jeudi 16 juillet 2009

"Pour sauver la planète, sortez du capitalisme" de Hervé Kempf

Le titre claque comme un slogan que l’on clamerait volontiers avec allégresse. Quel immense dommage que si peu de Vert(e)s adhèrent à ce crédo radical, préférant, à l’image de Dominique Voynet, Daniel Cohn-Bendit ou Alain Lipietz, quelques commodes replâtrages !

Les déprédations gravissimes de l’environnement découlent d’un mode de production uniquement mû par « la maximisation du profit ». La crise économique actuelle, corollaire des turbulences qui ont frappé la bulle des hedge funds et des subprimes, l’auteur l’avait prédite dans son précédent essai (1).

Il préconise d’inscrire « l’urgence écologique et la justice sociale au cœur du projet politique ». Oui, mais qui pour promouvoir ce dernier ? Comment, insiste Hervé Kempf, qui rejette également les éoliennes et les agro-carburants, oser estampiller le nucléaire « d’énergie du futur », alors qu’il demeure éminemment dangereux et génère des volumes colossaux de déchets fortement radioactifs ? Nos dirigeants, que la collusion avec les lobbies les plus influents et les grands groupes industriels n’ont jamais rebutés, excluent sciemment une réduction drastique de la consommation. Celles et ceux qui préconisent des solutions viables, aux antipodes de la doxa dominante, comme par exemple une redistribution équitable des richesses, les pseudo-« penseurs » choyés par les médias les raillent à tout va. Ainsi, l’inénarrable Jacques Attali avait postillonné, le 16 octobre 2007, sur France Inter, « la meilleure façon de ne pas polluer est de revenir à l’âge de pierre ». Crétinisme d’un de ces « intouchables », qui ne risquent guère une confrontation avec des contradicteurs sur les ondes et plateaux de télévision !...

Si l’on se contente de rehausser la grisaille du statu quo d’une touche de chlorophylle, le boostage des énergies renouvelables n’apparaît que comme une mesurette-alibi. Le fondateur de Reporterre (2) n’hésite pas à réclamer la taxation des hauts revenus, voire le ponctionnement du patrimoine détenu par les plus fortuné(e)s, afin de financer des activités socialement utiles et à faible impact environnemental. Il conviendrait, ajoute-t-il, de tendre vers davantage de « sobriété », de « frugalité », « une adaptation de la demande aux ressources », de « goûter la lenteur », de s’engager sur la voie de « la décroissance ».

Une telle révolution des us et coutumes supposerait que nous démontions au préalable « des archétypes culturels » et que nous nous départissions impérativement du « conditionnement psychique » propagé notamment par la publicité. Et « l’acmé de l’aliénation capitaliste intervient quand l’humain lui-même devient marchandise ». Le journaliste met en garde : attention de ne pas tarder, « hébétés », jusqu’à ce que ce système délétère « se transmue en despotisme » !...

Il doit se sentir assez isolé au sein de la rédaction du Monde, « le quotidien vespéral des marchés », comme l’ont baptisé les sardons de Pour lire pas lu, devenu, depuis mars 2006, Le Plan B, lequel paraît bimestriellement.

Éditions du Seuil, Paris, janvier 2009, 167 pages, 14 euros.

(1) Comment les riches détruisent la planète, Le Seuil, janvier 2007, 147 pages, 14 euros.
(2) Magazine lancé en 1989, uniquement disponible en ligne depuis 2006.

René HAMM
16.04.09

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