts en Amérique Centrale et en Afrique australe lors de guerres appuyées par les Etats-Unis. Allons-nous crier, au nom de toutes ces victimes : Plus jamais ! Dorénavant, le monde, la communauté internationale, vous protègera !

Notre réponse humanitaire est oui, nous voulons protéger toutes les victimes. Mais comment, et avec quelles forces ? Comment le faible sera-t-il jamais défendu contre le fort ? La réponse à cette question n’est pas seulement humanitaire ou juridique, mais avant tout politique. La protection des faibles dépend toujours de la limitation du pouvoir des forts. Le règne de la loi permet une telle limitation, pourvu que la loi soit la même pour tous. Tendre vers ce but nécessite une combinaison de principes idéalistes et d’une évaluation réaliste des rapports de force existant dans le monde.

Avant de rentrer dans une discussion politique de la responsabilité de protéger, je voudrais souligner que le problème qui se pose ne porte pas sur les aspects diplomatiques ou préventifs de cette doctrine, mais sur l’aspect militaire de la « réponse rapide et décisive » et sur le défi que cela pose au principe de la souveraineté nationale.

La responsabilité de protéger est une doctrine ambigüe. D’une part, elle est vendue aux Nations Unies comme étant fort différente du « droit d’ingérence humanitaire », notion qui a été développée en Occident après la chute des empires coloniaux et la défaite des Etats-Unis en Indochine. Cette idéologie se fondait sur les tragédies se produisant dans les pays décolonisés, afin de fournir une base morale aux anciennes politiques d’intervention et de contrôle des pays occidentaux sur le reste du monde.

Cela est parfaitement compris dans la majeure partie du monde. Le « droit » d’ingérence humanitaire a été universellement rejeté par le Sud, par exemple lors de son sommet à La Havane en 2000 ou lors de la réunion des pays non alignés à Kuala Lumpur en février 2003, peu avant l’attaque américaine contre l’Irak. La responsabilité de protéger tente de faire entrer ce droit dans le cadre de la Charte des Nations Unies, de façon à le rendre acceptable, en insistant sur le fait que l’option militaire doit intervenir en dernier recours et doit être approuvée par le Conseil de Sécurité. Mais alors, il n’y a rien de légalement neuf sous le soleil.

D’autre part, la responsabilité de protéger est présentée au public occidental comme une nouvelle norme dans les relations internationales, norme qui autorise l’usage de la force sur des bases humanitaires. Il y a une grande différence entre la responsabilité de protéger, envisagée purement comme doctrine juridique et sa réception idéologique dans les médias occidentaux.

Lorsque l’on envisage l’histoire américaine de l’après-guerre, histoire qui inclut les guerres d’Indochine, les invasions de l’Irak et de l’Afghanistan, du Panama et même de la petite Grenade, il est difficile de croire que c’est le droit international ou le respect pour la souveraineté nationale qui empêche les Etats-Unis d’arrêter des génocides. Si les Etats-Unis avaient eu les moyens et le désir d’intervenir au Ruanda, ils l’auraient fait, et aucun droit international ne les en aurait empêché. Et si une « nouvelle norme » est introduite, elle ne sauvera personne nulle part, dans le contexte des rapports de force politiques et militaires existants, à moins que les Etats-Unis ne décident d’intervenir, pour des raisons qui leur sont propres.

De plus, il est assez incroyable de voir que les partisans de la responsabilité de protéger parler d’une obligation de reconstruire (après une intervention militaire). Combien d’argent les Etats-Unis ont-ils versé comme réparations pour les destructions infligées en Indochine et en Irak, ou infligées à Gaza et au Liban par un pays qu’ils soutiennent et arment ? Ou au Nicaragua, auquel des réparations pour les destructions des Contras sont toujours impayées, malgré la condamnation des Etats-Unis par la Cour Internationale de Justice ? Pourquoi espérer que la responsabilité de protéger force à l’avenir les Etats puissants à payer pour ce qu’ils détruisent, s’ils ne le font pas en vertu du droit existant actuellement ?

Il est vrai que le 21ème siècle a besoin de Nations Unies rénovées, mais pas de Nations Unies qui justifient les interventions unilatérales avec de nouveaux arguments, mais plutôt de Nations Unies qui offrent un support moral à ceux qui cherchent à construire un monde moins dominé par les Etats-Unis et leurs alliés. Le but original des Nations Unies était de sauver l’humanité du « fléau de la guerre », en référence aux deux guerres mondiales. Cela devait être accompli par un respect strict de la souveraineté nationale, de façon à empêcher les grandes puissances d’intervenir militairement contre les plus faibles, quel qu’en soit le prétexte. Les guerres menées par les Etats-Unis et l’Otan montrent que, malgré des progrès substantiels, les Nations Unies n’ont pas encore atteint leur but originel. Les Nations Unies doivent continuer leurs efforts en direction de ce but, avant de s’assigner une nouvelle priorité, soi-disant humanitaire, qui en réalité peut être utilisée par les grandes puissances pour justifier leurs guerres futures, en affaiblissant le principe de la souveraineté nationale.

Quand l’Otan a exercé son droit auto-proclamé d’intervention au Kosovo, où les efforts diplomatiques étaient loin d’avoir été épuisés, il a été applaudi dans les médias occidentaux. Quand la Russie a exercé ce qu’elle considérait comme sa responsabilité de protéger en Ossétie du sud, elle a été universellement condamnée par les mêmes médias occidentaux. Quand le Vietnam est intervenu au Cambodge (mettant fin au régime des Khmers Rouges) ou quand l’Inde est intervenue dans ce qui est aujourd’hui le Bangladesh, leurs actions ont été sévèrement condamnées en Occident.

Tout cela indique que les gouvernements, médias et ONG occidentaux, s’autoproclamant « communauté internationale », évalueront la responsabilité de tragédies humaines très différemment, selon qu’elle se produit dans un pays dont le gouvernement est, pour une raison ou une autre, jugé hostile par l’Occident, ou dans un pays ami. En particulier, les Etats-Unis feront pression sur l’ONU pour faire adopter leur propre vision des évènements. Les Etats-Unis ne choisiront pas toujours d’intervenir, mais ils utiliseront néanmoins la non-intervention pour dénoncer les Nations Unies et pour suggérer que celles-ci devraient être remplacées par l’Otan comme arbitre international.

La souveraineté nationale est parfois stigmatisée par les promoteurs de la responsabilité de protéger comme étant une « autorisation de tuer ». Il est bon de se rappeler pourquoi la souveraineté nationale doit être défendue contre de telles accusations.

Tout d’abord, la souveraineté nationale est une protection partielle des faibles contre les forts. Personne ne s’attend à ce que le Bangladesh intervienne dans les affaires intérieures des Etats-Unis pour les forcer à réduire leurs émissions de CO2, en invoquant les conséquences catastrophiques que celles-ci peuvent avoir pour le Bangladesh. L’ingérence est toujours unilatérale.

L’ingérence américaine dans les affaires intérieures des autres états prend des formes multiples mais est constante et viole toujours l’esprit et souvent la lettre de la charte des Nations Unies. Bien qu’ils prétendent agir en fonction de principes tels que la liberté et la démocratie, les interventions des Etats-Unis ont eu des conséquences désastreuses : non seulement les millions de morts causés directement ou indirectement par les guerres, mais aussi le fait d’avoir « tué l’espoir » de centaines de millions de gens qui auraient pu bénéficier des politiques sociales progressistes initiées par des personnes telles que Arbenz au Guatemala, Goulart au Brésil, Allende au Chili, Lumumba au Congo, Mossadegh en Iran, les Sandinistes au Nicaragua ou le Président Chavez au Venezuela, qui ont tous été systématiquement subvertis, renversés, ou tués avec le soutien plein et entier de l’Occident.

Mais ce n’est pas tout. Chaque action agressive des Etats-Unis provoque une réaction. Le déploiement d’un bouclier anti-missile produit plus de missiles, pas moins. Bombarder des civils- que ce soit délibérément ou par dommage collatéraux- produit plus de résistance armée, pas moins. Chercher à renverser ou à subvertir des gouvernements produit plus de répression interne, pas moins. Encourager les minorités à faire sécession, en leur donnant l’impression, souvent fausse, que la « seule superpuissance » viendra à leur secours si elles sont réprimées, produit plus de violence et de haine, pas moins. La possession par Israël d’armes nucléaires encourage d’autres états du Moyen-Orient à posséder de telles armes. Les tragédies en Somalie et dans l’est du Congo sont dues en grande partie à des interventions étrangères, pas à leur absence. Pour prendre un exemple extrême, qui est un des exemples préférés d’atrocités citées par les partisans de la responsabilité de protéger, il est très peu probable que les Khmers Rouges auraient pris le pouvoir au Cambodge, sans les bombardements états-uniens massifs et « secrets », suivis par un changement de régime organisé par les Etats-Unis qui déstabilisa complètement ce malheureux pays.

L’idéologie de l’ingérence humanitaire fait partie d’une longue histoire d’attitudes occidentales par rapport au reste du monde. Quand les colons ont débarqué sur les côtes des Amériques, de l’Afrique ou de l’Asie orientale, ils ont été horrifiés de découvrir ce que nous appellerions des violations des droits de l’homme et qu’ils appelaient des « moeurs barbares » : sacrifices humains, cannibalisme ou femmes aux pieds bandés. Ces indignations, sincères ou calculées, ont, de façon répétée, été utilisées pour couvrir les crimes des pays occidentaux : esclavage, exterminations des populations indigènes et pillage systématique des terres et des ressources. Cette attitude d’indignation vertueuse continue à ce jour et est à la base de l’idée que l’Occident a un « droit d’intervenir » et un « droit de protéger », tout en ignorant les régimes oppressifs considérés comme « amis », la militarisation et les guerres sans fin, ainsi que l’exploitation massive de la force de travail et des matières premières.

L’Occident devrait tirer des leçons de sa propre histoire. Concrètement, qu’est-ce que cela voudrait dire ? D’abord, garantir un respect strict du droit international de la part des puissances occidentales, implémenter les résolutions de l’ONU concernant Israël, démanteler l’empire des bases américaines ainsi que l’Otan, cesser toutes les menaces concernant l’usage unilatéral de la force, lever les sanctions unilatérales, en particulier l’embargo contre Cuba, arrêter toutes les formes d’ingérences dans les affaires intérieures des autres Etats, en particulier toutes les opérations des « promotions de la démocratie », de « révolutions colorées » ainsi que l’exploitation de la politique des minorités. Ce respect nécessaire pour la souveraineté nationale signifie que le souverain ultime de chaque Etat-nation est le peuple de cet Etat, dont le droit à remplacer des gouvernements injustes ne peut pas être usurpé par des puissances étrangères supposées bienveillantes.

Ensuite, nous pourrions utiliser nos budgets militaires disproportionnés (les pays de l’Otan couvrant 70% des dépenses militaires mondiales) pour mettre en place une forme de keynésianisme global : au lieu de demander des « budgets équilibrés » dans les pays en développement, nous devrions utiliser les ressources gaspillées en dépenses militaires pour financer des investissements massifs dans l’éducation, la santé et le développement. Si cela semble utopique, ce ne l’est pas plus que l’idée selon laquelle un monde stable sera produit par la façon dont la « guerre à la terreur » est poursuivie actuellement.

Les défenseurs de la responsabilité de protéger peuvent répondre que ce que je dis ici est à côté de la question et « politise » inutilement le débat, puisque, d’après eux, c’est la communauté internationale qui interviendra, avec, en plus, l’approbation du Conseil de Sécurité. Mais, en réalité, il n’existe pas de communauté internationale. L’intervention de l’Otan au Kosovo n’a pas été approuvée par la Russie et l’intervention russe en Ossétie du Sud a été condamnée en Occident. Aucune de ces interventions n’aurait été approuvée par le Conseil de Sécurité. Récemment, l’Union africaine a rejeté l’inculpation par la Cour Pénale Internationale du président du Soudan. Aucun système de justice ou de police internationale, qu’il s’agisse de la responsabilité de protéger ou de la CPI, ne peut fonctionner sans un climat de confiance et d’égalité. Aujourd’hui, il n’y a ni égalité ni confiance entre l’Ouest et l’Est, ou entre le Nord et le Sud, en grande partie à cause des politiques américaines récentes. Si nous voulons qu’une version de la responsabilité de protéger fonctionne dans le futur, nous devons d’abord construire une relation d’égalité et de confiance, et ce que je dis ici aborde le fond du problème. Le monde ne peut devenir plus sûr que s’il devient d’abord plus juste.

Il est important de comprendre que la critique faite ici de la responsabilité de protéger ne se base pas sur une défense « absolutiste » de la souveraineté nationale, mais sur une réflexion à propos des politiques des pays puissants qui forcent les pays faibles à utiliser la souveraineté comme bouclier.

Les promoteurs de la responsabilité de protéger présentent celle-ci comme le début d’une ère nouvelle. Mais, en réalité, elle signale la fin d’une ère ancienne. D’un point de vue interventionniste, la responsabilité de protéger est un recul, au moins en parole, par rapport au droit d’ingérence, et celui-ci était un recul par rapport au colonialisme classique. La principale transformation sociale du 20ème siècle a été la décolonisation. Ce mouvement continue aujourd’hui dans l’élaboration d’un monde réellement démocratique, dans lequel le soleil se sera couché sur l’empire américain, comme il l’a fait sur les empires européens du passé. Il y a quelques indications que le président Obama comprend cette réalité et il faut espérer que ses actions suivent ses paroles.

Je veux terminer par un message pour les représentants et les populations du « Sud ». Les vues exprimées ici sont partagées par des millions de gens en « Occident ». Cela n’est malheureusement pas reflété par nos médias. Des millions de gens, y compris des Américains, rejettent la guerre comme moyen de résoudre les conflits internationaux et s’opposent au soutien aveugle de leurs gouvernements à l’apartheid israélien. Ils adhèrent aux principes du mouvement des pays non alignés de coopération internationale, dans le respect strict de la souveraineté de chaque état, et de l ’égalité des peuples. Ils risquent d’être dénoncés par les médias de leurs pays comme anti-occidentaux, anti-américains ou antisémites. Mais, en ouvrant leurs esprits aux inspirations du reste du monde, ce sont eux qui incarnent ce qu’il y a de véritablement valable dans la tradition humaniste occidentale.

Jean Bricmont
Professeur à l'UCL
23.07.09

jeudi 30 juillet 2009

« Elections régionales 2009 : des programmes de gouvernement décevants en ce qui concerne la diversité ethnique et emploi des minorités »

Bruxelles, 21 juillet 2009 - AFRICAGORA BELGIUM se dit déçu de l’absence de mesures ambitieuses et concrètes pour la promotion de la diversité ethnique dans les programmes et accords de gouvernement issus de l’élection régionale du 7 juin 2009.

Africagora Belgium, membre du réseau paneuropéen du Club AFRICAGORA, association de cadres et de décideurs engagés dans la promotion sociale et l'intégration professionnelle, économique et politique des Noirs de France et en Europe et trait d’union de la diaspora pour le développement du secteur privé en Afrique, invite , à constater l’absence de traduction de leur expression politique dans les programmes et accords de gouvernement bruxellois, wallon et de la Communauté française de Belgique.

Lors du colloque du 13 septembre 2008, Dogad Dogui, Président du Club Africagora reconnait que « la diversité est une chance pour l’Europe », « Il est en effet de l'intérêt de l’Europe d'aujourd'hui, de la Nouvelle Europe, plurielle et métissée, de porter aux responsabilités des hommes et des femmes qui représentent sa diversité et reflètent le concentré du monde qu'elle compte sur son sol parmi ses concitoyens, tous égaux en droits ».

Au cours des élections législatives de juin 2007, comme lors des élections régionales et européennes du 7 juin 2009, Africagora Belgium a constaté l’engouement des partis politiques pour la présence massive des candidats issus de populations d’origine étrangère dans les listes et affiches de campagne. La question de la diversité ethnique et de la lutte contre le racisme à l’emploi, au logement… semblaient faire l’objet d’un enjeu important. Le résultat est DECEVANT : aucun africain noir parmi les membres du Gouvernement des différentes régions du pays.

Décevant aussi la traduction des engagements de campagne en programmes politiques. On constatera la minoration des mesures destinées à la promotion de la diversité ethnique et de l’emploi des personnes d’origine étrangère. Ceci est le fait d’une absence de consultations et une marginalisation accrue volontaire des populations d’origine étrangère des espaces de délibération et de prise de décisions politiques. Or, comme le rappelle justement le prix Nobel de la Paix Nelson Mandela, parlant du régime d'Apartheid en Afrique du Sud, "Faire pour nous, sans nous, c'est faire contre nous".

Si tout le monde s’accorde sur la richesse de la diversité, les moyens pour y parvenir sont timorés dès lors qu’il s’agit de la diversité ethnique.

Africagora Belgium, partage les visions globales des rédacteurs des programmes de Gouvernement, en particulier, l’accent mis sur l’emploi et l’environnement comme moteurs du développement durable et stratégies de sortie de la crise actuelle. Il trouve cependant que les mesures proposées dans les programmes régionaux pour la promotion de la diversité ethnique, contrairement aux mesures pour la promotion de la diversité des femmes, des handicapés et des gays et lesbiennes, sont timorées, très générales, peu audacieuses, non mesurables/quantifiables et peu contraignantes.

En effet, les analyses sérieuses reconnaissent l’inefficacité de des approches préventives, volontaristes et humanistes qui y sont encore proposées : les résultats de ces approches qui datent de plusieurs années déjà, ne sont pas probants, les actions de sensibilisation/information en matière de racisme à l’emploi des populations d’origine étrangère étant insuffisantes. La jurisprudence française récente dans les affaire de racisme à l’emploi, qui condamne un peu plus sévèrement les entreprises Daytona et Adecco/Garnier (juin et juillet 2009), tracent certainement la voie à suivre pour un changement des mentalités véritables et durables.

Si comme disait le sociologue français Michel Crozier, "on ne gouverne pas la société par décrets », en matière de lutte contre les discriminations, le lois sont un grand vecteur de changement des mentalités, surtout quand elles sont assorties de sanctions dissuasives. Ainsi, par exemple, l’engouement des entreprises françaises actuellement pour les formations en diversité, semble déterminé par la « peur des sanctions » : en effet, l'amende pour le non-respect du quota de travailleurs handicapés va augmenter en 2010 et une nouvelle amende sur l'emploi des seniors va être mise en place... Pourquoi pas de telles mesures en Belgique ?

Mobilisé pour l’expression politique par les urnes des minorités ethniques et des exclus du monde de l’emploi, Africagora Belgium lors de son échange avec les représentants des partis politiques désignés à Bruxelles le 22 mai dernier, a permis de constater que la question de la diversité est encadrée au niveau européen du point de vue législatif, réglementaire et jurisprudentiel. L’Union européenne reconnaît « l’action positive », c'est-à-dire, un éventail de mesures prises en vue de « compenser les désavantages actuels et passés provoqués par la discrimination » ; Mesures visant à assurer “concrètement une pleine égalité” ou une “égalité substantielle” / “réelle”; “effective”.

Les participants à cette rencontre ont également reconnu l’importance de la représentativité/visibilité des cas de réussite des personnes d’origine étrangère : ici, les partis politiques doivent montrer l’exemple, en s’engageant à mieux représenter la société belge dans sa composition plurielle, en particulier, à désigner des personnes d’origine étrangère issues d’Afrique Noire, en particulier au sein de leurs instances dirigeantes. En effet, s’identifier à une personne ou un modèle qui vous ressemble (femmes,, handicapés, noirs…), constitue sans aucun doute un facteur de motivation et d’espoir de promotion sociale. C’est à ce titre que l’absence de NOIRS au sein des exécutifs de l’ensemble des gouvernements belges constitue mauvais un signal en direction de la Communauté noire africaine et afro caribéenne de Belgique, qui fait face à la montée de violences au sein de gangs de jeunes déboussolées.

Africagora Belgium en profite, pour rappeler que dans l’histoire de la Belgique, c’est un parti de droite, le Mouvement réformateur, qui nommera pour la première fois une personne d’origine africaine NOIRE dans un Exécutif, et lequel, l’EXECUTIF FEDERAL. Doit-on donc retenir de cette leçon d’histoire que ce sont ceux qui parlent plus de diversité qui en font moins ? Personne ne nous convaincra de ce que Bertin Mampaka au cdH ou Joëlle Kapompole et Béa Diallo pour le PS, et bien d’autres, avec leur bon score électoral, leur compétence et la qualité de leur travail sur le terrain, ne sont pas à la hauteur ?

Africagora Belgium appelle donc les enfants d'immigrés, les NOIRS, en particulier, à se mobiliser davantage pour conquérir une place dans la cité et dans les instances de décision, afin que leur parole et leur avis puissent réellement compter. Il encourage tout le tissu des associations citoyennes à se joindre à se combat et à travailler en synergie avec le réseau du Club AFRICAGORA, réseau d’acteurs indépendants, non partisans, déterminés à mener un combat acharné contre toutes les formes de racisme à l’emploi, en vue de la promotion des « talents de la diversité » pour une intégration réussie de la jeunesse.

Africagora Belgium est convaincu que seul un dialogue constructif permanent contribuera à la mise en œuvre de politiques de diversité efficaces et équitables. Le Club reste ouvert à toute possibilité de collaboration avec les nouveaux Ministres qui sont en charge de l’égalité des chances et de promotion de la diversité.

Contact : Dr. Maximin EMAGNA,
docteur en science politique,
Délégué national d’Africagora Belgium (GSM : 0489.29.00.42)

mercredi 29 juillet 2009

La spirale de l'histoire et les rendez-vous manqués

La démocratie participative en Amérique Latine plonge ses racines dans la soif de dignité et d’égalité qui poussa des esclaves à rejoindre les armées émancipatrices de Bolivar, de Sucre, de Morazan. Ce n’est donc pas une mode postmoderne mais le retour de la modernité, ou si on préfère, de l’Histoire. Comment reprendre aujourd’hui les rêves de liberté, d’une seconde indépendance avortée lorsque l’empire espagnol fut relayé par des oligarchies locales alliées d’un autre Empire ? Ce besoin d’égalité politique des "pardos, morenos, negros..." dont Simon Rodriguez, le philosophe-professeur de Simon Bolivar, revendiquait déjà l’inclusion scolaire, devient une demande de participation et de droits économiques et sociaux.

Pourquoi un peuple hier désuni comme celui du Honduras s’est-il mis en mouvement après le notre, le bolivien, l’équatorien ? L’indigène hondurien que manipula au 19ème siècle un clergé terrien pour le lancer, comme chair à canon, contre le projet d’unité centramericaine incarnée par le libéral Morazan, est aujourd’hui entré en résistance au coup d’Etat, loin des pools journalistiques. Ce sont des gens pauvres qui dorment dans la rue, qui ont à peine de quoi se nourrir, qui se mobilisent pour recevoir "leur" président Zelaya, et revendiquer une nouvelle constitution. Le problème pour l’Empire est que même en assassinant Chavez, Correa, Morales ou Zelaya, le génie refuserait de rentrer dans sa bouteille. Quelle force dans ces mains nues ! Ce n’est pas par la médiation de la gauche, mais par ces mouvements à la fois sociaux et nationalistes qu’avance cette démocratie participative en Amérique Latine. Qu’on peut baptiser, comme l’a fait un jour Chavez, "démocratie révolutionnaire". Pourquoi ? Parce que les deux termes sont conséquence mutuelle. Les visages bruns qui ont envahi la rue, les mains brunes des électeurs, veulent remettre l’Etat sur ses pieds. Celui-ci à son tour réalise le besoin républicain d’une élévation du sens critique, de l’éducation et de la culture comme outils d’émancipation. Le remake tardif de la National Security (bases militaires US en Colombie, coup d’Etat au Honduras) renforce ce mouvement qu’elle prétend détruire. L’Opération Condor a presque anéanti une génération révolutionnaire. Il lui faudrait aujourd’hui liquider les peuples eux-mêmes.

Que sont deux siècles au regard de cette ascension collective initiée par Bolivar, et les résistances indigènes ou afroamericaines ? Un battement d’aile. Au Venezuela en 2009, la démocratie participative atteint son niveau idéal, celui de la commune, dépassant le localisme participatif des conseils communaux, débattant, élaborant des solutions en commun, à une échelle plus efficace. Alors que la plupart des gouvernements ont tablé sur l’austérité comme réponse à la crise mondiale du capitalisme, le gouvernement bolivarien au contraire multiplie les budgets sociaux pour concrétiser des projets conçus par les habitants. De nombreux problèmes nouveaux se posent : comment réaliser de nouvelles relations de pouvoir, en sachant que l’homme est mauvais par nature ? Qu’il aime le pouvoir, l’argent et qu’au Venezuela comme ailleurs reste largement dominante la culture capitaliste ? Une révolution qui ne se fixe pas comme stratégie la création de son imaginaire se condamne à perdre la bataille des idées et à se faire balayer par l’idéologie dominante.

Il y a dix ans la gauche altermondialiste vantait l’expérience du budget participatif de Porto Alegre (Bresil). Aujourd’hui au Venezuela ce sont des dizaines de milliers de Porto Alegre, ou la participation citoyenne déborde le simple examen du budget. C’est alors qu’en France, on "se méfie", on parle "d’autoritarisme". Alors que la démocratie a plus avancé ici que partout ailleurs. Alors que la population participe de plus en plus, la méfiance domine.

Il y a deux raisons à ce découplage, à cet abîme croissant. La première, c’est qu’une révolution sera fêtée et mise en images tant qu’elle restera locale, donc relativement inoffensive, et prolongera sans frais la liberté ontologique des pistes cyclables à Paris (voir la mode que fut le zapatisme). Que la révolution se réalise à l’échelle d’un pays, qu’elle transforme en profondeur les structures sociales, économiques, voici qu’aussitôt l’inconscient se réveille. "Attention danger". L’Occident sent, il n’a pas tout à fait tort d’ailleurs, que sa domination est menacée. La raison la plus progressiste cède doucement à l’instinct de conservation sous le couvert d’une critique "de gauche" qui permet de s’éloigner d’abord, puis de se retourner contre ces processus au nom de la liberté. L’autre raison tient, mais c’est la même chose au fond, au lavage de cerveau médiatique, qui s’appuie sur cette peur de l’autre. Les médias, acteurs de la globalisation, doivent à tout prix faire de ces révolutions des totalitarismes. Même et surtout a gauche la désinformation quotidienne de France-Inter, Libé, TF1, etc.. qui tètent au même pis (Reuters, AFP, AP..) a fini par sédimenter jusqu’au point de non-retour des catégories obligées ("pour ou contre Chavez", "dérive autoritaire ou pas", "base contre bureaucratie", "Chavez-Iran", etc...) entraînant une "critique pavlovienne" pétrie de bonnes intentions mais finalement non pertinente pour 90 % des vénézuéliens et des latinoamericains. Alors que la plupart des européens sont tombés dans le piége de la personnalisation médiatique sur Chavez, ce fou, ce clown, cet ex-putschiste, cet antisémite, cette menace militaire, ce populiste, ce fils de Castro, cet ami de Ahmadinejad, ce pouvoir éternel, etc..., les citoyens votent pour son programme socialiste (quinze suffrages validés par les observateurs internationaux) et les sondages privés confirment que sa popularité croît en fonction des avancées démocratiques et sociales. Comment une critique pertinente pourrait-elle s’opérer sérieusement à quinze mille kilomètres des millions d’acteurs populaires, qui n’écrivent pas sur Internet mais pensent différemment ? Que dirait-on d’un vénézuélien jugeant la société française à distance et par procuration médiatique ?

Ceci nous amène à parler de la relation entre démocratie participative et médias. Il est politiquement significatif que la gauche en Europe reste incapable de formuler un projet aussi essentiel pour la démocratie que la démocratisation de la communication, alors que plusieurs pays d’Amérique Latine - Venezuela, Equateur, Bolivie, Brésil, Uruguay, etc... légifèrent déjà en ce sens. Pourquoi la gauche européenne reste-t-elle muette face au problème du "latifundio" médiatique ? Au Venezuela, grâce à la révolution, ont déjà pu naître légalement 500 médias associatifs, gérés par les habitants, libres de leur parole. Le reste du continent emboîte le pas et avance peu à peu dans la démocratisation d’un spectre radioélectrique vendu hier par les gouvernements néolibéraux à des entreprises privées qu’on appelle "médias". On a dans le même temps assisté à la disparition des fréquences associatives en France, où les Bouygues entrent en force, grâce au numérique, dans le "local". Toute avancée démocratique en Amérique Latine est logiquement transmise par ces mêmes médias comme une atteinte à la liberté d’expression. Comment les grandes entreprises accepteraient-elles de partager les ondes avec le service public ou le tiers-secteur audiovisuel ? En France la population croit que Chavez a fermé RCTV, chaîne privée et pro-putschiste, alors que son public continue à la regarder sur le câble et par satellite. Il s’agissait en fait de la fin légale de ses vingt ans de concession publique et de la libération de sa fréquence en faveur d’une nouvelle chaîne de service public.

Une démocratie participative (et soit dit en passant l’existence d’une gauche digne de ce nom) a-t-elle un avenir en dehors de la démocratisation générale et radicale du droit de communiquer ? Comment expliquer qu’aucun parti ne le propose ? Comment parler de démocratie ou de république la ou (comme en France) le spectre radioélectrique reste monopolisé par de grands groupes économiques ? Comme l’eau, l’air ou la terre, les ondes hertziennes de la radio et de la télévision sont un patrimoine public et la constitution d’une démocratie participative en rupture avec la société de marché signifie évidemment l’octroi direct aux citoyen(ne)s des moyens concrets d’exercer une communication libre, critique, souveraine, la seule qui selon le mot de Sartre permettra "au peuple de communiquer avec le peuple". On pourra pendant mille ans, jour après jour, critiquer l’image grimaçante que les médias donnent des mouvements sociaux, des conflits du travail, des révolutions ou rebellions du Sud. Mais comment desserrer l’étau tant que les ondes resteront la propriété privée d’une élite transnationale ? Le déclin de la gauche en Europe et le refus de comprendre l’Amérique Latine sont donc les deux faces du même mouvement historique.

Thierry Deronne
Caracas, 29.07.09

Vicepresidencia de Formación Integral
Televisión Publica VIVE , Biblioteca Nacional, Piso 4
Avenida Panteón , Caracas , República Bolivariana de Venezuela

Source: Le Grand Soir

mardi 28 juillet 2009

Rappel: avis aux étudiant(e)s du secondaire...

Réussir ses examens de passage ?

Ateliers de néerlandais – français
(pour les étudiant(e)s du secondaire)

ÉGALITÉ peut vous aider à réussir un ou des examens de passage en néerlandais ou en français.
Une semaine d’atelier d’études-exercices-explications sera organisée :
du vendredi 21 août au vendredi 28 août

Fonctionnement

Chaque atelier regroupe maximum dix étudiants et un enseignant. Pour chaque matière, un atelier d’une heure est organisé chaque matin du vendredi au vendredi. L’atelier est suivi d’une heure trente d’études et d’exercices, avec correction par un enseignant.

Horaire

09h00 – 10h00 Révision de la matière
10h15 – 11h45 Etude et exercices individuels

Inscription

Le formulaire d’inscription doit être obligatoirement rentré pour le lundi 20 juillet 2009.
Par mail : info.egalite@gmail.com (mentionner comme objet : ateliers de rattrapage)
Par la poste : Nadine Rosa-Rosso, rue Van Artevelde, 161/19 – 1000 Bruxelles

Conditions

- vous êtes très motivé(e) à réussir votre examen
- vous vous engagez à suivre sérieusement les ateliers (arriver à l’heure, respecter la discipline du groupe, les autres étudiants, les enseignants, les locaux)
- vous apportez votre cours en ordre
- vous revoyez la matière de votre cours seul(e) avant de commencer l’atelier

Participation aux frais

ÉGALITÉ demande à chaque participant une contribution libre, à fixer lors de l’inscription.
Cette contribution peut être financière, matérielle, humaine…

Le nombre d’ateliers et les locaux seront fixés en fonction des inscriptions.

Chaque étudiant(e) sera contacté(e) après réception de son inscription.

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Formulaire d’inscription par étudiant(e)

Nom………………………………………....................Prénom………………………………….................................

Adresse…………………………………………………………………………………………………………………………………….

Commune………………………………………………………………………………………………………………………………..

N° GSM…………………………………………………………… N° Téléphone……………………………………………

Je m’inscris pour l’atelier de

- Néerlandais

- Français

Je m’engage à respecter les quatre conditions.

Signature de l’étudiant(e)

lundi 27 juillet 2009

L'abstention électorale : espoir ou désespoir ?

Les lendemains d’élection, les experts viennent nous expliquer pourquoi nous avons voté ainsi et ce que signifient nos votes : nous apprenons ainsi que « nous » soutenons majoritairement le président de la République, tout en ayant une sensibilité écologique, voire que « nous » sommes divisés… Le « nous » dont il s’agit est supposé représenter chaque Français. Je le dit tout net, je ne suis pas divisé quand il s’agit de choisir entre le libéralisme et l’antilibéralisme. D’ailleurs, ceux qui se sont abstenus aux dernières élections européennes savent pourquoi, et ce qu’ils savent ne coïncide pas avec l’avis des experts. Certains, autour de moi, assument en toute conscience un « geste » politique (pas de même sens, certes, chez tel étudiant que chez un tel que je suppose très « à droite ») - même si les politiques préfèrent y lire une marque d’indifférence. Cette ambiguïté de l’abstention pose une question que je souhaite partager.

Depuis des mois, la réaction tant à la crise financière qu’à ses conséquences économico-sociales, la mobilisation sociale dont témoignent les manifestations et les grèves, les convergences des luttes et l’Appel des Appels, pouvaient et peuvent laisser croire à un courant fort de protestation contre le capitalisme. Pour certains, du coup, les élections européennes devaient refléter cette situation. Et, en écho, nous arrive les presque 60% d’abstention : faut-il seulement entendre que les luttes et la réflexion anticapitaliste n’ont pas de traduction politique, ou bien que, justement, cette abstention, quelque part, est un juste reflet de la situation qui suscite les mêmes luttes ? Bref, et si l’abstention masquait également une résistance à ce qui tend à nous détruire ? Loin d’y lire (pour ceux qui ont choisi la voix de l’expression politique) une raison de désespérer, il faudrait alors y déceler, quoique nous en pensions, une raison d’espérer ! Evidemment, à condition d’extraire « l’effet révolutionnaire » de ce symptôme…

D’abord un bilan. Après la lutte vaine (si l’on excepte la sortie de Rachida Dati) des magistrats pourtant jamais autant mobilisés, l’université s’est battue presque quatre mois pour rien apparemment, sinon déjà des représailles (…et l’exit de la ministre). Une des caractéristiques de cette dernière lutte me paraît résider dans l’absence de discussion finalement entre les étudiants (mais aussi les personnels grévistes) et l’Etat, voire certaines directions locales qui ont joué l’épreuve de force chaque fois qu’elles l’ont pu. Je mets en regard le fait que les mêmes « autorités » relayée par les médias ont contribué au mythe de la poignée d’étudiants bloqueurs (et minorité de personnels) qui manipulerait l’ensemble de leurs camarades (et collègues).

Première remarque, pourquoi ne pas appliquer à cette situation le raisonnement qui prévaut pour l’analyse du résultat des européennes : 28% en faveur de la liste arrivée en tête sur 40% des inscrits équivalent à moins de 12% des électeurs qui figurent sur les listes ; si ce résultat est démocratiquement acceptable et constitue un succès, alors on appréciera le fait que, dans mon université, ce soit souvent près de 90% des votants - parfois jusqu’à près de 1000 étudiants (pour m’en tenir à eux) sur 20 000 - qui ont décidé du mouvement !

Pourtant, l’essentiel est ailleurs. Malgré la présence des personnels et des enseignants en grève, la lutte a alimenté la pente à considérer qu’il existe une guerre entre ceux qui occupent les postes de responsabilités et les étudiants, voire entre les vieux et les jeunes. Rajoutez à cela l’ensemble des lois qui désignent les enfants et les adolescents comme des ennemis qu’il convient de punir à l’instar des adultes ou dont il convient de se prémunir, ainsi que la précarisation accrue de l’emploi pour eux, et je me demande si nous ne tenons pas l’une des explications au fait que 70% des 18-24 ans et 72% des 25-34 ans se sont abstenus - plus que la moyenne nationale. Lorsque, dans mon université, les étudiants ont été invités à voter contre le blocage de l’université, afin de ne pas compromettre leur année en interdisant les examens, ils ont adopté une position politique significativement et émotionnellement forte : ils n’ont pas pris part au vote - ils se sont abstenus. Au-delà du factuel, n’el’antagonisme des âges ne constitue-t-il pas un signe grave du fait que la génération à venir ne reconnaît pas la légitimité de la génération qui la précède - quand c’est toujours (il y a plus qu’une analogie) de leurs enfants que les parents tiennent leur autorité et d’aucun pouvoir ? Première raison d’une abstention. Il convient de mentionner une seconde remarque au moment où nous apprenons que l’administration européenne a décidé de faire revoter les Irlandais concernant le traité de Lisbonne : sans doute devront-ils voter et revoter jusqu’à ce que leurs « non » s’équivalent enfin à un « oui ».

C’est déjà ce qui est arrivé aux Français : le « non » à la constitution s’est transformé en « oui » au même traité, et ce avec l’appui du parti socialiste. La question n’est pas de savoir immédiatement si ici nous sommes pour ou contre un tel traité, mais de s’interroger sur une politique qui bafoue l’expression populaire au point que si un « non » équivaut » à un « oui », c’est toute la politique qui devient inconsistante : est-ce que alors s’abstenir n’interprète pas de fait, et quelle que soit l’intention de chaque électeur, ladite inconsistance ? S’abstenir devient pour certains la seule façon de conserver la possibilité d’un oui qui soit un oui, et d’un non qui soit un non. Deuxième raison.

À cela j’ajoute une note, plus ambiguë. Si l’on se penche sur les capacités d’analyse des uns et des autres, on ne peut qu’être frappé par la justesse, la nouveauté, la férocité des critiques que l’on peut lire - et notamment, j’y ai souvent fait allusion, ces jours-ci, dans les textes des RAP et SLAM. Jacques Broda a relevé combien les plus jeunes connaissent même ces textes par cœur, alors qu’ils sont parfois jugés inaptes à la chose scolaire. Mais entre l’analyse politique d’un côté, et, de l’autre, l’acte politique et la gestion de la cité, il y a un saut que les mêmes jeunes ne font pas et où s’inscrit l’abstention. Et là, il faut se demander si celle-ci n’est pas également un indice de l’impact de la représentation de soi, de l’anthropologie idéologique suscitée par le capitalisme, qui invite chacun à se penser comme une machine utile, efficace, durable et performante jusque dans ses analyses politiques : mais débarrassée de la responsabilité de sa position rendue impensable. Troisième raison.

Ces trois raisons de l’abstention fournissent du grain à moudre à l’action politique : déconstruire l’anthropologie capitaliste en inventant les mots qui rendent nos propres analyses opérantes, contribuer à restituer à chacun la responsabilité de sa position en assumant la notre, donner à l’abstention son expression politique, et multiplier les dispositifs qui luttent contre la ségrégation entre les générations - car là il s’agit ni plus ni moins que de la transmission d’un monde dont le refus conduirait la génération à venir à se priver de quoi construire, réinventer le sien. S’il est bien exact que nous recevons la légitimité de notre autorité ’est de la génération qui nous suit et pas de celle qui précède, en obligeant les plus jeunes à récuser cette autorité (arbitraire, intéressée, capricieuse, voleuse, menteuse…), nous les privons de cette fonction d’autorité, essentielle à la construction tant de sa subjectivité que du « vivre ensemble » : et le pire c’est qu’alors on retient cette privation contre eux en engageant des mesures répressives à tous les plans dont éducatifs, judiciaires, législatifs, etc.

Est-ce sans espoir ? Le hasard m’a permis d’entendre un paysan bolivien expliquer que pendant des années, ils n’ont rien obtenu des négociations. La parole en a été disqualifiée. Rien, comme les magistrats ou les étudiants, et peut-être les enseignants « désobéisseurs » et d’autres. Ce rien ne constitue-t-il pas chez nous un fait nouveau ? A un moment donné, expliquait ce paysan, il est apparu nettement qu’il ne restait plus qu’une solution : porter l’un des leurs au pouvoir, quoiqu’il ne se compte pas dans leur rang de spécialiste de la politique. Et ils l’ont fait, avec Evo Morales, se réappropriation d’un coup l’autorité (et non le pouvoir), la parole, la politique….

Il dépend donc de chacun de nous que le processus profite également de l’abstention et aux abstentionnistes ! Ce qui pourrait signifier que la victoire n’est pas exactement là où elle paraît être, et que, pour ne parler que du mouvement universitaire, non, nous n’avons pas perdu sur toute la ligne, et le « rien » obtenu à quoi répond l’abstention pourraient maintenir en réserve quelques unes des conditions nécessaires pour le changement que nous appelons Comment les sortir de la réserve ?

Marie-Jean Sauret
psychanalyste, professeur à l’université de Toulouse-Le Mirail
Signataire de l’Appel des appels. (Dernier livre publié : L’Effet révolutionnaire du symptôme, Éd. Érès, 2008.)

L’Humanité des débats (11 juillet 2009)
Source: Le Grand Soir

dimanche 26 juillet 2009

La "responsabilité de protéger", entre concept et réalité

Le philosophe et linguiste américain, M. Noam Chomsky a donné jeudi une conférence de presse sur le concept « délicat », selon les mots du président de l'Assemblée générale, de la « responsabilité de protéger les populations du génocide, des crimes de guerre, du nettoyage ethnique et des crimes contre l'humanité ».

Accompagné de Jean Bricmont, (professeur belge à l'UCL - NDLR); de Gareth Evans, politicien australien et membre du Comité exécutif d'International Crisis Group; et de Ngugi wa Thiong'o, écrivain kenyan, Noam Chomsky venait de participer avec les trois autres au dialogue interactif informel que l'Assemblée générale a organisé sur le rapport du Secrétaire général relatif aux stratégies, aux normes, aux procédures, aux instruments et aux pratiques de l'ONU pour mettre en œuvre cette responsabilité, indique un communiqué.

Le concept de responsabilité de protéger est « un changement fondamental » dans la notion de souveraineté nationale, s'est encore aujourd'hui félicité le Coprésident de la Commission internationale sur l'intervention et la souveraineté nationale de l'International Crisis Group qui n'a cessé de défendre ce concept qui a été consacré par les chefs d'État et de gouvernement en 2005, lors du Sommet mondial.

Le Document final du Sommet stipule que « lorsqu'un État n'assure manifestement pas la protection de sa population contre les crimes retenus, la communauté internationale est prête à mener, en temps voulu, une action collective résolue par l'entremise du Conseil de sécurité, conformément à la Charte de l'ONU ».

C'est précisément l'implication du Conseil de sécurité qui a fait naître des doutes dans l'esprit de Noam Chomsky et de Jean Bricmont. Les deux hommes ont argué que dans l'état actuel des rapports de force entre les grandes puissances et les autres pays, il est tout à fait légitime de craindre une « manipulation du concept » qui ne constituerait « rien de nouveau ».

N'oublions pas, a rappelé Noam Chomsky, que le Japon a invoqué la responsabilité de protéger pour envahir la Manchourie et qu'Hitler a fait de même pour la Pologne. Et aujourd'hui, a-t-il dénoncé, cette notion pourrait être légitimement invoquée pour la Somalie ou la République démocratique du Congo (RDC) mais, dans le cas de cette dernière, les intérêts des entreprises multinationales occidentales sont en jeu, a souligné le philosophe.

Il faut être réaliste, a renchéri Jean Bricmont, lorsque l'on voit les multiples violations de la souveraineté des pays sous couvert de protection des populations, comme cela a été le cas en Iraq et en Afghanistan alors, qu'Israël peut poursuivre tranquillement ses attaques contre le Territoire palestinien occupé.

L'ONU est faite d'une bonne chose, l'esprit de sa Charte, et d'une mauvaise chose, le droit de veto que les États puissants exercent dès que l'on touche à leur pouvoir, a insisté le professeur belge, en craignant que l'exercice de la responsabilité de protéger ne serve qu'à couvrir les visées interventionnistes des grandes puissances. Comme toujours à l'ONU, tout finit en dichotomie entre « le papier et le pouvoir », à savoir entre les bonnes intentions et leur matérialisation.

Les États-Unis, chantre de la responsabilité de protéger, ne sont pas parties au Statut de la Cour pénale internationale (CPI). On peut se demander, a dit Noam Chomsky, pourquoi ils défendent avec autant d'acharnement ce concept aujourd'hui.

Gareth Evans, Coprésident de la Commission internationale sur l'intervention et la souveraineté nationale d'International Crisis Group, a admis que l'élargissement de la composition du Conseil est peut-être un des moyens de faire taire les suspicions, tout comme une définition très stricte du champ d'application du concept de responsabilité de protéger.

L'écrivain kényan, Ngugi wa Thiong'o, a regretté que le rapport du Secrétaire général n'aille pas assez loin. Ce qu'il faut, a-t-il dit, ce sont des solutions à long terme pour éliminer les causes des éventuelles interventions que sont les inégalités et les déséquilibres socio-économiques.

Centre de Presse de l'ONU
24.07.09