mardi 18 mai 2010

Gouvernés par des fous




Au moment où l’on s’interroge sur les retombées des décisions européennes, un économiste, Jacques Généreux fait un constat cruel : « nous sommes gouvernés par des fous ».
Jacques Généreux a le sens des formules.
Il fait un rapprochement cinglant entre la situation de la France, avant la dernière guerre mondiale et la situation actuelle d’une Europe prise dans la tourmente.

L’Allemagne, prise à la gorge par la dette que lui imposaient les alliés, suite à la première guerre mondiale, préparait une nouvelle guerre, pour en finir avec ce qu’elle considérait comme une cruelle injustice.
La France était en première ligne.
Churchill s’était exprimé clairement face aux futurs agressés: «Vous aviez le choix entre le déshonneur et la guerre, vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre». (Hebdomadaire «Match» du 29 septembre 1938, page 4).
L’histoire devait lui donner raison puisque quelques mois après Hitler allait envahir la Pologne.
La France suivra peu après.

Mais revenons à notre crise.
Face au surendettement des Etats, les européens se sont réunis et ont décidé d’un plan de 750 milliards d’euros.
Pour Jacques Généreux, il s’agit aujourd’hui d’une même logique.
«Ils avaient le choix entre déclarer la guerre à la spéculation financière et la terrasser une bonne fois pour toute, ou la soumission à la logique des marches financiers. Ils ont choisi la soumission, et ils auront la guerre».
Pour lui, rien n’a donc été résolu.
Les Etats proposent un nouvel endettement, ce qui ne fera qu’aggraver la situation, et qui prépare les prochaines attaques spéculatives.
Il n’y aucune mesure qui ait été prise contre la spéculation, contre la libre circulation des capitaux, et il y a au contraire l’instrumentalisation de la pression des marchés financiers, pour faire la purge d’austérité budgétaire et faire ainsi plaisir au grand capital.
Cette rigueur va être contreproductive.
C’est un peu comme si on mettait à la diète quelqu’un qui est déjà réduit à la famine.

Jacques Généreux martèle : «la trêve que l’on a acheté pour quelques mois, n’a rien réglé, tous les problèmes de l’incohérence de l’union et de l’euro sont là, les problèmes de la dette publique sont là, que l’on va résoudre par plus de dette publique, donc par de prochaines banqueroutes, et puisqu’on ne fait rien contre les spéculateurs et qu’on est disposé à se soumettre à ce qu’ils exigent, ce qui va entraîner un K.O social, et à un climat de guerre civile rampante, parce que les peuples ne vont pas accepter».
Il finit par conclure « je crois que nous sommes gouvernés par des fous ».
Il pense que l’erreur a été de temporiser, de s’en tenir à des effets d’annonce, de tempêter contre les spéculateurs, sans agir pour autant.

Pour Jacques Attali, les décisions prises par l’Europe sont inapplicables. «Jamais les grecs ne mettront en œuvre un programme d’austérité aussi sévère que celui qu’on prétend leur imposer».

Si l’on fait un petit retour en arrière, lors du sommet du G4, à Paris, en octobre 2008, on constate que les 15 mesures pour sortir de la crise financières se sont dégonflées comme un triste ballon de baudruche.
Pourtant tous les dirigeants présents l’avaient clamé haut et fort : c’était la fin des paradis fiscaux, on allait voir ce qu’on allait voir !

L’un des 15 points décidés était carrément cocasse : «Nous appelons à la création immédiate d’un collège de superviseurs pour surveiller les institutions financières transfrontalières, et la constitution d’une cellule de crise comprenant les superviseurs, les banques centrales, et les ministères des finances devrait être envisagée».
Où sont-ils ces fameux « superviseurs » ? Ont-ils existé un jour ?

On voit le chemin parcouru.
Deux ans se sont écoulés.
Les belles paroles se sont envolées, la Grèce coule, et le navire Europe prend l’eau.
Ce qui confirme ce qu’écrivait Marx en soulignant l’impossible moralisation du capitalisme.
Les études et les textes commis à l’époque sont à relire avec attention.

Philippe Herzog, président de "Confrontation Europe" avait présenté pourtant une synthèse de deux ans de travail collectif sous le titre : « Consolider l’union européenne pour sortir de la crise ».
«De nouvelles règlementations financières se préparent, mais non une nouvelle régulation du capitalisme, ou les rôles des agents publics et privés seraient différents de ceux que nous avons connus».
Aujourd’hui le vernis s’écaille et la dure réalité apparait dans toute son cruauté.
Le plan européen de 750 milliards destiné à défendre l’euro à tout prix va bien évidemment dans le mur.
La fuite en avant s’accélère, et les nouveaux milliards sortis miraculeusement d’on ne sait où, vont contaminer à toute la zone euro la crise majeure de la dette.
Le maintien de la Grèce dans l’euro a déjà couté 110 milliards et si pour le Portugal et l’Espagne, l’Europe a déjà provisionné plusieurs centaines de milliards, on se demande qui pourrait financer les faillites à venir de l’Italie, ou de la France?

Un autre économiste, Nicolas Baverez explique clairement que l’emprunt n’est qu’un «pansement élégant pour cacher la gangrène de la dette française dont la cour des comptes souligne qu’elle n’a jamais été aussi élevée en temps de paix».
Il ajoute : «Loin de favoriser la croissance la dette publique paupérise la nation et alimente le chômage de masse».

Il faut laisser le mot de la fin à Paul Jorion. « Il fallait réagir le 10 avril dernier au plus tard ».
Il restait une maigre chance, mais l’Allemagne a trop temporisé, prise entre une élection (que la Chancelière a tout de même perdu), et une décision ferme pour sauver la Grèce.
Paul Jorion avait déjà annoncé avant tout le monde ou presque la « crise des subprimes », et il fait le constat cruel de l’échec européen latent.
D’autant que les prétentions Européennes de contrôler le budget des états provoquent une réaction unanime de refus des états emprunteurs.

Comme disait mon vieil ami africain : « Seul un idiot mesure la profondeur de l’eau avec ses deux pieds ».

Olivier Cabanel
18.05.10
Source: agoravox

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