dimanche 14 février 2010

Les retraites dorées des fonctionnaires européens



De quoi s’agit-il ? Quelques exemples parlants pour commencer. Ils proviennent de sources internes à l’Administration Européenne, un peu comme l’histoire des fichiers des fraudeurs de Eric Woerth.

Giovanni Buttarelli, qui occupe le poste de «contrôleur adjoint de la protection des données», aura acquis après seulement 1 an et 11 mois de service (en novembre 2010), une retraite de 1 515 € par mois. L’équivalent de ce que touche, en moyenne, un salarié français du secteur privé après une carrière complète (40 ans).

Son collègue, Peter Hustinx, vient de voir son contrat de cinq ans renouvelé. Après 10 années, il aura droit à près de 9 000€ de retraite par mois. Beaucoup d’autres technocrates profitent d’un tel privilège.

Roger Grass, greffier à la Cour de justice européenne, va toucher 12 500 € de retraite par mois ; Pernilla Lindh, juge au Tribunal de première instance, 12 900 € par mois ; Damaso Ruiz-Jarabo Colomer, avocat général, 14 000 € par mois. Etc... La liste est assez longue (mais de quelle longueur exactement, je ne sais pas).

Même les parlementaires qui, pourtant, bénéficient de la «Rolls» des régimes spéciaux, ne reçoivent pas le tiers de ce qu’ils touchent. Pour ces fonctionnaires, c’est le jackpot. En poste depuis le milieu des années 1990, ils sont assurés de valider une carrière complète et, donc, d’obtenir le maximum : 70 % du dernier salaire. Non seulement leurs pensions crèvent les plafonds mais il leur suffit de 15 années et demie pour valider une carrière complète alors que pour vous, comme pour moi, il faut se tuer à la tâche pendant 40 ans et, bientôt, 41 ans.

Face à la faillite de nos systèmes de retraite, les technocrates de Bruxelles recommandent l’allongement des carrières : 37,5 ans, 40 ans, 41 ans (en 2012), 42 ans (en 2020), etc... Mais, pour eux, pas de problème, le taux plein c’est 15,5 ans. À l’origine, ces retraites de nababs étaient réservées aux membres de la Commission européenne puis, au fil des années, elles ont également été accordées à d’autres fonctionnaires. Maintenant, ils sont nombreux à en profiter : juges, magistrats, greffiers, contrôleurs, médiateurs, etc...

Cela, en soit, c’est déjà assez scandaleux. Mais le pire, dans cette affaire, c’est qu’ils ne cotisent même pas pour leur super retraite. Pas un centime d’euro, tout est à la charge du contribuable. Nous, nous cotisons plein pot toute notre vie et, au moindre retard de paiement, c’est la déferlante : rappels, amendes, pénalités de retard, etc... Aucune pitié, aucun passe-droit. Eux, ils (se) sont carrément exonérés. Même les magistrats de la Cour des comptes européenne qui, pourtant, sont censés «contrôler si les dépenses de l’Union européenne sont légales, faites au moindre coût et pour l’objectif auxquelles elles sont destinées…», profitent du système et ne paient pas de cotisations.

Tous ces technocrates ne manquent pas une occasion de jouer les «gendarmes de Bruxelles» et ne cessent de donner des leçons d’orthodoxie budgétaire alors qu’ils ont les deux mains, jusqu’aux coudes, dans le pot de confiture. À l’heure où l’avenir de nos retraites est gravement compromis par la violence de la crise économique et la brutalité du choc démographique, des fonctionnaires européens bénéficient, à nos frais, de pensions de 12 500 à 14 000 € par mois, après seulement 15 ans de carrière et sans même cotiser…

Quelques médias se sont faits l’écho de ces abus. Un article du Point y ajoute quelques détails supplémentaires. Un article d’Agoravox ajoute aussi quelques détails supplémentaires. Une fois de plus je suis tombé par terre quand j’ai vu l’ampleur des rémunérations et le ratio temps travaillé /retraite : «Des fonctionnaires européens bénéficient, à nos frais, de pensions de 12 500 à 14 000 € par mois, après seulement 15 ans de carrière et sans même cotiser…»

Ca vous fout les glandes vous aussi de voir ça, que nos serviteurs se gavent sur notre dos ? Tu m’étonnes qu’ils défendent l’Europe avec acharnement, pour 14 000 euros de retraite les gens sont prêts à tout ! C’est la nomenklatura de la nouvelle Europe soviétisée, à se gaver pendant que la population trinque. On sait tous comment finissent tout les systèmes profondément injustes. C’est franchement une honte, avec ce genre de système, une personne peut se retrouver avec 2 ou 3 retraites assez conséquentes alors qu’ils sont censés servir les citoyens. Normalement, ils devraient simplement être pris en charge et ne pas être payés, il faut que ceux qui veulent servir les institutions européennes le fassent par simple volonté de servir ses semblables.

Un bilan très intéressant ! À priori, cela ne devrait-il pas inciter les gens à ruer dans les brancards ? Non, le Système, comme une bagnole utilisée par des gens «à court de moyens», ira jusqu’à la gomme… !

Pierre Payen
13.02.10

Source: altermonde-sans-frontières

6 commentaires:

  1. Alain Jobardot14 mai 2010 à 15:32

    Bonjour,

    - Je ne suis pas ici pour me plaindre ou pour défendre quoi que ce soit, mais juste pour expliquer.

    Je suis fonctionnaire européen, et je peux vous affirmer que ce que vous dites est faux.
    Il suffit de lire le statut des fonctionnaires européens pour cela.

    Souvent vous confondez fonctionnaires européens et parlementaires (ex députés européens), c'est comme confondre un préposé aux postes avec un député.

    1) Ce n'est pas 15,5 annuités pour avoir le taux plein de 70% mais 35 annuités jusqu'à la réforme de Mai 2004, et depuis cette réforme le maximum est toujours de 70% à raison de 1,9% par an soit 36,85 annuités: on est loin des 15,5.

    2) De plus l'age minimum de départ à la retraite était de 60 ans jusqu'à cette reforme de 2004 et est maintenant de 63 ans.

    3) De surcroit, il n'y a ni 13eme mois, ni primes.

    4) Et toutes les annuités effectuées avant votre titularisation, par exemple dans le secteur privé et suivant votre pays d'origine ne sont que peu comptées.
    A titre d'exemple en moyenne 3 sur 4 si vous êtes Italien, mais seulement 1 sur 4 si vous êtes issu du secteur privé Français.

    5) Ce qui donne de grandes disparités entre les fonctionnaires eux mêmes.
    - Exemple A:
    John, né en 1950, n'a jamais travaillé auparavant, il est titularisé en 1975 à l'age de 25 ans, embauché comme agent technique de grade B.
    Il partira à la retraite en 2010 (il n'est pas touché par la réforme, car plus de 50 ans en 2004), marié et 2 enfants, sont salaire net est de 7500 euros (allocations familiales incluses) et 35 annuités = 70%.
    Il touchera environ: 5200 euros de retraite nette mensuelle pour 35 ans travaillés (148,5 euros/an).

    - Exemple B:
    Alberto (Italien), né en 1950, a travaillé 20 ans dans le secteur privé auparavant, il est titularisé en 1995 à l'age de 45 ans, embauché comme agent technique de grade B.
    Ces 20 ans dans le privé lui donne le droit à 17 ans dans son nouveau système de retraite.
    Il partira à la retraite en 2010 (il n'est pas touché par la réforme, car plus de 50 ans en 2004), marié et 2 enfants, sont salaire net est de 6500 euros (allocations familiales incluses) et 17+15 = 32 annuités = 64 %.
    Il touchera environ: 4100 euros de retraite nette mensuelle pour 35 ans travaillés (117 euros/an).

    - Exemple C: Jean (Français), né en 1960, a travaillé 21 ans dans le secteur privé auparavant, il est titularisé en 2002 à l'age de 42 ans, embauché comme agent technique de grade B.
    Ces 20 ans dans le privé lui donne le droit à 5 ans dans son nouveau système de retraite.
    Il partira à la retraite en 2022 (il est touché partiellement par la réforme, car moins de 50 ans en 2004), pacsé et 1 enfant, sont salaire net est de 5500 euros (allocations familiales incluses) et 5+20 = 25 annuités = 50 %.
    Il touchera environ: 2700 euros de retraite nette mensuelle pour 41 ans travaillés (65,8 euros/an).


    Jean est beaucoup moins favorisé que ces collègues et on est loin des 9000 euros annoncés ici et des 15,5 annuités....

    Et surtout Jean est aussi loin de la retraite d'un conducteur à la SNCF, qui part à 50 ans (pour travail pénible), et qui sitôt en retraite peut partir au Japon assurer la formation des futurs conducteurs Japonais et cumule donc retraite + salaire très confortable.

    Cordialement...

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  2. Nous prenons note de votre commentaire et le publions volontiers, mais en quoi infirme-t-il les exemples pris par l'auteur à la source même de l'administration européenne?
    Il n'est dit nulle part que ces exemples sont une vérité mathématique, mais que des disparités incroyables existent et qu'il convient de les dénoncer.

    Par ailleurs, même en se basant sur vos exemples, vous conviendrez que les pensions que vous citez pour illustrer votre propos sont de loin bien supérieures à celles des autres citoyen(ne)s qui n'auront pas moins travaillé pour autant! Ce que l'article nous semble précisément vouloir dénoncer.

    Et dans le cadre de ce Blog, nous soulignons toutes les inégalités d'un système qui n'a de cesse de les approfondir quand il est partout question d'égalité de droits entre les individus...

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  3. Alain Jobardot21 mai 2010 à 18:37

    Vous n'avez pas entièrement raison.

    Dénoncer les inégalités, oui.
    Mais faire de ces inégalités, la norme, non.

    Il est vrai que le cas de Peter Hustinx, semble injuste, même si il ne me semble pas possible, 10 ans et 9000 euros (nets, brut ???), cela me parait beaucoup.

    L'exemple C, vous vous en doutez est mon cas, et je peux vous dire que si j'avais continuer dans le privé, en tant que Directeur Informatique, j'aurais eu une carrière, un salaire et une retraite bien supérieure, sans forcement me prendre plus la tète.

    De toute évidence, vous affirmez des choses invérifiables sur des arguments faux comme les 15,5 ans pour un taux plein, alors que, je le répète, le taux plein n'est possible qu'après au minimum 35 ans et plus depuis la réforme de 2004.

    Ce genre de texte, on le retrouve partout, alors qu'il suffit de lire le statut des fonctionnaires européens, libre d'accès en format pdf sur le site europa.

    Sachez aussi qu'il y a environ 25 000 fonctionnaires européens pour 27 pays (moins de 1000 par pays..), quand on a plus de 10 000 fonctionnaires rien que pour la commune de Nice.

    Et rien ne vous empeche de passer un concours et de venir nous rejoindre, si vous acceptez à 40 ans avec un Doctorat en Informatique, de commencer à 3200 euros....

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  4. Le propos de l'auteur de cet article ne nous paraît pas s'inscrire dans la démarche de passer un concours et vouloir "devenir fonctionnaire européen".
    D'autre part, vous savez mieux que nous que les listes d'attente pour entrer comme fonctionnaire sont interminables, pour une raison majeure: les revenus et avantages de toutes nature dont seuls ces fonctionnaires bénéficient. Parce que vous savez aussi, qu'en-dehors du salaire et des pensions, il y a quantité d'avantages qui sont aussi inéquitables qu'injustifiables. Nous n'allons pas les énumérer, vous les connaissez mieux que nous.

    Encore une fois, dans un contexte européen où tous les pays - ou presque - se trouvent confrontés au problème des pensions, je pense que l'article voulait pointer que de fortes disparités existent et que même si elles ne sont pas à généraliser pour tous les cas - comme vous le soulignez - elles n'en demeurent pas moins vérifiables... et injustes à nos yeux.

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  5. Si les listes d'attente sont interminables, c'est que le taux de chômage est beaucoup trop élevé en Europe, c'est aussi qu'il y a 10 nouveaux pays de l'Est et que pour eux, il est vrai leur salaire dans leur pays avoisinant les 300 euros, la culbute est alléchante.

    Quant aux avantages, je peux vous certifier, et je vous invite tous à lire le statut, qu'il n'y en a aucun.
    Pour ma part je n'ai qu'un seul avantage qui est une prime de 150 euros annuels pour un aller/retour en France et 16% mensuels car expatrié, en tant que tel, je vis à 900 Kms de ma femme.
    Dans le privé, j'avais un 13 ème mois, un véhicule de fonction, des primes, et si expatrié 40% de prime et un logement de fonction, tous ces avantages n'existent pas pour nous.

    Je pense vraiment que vous devez confondre avec les parlementaires européens ou alors vous êtes menteur professionnel.

    Citez simplement 1 avantage qui soit si dérangeant et par A+B je vous démonterai votre argumentation via le statut des fonctionnaires européens.

    Encore une fois, je répète, les fonctionnaires Européens ne sont en général pas des malheureux. Mais sont très loin d'être ce que vous tentez de définir.

    Bien à vous.

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  6. Nous comprenons bien l'embarras que suscite ce genre d'article pointant les avantages incontestables des fonctionnaires européens, tant il vise au cœur du problème...
    Et pourtant!, pour votre information, avec ou sans chômage, et avec ou sans nouveau pays membre, les listes d'attente ont TOUJOURS été longues... (un peu gros l'argumentaire) pcq'il est de notoriété publique que les salaires et avantages divers sont incomparables avec bcp d'autres professions exercée dans le cadre national. Que ce soit au niveau d'accès à des produits hors taxes dans les magasins réservés aux fonctionnaires, ou de l'absence de toute une série d'impôts, ou encore de l'exemple cité dans l'article ci-dessus à propos des pensions, etc... sans parler du salaire lui-même...
    C'est d'ailleurs l'une des probables raisons qui fait que d'une part, l'Europe a tant de mal à émerger (trop de petits intérêts particuliers en jeu) et d'autre part, que l'UE et ceux qui y travaillent sont si mal perçus par les populations locales... Que voulez-vous, on ne peut pas tout avoir et il faut bien assumer ses choix!

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